Arracher l'herbe folle

Une enseignante ne peut avoir d’élève préféré. C’est une pensée interdite, un chemin de ronces ; pas de classement, pas de faveur, et on coupe la tendresse en autant de parts égales qu’on a d’élèves, pour que chacun reçoive le même morceau. Quand la complicité s’installe, prudence. Avoir un élève préféré, c’est la voie toute tracée vers les ennuis.

Quand Flora est arrivée dans ma classe, je n’ai pas tout de suite pris conscience que je m’engageais dans cette direction. On était en novembre, entre la Toussaint et Noël, avant l’excitation des fêtes, dans le creux de la vague et l’obscurité des jours sans soleil, cette période où je m’étonne toujours de voir croître les minutes que la nuit grignote, inexorablement, jusqu’au solstice. Les parents de Flora arrivaient de Paris. Ils voulaient de l’air et de l’espace pour l’épanouissement de leur fille. J’imagine que le résultat a dépassé leurs espérances.

Le premier jour, Flora portait un bonnet rouge et un anorak vert forêt. Ses chaussures de marche m’ont inquiétée, à cause des lacets ; quand les petits ne savent pas les faire, on y perd un temps fou à chaque récréation. Mais j’ai vu Flora nouer ses lacets d’un geste vif et précis, enfiler son manteau dans le bon sens du premier coup et sortir en même temps que les CM2, alors que la plupart des autres CE1 se débattaient avec leurs chaussons et leurs improbables baskets de marque.

Je suis restée dans ma classe pendant la pause, fenêtres ouvertes pour aérer, et j’ai vérifié les exercices du matin. Un simple coup d’œil pour m’assurer que tout le monde avait travaillé ses additions, pour les CE1, et ses multiplications, pour les CM2. Comme Flora venait d’arriver, j’ai passé un moment devant son bureau. C’était une place provisoire ; une nouvelle élève, ça voulait dire que je devais réfléchir à une nouvelle configuration. Une classe est un écosystème fragile. Ainsi, tout en vérifiant les cahiers, je remodelais mentalement ma salle, déménageant mes élèves d’un îlot à l’autre comme des poupées de chiffon.

On croit souvent que les chouchous des profs sont les meilleurs élèves. C’est une erreur. Ceux qu’on aime, ce sont les enfants éveillés, peu importe s’ils réussissent ou non leurs additions ; d’ailleurs Flora n’avait pas tout juste, mais elle n’en avait laissé aucune de côté. Dans la marge, elle avait écrit son prénom, plusieurs fois, comme ces élèves qui se cherchent une signature, sauf qu’elle donnait l’impression de l’avoir déjà trouvée. Ce jour-là, je ne me suis pas fait une idée très précise de Flora. Elle n’entrait pas dans les catégories toutes faites des élèves-chatons qui quémandent des câlins, des élèves-fripons qui jouent avec les limites, ni des élèves-dindons qui gloussent continuellement. Flora observait, écoutait, riait beaucoup – d’un rire bref et sans retenue – et parlait avec soin, choisissant pour s’exprimer des mots qui lui plaisaient dans les textes que je lisais à la classe – besogne, hideux, mugir, soupçon. Penchée en avant, la frange lui tombant presque dans les yeux, elle dessinait de minuscules fleurs – trait vert et point rouge, clic du quatre-couleurs – à côté de son prénom. Elle me disait bonjour le matin et bonne soirée le soir avec une sincérité palpable.

 

(Je ne sais pas pourquoi je cherche à me justifier. Je n’ai pas décidé d’avoir une élève préférée. Ça s’est fait sans moi. Et ce qui s’est passé ensuite, je n’en suis pas responsable non plus.)

 

L’incident qui a tout déclenché s’est déroulé pendant l’heure d’EPS avec Isabelle, ma collègue. Je n’ai pas vu Flora tomber, on m’a raconté : elle s’est entaillé le front, juste à la racine des cheveux, ça s’est mis à saigner abondamment, Isabelle a gardé son sang-froid, les pompiers sont venus, l’école était en émoi, mais rien de grave, heureusement, on nous a rassurés bien vite, des points de suture, un pansement, et Flora serait de retour après le week-end. Constatant les remous que ce récit déclencha en moi, je compris qu’elle était devenue ma préférée, que j’avais franchi la barrière, rompu le tabou. Le lundi, elle avait un grand sourire et moi le cœur noué. « Tu sais, maîtresse, on a passé une aiguille dans mon front, mais j’ai pas eu mal. » Je sais, fleurette, je lui ai dit, tu as été courageuse.

Les autres voulaient qu’elle raconte le camion de pompiers, l’hôpital, l’aiguille et tout le reste. Elle a dessiné les étapes importantes, on a accroché les feuilles sur un panneau avec pour titre « l’aventure de Flora ». Sur l’un des dessins, on voit des infirmiers – un grand monsieur noir, cheveux frisés sous son bonnet blanc, et une grosse femme aux lèvres très rouges – penchés sur Flora qui a les yeux fermés et un trou sur le front. Pour faire ressortir sa blessure, elle a percé la feuille de papier avec son critérium. Les infirmiers ont une aiguille à la main et des flacons remplis de liquides verts et rouges. J’ai demandé à Flora ce que c’était, elle a haussé les épaules. Je crois qu’elle aime bien utiliser les quatre couleurs de son bic.

Le quotidien a repris. La première semaine, les parents de Flora lui ont relevé la frange avec des barrettes pour éviter que les cheveux se prennent dans le pansement. Mais bien vite, elle a repris sa coiffure habituelle. Parfois, au gré de ses mouvements, j’apercevais les petits fils des points de suture derrière sa frange.

 

(Peut-être que j’aurais dû y faire plus attention, mais je savais que ses parents assuraient le suivi. Je ne comprends pas comment personne n’a pu s’apercevoir plus tôt que quelque chose de bizarre arrivait. Je pense que Flora s’en est rendu compte la première, en se regardant dans le miroir, et qu’elle a tout fait pour cacher ce qui se passait sous sa frange. Mais je ne me souviens pas d’avoir remarqué un changement dans son attitude. Elle était juste Flora, énergique, joyeuse et rêveuse.)

 

Deux semaines avant les vacances de Noël, un lundi matin, j’ai demandé à Flora d’enlever son bonnet en classe. Elle m’a dit qu’elle avait froid. J’ai rappelé que ça ne se fait pas de garder les vêtements du dehors quand on est dedans. Son petit visage s’est plissé d’inquiétude, ses joues ont rosi. « S’il te plaît, maîtresse… » Je suis restée ferme et Flora a capitulé, mais enfoui la tête dans ses bras sitôt son bonnet enlevé. Elle ne faisait jamais ce genre de chose. Je me suis accroupie devant son bureau.

– Qu’est-ce qui ne va pas, Flora ?

– J’ai pas envie qu’on me voie.

– Pourquoi ça ?

– J’ai juste pas envie aujourd’hui, maîtresse…

– Écoute, je ne peux pas te laisser te cacher dans tes bras toute la matinée. Par contre, on va bientôt passer aux exercices d’orthographe. Je crois que tu as bien avancé hier matin. Est-ce que tu veux aller dans le coin lecture pour le moment ?

 

(Je faisais parfois cette proposition quand un de mes élèves montrait d’importants signes de fatigue. Ce n’était pas un traitement de faveur.)

 

Flora a couru tête baissée vers le carré douillet formé par les bibliothèques, mains sur sa frange. J’aurais voulu prendre le temps de comprendre le problème, mais je devais m’occuper des autres. J’ai décidé d’avoir une bonne conversation avec Flora pendant la récréation et j’ai lancé les exercices d’orthographe, mettant mon inquiétude de côté. Quand ça a sonné, j’ai fait sortir tous mes élèves et j’ai aussitôt rejoint le coin lecture. Flora, enroulée dans une couverture, se tenait recroquevillée dans un coin. Je me suis agenouillée à côté d’elle.

– Est-ce que ça va mieux ?

– Pas trop.

Sa voix était étouffée. Elle se dissimulait sous le tissu.

– Tu peux rester là pendant la récréation. Et si tu veux m’expliquer ce qui ne va pas, je peux peut-être t’aider.

Pendant un moment, Flora n’a rien dit. Puis la couverture a remué tandis qu’elle se redressait.

– Je peux te dire un secret, maîtresse ?

– Bien sûr.

– Je veux que personne sache.

J’ai hoché la tête, tendue. Je ne pouvais pas promettre avant de l’avoir entendu. Les secrets des enfants ne doivent pas tous être gardés. Flora s’est dégagée de la couverture et a porté les mains à son front, lissant sa frange. Elle me regardait et je lisais l’angoisse, l’excitation, la confiance toutes mélangées sur ses traits. Alors, elle a écarté ses cheveux, et j’ai vu la fleur. Une fleur large, rose foncé, à l’apparence piquante. Une fleur sur son front, qui aurait percé à travers sa frange si elle ne l’avait pas maintenue en place.

 

(Plus tard, un quelconque botaniste contacté par l’hôpital affirmera aux parents de Flora qu’il s’agit d’une pousse de carduus nutans, un chardon penché. Évidemment, les parents de Flora s’en ficheront ; ce qu’ils voudront, c’est qu’on leur explique pourquoi une mauvaise herbe a pris racine sur le front de leur fille. Mais ça, personne n’y parviendra.)

 

Dès le premier regard, il m’est apparu clairement que la fleur n’était pas collée sur sa peau ni fixée avec une barrette ; elle poussait depuis sa chair, exactement comme si on l’avait plantée là où Flora s’était blessée. Elle m’a autorisée à m’approcher pour l’examiner. La tige, pas très longue, prenait racine dans l’entaille de son front, inexplicablement rouverte. Je lui ai demandé si ça lui faisait mal, elle m’a dit non, elle m’a dit j’aime bien, c’est mon secret, c’est ma fleur. J’ai juste mal si je tire dessus. Elle est belle, maîtresse, tu trouves pas ?

Je savais ce que j’aurais dû voir dans cette fleur : une menace. Elle s’abreuvait du sang de Flora, étendait son ombre piquante sur son joli visage ; un chardon, c’est une mauvaise herbe, une plante sur laquelle on se blesse les doigts. Et pourtant – et pourquoi, pourquoi ? – la fleur m’est apparue, nous est apparue à toutes les deux je crois, comme un être familier ; une vieille amie, peut-être, âgée mais belle sous ses piquants, d’une beauté simple. Oui, simple ; c’était juste une fleur, même si elle avait poussé à une place inattendue. Je ne sais pas ce que la fleur est venue déloger en moi, mais je me sentais chamboulée, comme si on se bousculait à la lisière de ma conscience. Comme si j’avais perdu quelque chose autrefois que je retrouvais là, sur le front de mon élève préférée.

Mais de la même manière que je ne pouvais pas la laisser occuper cette place d’élève préférée, je ne pouvais pas accepter de garder son secret, parce qu’une fleur n’est pas à sa place sur la tête d’une petite fille. Je ne pouvais pas laisser mon affection et ce drôle de remous nostalgique m’entraîner vers je ne sais quelle issue ; j’étais l’adulte, j’étais la responsable, je devais faire ce qu’il fallait, et il fallait protéger Flora.

 

(Peut-être que je l’aurais mieux protégée si je n’avais appelé personne.)

 

« La petite Flora Chastan a une fleur qui lui pousse sur la tête. »

J’ai réussi à réunir quelques collègues – Isabelle, Marie, Fabrice, Nicole et Frédérique – dans notre salle des professeurs qui sert aussi d’infirmerie. Toutes sortes d’expressions ont traversé leurs visages tandis qu’ils m’écoutaient ; j’ai vu d’abord leur détachement, leur fatigue – qu’est-ce qui se passe encore, c’est la troisième urgence de la semaine – qui ont mué en agacement parce qu’ils ne comprenaient pas, comment auraient-ils pu. Puis rire nerveux de Marie, inquiétude d’Isabelle, incrédulité, confusion et crainte ; en fait tout ce que j’aurais dû traverser quand j’avais vu le chardon sur le front de Flora. Mais je n’avais rien ressenti de tout ça.

Fabrice a fini par me demander où était Flora. Je suis allée la chercher dans la petite arrière-salle où se tiennent certains rendez-vous de parents. Elle a touché sa fleur comme pour la protéger et m’a suivie, un air brave sur son petit visage plissé. En l’apercevant, certains ont gardé leur calme, d’autres pas.

– Oh mon dieu… dans son front…

– Les parents n’ont rien remarqué ? C’est du délire…

– La petite ne peut pas rester avec ça sur la tête.

– Je vais regarder sur Internet…

– Il faut l’enlever, tu imagines si les racines vont jusqu’au cerveau… Mais ils ne vont jamais nous croire à l’hôpital.

La première émotion passée, ils ont voulu observer la fleur de plus près. Je sentais que Frédérique, en particulier, restait sceptique, comme face à un poisson d’avril. Elle s’est approchée et a pris la tige entre l’index et le pouce, sans grande délicatesse.

– Flora a mal si on tire dessus, ai-je aussitôt averti.

Il faut essayer quand même, ont répondu mes collègues en désordre, il faut tirer sur la fleur – pas fort ! juste pour vérifier. Vérifier que Flora ne nous menait pas en bateau avec ce drôle de truc sur son front. Moi je savais déjà que non.

Mais je n’ai pas pu les empêcher de le faire.

Flora s’est mise à pleurer.

Je crois qu’ils n’ont pas tiré fort, pas assez pour arracher la fleur en tout cas.

 

(Quelle part de douleur et quelle part de chagrin y avait-il dans les cris qu’elle poussait si on tirait sur la tige ? N’avait-elle à aucun moment ressenti la moindre peur pour ce drôle de truc qui lui poussait au-dessus du visage ? Non, elle semblait ressentir un mélange de tendresse, de fierté et de curiosité ; pas de peur, pas d’autre peur que de perdre la fleur.)

 

Ensuite mes collègues ont dit qu’il fallait appeler les parents et l’hôpital.

Oui, c’était sans doute ce qu’il fallait faire. Ce qu’on devait faire en tant qu’adultes responsables. J’ai pris Flora sur mes genoux pour tenter de calmer ses sanglots. Elle s’est accrochée à moi, le visage rougi, la fleur toujours aussi droite sur son front. De près, je distinguais les petites feuilles pointues de la tige du chardon ; quelques-unes étaient tordues.

– Je veux pas qu’on coupe ma fleur, a-t-elle gémi.

– Ça va aller, Flora, je lui ai murmuré en la berçant. Ça va aller.

Des mots vides que j’essayais d’emplir d’autre chose, alors que je me sentais moi-même si pleine de tourments indistincts. J’ai fait ce que j’ai pu. Quand les pompiers et les parents sont arrivés, je me suis efforcée de le leur faire comprendre : Flora ne voulait pas qu’on coupe sa fleur. J’ai fait ce que j’ai pu.

 

 (Mais qu’imaginait-elle ? Qu’on pouvait aller librement avec une fleur enracinée dans le front ?)

 

Elle ne voulait pas qu’on coupe sa fleur.

Je n’étais pas sa mère. Je n’étais que son enseignante. Ce n’était pas à moi de décider. (Je voulais la protéger.) On voulait tous la protéger. Personne ne comprenait d’où sortait ce chardon. Personne ne savait ce que Flora risquait si on laissait la plante poursuivre sa croissance.

Ainsi ils ont coupé la fleur, alors qu’elle ne voulait pas.

Ils ont coupé la fleur.

Ça s’est passé à l’hôpital, je ne sais pas quand précisément, je n’étais pas là.

J’aurais bien voulu récupérer la fleur, sans trop comprendre pourquoi je sens maintenant que c’était la chose à faire. Mais je ne sais pas où on l’a jetée. Et je ne sais pas si je reverrai Flora.

J’aurais voulu récupérer la fleur

la faire sécher

ou la conserver dans un herbier

pour pouvoir la lui rendre

à Flora

sa fleur

plus tard, quand elle sera grande,

lui rendre la fleur qu’on lui a coupée.

Je sais qu’à sa place, c’est ce que j’aurais voulu.

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Nathalie
Posté le 11/11/2022
Bonjour EryBlack

Quelle tristesse ! Ce texte m'a énormément émue, touchée profondément. Que c'est bien écrit ! Que d'émotions ! J'en pleurais presque. Bravo !
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Bonjour Nathalie, merci beaucoup de ce retour ! Je suis très heureuse que le texte t'ait touchée :)
Edouard PArle
Posté le 01/11/2022
Coucou !
Super histoire, tu amenés bien le mystère sur ce qui se cache derrière sa frange. L'idée de la fleur de Flora est à la fois simple et surprenante. Clairement je ne m'attendais pas à un élément fantastique dans ce texte qui semblait jusque là très réaliste. Je trouve l'image très belle, j'imagine qu'on peut y trouver pleins de significations.
La petite Flora est très mignonne, pleine d'innocence.
J'ai beaucoup aimé la conclusion.
Un plaisir,
A bientôt !
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Coucou ! Je suis très contente qu'on puisse se laisser surprendre par l'irruption du fantastique. C'est chouette si tu as apprécié Flora que je voulais rendre attachante à travers les yeux de son enseignante :) Merci beaucoup pour ton retour !
C. Kean
Posté le 01/11/2022
Je découvre ces histoires au seuil du fantastique, du merveilleux, du mystère qui prend la forme des plus profonds secrets. Ils affleurent sous ta plume, sans réponse mais sans silence : plein de leur récit.

Celui-ci me plait beaucoup. Je crois que c'est parce cette dernière phrase qui donne envie de vérifier aussi le front de la maîtresse. A sa place d'enfant, à sa place d'enseignante, c'est tout un monde et rien du tout à enjamber pour rencontrer parfois un miroir, parfois un souvenir.
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Je crois que tu es la première à remarquer dans cette dernière phrase le possible parallèle entre l'enseignante et l'enfant. Ça me fait très plaisir parce que c'est une part de ce que je ressentais en écrivant le texte, pour lequel j'ai puisé dans mon expérience d'enseignante et d'élève. Je ne voulais que suggérer, sans plaquer, et si tu l'as perçu j'en suis vraiment ravie :))) Merci pour ce doux retour !
JeannieC.
Posté le 31/10/2022
Wow. Pour avoir été enseignante, qu'est-ce que ton texte m'a touchée ! <3 Dans la tendresse, dans l'émotion, dans la complicité et la tristesse, tu as pincé pas mal de cordes et de souvenirs.
Tu mets le doigts sur tout à tas de situations et de réflexions tellement justes. Le risque à céder - même inconsciemment - vers cette pente dangereuse de l'élève préféré. Tout le moment aussi sur la reconfiguration de la classe, qui est toujours un exercice d'équilibre tellement subtil ! Le portrait-bestiaire des différents types d'élèves aussi, adorable <3 Et surtout, cette problématique du "que faire" devant une élève dont la situation nous émeut. faut-il garder pour soi ? Prévenir autrui ? Faire confiance aux collègues ? Toujours le risque de mal faire en voulant bien faire, de trahir quelque chose...
Et cette petite Flora est mignonne comme tout. Le choix de l'angle - avec cette fleur et ce qui lui arrive - est plein de poésie. Je me retrouve autant dans le personnage de l'enseignante que dans celui de la petite, pour avoir été confrontée des deux côtés du pupitre à des situations similaires.
Un énorme coup de coeur ! Et ta plume <3
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Trop contente que ce texte ait pu parler à une (ancienne) collègue ^^ J'y ai clairement mis un peu de ma propre expérience d'enseignante, même si je n'ai jamais eu de public aussi jeune. Mais dans le ressenti, il y a complètement de ça, les mêmes dilemmes et les même tourbillons émotionnels quand on veut aider et qu'on ne sait pas, ou qu'on ne peut pas. Merci beaucoup pour ton retour qui fait vraiment chaud au coeur <3
Liné
Posté le 30/10/2022
Oh ! C'est surprenant, je ressens à la fois de la tristesse et de la gaîté en lisant ce texte.

Je n'ai pas vu venir le coup de l'interprétation fantastique. Pour moi, au début, tu nous racontais le quotidien réaliste de cette enseignante, je ne m'attendais pas à cette tournure et j'ai été cueillie ("cueillie", jeu de mots, héhééé).

Comme pour la première nouvelle, le bizarre est inquiétant mais garde toute de même une belle part de poésie et de promesses. J'ai aussi beaucoup aimé la présence des parenthèses, qui appuient très discrètement le doute, l'impuissance et le regret a posteriori de l'enseignante.
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Ravie que le texte ait pu te cueillir (jeu de mots de qualitey !). Je crois que tu es la première lectrice à dire avoir ressenti aussi de la gaieté en lisant ce texte, dont la fin est effectivement peu joyeuse. Mais ça me plaît que tu y voies quand même de la poésie et une promesse, parce que les dernières lignes évoquent quand même la possibilité maladroite que quelque chose puisse être rendu à Flora, plus tard, et c'était important pour moi.
Merci beaucoup de ton retour Liné <3 Comme toujours sur les nouvelles (et aussi de manière générale, bien sûr), ton regard compte beaucoup pour moi !
Rachael
Posté le 29/10/2022
Oh, il est très touchant, ce texte. Très différent du précédent, parce qu'ici, l'interprêtation est bien plus facile. (enfin, il me semble)
Je vois la fleur comme une métaphore de la différence, et la "faute" de la narratrice est de révéler cette différence, au péril de la petite protégée. C'est peut être moi qui sur-interprete, parce que j'ai vu ce matin même une vidéo d'amnesty sur les enfants intersexes que la médecine opère/opérait parfois à un jeune âge, au risque de séquelles et bien évidemment sans leur consentement (puisqu'il sont trop jeunes)
J'ai bien aimé aussi les relations que tu décris entre l'enseignante et les enfants (les chatons, frippons et dindons ^^)
Rahh, c'est trop bien les HO, pour découvrir de petits merveilles !
EryBlack
Posté le 13/12/2022
Merci pour ce retour Rach <3 C'est clair que la fleur est utilisée pour marquer la différence et j'aime voir l'interprétation de cette différence que fait chaque personne à la lecture. La symbolique de la fleur peut tout à fait avoir une dimension sexuelle. J'ai choisi de ne pas imposer une interprétation qui serait la bonne et jusqu'ici je n'ai lu que des analyses super intéressantes <3
Et oui, j'ai mis un peu de ma propre expérience d'enseignante (même si j'ai eu des ados plutôt que des petits). Merci encore !
Herbe Rouge
Posté le 29/10/2022
Bonjour,
Comme je me souviens encore très bien de "passer la porte", je suis venue lire celle-ci :)
Et je ne suis pas déçue ! Une histoire très originale, avec des personnages attachants, et "réels". Je veux dire par là que ces petits commentaires entre parenthèses permettent de bien rester dans la tête de l'institutrice, qui vit tout autant qu'elle subit ce qu'il se passe.
Quant à la signification... elle est triste bien entendue.
J'ai vu cette fleur comme une différence, tout simplement. Peut-être différence neurologique de par l'emplacement de la fleur.
Et malheureusement, comme bien trop souvent pour les enfants différents, même si certains instituteurices font parfois de leur mieux pour les protéger, ils ne le peuvent pas toujours. Quand on dévie de la norme, on nous fait rentrer dedans, quitte à couper nos fleurs. Oubliant que même s’ils ne voient plus nos différences, elles sont toujours là, car les racines ne peuvent pas être arrachées, sauf à nous tuer.
(bref, je réalise avec mon commentaire que ce texte m’a beaucoup plus touché que je ne le pensais 😅)
EryBlack
Posté le 12/12/2022
Salut Herbe Rouge ! Merci beaucoup pour ton commentaire, il m'a serré le coeur et m'a fait très plaisir en même temps. Je voulais qu'on puisse lire dans cette histoire tout ce que tu y as perçu. J'y ai mis beaucoup de moi : en tant qu'enfant qui déviait un peu (même si j'ai plutôt eu de la chance dans mon parcours scolaire) et en tant qu'enseignante qui voudrait permettre à toutes les fleurs de s'épanouir telles qu'elles sont, mais qui ne peut pas parce que l'école n'est pas organisée dans ce but et qu'aller contre ça est épuisant émotionnellement. Bref, merci beaucoup de partager ton ressenti avec moi car c'est précieux de voir que j'ai pu toucher juste !
Pluma Atramenta
Posté le 28/10/2022
Décidément <3
Encore une très jolie nouvelle et très bien écrite. Comme l'enseignante, je me suis prise d'affection pour le personnage de Flora. Et la fleur qui lui pousse sur la tête... C'est drôle - et je vais peut-être passer pour une tarée - mais c'est quelque chose que je dessine beaucoup, des gens avec des plantes qui leur poussent sur le crâne. S'il y a une symbolique à en tirer, je dirais que la fleur est un peu comme une "fleur-esprit". Flora a l'esprit en croissance et elle déborde de rêves. Et ses rêves prennent possession d'elle sous forme de fleur. Et les adultes les arrachent, ces rêves, cette vie - parce que c'est un peu trop joli.
Je ne sais pas - je me suis peut-être emballée. En tout cas, c'est ce que le conte m'a inspiré.

De l'inspiration en gratin,
Pluma.
EryBlack
Posté le 12/12/2022
Salut Pluma ! Oh c'est drôle que la nouvelle ait fait écho à tes dessins et je serais curieuse de les voir, du coup ^^ La symbolique que tu poses dessus est très jolie. J'ai conçu la nouvelle pour que chaque personne qui lit puisse projeter sur la fleur ce qui fait sens pour elle. Donc non, tu ne t'emballes pas du tout avec cette interprétation poétique :)
Merci pour ce doux retour et à bientôt !
Feydra
Posté le 27/10/2022
C'est une charmante petite histoire, très symbolique et très étrange. Le point de vue de la maitresse est très bien amenée : ces réflexions ont l'air naturelles et assez logiques. Et la fleur ? C'est un chardon, une mauvaise herbe, mais elle ne procure aucune douleur et elle apporte à la petite fille beaucoup de joie : c'est son trésor, sa différence, ce qui la rend unique. Moi c'est ce que je perçois dans cette histoire : les adultes qui lui enlèvent sa différence, sa fantaisie pour qu'elle rentre dans le moule de la normalité. Mais la maitresse voulait qu'elle la garde, sa petite fantaisie, sa petite fleur. C'est aussi ce qui fait la force de ton récit : chaque lecteur peut y voir ce que sa sensibilité lui suggère.
EryBlack
Posté le 12/12/2022
Merci pour ce retour Feydra ! Ça m'a fait très plaisir de le lire, tu mets des mots très justes sur ce que j'ai voulu exprimer. Et en effet, j'aime bien l'idée que chaque lecteur projettera sur la fleur quelque chose de différent. Après tout, on a probablement tous l'impression d'avoir été à un moment ou à un autre un peu "restreints" par des adultes qui avaient une idée précise de ce qu'il fallait faire ou non, de comment on éduque un enfant, tout ça. Heureuse que ça t'ait parlé, en tout cas, et merci pour ton retour !
robruelle
Posté le 04/09/2022
Rebonsoir
Le premier sentiment qui me vient , à la lecture de ton histoire, c'est un malaise
Peut être car ma fille a grosso modo cet âge là, peut-être parce que l'enseignante , par ses mots à elle, ses mots simple mais juste , nous communique ses sentiments tiraillé
On sent la dessous une autre lecture, mais ai je envie de la deviner . Pas maintenant. C'est trop frais
Ce que j'ai du mal à cerner cependant c'est le lien qui existerait entre la fleur et le fait que ce soit la chouchou
Je n appréhende pas bien une possible causalité entre les deux. La fleur aurait elle poussé si ce n'était pas la préférée ? La réaction aurait elle été différente ?
Enfin, bravo. Un autre texte très prenant. Aux tripe , vraiment
EryBlack
Posté le 05/09/2022
Merci pour ton retour, c'est intéressant de savoir que ta place de papa t'a fait lire le texte un peu différemment.
J'ai peur que ce soit un peu décevant, mais globalement pour ces nouvelles, je n'ai pas déterminé de causalité particulière. Ce qui était important pour moi, c'était la symbolique, qui là encore peut être interprétée de différentes façons. Donc pour creuser un peu ton idée, il est possible que la fleur ait poussé parce que la maîtresse avait "distingué" Flora parmi les autres enfants. Dans ce cas, elle serait un symbole de différence et aussi d'affection. C'est une possibilité parmi celles que j'avais envisagées, et il n'y en a aucune qui soit plus vraie que les autres :)
Merci pour tes compliments, ça fait très plaisir ! À bientôt
Pastel
Posté le 22/07/2022
J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de choses à dire de ce récit, et pourtant je ne sais pas par où commencer. Déjà, je trouve toujours intéressant de donner la parole aux jeunes enfants, et cette fin un peu grise, entre protéger Flora et ignorer son consentement est plutôt forte. (Un double sens là-derrière ?) J'ai beaucoup aimé la progression de l'histoire, de la situation très banale d'une institutrice face à ses élèves au petit accident de Flora (relativement banal aussi), pour ensuite aller vers une once inquiétante de fantastique. Les passages entre parenthèses rythment bien la narration. En revanche, je trouve que ça fonctionne un peu moins bien que Passer la porte parce que la nouvelle est assez longue pour ce qui s'y passe. J'aurais aimé, personnellement, un peu plus de matière autour de cette fleur : ce que ça implique, ou comment l'expliquer. La nouvelle gagnerait selon moi à approfondir ces choses ou bien à travailler une atmosphère plus dérangeante (comme tu l'as si bien fait dans Passer la porte) : du coup, la fin poétisée m'a laissée un peu sur ma faim (jeu de mot impardonnable, je sais ^^'), même si c'est un bel hommage à l'enfance. En tous cas ta plume est très agréable à lire et j'aime beaucoup tes idées :)
EryBlack
Posté le 22/07/2022
Re ! Trop chouette de lire tous tes retours ^^
Oui, tu as dit ça l'autre jour, que le thème de l'enfance était important pour toi et je m'étais dit qu'on aurait des choses à se raconter et à se faire lire :)
En fait, longtemps ce qui m'a empêchée d'écrire des nouvelles c'était l'impression qu'il fallait une chute très précise et cohérente, rien qui devait être laissé de côté, inexpliqué. C'est ce que j'avais retenu des cours de français à l'école, en tout cas. Mais avec Passer la porte et Arracher l'herbe folle, je me suis affranchie de cette vision assez réductrice que je m'étais moi-même imposée finalement, et je me suis dit que ce seraient des histoires qui resteraient assez évasives sur le pourquoi du comment. Avec beaucoup de symboles et, si on veut vraiment chercher, des pistes à peine esquissées ; en tout cas, je ne voulais surtout pas expliquer quoi que ce soit, justement. Dans la vie de tous les jours je prends conscience que j'aime beaucoup plus les questions que les réponses, donc j'ai voulu insuffler un peu de ça ici. Pour moi la symbolique de la fleur peut être liée à la différence, à la féminité, à l'inspiration ou au fait de grandir, mais je ne me voyais pas plaquer une de ces interprétations sur le texte. En tout cas, c'est intéressant de voir quelles attentes tu avais ! Et j'aurais bien aimé accentuer le côté dérangeant en effet, de base il devait y avoir une confrontation avec les autres enfants, mais ça ne fonctionnait pas très bien, donc j'ai laissé tomber. Merci pour ta lecture !
Pastel
Posté le 22/07/2022
Merci beaucoup pour ces précisions, ça me permet de mieux comprendre comment tu construits ce recueil et c'est très intéressant ! J'aime beaucoup les nouvelles en ce qu'elles permettent précisément de questionner plutôt que d'apporter des réponses. Après, j'ai un faible pour ces fameuses nouvelles à chute (tu l'auras sans doute déjà remarqué, ahem !), les effets de surprise m'apportent beaucoup de joie et j'aime bien qu'on me retourne le cerveau ! Pour ton approche, qui du coup est très différente, je ne sais pas si tu as lu les nouvelles d'Hemingway mais elles pourraient t'inspirer (je pense au recueil In Our Time qui doit être édité maintenant sous Les Neiges du Kilimandjaro & autres nouvelles, mais à vérifier).
EryBlack
Posté le 24/07/2022
Je comprends, c'est très satisfaisant à lire ce genre de nouvelles ! (Y en a plein qu'on fait souvent étudier aux élèves au collège, d'ailleurs ;) ) Je ne me suis jamais sentie capable d'en écrire, en revanche, et l'exercice ne me procure pas de plaisir. Même chose pour les romans à l'intrigue extrêmement ficelée : j'adore en lire, mais les écrire c'est autre chose ! C'est le genre de trucs dont on pourrait discuter sur le forum dans les Discussions Littéraires (quand les inscriptions seront rouvertes, si ça te dit !).
Merci pour ce précieux conseil, je note je note :)
Pastel
Posté le 25/07/2022
Oui, je me souviens de ces nouvelles au collège ^^ effectivement l'exercice d'écriture est assez différent. Je vais surveiller le forum indeed :)
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