Albert

Il faisait encore nuit noire lorsque le chauffeur le sortit de la somnolence dans laquelle il avait passé la nuit. Dans le faisceau du lampadaire devant la maison il pouvait voir la pluie fine et silencieuse tomber. Le goudron brillait sous le halo orangé. Le chauffeur alluma la radio et prépara du café, des œufs, du lard, une boite de flageolets à la tomate et du pain grillé. Albert fermait les yeux en avalant son café bouillant, laissant le blabla sourd de la radio le bercer. "On parle du trou", dit le chauffeur. On ne disait pas grand chose. On tentait de l'expliquer par des mots techniques, mais ça ne lui rendrait pas sa forêt. Il referma les yeux. "Mange un peu tout de même" dit le chauffeur et Albert obéit. Soudain, il avait très faim. C'était délicieux, et réconfortant. Il avait envie que ce moment dure longtemps, la chaleur du café, la chaleur de la nourriture, la lumière et la nuit mouillée dehors.

À 5h, ils montèrent dans le camion. Quelques minutes plus tard, hypnotisé par le faisceau des phares sur la route, Albert se rendormit pour ne se réveiller que deux heures et demie plus tard quand le chauffeur le secoua. Ils stationnaient devant un restoroute. “L'heure du second déjeuner”, dit le chauffeur et ils entrèrent. Ca sentait le café frais, les viennoiseries et le détergent. Ils s'installèrent près de la fenêtre et le chauffeur leur commanda deux cafés et des croissants. Puis ils reprirent la route.

Vers midi ils arrivèrent dans la banlieue industrielle de la grande ville. Le chauffeur s'engouffra dans un labyrinthe de routes sur lesquelles ne circulaient pratiquement que des camions. Un monde réservé aux véhicules, rébarbatif et déplaisant. Le chauffeur s'arrêta devant un complexe de hangars gigantesques et lui demanda de descendre et de l'attendre là. Puis il entra et y resta une bonne demie-heure avant de revenir le chercher. Quand il revint, Albert n'avait pratiquement pas changé de position. Il s'abritait les yeux du soleil pour le voir venir. Toute la matinée, pluie et soleil s'étaient alternés. "Grimpe" dit le chauffeur et il grimpa. Ils s'arrêtèrent devant une chaîne de restauration industrielle. "On va manger et ensuite tu me dis où tu veux que je te dépose" dit le chauffeur mais Albert ne savait pas où il voulait aller. "A la gare" dit-il, par réflexe, par logique. Alors le chauffeur le conduit à la gare. Il lui donna quelques billets, de quoi se débrouiller deux-trois jours. "Écoute", dit le chauffeur, je repars dans la direction de ta maison dans deux jours, si tu veux y retourner attends-moi ici, devant ce café entre 11h00 et 13h00, je ne peux pas être beaucoup plus précis mais si je te vois là, je te ramènerai sur la route de ta maison, d'accord? En attendant, si j'étais toi j'irai à la police. Bonne chance!" Albert regarda le camion s'éloigner, lui fit un salut militaire pour le remercier.

Autour de lui, la foule des voyageurs s'affairait comme une ruche humaine. Il eut un instant la sensation d'être le centre immobile autour duquel tout se mouvait. Ca lui donna le vertige. Il y avait un parc en face de la gare. Il traversa la route et alla s'assoir sur un banc.

Le soir tombait quand il se leva enfin du banc. Il avait faim. Il regarda combien il avait dans sa poche. Il n'était pas trop sûr du prix des choses en ville mais il avait en effet de quoi tenir deux-trois jours. Il s'approcha du kiosque du parc qui vendait des hotdogs mais se rappela soudain que dans les lieux de distraction tout était généralement plus cher. Il sortit du parc et trouva un vendeur de kebabs. Il prit un falafel en montrant l'image et retourna dans le parc. Ils n'avait jamais mangé de falafel. La ville avait changé depuis la dernière fois qu'il était venu, il y a longtemps. Généralement, il se contentait de l'épicerie du village le plus poche et s'il avait besoin d'aller à la pharmacie, il se rendait jusqu'à la prochaine bourgade. La grande ville, c'était trop de bruit, trop de choses à voir, trop de choix. Ca l'amusa de goûter quelque chose de nouveau. C'était bon mais difficile à manger. Il s'en mit partout, du yogurt tacha son pantalon. Il se rendit jusqu'à la fontaine et le frotta avant de se laver les mains et la bouche puis il but. Il aurait dû prendre une bouteille. Il chercha un supermarché et acheta la bouteille d'eau la moins chère puis retourna s'assoir dans le parc. Il faisait maintenant sombre et il y avait encore quelques joggers et quelques promeneurs avec leur chien. Un groupe d'ados bruyants buvaient de la bière en écoutant de la musique sur la machine la plus bruyante qu'Albert ait jamais vue. Même la terre n'avait pas fait autant de bruit en avalant sa forêt. Certains se trémoussaient en rampant sur le sol. Ils semblaient mimer des situations en dansant, ils se contorsionnaient de manière étrange et se défiaient les uns les autres. Plus loin, un autre groupe fumait en buvant des bières et en riant bruyamment. Des femmes apparemment. Elles portaient les mêmes vêtements sportifs que les garçons. Un jeune homme s'amusait à faire des figures avec son vélo. Albert se dit que le monde avait bien changé, et qu'il changeait en ville. Il se dit que le parc était le territoire des jeunes le soir. Il se dit qu'il ne se souvenait plus trop de ce qu'il faisait pour s'amuser quand il avait leur âge. Il ne croyait pas avoir jamais traîné ainsi dans un parc. Où trainait-il alors? Probablement au café du village. Il n'avait jamais fréquenté beaucoup de monde en fait.

Il se leva et s'éloigna. Il n'avait aucune idée où aller mais il était sûr de ne pas vouloir aller à la police. Qu'auraient-ils pu faire pour l'aider? Il ne voulait pas non plus aller à l'hôtel, c'était trop cher. Il hésita un moment à retourner dans le supermarché pour acheter une tente et du pain, un parapluie mais se dit qu'à cette heure-ci ça devait avoir fermé. Il entra dans la gare. Il y avait encore plus de monde que dans l'après-midi, des gens pressés à l'air agacé ou apathique qui fonçaient dans le tas comme s'ils ne voyaient pas la foule, un jeu de dynamique ou tout le monde convergeait, s'entrecroisait, se glissait les uns entre les autres sans jamais se toucher, comme les nuées compactes d'oiseaux qui jamais ne se touchent. Albert se rangea dans un coin à l'abri des passants et se mit à les observer. Il trouvait cela fascinant. Il essayait d'en suivre un des yeux mais le perdait aussitôt, remplacé par un autre. Tous différents. Tous semblables. Au bout d'un moment, Albert s'assit contre le mur et se concentra sur les pieds, la forêt de jambes identiques se terminant par des chaussures de ville. Les chaussures de femmes rivalisaient d'originalité en formes et en couleurs, en grâce. Il les trouvait magnifique ces pieds enveloppés dans des chaussures qui sans le pied eussent parues kitsch ou étrange et le pied banal mais qui ensemble créaient un objet d'une beauté parfaite. Il n'avait jamais remarqué auparavant combien les pieds peuvent être beaux. Perdu dans sa contemplation des pieds des passants, il entendit soudain sonner des pièces près de lui et ses yeux se posèrent sur deux lunes pleines qui brillaient à ses pieds. Il voulut protester, les rendre, mais les pieds qui lui avaient fait l'obole avaient déjà été engloutis par la forêt épaisse des jambes pressées. "Voilà qu'on me prend pour un mendiant" se dit Albert en se relevant, "de quoi je dois avoir l'air."

Il longea le mur, appréhendant de pénétrer dans la foule. Ce n'était pas son rythme. C'était trop pour lui. Il s'approcha du tableau des départs puis acheta au distributeur un billet pour la destination du prochain train et se précipita vers le quai. Il avait trois minutes pour sauter dans le train. Il aurait dû prendre un billet pour le départ suivant. Il sauta à bord alors que le chef de train sifflait et les portes claquèrent derrière lui. Le wagon était presque vide. Il s'assit près d'une fenêtre. Seul. Bercé par le train. L'agitation de la ville défilait à la fenêtre et il la contemplait en silence. Comme s'il avait appartenu à un autre monde. Plus loin, en face de lui, une jeune femme emmitouflée dans une longue doudoune à col épais lisait "Les braises". Bientôt, il s'endormit. Quand il se réveilla le wagon était chaudement éclairé contre les ténèbres dehors et se balançait en chantant. On aurait dit un mouvement perpétuel, un instant d’éternité. Les quelques passagers dormaient ou lisaient. La lectrice était partie. Pendant un instant Albert se dit qu'il pourrait vivre dans les trains, de trains en trains, la nuit. Il s'allongea sur la banquette et se laissa bercer. Il se rendormit. C'est le contrôleur qui le réveilla. "On est arrivé, monsieur" disait-il en le secouant par l'épaule. D'un geste automatique Albert lui tendit son billet. Puis il sortit.

C'était une petite ville, avec une petite gare à l'architecture ancienne. Obscure. Tout était fermé. L'horloge rétroéclairée affichait 4h10. Les portes étaient fermées mais plus loin une grille était ouverte pour laisser sortir les passagers du dernier train. Quelques taxis attendaient dans lesquels s'engouffrèrent les rares arrivants tandis que d'autres disparaissaient dans la nuit. Bientôt Albert fut seul dans la ville déserte. Une route descendait vers ce qu'il s'imagina être la direction du centre. C'était du moins la direction qu'avait prise tout le monde. Il la suivit donc de lampadaire rose en lampadaire rose, ses pas résonnant dans la nuit. L'étranger qui rôde. Il déboucha bientôt sur la grande place pavée, avec sa fontaine qui chantait et des bâtisses anciennes qui de jour devaient attirer les touristes. Des gargouilles de fer forgés en forme de basilics et de dragons l'observaient. Les drapeaux pendouillaient. La fontaine, seul élément de vie, gargouillait joyeusement. L'eau jaillissait de la gueule de basilics noirs. Albert se pencha au-dessus de l'eau et en recueillit dans ses mains jointes pour boire puis il traversa la place et choisit une route qui descendait. Avant de remonter. Une ville bâtie sur des collines. Au sommet s'élevait une église et depuis l'église il vit l'eau. Au bas de la ville. La mer. Ca faisait depuis la gare qu'il la respirait sans comprendre, qu'il en suivait l'effluve. C'était la première fois depuis que la terre avait avalé sa forêt qu'il savait où il allait. Il descendit les rues pavées et raides à petits pas rapides, perdit un instant la mer de vue alors qu'il passait dans une rue étroite et sinueuse puis suivit une avenue plus large avec des terrasses endormies, les tables et les chaises enchaînées pour qu'elles ne s'échappent pas la nuit, sait-on jamais. Albert en remarqua qui avaient d'ailleurs des pattes griffues de lion (ou de basilic?). Ça l'amusa beaucoup.

Finalement, il rejoint le port. Au loin s'élevait un phare dont le faisceau balayait la nuit, peignant un paysage qui disparaissait aussitôt après son passage, avalé par l’obscurité. Cela ne décourageait pas le phare pour autant, imperturbablement il repeignait son oeuvre qui toujours disparaissait. Une maison sur une colline éloignée, des arbres endormis, la route sinueuse qui grimpait sur la colline, la mer, le quai et ses bateaux. Avec quelques nuances subtiles: un bateau qui penche plus, un chat qui saute d’un mur, un arbre qui s’étire. Albert s'assit sur un muret et contempla longtemps l'apparition-disparition du paysage. Avalé par le néant, comme sa forêt, il réapparaissait comme une illusion. Sa forêt était une illusion. Peut-être était-elle revenue? Peut-être pourrait-il la faire revenir? Mais ce n'était pas comme si un ouragan l'avait rasée. Alors, il serait resté, il aurait nettoyé, replanté, regardé grandir la nouvelle forêt. Au lieu de cela, il n'y avait plus qu'un gouffre profond en lieu et place de sa forêt. Un gouffre profond comme la mer. Il lui vint soudain à l'esprit qu'il contemplait en face de lui un gouffre immense, plus grand que les continents, un abysse inexplorable, rempli d'eau. Et de vie. Cette pensée le réjouit. "Le vide se remplit toujours", se dit-il, et généralement de vie.

Au-delà des quai s'étendait une petite plage de rochers et de galets avec quelques plaques de sables. Il s'installa à l'abri des rochers et s'allongea sur une plaque de sable. Il avait froid. Il aurait dû prendre un manteau. Il était sorti du lit et était parti ainsi, dans le pyjama d’hiver dans lequel il avait dormi. Peut-être que le chauffeur avait raison, qu'il devrait se déclarer à la police. Ou retourner à la maison et prendre quelques affaires. Une terrible lassitude s’abattit sur lui. Il se sentit se changer en pierre. Comme si la mort se saisissait de son corps mais le maintenait en vie, histoire qu'il la ressente. Tout lui semblait vain, illusoire, inutile. Sauf le chant des vagues sur la plage. Va, revient, et va , et revient. Avec chaque fois quelque chose de différent. Il se rendormit.

 

Les cris des mouettes le réveillèrent. Des pêcheurs revenaient. C'était un jour de bruine, de vent et de froid. La mer en hiver. Albert s’était pelotonné pour se tenir chaud, sans succès. Il se leva, brossa le sable sur ses vêtements humides et se dirigea vers le port. Un café était en train d'ouvrir. Il était le premier client. Il s'installa près du poêle, à une table en bois dans le vernis de laquelle des clients avaient gravés leur noms. Le patron le lorgna du coin de l'œil et s'approcha. "Fait cru!" dit-il en jetant un regard à la tenue d'Albert. "Fait pas chaud" répondit Albert en se frottant les mains. Il commanda un café et un croissant puis alla chercher le journal. On parlait de son trou. On ne disait toujours pas ce qu'on allait faire à son sujet. Il y avait une photo de lui, devant sa maison. Il ne se souvenait pas qu'on l'avait pris en photo. La légende expliquait qu'il l'avait échappée belle, qu'il dormait quand le sol s'était effondré. Il ne se souvenait pas non plus avoir raconté son histoire. Il jeta un œil au patron qui était occupé derrière le comptoir. Albert continua de feuilleter les rubriques, passa l'économie et le sport et s'arrêta aux annonces nécrologiques. Quelques morts. Quelques histoires dont on connaissait la fin. Quelques âmes qui avaient finalement rempli la deuxième date. On passe notre vie à avoir la moitié de l'annonce nécrologique inscrite avec ce vide derrière le tiret, ce mystère déjà rempli quelque part dans le futur. Il connaissait maintenant les deux premiers chiffres de l'année. Ça se découvrait petit à petit. Comme une carte de tombola à gratter.

Le patron le sortit de ses pensées morbides avec son café et son croissant. Le croissant était caoutchouteux mais le café était bon. Il en reprit un deuxième. Quelques pêcheurs vinrent s'installer à la table de l'autre côté du poêle. "Les travailleurs de la mer", pensa Albert. Ses livres lui manquaient. Les pêcheurs lui lançaient des regards d'habitués qui n'aiment pas voir un étranger dans leur café. Albert replia le journal et aussitôt l'un des pêcheurs tendit le bras vers lui. "Vous avez fini?" dit-il en montrant le journal. Albert hocha la tête et le pêcheur le prit. Quelques instants plus tard il le vit lever la tête du journal et le regarder. Albert se leva, laissa un peu plus que la somme de l'addition sur la table et sortit. Le vent s'était levé et il fut immédiatement transi. "La bibliothèque" se dit-il. Voilà où il pourrait se réfugier. Rapidement, il remonta vers le centre ville, abrité. Et chercha un plan de la ville ou un office de tourisme pour se renseigner. Finalement, il tomba sur la bibliothèque par hasard, sur la grande place, cachée sous une des arcades. Mais elle n'ouvrait pas avant deux heures. Le centre commercial plus loin ouvrait à la même heure. Il se réfugia donc à nouveau dans un café et prit un thé et un autre croissant.

Il était le premier à la bibliothèque. Il faisait agréablement chaud. Il s'installa d'abord au coin journaux et continua de feuilleter la presse confortablement installé dans un fauteuil puis il se dirigea vers les ordinateurs et se connecta. Il chercha d'abord le mot doline et tomba sur plusieurs images impressionnantes d'immeubles engloutis en ville, de routes avalées avec les quelques automobilistes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, de cratère lunaires en Russie, au Guatemala et, sa forêt. « La terre est en train de s’affaisser sur elle-même » dit-il. L’employée leva la tête et lui jeta un regard curieux. Albert baissa la tête. Il y avait beaucoup d'articles à sensation sur sa forêt. Il retrouva plusieurs fois la photo de lui qu'il avait vue dans le journal. D'autres photos montraient sa maison au bord du précipice. Il était toujours possible d'y accéder, se dit-il. Elle n'avait pas l'air de vouloir tomber. Il chercha quelques histoires similaires à la sienne mais n'en trouva pas. Finalement, il abandonna. Il roda un peu dans les rayons et trouva « les travailleurs de la mer ». Il s'installa donc à nouveau dans un fauteuil et se plongea dans la lecture qu'il n'interrompit que pour sortir manger dans l'après-midi. À la fermeture, le soir, il rangea le livre et sortit, dirigeant ses pas vers la gare. Il resta longuement au chaud dans la salle d'attente avant de prendre le dernier train de retour. À midi le lendemain, il était au bord de la route quand le chauffeur passa et le prit à bord. "Des projets?" dit le chauffeur. "Je rentre chez moi" répondit Albert. « Dans la petite maison? Vous ne pourrez pas rester là, c'est trop dangereux." "Je vais y chercher quelques affaires seulement." Le chauffeur hocha la tête. Au bout d'un moment, il dit "Je vous ai vu dans le journal." "Moi aussi" répondit Albert.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Fannie
Posté le 27/04/2020
On ressent bien l’errance d’Albert, son humeur morne, ce sentiment de vide, de vanité, l’impression que sa vie n’a plus de sens. Il doit aussi être déprimé pour se laisser aller jusqu’à devoir dormir sur la plage. Cependant, je pense que tu pourrais exprimer tout ça de manière plus concise. Je comprends ton choix de décrire des choses banales, mais j’ai trouvé ce récit un peu longuet, avec des passages assez maladroits. Dès les premiers paragraphes, je me suis dit qu’il mériterait une réécriture ; et même si tu corrigeais tout ce que je te propose, il y aurait encore des passages à remanier.
Coquilles et remarques :
Pour commencer, il faudrait revoir tous les guillemets (les deux sortes ne devraient pas cohabiter) et les signes de ponctuation (appelés hauts ou doubles) qui doivent être suivis d’une espace insécable, ainsi que tous les « Ca » qui devraient être remplacés par « Ça ».
— Dans le faisceau du lampadaire devant la maison il pouvait voir [Virgules avant « il ».]
— On ne disait pas grand chose [grand-chose]
— "Mange un peu tout de même" dit le chauffeur et Albert obéit. / C'était délicieux, et réconfortant. [Autant il faudrait un signe de ponctuation avant « et Albert obéit » (virgule ou point-virgule), autant la virgule après « délicieux » est superflue.]
— À 5h, ils montèrent dans le camion. [Quand il n’y a pas de minutes, il vaut mieux écrire « 5 heures ».]
— que deux heures et demie plus tard quand le chauffeur le secoua. [Virgule après « tard ».]
— Le chauffeur s'arrêta devant un complexe de hangars gigantesques et lui demanda de descendre et de l'attendre là. [Pour éviter d’avoir deux fois « et », je propose « lui demandant », précédé d’une virgule.]
— Puis il entra et y resta une bonne demie-heure [demi-heure]
— "On va manger et ensuite tu me dis où tu veux que je te dépose" dit le chauffeur mais Albert ne savait pas où il voulait aller. [Virgule après « ensuite », avant « dit » et avant « mais ». / Pour éviter la répétition de « dit », je propose « proposa le chauffeur ».]
— "A la gare" dit-il, par réflexe [À ; pour éviter la répétition de « dit », je propose « répondit-il ».]
— Alors le chauffeur le conduit à la gare [le conduisit]
— de quoi se débrouiller deux-trois jours / il avait en effet de quoi tenir deux-trois jours [« deux ou trois jours » ou « deux à trois jours » seraient préférables]
— "Écoute", dit le chauffeur, je repars dans la direction de ta maison dans deux jours, si tu veux y retourner attends-moi ici [Point ou point-virgule après « dans deux jours » / virgule avant « attends-moi ».]
— En attendant, si j'étais toi j'irai à la police [j’irais]
— Il n'était pas trop sûr du prix des choses en ville mais il avait en effet de quoi tenir [Virgule avant « mais »]
— que dans les lieux de distraction tout était généralement plus cher. [Virgule avant « tout ».]
— Ils n'avait jamais mangé de falafel. [Il]
— depuis la dernière fois qu'il était venu, il y a longtemps. [« Il y a » dans un récit au passé me semble dérangeant ; je propose « il y avait longtemps » ou « longtemps auparavant ».]
— Généralement, il se contentait de l'épicerie du village le plus poche et s'il avait besoin d'aller à la pharmacie [proche / j’ajouterais une virgule avant « et ».]
— Il s'en mit partout, du yogurt tacha son pantalon [yogourt]
— et le frotta avant de se laver les mains et la bouche puis il but / et acheta la bouteille d'eau la moins chère puis retourna [Virgule avant « puis » les deux fois.]
— Un groupe d'ados bruyants / sur la machine la plus bruyante / et en riant bruyamment. [Répétition]
— Des femmes apparemment. [Virgule avant « apparemment ».]
— Il ne croyait pas avoir jamais traîné ainsi dans un parc. Où trainait-il alors? [Comme tu adoptes généralement les rectifications orthographiques de 1990, il faudrait écrire « trainé » par souci de cohérence.]
— Il n'avait aucune idée où aller mais il était sûr [d’où / virgule avant « mais »]
— pour acheter une tente et du pain, un parapluie mais se dit qu'à cette heure-ci [virgule avant « mais »]
— un jeu de dynamique ou tout le monde convergeait [où]
— se glissait les uns entre les autres sans jamais se toucher, comme les nuées compactes d'oiseaux qui jamais ne se touchent. [Répétition du verbe « se toucher ».]
— Il les trouvait magnifique ces pieds enveloppés dans des chaussures qui sans le pied eussent parues kitsch ou étrange et le pied banal mais qui ensemble créaient un objet d'une beauté parfaite. [Placer « sans le pied » entre deux virgules / auraient paru ; pas d’accord du participe et le conditionnel deuxième forme est trop littéraire pour le style ambiant. / étranges / Virgule avant « banal » pour indiquer l’ellipse du verbe. / Cette phrase est très longue et maladroite. Dans tout ce passage, jusqu’à la fin du paragraphe, tu répètes beaucoup le mot « pied(s) ».]
— Il n'avait jamais remarqué auparavant combien les pieds peuvent être beaux [pouvaient]
— "Voilà qu'on me prend pour un mendiant" se dit Albert en se relevant, "de quoi je dois avoir l'air." [Point d’interrogation après « avoir l’air », même si c’est une question rhétorique.]
— Il s'approcha du tableau des départs puis acheta au distributeur un billet pour la destination du prochain train et se précipita vers le quai.[Virgule avant « puis » (à cause de la longueur de la phrase). / Je propose « avant de se précipiter ».]
— chaudement éclairé contre les ténèbres dehors [du dehors]
— qu'il pourrait vivre dans les trains, de trains en trains, la nuit [de train en train]
— "On est arrivé, monsieur" disait-il en le secouant par l'épaule. [Virgule avant « disait-il ».]
— Les portes étaient fermées mais plus loin une grille était ouverte [Virgule avant « une grille ».]
— dans lesquels s'engouffrèrent les rares arrivants tandis que d'autres [Virgule avant « tandis ».]
— Une route descendait vers ce qu'il s'imagina être la direction du centre. [On ne va pas « vers une direction », mais dans une direction. Je propose « vers ce qu'il s'imagina être le centre ».]
— et des bâtisses anciennes qui de jour devaient attirer les touristes. [Il faudrait placer « de jour » entre deux virgules.]
— Des gargouilles de fer forgés / La fontaine, seul élément de vie, gargouillait joyeusement [fer forgé / pour éviter l’impression de répétition, je propose « glougloutait »]
— et en recueillit dans ses mains jointes pour boire puis il traversa la place et choisit [Virgule avant « puis ».]
— Au sommet s'élevait une église et depuis l'église il vit l'eau [une église depuis laquelle]
— perdit un instant la mer de vue alors qu'il passait dans une rue étroite et sinueuse puis suivit [Virgule avant « puis ».]
— Finalement, il rejoint le port [rejoignit]
— Cela ne décourageait pas le phare pour autant, imperturbablement il repeignait son œuvre [Je propose : « qui imperturbablement repeignait » / son œuvre ; ligature.]
— regardé grandir la nouvelle forêt. / en lieu et place de sa forêt. [Répétition]
— Au-delà des quai s'étendait une petite plage [des quais]
— quelques plaques de sables [de sable]
— et s'allongea sur une plaque de sable. [Répétition.]
— des clients avaient gravés leur noms [gravé]
— "Fait pas chaud" répondit Albert [Virgule avant « répondit ».]
— qu'il l'avait échappée belle [Dans cette locution, le participe « échappé » est invariable.]
— Il jeta un œil au patron [un coup d’œil ; « jeter un œil est plus familier]
— "La bibliothèque" se dit-il. [Virgule avant « se dit-il ».]
— Rapidement, il remonta vers le centre ville, abrité [le centre-ville]
— et continua de feuilleter la presse confortablement installé dans un fauteuil puis il se dirigea [Placer « confortablement installé dans un fauteuil » entre deux virgules.]
— de cratère lunaires en Russie, au Guatemala et, sa forêt. [Il faut mettre la virgule avant « et ».]
— "Moi aussi" répondit Albert. [Virgule avant « répondit ».]
MbuTseTsefly
Posté le 30/04/2020
Je ne le vois pas tant déprimé que désorienté - Albert est un vieux garçon très simple qui vivait isolé et de la même manière depuis toujours - j'ai effacé le paragraphe qui le définissait un peu mieux, peut-être que je devrais le rajouter. Je le vois comme quelqu'un de complètement désorienté mais aussi d'assez passif, qui se laisse entraîner, qui suit. Et très sensible à la beauté des choses, aux détails curieux. Il observe mais ne se pose pas de questions pratiques sur comment continuer ou prendre les choses en main. Sans être asocial, il est très introverti.
Merci pour ta lecture et pour tes commentaires.
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 16/03/2020
Coucou,

Je suis un peu partagée sur ce chapitre. Autant je comprends la sidération du personnage, autant j'ai du mal à comprendre qu'il se laisse porter comme ça au point de passer la nuit dehors sur une plage alors qu'il aurait pu l'éviter. Ca me surprends un peu venant d'un senior sans défense si je puis dire. Ceci dit, je comprends ton choix narratif.

En tant que lecteur on a tendance à projeter ce que l'on ferait soi-même et j'admets que même en état de choc, je n'irai pas passer la nuit dehors, je trouverai un moyen d'être à l'abri et de récupérer des affaires au plus vite. Il me semble que l'on a un instinct de survie, mais peut-être qu'effectivement, passé un certain âge on a plus tant d'instinct de survie que ça, on n'a plus peur de la mort.
Je t'écris ce commentaire en réfléchissant en même temps, donc ne t'en fais pas si ça ne fait pas trop de sens :D
MbuTseTsefly
Posté le 16/03/2020
Merci pour ta lecture Petra (je vois que t'as sacrément bossé ce lundi.) Oui, je comprends ton impression. Albert n'est pas tout à fait logique ou plutôt il l'est à sa manière. Il est très simple et a mené une vie isolée et faite d'habitudes inébranlables. J'essaie de me mettre dans sa peau mais j'avoue qu'il m'est assez étranger aussi (d'ailleurs je l'ai perdu de temps à autre quand je le fait trop parler).
Sinead
Posté le 29/02/2020
C'est sûrement ton texte le plus descriptif et le plus fort. On sent le personnage totalement perdu, qui essaye de comprendre ce qui lui a prit sa forêt et toute sa vie. On aimerait tellement l'aider !
L'absence totale de dialogue permet vraiment aux émotions de ressortir du texte, c'est quelque chose que j'aime beaucoup dans un récit :)
MbuTseTsefly
Posté le 29/02/2020
Merci pour ton commentaire très positif, Albert est un récit qui me donne du fil à retordre mais un personnage auquel je suis attachée, peut-être parce que je le comprends mieux que les autres. J'ai eu peur néanmoins que ces descriptions de choses assez banales ennuient.
Vous lisez