À la frontière des mondes

Notes de l’auteur : Je publie Wargad pour la première fois, c'est en cours de correction et réécriture donc je m'excuse à l'avance pour les fautes qui ont échappé à ma seule vigilance. Certains passages sont dans une conlang de mon invention, j'ajouterai la traduction dans une annexe (si l'option est possible sur PA et que je la trouve).

Je suis ouverte à toutes les critiques, sur tous les aspects de mon œuvre. Je vous remercie en avance pour votre lecture et toutes les remarques que vous me parviendrez!

CHAPITRE 1

À la frontière des mondes

           

D’aussi loin dont je me souvienne, j’avais toujours cherché la magie autour de moi.

Quand j’étais petite, j’avais pour habitude de chasser les fées dans la forêt. Ma mère me courait après, suivant l’écho de mon rire. Un jour, cependant, ma candeur partit en fumée.

— Prudence ! appela-t-elle.

La petite lumière féérique que je poursuivais – qui était sans doute une luciole ou un insecte quelconque – réussit à m’échapper. Après avoir trébuché sur une racine, je tombai de tout mon long, mais à cinq ans, on se soucie peu de la boue ou des égratignures. La fée vola droit vers un chêne et disparut dans les feuillages. J’allais tenter de grimper quand une lueur à mes pieds attira mon attention. Je me baissai et ramassai une petite pierre bleue translucide.

— Prudence ! Ne pars pas en courant comme ça ! Tu sais que c’est dangereux par ici ! s’écria ma mère lorsqu’elle arriva à ma hauteur et s’agenouilla face à moi pour s’assurer que je n’étais pas blessée, elle remarqua ce que je tenais dans ma main. Qu’est-ce que c’est ?

Je lui montrai la gemme à la couleur des rêves, émerveillée de l’avoir trouvée. La chaleur de son sourire illumina ce jour du vingt-huit Iwän.

On entendit au loin des chevaux et son expression s’assombrit. En un instant, elle me prit dans ses bras et se releva pour partir au plus vite. Avant qu’elle n’ait pu faire quelques pas, des cavaliers arrivèrent et nous entourèrent pour nous bloquer. Leurs armures vertes et bleues se fondaient dans le paysage. Ils commencèrent à tournoyer autour de nous, tel un carrousel menaçant.

— Taŵth da’kashä faneirkes ! s’écria le premier elfe dans sa langue.

— Kalä’keh, ir… bafouilla-t-elle, cherchant le peu de vocabulaire qu’elle possédait en elfique. Je n’avais aucune intention de commettre le moindre mal ! Veuillez m’excuser ! Je suis Catherine Bunker, je gère l’auberge à l’entrée du village de Lamania ! continua-t-elle.

Il y eut un moment de silence. On ne pouvait pas distinguer l’expression de l’elfe derrière son casque. Sa voix resta dure, même lorsqu’il s’exprima dans la langue commune :

— Que faites-vous ici ? Vous êtes au-delà des frontières du Royaume de Belo. L’accès à Lómáwen est interdit aux étrangers.

— Je ne voulais pas faire le moindre mal ! C’est… c’est l’anniversaire de ma fille et elle… elle est partie vers la forêt.

L’elfe porta son attention sur moi. Il leva la main et immédiatement, la demi-douzaine de cavaliers s’arrêta. Il y eut un long moment de silence, interrompu par le souffle du vent dans les arbres.

— An ek silmalari othi lelöri, maïke ŵth af bogirkes, ordonna-t-il à deux de ses hommes. Mes compagnons vont vous accompagner jusqu’à la frontière. Ne venez plus ici. Les temps sont dangereux.

Ma mère s’empressa de suivre les deux gardes elfes sur leurs montures. Ils nous accompagnèrent au-delà du pont qui traversait le fleuve Calnaïa marquant la frontière entre le Royaume de Belo et les terres elfiques de Lómáwen. Notre village se trouvait au croisement de quatre grands territoires et les routes étaient toujours prisées par les marchands… mais pour la première fois, il y avait une file noire, sans fin, de nains. Leurs expressions étaient sombres et misérables, leurs visages étaient recouverts de poussière et striés de larmes encore humides. Ce n’étaient pas des marchands, mais des familles entières, des soldats, des blessés transportés dans des chariots qui étaient remplis avec autant d’effets personnels que possible…

Ma mère me serra plus fort contre elle. Plus que l’effroi de cette vision d’exode, je me souvenais clairement de l’expression de son visage, remplie d’une détresse absolue.

— Que… que se passe-t-il ? demanda-t-elle dans un souffle.

L’un des elfes qui nous avaient accompagnées se tourna vers nous d’un air désemparé.

— L’Empire de Sombor a décidé de passer à l’attaque. Le royaume des nains de Dharndum est tombé. Ce sont les survivants, ils cherchent sans doute à trouver asile auprès des nains de Mulrim. Dorénavant, ne pénétrez plus sur le territoire de Lómáwen sans autorisation… nous ne serons pas aussi cléments la prochaine fois.

Ma mère courut jusqu’à la petite colline au sommet de laquelle se trouvait l’auberge bondée. Quelques nains étaient là, racontant les batailles et la fuite, les terrifiants orcs et la détresse d’avoir perdu leurs proches. Les quelques marchands qui avaient traversé la frontière du Royaume de Belo, et presque tout le village de Lamania, étaient rassemblés pour écouter les récits atroces. Ma mère, et les autres employés de l’auberge, étaient débordés et elle m’envoya dans ma chambre, pour ne pas entendre toutes ces histoires. Au lieu d’y aller, je continuais de grimper jusqu’au grenier pour ouvrir la fenêtre tournée vers le nord. La file sans fin du peuple déchu s’étendait jusqu’à l’horizon où de la fumée noire s’élevait encore, loin, loin au-delà des étendues de collines que je ne pouvais pas encore assimiler.

Je n’avais que cinq ans lorsque j’assistais à cet évènement. Bien que cela appartenait à l’Histoire de Dareia, une sombre et triste ligne pour les nains abattus, j’étais trop jeune pour saisir l’horreur de ce que je voyais. La vision de cette procession de nains anéantis par la perte de leur royaume continuait de me hanter.

Notre village, Lamania, se trouvait à la croisée de plusieurs États et de trois des routes principales à l’est de l’immense continent de Sehaliah. Avec cet emplacement géographique adéquat, je rencontrais constamment des voyageurs et commerçants de toutes origines, humains, nains et elfes, parfois même d’autres peuples. Avec la menace de l’Empire de Sombor, ma mère craignait pendant un moment que les voyageurs ne se fassent plus rares, mais il n’en fut rien. Satisfait d’avoir étendu son territoire et obtenu les richesses des montagnes du royaume nain de Dharndum, Sombor continuait son existence indépendante, sans se soucier du reste de Sehaliah.

Mais la rumeur qu’un pouvoir sombre grandissait dans l’Empire de l’Est était une discussion constante. Généralement tard dans la nuit, quand la plupart des clients étaient partis se reposer, rassasiés et réchauffés par un bon repas, ou lorsque l’alcool déliait les langues, on entendait les récits d’horreurs de l’Empire de Sombor.

J’aidais souvent ma mère, ainsi qu’Adela, Hilda et Milly, les deux cuisinières et la serveuse qui travaillaient à l’auberge du « Roi Doré ». Elles étaient ma famille autant que ma mère, toutes les quatre m’avaient élevée et gâtée. Adela me donnait toujours des biscuits en secret, Hilda essayait d’être dure avec moi mais m’avait enseigné toutes ses spécialités, et Milly faisait toujours mine d’ignorer que je n’étais pas encore montée me coucher quand un client racontait ses voyages à travers Sehaliah. Cette dernière était la seule étrangère du village, venant du Royaume de Nylad. Ma mère l’avait prise sous son aile lorsqu’elle était arrivée à seize ans, fuyant un mariage arrangé par ses parents. Elle n’avait que dix ans de plus moi quand elle nous rejoignit, et elle devint rapidement ma seule et meilleure amie. La plupart des autres enfants du village, voire même certains adultes, me trouvaient trop étrange. Le seul homme qui vivait avec nous était Warin, qui s’occupait des écuries et des montures des voyageurs. Il avait la cinquantaine, grand et frêle. Il était froid et distant avec tout le monde sauf avec les animaux dont il s’occupait. L’été, les nuits de fête, ou lorsque les voyageurs étaient plus nombreux que d’habitude, je les aidais tous les cinq.

J’avais dix ans lorsqu’un elfe portant une cape brune arriva dans notre auberge. Il était aimable et poli, comme la plupart des elfes que j’avais croisés dans ma vie mais il y avait quelque chose de différent dans la façon dont il m’observait. Il ne me lâcha pas du regard lorsque je le guidai à une table, puis lui servis à manger.

— Prue, tu connais cet elfe ? me demanda Milly entre deux allers-retours, portant des plateaux remplis d’assiettes.

Elle le fixa d’un air suspicieux. Il restait silencieux dans un coin de la salle, mangeant son repas sereinement.

— Non, pourquoi ?

Elle ne répondit pas tout de suite, puis lança un regard autour de nous, cherchant ma mère.

— Tu vas aider Adela et Hilda à la cuisine, Catherine et moi, on s’occupe de gérer la salle, d’accord ?

C’était une demande étrange, mais j’hochai la tête, m’exécutant.

— Maman, appelai-je, Milly m’a demandé d’aider ici pendant que vous deux servez en salle.

— Pourquoi une telle décision ? s’enquit-elle, en essuyant ses mains sur un tablier.

— Aucune idée, je crois que c’est à cause d’un elfe.

Elle s’immobilisa, puis acquiesça rapidement, essayant de cacher son trouble soudain.

— Je vois. Reste ici, et ne bouge pas, Prudence.

Elle partit, et rapidement, Hilda requit mon aide pour les plats qui devaient partir dans la salle pour tous ces voyageurs affamés.

Plus tard, dans la soirée, l’elfe n’avait toujours pas quitté l’auberge, quand ma mère m’envoya me coucher. Mais j’étais incapable de dormir quand j’étais aussi distraite. À travers la porte, j’entendis le grincement du parquet et le rythme des pas fatigués d’Adela et Hilda qui se rendaient dans leur chambre. Leurs voix étaient étouffées mais je distinguai leurs paroles :

— J’ai vu Catherine en bas, il y a encore des bougies allumées. Elle a fini les comptes, non ?

— Elle est restée parler avec l’elfe, répondit Hilda.

Le ton de sa voix était sévère, ce qui acheva de me rendre encore plus curieuse.

Une fois que j’entendis leur porte se fermer, je me relevai et sortis dans le couloir frais. Je marchais sur la pointe des pieds, évitant toutes les planches qui faisaient du bruit. Depuis le haut des escaliers qui menaient à la salle, j’aperçus ma mère, qui finissait de nettoyer quelques tables.

— Tout va bien, tu le vois, non ? continua-t-elle fermement. Tu n’as aucune raison de t’inquiéter.

L’elfe, qui avait enlevé sa cape pour révéler une tenue de voyage bleue et verte, et avait posé une épée contre une table, ouvrit la bouche pour répondre. Il s’immobilisa et leva ses yeux vers moi. Je sursautai et me retournai, commençant à grimper les escaliers mais ma mère me vit.

— Prudence ! appela-t-elle avant de soupirer. Je t’ai vue, tu peux descendre…

J’hésitai un moment, une planche craqua sous la pointe de mes pieds. Je rejoignis la salle.

— J’avais faim… je ne pensais pas que tu serais occupée avec…

Mon regard dévia sur l’elfe qui afficha un rictus amusé. Ma mère, cependant, me fixa d’un air dur et croisa les bras, sachant parfaitement que je n’avais pas faim. Quelque chose me disait que l’elfe l’avait également deviné.

— Prudence, je te présente Calador, un elfe de Lómáwen… et un ami que ton père et moi connaissons depuis longtemps.

Calador inclina légèrement la tête lorsque je me tournai vers lui.

Mon père, Seward Bunker, avait rencontré ma mère lors d’un voyage à la capitale du Royaume de Belo, Bereg. Ils étaient tombés amoureux et ils étaient rentrés à Lamania lorsqu’il avait hérité de l’auberge par sa tante. Il était mort d’une maladie quand j’étais encore bébé, et je n’avais aucun souvenir de lui. Mais grâce à tout ce que me racontait ma mère, j’avais une idée de l’homme qu’il avait été.

— C’est un honneur de te revoir après toutes ces années, Prudence, dit Calador dans la langue commune.

— Tu me connais ? On s’est déjà vu ? demandai-je.

— Quand tu étais bébé, avant que Seward ne continue son voyage vers les Quatre Îles, j’ai eu l’occasion de te rencontrer. J’ai passé ces dernières années à voyager dans tout Sehaliah, et je reviens enfin à Lómáwen.

— Si tu connaissais mon père, tu pourrais me parler de lui ? S’il te plait ? plaidai-je.

Il lança un regard à ma mère qui me sourit tristement.

— Prudence, je t’ai dit tout ce que tu dois savoir à propos de ton père… Et Calador doit retourner chez lui à Lómyndel, la capitale elfique.

— Je peux te parler de ton père, cela ne me dérange pas, interrompit Calador avec un sourire.

Il posa un genou à terre pour me faire face.

— Je dois absolument retourner à Lómyndel demain matin, mais je reviendrai te voir, pour te parler de ton père. Et si tu veux je pourrais même t’apprendre d’autres choses.

— Vraiment ? Comme quoi ? Les elfes ne veulent jamais m’apprendre quoi que ce soit, même si je veux apprendre à parler elfique !

— Je t’apprendrai, dans ce cas.

— Et quoi d’autre ? Qu’est-ce que tu sais faire ? Tu m’apprendras ça ? continuai-je, pointant son épée.

Il suivit mon regard puis rigola doucement. C’était un son doux et chaud, comme du miel.

— Tu es peut-être encore un peu jeune pour une grande épée comme cela, mais…

Il se leva et fit quelques pas vers sa cape et son sac de voyage. Il prit un arc en bois et un carquois rempli de flèches.

— Calador, non– commença ma mère.

— Pourquoi pas ? Cela ne lui fera pas de mal d’apprendre à maîtriser une arme. Et l’arc lui permettra de garder une distance de sécurité.

— Je n’aime pas ça… maugréa-t-elle, posant ses mains sur mes épaules et m’attirant auprès d’elle d’un air protecteur.

— C’est ton choix, Prudence, fit Calador en se baissant à ma hauteur.

Il me montra l’arc, presque aussi grand que moi. Je le pris sans hésiter, caressant le bois et tirant la corde.

— Cet arc est trop puissant pour toi, donc tu ne dois pas l’utiliser, au risque de te blesser et de prendre de mauvaises habitudes.

— Dans ce cas, pourquoi me le donner ? demandais-je.

— Considère cela comme une promesse. Un jour, quand tu seras plus grande, je t’autoriserai à tirer avec cet arc. Lorsque je reviendrai vous voir, continua-t-il en se redressant, lançant un regard à ma mère, je t’apporterai un arc adapté pour les jeunes elfes.

— Mais je ne suis pas un elfe, répliquai-je.

— Cela a peu d’importance pour les débutants. Souviens-toi, ne l’utilise pas tant que je ne t’y ai pas autorisée. Les promesses sont très importantes pour les elfes, ce ne sont pas de simples paroles. Elles sont liées à notre âme et rompre une promesse c’est condamner notre destin à nous trahir. Es-tu prête à me promettre de ne jamais utiliser l’arc avant que je ne t’y autorise ?

Je hochai la tête, même si je ne comprenais pas tout ce qu’il me disait. Son sourire s’étendit lorsqu’il continua :

— Dans ce cas, il faut dire Mithellen. Cela peut se traduire par « Je promets » mais c’est bien plus profond que de si simples mots.

— Mi…thellen… hésitais-je.

Il me présenta sa main, longue et élégante. Je mis la mienne contre sa paume, ses doigts étaient plus rugueux que ce à quoi je m’attendais.

— Prudence, ili cŵline. Mithellen.

— Quand est-ce que tu reviendras ?

— Prudence, ne sois pas aussi vulgaire, il est sans doute très occupé, gronda ma mère.

— Je reviendrai dès que possible, mais soyez assurées que je serai de retour avant le solstice d’été.

Le lendemain, lorsque je me levai, Calador était déjà parti. Pendant les semaines qui suivirent, ma mère et moi discutâmes longuement de sa promesse de m’en apprendre plus sur mon père, ainsi que l’elfique et l’art des armes. Je voyais bien qu’elle ne voulait pas que je fasse une telle chose, car cela me rendrait encore plus intrépide, mais elle finit par me laisser décider par moi-même.

Tous les jours, j’observais l’arc, impatiente de pouvoir apprendre à m’en servir, et avoir la force nécessaire pour manier cet arc-. Il avait été taillé dans un bois gris pâle, avec des gravures blanches et élégantes tout le long. Le carquois était similaire, avec l’emblème du peuple elfique de Lómáwen : un paon vert et bleu faisant fièrement la roue.

Le solstice d’été approchait et Calador n’était toujours pas revenu. Il avait dû m’oublier, et ne reviendrait jamais, encore moins pour m’apprendre quoi que ce soit.

Un jour que j’essayais de chasser mon ennui en imaginant des animaux dans les nuages blancs à l’horizon, mon regard fut attiré par un cheval blanc. Une grande bête puissante qui transportait un cavalier à la cape verte, bleue et dorée.

Revigorée, je me redressai et descendis les escaliers en courant, traversai la salle de l’auberge et la cour où s’alignaient les étables pour les chevaux.

— Bonjour, Prudence, salua Calador lorsqu’il arriva au portail de l’auberge.

— Calador ! Tu es revenu ! m’exclamai-je.

— Évidemment, je suis revenu. Je t’ai fait une promesse, non ? fit-il en descendant de sa monture.

J’étais si heureuse que je l’engouffrai de mes bras. Il sembla surpris par une réaction aussi enthousiaste, et ne sut comment réagir pendant un long moment. Il finit par me rendre l’étreinte maladroitement, tapotant mon épaule sans vraiment savoir quoi faire. Je m’écartai de lui et il prit un paquet emballé d’un lourd tissu bleu, qu’il me tendit. Je l’ouvris curieusement et découvris un arc, plus petit que celui qu’il m’avait offert la dernière fois. Je tirai la corde, et ce fut bien plus facile.

— Je vais parler avec ta mère, puis on commencera notre première leçon, d’accord, nantë ?

— Qu’est-ce que cela veut dire ? demandais-je.

— « Disciple », et si tu veux t’adresser à moi en tant que maître, c’est mantë.

— Mantë ! Mantë Calador !

— Calador mantë, corrigea-t-il en rigolant doucement.

Son sourire disparut et je suivis son regard. Ma mère attendait à l’entrée de l’auberge, sans doute pour discuter. Ils cachèrent très bien leurs expressions graves, mais je sentis l’électricité dans l’air.

Calador me donna mon premier cours de tir à l’arc, ou miyŵdann en elfique. Après des heures où il me fit tirer à vide, me faisant découvrir les muscles de mon corps qui devaient travailler, il me laissa enfin tirer sur une cible. Je n’avais pas vu le temps passer mais déjà, le soleil se couchait et on devait retourner à l’auberge. Il y avait très peu de clients, alors dès qu’ils eurent soupé et se furent retirés, on entoura Calador pour écouter ses récits.

C’était un capitaine de Lómáwen, envoyé ces dernières années un peu partout à travers Sehaliah, et maintenant qu’il était de retour, il avait la charge de garder les frontières. Mais surtout, il protégeait le Bilderŵ, le grand chêne sacré qui se trouvait sur les terres des elfes. D’après Calador, le Bilderŵ, et le lac Ilygad à ses côtés, étaient magiques, des passages menant aux mondes des Enaidi, les puissants êtres créateurs qui étaient à l’origine de tout ce qui nous entourait. Calador avait rencontré mon père lors d’un voyage mais ce fut quelques années plus tard, lorsque ma grand-mère mourut en lui laissant l’auberge familiale, que mon père s’était installé définitivement à Lamania. De là, l’amitié entre lui et Calador avait grandi.

Lorsqu’il se retira dans sa chambre, j’aidai ma mère à rassembler tous les livres de comptes.

— Maman, de quoi avez-vous parlé plus tôt avec Calador ? Vous aviez l’air de savoir quelque chose que vous essayez de me cacher.

Elle releva la tête, ses yeux verts agrandis par la stupéfaction.

— Je ne cesse d’être surprise par tes capacités d’observation… murmura-t-elle avec un sourire fatigué.

Je restai silencieuse, ne sachant comment réagir. Était-ce un compliment, ou était-ce une mauvaise habitude de ma part que je devais corriger ?

— On a effectivement discuté, de choses graves. On te le cache uniquement parce que tu es trop jeune pour comprendre, mais un jour, tu sauras tout.

— Si je suis assez observatrice pour comprendre que vous me cachez quelque chose, je suis assez grande pour comprendre ce que vous avez à me dire, répliquai-je.

Une nouvelle fois, elle me fixa d’un air éberlué.

— Quand es-tu devenue aussi vive d’esprit ? demanda-t-elle avec une expression tendre. Non, tu as toujours eu l’esprit vif… mais tu étais trop timide pour partager tes pensées et tes opinions. Tu gagnes en confiance, ma chérie, je suis fière de toi.

— Tu essaies d’éviter le sujet… de quoi avez-vous parlé ? insistai-je.

Elle soupira profondément, puis rassembla tous les documents sur la table, et souffla les quelques bougies sur son bureau. Elle se releva et prit mon visage entre ses mains, repoussant en arrière mes cheveux bruns et bouclés, si différents de son roux flamboyant.

— On a parlé de la situation avec l’Empire de Sombor, de ce que Lómáwen comptait faire, de ce que Calador sait concernant Dharndum, Nylad ou même Belo…

— Et alors ?

— Sombor est calme, et tous les États restent vigilants, sans chercher la guerre, répondit-elle en prenant la dernière bougie pour qu’on monte à l’étage.

— Pourquoi est-ce que tu t’intéresses à tout ça ?

— Prudence, ce qu’il se passe autour de nous est important. Les guerres influencent le commerce et les échanges. Elles bloquent certaines routes ou marchandises, pendant que d’autres marchés émergent. S’il n’y a plus de commerce ou d’échanges, l’auberge… nous n’aurons plus de clients.

Elle fit une pause, et embrassa mon front pour me souhaiter une bonne nuit.

— De plus, on vit à la frontière, ce qui signifie que c’est l’un des endroits les plus dangereux. Je veux m’assurer que tu sois en sécurité. C’est la seule chose qui compte pour moi.

Elle me poussa doucement dans ma chambre.

— Tu as une longue journée qui t’attend demain. Calador est impatient de continuer à t’enseigner tout ce qu’il peut.

Avec son devoir de capitaine frontalier et Gardien du Bilderŵ, un Atercó, Calador ne pouvait pas rester avec nous plus que quelques jours, mais il promit de revenir. Il nous rendait visite pour plusieurs jours, environ tous les mois. Il continua de m’enseigner le miyŵdann, ainsi que l’elfique, comment monter à cheval, et comment vivre avec la forêt. Il m’apprit les plantes et les baies qui soignaient, qui nourrissaient, ou au contraire que je ne devais pas toucher. Il m’emmenait toujours dans une clairière frontalière entre les montagnes du royaume nain de Mulrim et les collines du royaume humain de Belo. Elle était bordée par suffisamment de forêt pour qu’on puisse l’explorer sans courir le risque d’entrer sur le territoire de Lómáwen.

Les saisons s’enchainèrent, les années passèrent, et tandis qu’il restait aussi beau que le jour où je l’avais rencontré, je grandissais et devenais de plus en plus têtue – du moins, d’après ma famille, mais je n’avais pas la moindre idée de ce dont ils parlaient.

— Allez, Prudence ! Tire sur ces bras, pousse sur ces jambes !

Je levai la tête pour foudroyer mon mantë du regard. Calador se contenta de rire, appuyé nonchalamment contre le tronc de l’arbre, parfaitement à l’aise à plus de trente mètres du sol.

— Contrairement à toi, je n’ai ni la force ni l’agilité innées des elfes ! répondis-je en gravissant les dernières branches pour arriver au sommet.

— Un jour, peut-être, si tu travailles dur, continua-t-il.

Le vent souffla et nous rafraîchit. Il prit une grande bouffée d’air frais. Il ferma les yeux et respira les essences de la forêt dans laquelle il avait grandi et qu’à présent, il protégeait.

Pendant qu’il prenait le temps de profiter du plein air, je me tournai de l’autre côté de la forêt. De cette hauteur, je pouvais voir au loin le lac Ilygad qui brillait sous le soleil, et le grand Bilderŵ qui se tenait fièrement à ses côtés. Ils ressemblaient à n’importe quel autre lac, n’importe quel autre chêne, mais même d’ici je pouvais sentir la magie qui en émanaient.

— Prudence ?

Je me tournai vers Calador qui me fixait d’un air anxieux, sourcils froncés. Il avait dû m’appeler plusieurs fois.

— Tu es distraite, et tu es plus fatiguée que d’habitude. S’est-il passé quelque chose de particulier ? demanda-t-il.

— Non, simplement tu m’épuises avec tous tes exercices éreintants, répondis-je bien qu’il savait que je ne m’en plaignais pas vraiment.

— Prudence. Que se passe-t-il ? insista-t-il.

Je restai silencieuse, tournant de nouveau mon attention vers le Bilderŵ. Calador resta calme et inébranlable, mais je sentis son trouble.

— Tu te souviens du rêve que je fais depuis toute petite ? commençai-je.

— Celui avec le Bilderŵ, oui. Tu m’avais demandé conseil mais j’avais été incapable de t’aider jusqu’à ce qu’un mage passe dans une ville voisine. Ta mère t’y avait emmenée.

Je marquai un moment de pause, respirant profondément en observant l’étendue de Lómáwen et du Royaume de Belo, imaginant tant d’autres terres au-delà de l’horizon.

— J’ai cru que ce rêve avait fini par cesser grâce à ce que ce mage m’avait donné, mais… ce n’est pas le cas. Après un temps, il est revenu et ces derniers mois, il est devenu de plus en plus… intense.

— Raconte-moi ce rêve, sollicita-t-il d’une voix ferme.

— Juste… des flashs. Je vois le Bilderŵ, même si je n’y suis jamais allée. Je me trouve au pied du chêne. J’entends des voix non-humaines de créatures qui essaient de capturer une femme. Elle court pour leur échapper. Il fait nuit, il y a une tempête et un éclair illumine le chêne. Puis je me réveille.

Je déglutis, lançant un regard au chêne. Le vent secoua de nouveau la forêt et fit bruisser les feuilles. Malgré le soleil de printemps, l’air était glacial.

— Quand je me réveille… j’ai l’impression d’entendre des voix, des murmures… qui m’appellent et me demandent d’aller auprès du chêne. C’est… c’est ce qui m’effraie le plus. J’ai peur qu’un jour, en pleine nuit, j’aille écouter ces voix et traverser la forêt pour rejoindre le chêne, expliquai-je d’une voix tremblotante.

Calador resta silencieux si longtemps que je finis par me tourner vers lui, avec l’espoir qu’il ait une explication à ces rêves étranges qui me hantaient depuis toute petite. Son expression était torturée sans que je ne comprenne pourquoi. Il n’osait me regarder, sa respiration était saccadée. Je ne l’avais jamais vu comme ça.

— Calador… ? hésitai-je, posant une main sur son bras, inquiète par sa réaction.

— Ce ne sont que des rêves, tu ne devrais pas t’en soucier, répondit-il, commençant à descendre l’arbre.

— Que des rêves ? Tu me dis toujours que tout a une signification, une importance, et que les rêves renferment les secrets de notre passé, de nos désirs et de notre avenir ! J’ai rêvé d’un endroit où je ne suis jamais allée et maintenant… maintenant j’entends des voix qui m’appellent pour que je m’y rende ! m’exclamai-je, suivant son élan, bien plus lente que lui.

— Mais je ne connais pas la signification d’un tel rêve, Prudence. Je ne suis pas aussi sage que les Inedor, ou certains elfes qui aiment interpréter les rêves, ou les centaures qui sont les gardiens de leurs secrets–

Il atterrit souplement sur l’herbe, se redressant comme un fier jeune arbre au printemps.

— As-tu déjà rencontré un centaure–

Je perdis ma prise et glissai, brisant les quelques branches dans ma chute avant de rencontrer le sol. Calador m’aida immédiatement à me relever, fronçant les sourcils devant ma maladresse.

— Quand apprendras-tu à regarder où tu mets les pieds, Prudence ? Combien de fois es-tu tombée d’un arbre ou simplement en marchant–

— Ne cherche pas à changer de sujet ! m’exclamai-je en retirant mon bras de son emprise. As-tu déjà rencontré des centaures qui pourraient comprendre ces rêves ? Ou connais-tu des elfes qui m’aideraient ?

Tout en parlant, je massai les parties douloureuses de mon corps après ma chute. Malheureusement, j’avais l’habitude de me blesser à cause des arbres qui refusaient de supporter le poids des délicieux biscuits d’Adela.

— Les clans de centaures se trouvent au royaume d’Olana, ou à la frontière entre les royaumes d’Isimir et de Paramir. La distance est bien trop grande pour que tu puisses la parcourir à ton âge, seule ou accompagnée. Ta mère ne te laissera jamais te déplacer si loin.

Il se détourna pour observer les collines du royaume de Belo. Un long soupir lui échappa, qui fit écho au vent qui soufflait dans les arbres.

— Je connais peut-être quelques elfes… je pourrais essayer d’envoyer des messages, mais sans te rencontrer, interpréter un rêve est quasiment impossible. Et ils ne se déplaceront jamais jusqu’ici alors que la situation est si tendue.

Le bleu se formait déjà sur mon bras gauche. Je me tournai dans la direction du Bilderŵ, même si tout ce que je pouvais voir maintenant était la forêt qui séparait Belo et Lómáwen. Je n’avais pas besoin de voir le chêne, je savais instinctivement où il se trouvait, peu importe la distance et ce qui nous séparait. Je le sentais au plus profond de moi. Je devais m’y rendre, pour comprendre ces rêves.

— Je veux y aller.

Calador se retourna si brusquement que je reculai de surprise. Ses yeux étaient agrandis, un mélange de panique et d’instinct de protection rendait le vert de ses iris presque froid et distant.

— Non, dit-il sans la moindre hésitation dans la voix, et avec une résolution féroce dans son regard.

— Calador, je t’en prie !

— Non ! Je suis un aimael’n goddín, Bilderŵ’n íl en atercaddŵ ! C’est mon devoir et mon honneur de protéger le Bilderŵ contre tous les intrus et les ennemis des Enaidi et des Elidyr !

— Tu penses vraiment que je suis une ennemie des elfes et du Bilderŵ ?! Je veux simplement comprendre ce qu’il m’arrive et pourquoi je suis… pourquoi je suis attirée par le Bilderŵ depuis toujours ! Le Bilderŵ, ou peut-être des êtres comme les Elidyr eux-mêmes sont ceux qui m’appellent la nuit–

— Kasit ! Les Elidyr et les Enaidi, ne font plus partie de Dareia, ils se sont retirés chez eux, au royaume immortel des Berth Ilmeth ! Ne sois pas ridicule, si quelque chose tente de t’attirer au Bilderŵ, il s’agit d’une magie mortelle !

— Tu admets donc qu’il s’agit de magie, conclus-je, encore plus déterminée à m’y rendre.

— Et le moins tu as affaire à la magie, le mieux tu te portes, répliqua-t-il durement. Ne tente pas de te rendre au Bilderŵ. Non seulement ce serait un crime qui te rendrait ennemie de Lómáwen, mais en plus, ce qu’il s’y cache, si cela tente vraiment de t’y attirer, obtiendrait ce qu’il souhaite.

— Mais je ne peux pas rester ici à passer le reste de ma vie sans savoir ce qu’il m’arrive, et ce qu’il s’y cache… Calador, je… je sens au plus profond de moi que je dois m’y rendre, les voix– toutes les nuits, elles m’appellent et m’incitent à quitter l’auberge, traverser les collines, la forêt, pour rejoindre le Bilderŵ. Je ne sais pas ce que c’est, ni ce qui m’attend, et cela m’effraie– mais je sais que si je ne m’y rends pas de mon plein gré, je finirai par y être entrainée sans que je n’aie le moindre contrôle !

Je respirai profondément, réalisant que le vent avait cessé, la forêt était calme et silencieuse, comme si les arbres et tous ses animaux retenaient leurs souffles pour nous observer. L’électricité statique vibrait dans l’air, et malgré les yeux sombres et déterminés de Calador, je savais que cela ne venait pas de lui.

Mais je ne lâchai pas son regard pour lui faire comprendre que je n’avais aucune intention d’abandonner. Il laissa enfin un long souffle s’échapper de ses lèvres. Sa main était posée sur son épée.

Je déglutis et reculai, toute contenance perdue. Il se détendit à son tour et me fixa d’un air troublé, tourmenté. Hésitation et doute dansèrent dans ses yeux aussi sombres que la forêt derrière moi.

— Si tu te rends au-delà de la frontière sans autorisation, tu seras abattue, sans même approcher le Bilderŵ, déclara-t-il.

— Tu m’abattrais, moi, da’a nantë ? demandai-je, secouant légèrement la tête, ne pouvant y croire.

— Je ne suis pas le seul elfe qui protège Lómáwen, et tu serais incapable de les percevoir autour de toi, ni même leurs flèches lorsqu’elles voleraient vers ton cœur.

Je déglutis. Il soupira pour apaiser ses nerfs – et les miens.

— Quand bien même tu réussirais à passer au-delà de nos frontaliers et approcherais du Bilderŵ, et quand bien même je serais l’elfe qui te ferai face… je t’exécuterais. Je suis un Capitaine de la frontière, l’un des Protecteurs du Bilderŵ, avant d’être ton mantë, dit-il d’une voix déterminée, malgré son expression remplie de chagrin.

Depuis que je le connaissais, son devoir et l’honneur qu’il avait reçu d’être l’un des Protecteurs du Bilderŵ, un Atercó, étaient les traits qui définissaient le mieux mon mantë. Mais je n’aurais jamais pensé qu’après presque six ans sous son aile, il serait capable de m’abattre si cela signifiait protéger le Bilderŵ. J’avais tendance à oublier l’importance du devoir et de l’honneur pour les elfes, surtout ceux de Lómáwen, qui avaient la charge de protéger le Bilderŵ et le lac Ilygad.

— Et si je n’ai pas le moindre contrôle sur mes actions, comme je le crains ? murmurai-je.

Il se détourna et fit quelques pas.

— Calador, anaï, plaidai-je en elfique. Je ne te demande pas cela pour faire courir le moindre risque pour Lómáwen, ou même le chêne lui-même. Je cherche simplement à comprendre… et tu es le seul à pouvoir m’aider. Tu connais le Bilderŵ mieux que personne, non ? Tu ressens sa magie et tu vis avec elle, tu le protèges. Tu connais sa puissance, tu sais qu’un jour, je ne pourrai pas me défendre et je suivrai ce que mon corps m’ordonne de faire.

Main toujours posée sur son épée, il se retourna de nouveau vers moi, l’air grave.

— Aucune créature autre que des elfes de Lómáwen n’a été autorisée à s’approcher du Bilderŵ depuis des siècles…

Il fronça les sourcils, l’air pensif et inquiet.

— Mais aucun mortel n’a ressenti une connexion au Bilderŵ depuis bien plus longtemps que cela. Je ne comprends pas ce qu’il t’arrive, Prudence, continua-t-il en posant une main réconfortante sur mon épaule, mais je veux t’aider, ma nantë. Je vais demander audience auprès de nos seigneurs, peut-être auront-ils une réponse à tes questions… avec de la chance, peut-être t’autoriseront-ils à rendre visite au Bilderŵ.

— Vraiment ? soufflai-je, remplie d’espoir et de soulagement.

— Ne porte pas trop d’espérance dans ton cœur, personne n’a été autorisée à approcher le Bilderŵ pour une bonne raison. Les chances qu’ils prennent ton parti sont minces, Prudence.

Il s’approcha de son cheval blanc, Eären, et caressa son encolure.

— Je vais te raccompagner à l’auberge. Ne dis rien à ta mère pour le moment, je pense qu’il vaut mieux que cela reste entre nous.

— Tu repars ? Ce soir ? Je croyais que tu devais rester jusqu’à la semaine prochaine !

Il sourit, avec regret et amertume.

— Je le souhaiterais, mais ces rêves m’inquiètent. Je préfère rentrer au plus vite. Je ne pense pas revenir avant cet hiver…

Il se tourna vers moi lorsqu’il vit mon air désappointé.

— En attendant, tente de maîtriser tes rêves, peut-être même de les comprendre par toi-même. Je te promets de revenir avant ton anniversaire, ou au solstice d’hiver.

— Mon anniversaire est le vingt-huit Iwän, c’est si loin !

— Ili cŵline, Prudence. Mithellen, promit-il en elfique.

Chaque fois qu’il me quittait, il prononçait ces mots, comme la première fois qu’il avait promis de revenir. Et chaque fois il revenait.

— Fenic, le remerciai-je en elfique.

On commença à marcher vers les collines qui nous séparaient de l’auberge du Roi Doré. Le calme lourd de la forêt aux promesses si ténébreuses déchirait le silence apaisant entre mon mantë et moi.

— Quand pourrai-je utiliser l’arc ? demandai-je, me tournant vers lui.

Il n’avait pas besoin de me demander de quel arc je parlais, il savait. Je posais toujours la même question.

— Tu n’es pas encore prête, dit-il en me toisant de haut, la voix ferme et posée.

Et il donnait toujours la même réponse.

Plus rien ne fut dit à voix haute jusqu’à notre retour à l’auberge. Ma mère eut l’air surpris de nous voir revenir si tôt, et bien qu’elle comprît qu’une grave conversation avait eu lieu, elle effaça son trouble avec un sourire. C’était la force de ma mère, de toujours chasser ce qui me troublait avec sa chaleur et sa joie.

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Kevin GALLOT
Posté le 25/10/2020
Hey ! Je savais pas que c'était en ligne !
Bon en tant que "correcteur" actuel de cette histoire (c'est un bien grand mot), je me permet de poster tout mon engouement pour les aventures de Prudence. J'aime beaucoup ce que j'ai déjà lu, j'aime cet univers même s'il est assez classique dans le genre Fantasy, assez proche de Tolkien (Nains, Elfes, Orcs, Humains, Magie) mais je sens que les surprises et les originalités sont à venir.
MayPhoenix
Posté le 25/10/2020
Merci beaucoup pour ton commentaire!

Oui, même si le texte est en cours de correction, je l'ai posté pour avoir une idée de ce que les gens en pensent. Je fais d'une pierre deux coups de cette façon, et je ne perds pas trop de temps à attendre entre deux chapitres sur lesquels je travaille.

En tout cas, encore merci pour ton commentaire et tes encouragements! Ca me fait chaud au coeur!! :D
Raza
Posté le 04/10/2020
Bonjour !
Mes premières impressions :
La prose est sympa, la lecture file sans difficulté, et c'est appréciable. J'accroche à l'héroïne. Les descriptions des conséquences de la guerre sont bien faites.
Le point super méga positif est la langue développée, j'ai l'impression de l'apprendre en même temps que l'héroïne, et ça c'est super bien.
Maintenant, sur les points un peu moins positifs, ce début m'a paru aller un peu vite, en particulier l'elfe qui lui donne son arc assez vite (je me mets à sa place, et j'ai du mal à m'imaginer faire ça). Ensuite, la toute première partie ressemble presque à un prologue qui aurait pu être à part, et la seconde manque d'unité je trouve (les années passent vite vite vite, on dirait qu'on cavale pour arriver au point de départ).
Enfin, pour l'univers, je ne suis pas sûr de voir quel sera l'élément "spécial" de ce monde, car tout est plutôt classique pour l'instant. C'est un goût personnel, mais j'aime bien lire des histoires qui ont leur propre "cachet" par rapport à l'univers.
Bravo pour le travail accompli en tous cas, bon courage pour la suite !
MayPhoenix
Posté le 04/10/2020
Merci pour ton commentaire, je l'apprécie beaucoup!

Merci pour les points positifs, ce sont des parties que j'ai beaucoup travaillées donc je suis contente que cela te plaise!!

Rien de spécial ne se passe pendant les années que j'ai sauté mais je comprends ton sentiment. Je vais essayer d'étoffer cette partie-là pour que cela fasse moins saut dans le temps.

Quand à l'univers... honnêtement, je ne pense pas avoir cherché à créer quelque chose de spécial et unique dans mon univers, surtout que j'ai été inspiré de beaucoup d'univers déjà existants, mais peut-être que les futurs chapitres donneront un aspect plus spécial à mon univers?

Encore merci pour ton commentaire, et j'espère que tu liras la suite pour me donner ton avis sur l'évolution de l'intrigue, et du "cachet" de l'univers!
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