À demain

Par Mary
Notes de l’auteur : Spoil chapitre 10 !

À demain

 

 

 

 

 

L’année universitaire touchait à sa fin. Dans la lumière éclatante d’un après-midi de juin, le professeur Nathanael Stone rassemblait ses affaires pour rentrer à Rosewood Manor pour le week-end, avant l’ultime semaine de cours.

Il n’était pas foncièrement mécontent de voir le semestre se terminer. Ces derniers mois avaient été particulièrement éprouvants, émotionnellement parlant.

Stone s’emmêlait dans ses sentiments pour un de ses étudiants et ne savait qu’en faire. Jusque dans ses rêves, Evelyn Carlysle l’obsédait. Il avait tout tenté pour se raisonner, ne pas se laisser envahir. Il connaissait son orientation depuis plusieurs années, mais jamais il n’avait ressenti cela pour qui que ce soit. Le jeune homme avait tout pour lui : la beauté, l’intelligence, le style, l’humour, le sens critique…

Reprends-toi, Stone.

Il n’avait aucune chance, il en était conscient. Non seulement Evelyn était un homme, un Carlysle de surcroît, avec un avenir brillant tout tracé devant lui, mais il était surtout son élève. Il était donc doublement hors de question de l’approcher. L’été lui permettrait d’oublier toute cette histoire, de l’oublier, lui. Il se concentrerai sur ses recherches, sur l’entretien des affaires familiales, celui de la maison et du parc. Rien n’était plus beau et reposant que Rosewood Manor à la belle saison.

Stone remettait de l’ordre sur son bureau lorsqu’on frappa. Il manqua de souffle quand apparut dans l’encadrement de la porte :

— Monsieur Carlysle…

— Bonjour, professeur Stone.

La chemise d’un blanc éclatant, la cravate légèrement dénouée pour pouvoir respirer par cette chaleur, Stone le trouva encore plus magnifique qu’à l’ordinaire. Il aurait donné n’importe quoi pour passer sa main dans ses cheveux châtains et se serait noyé dans ses yeux noisette s’il avait pu.

— Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-il très sobrement.

Evelyn se rembrunit.

— Je viens vous dire que je n’assisterais plus à vos cours l’année prochaine.

La posture du professeur s’affaissa quelque peu et au fond de lui, quelque chose se mit à trembler. Il avait beau se dire qu’il serait plus facile d’oublier le jeune homme s’il ne l’avait pas sous le nez deux heures par semaine, il avait l’impression qu’on essayait de le déchirer en deux.

— Je ne comprends pas, Monsieur Carlysle. Pour quelle raison ? J’ai regardé votre dossier, vous poursuivez toutes les autres matières de votre cursus. Et vous comptez parmi mes meilleurs élèves !

— Vous avez regardé mon dossier ? s’étonna Evelyn avec un léger sourire.

— Eh bien oui… Au conseil de fin de semestre.

— Ah.

Il avait l’air un peu déçu, et hésitant, et Stone ne comprit pas bien pourquoi.

— Malgré mon affection pour la physique, je ne peux plus être dans votre classe. Je venais juste vous en informer.

— Pourquoi ?

— Je préfère ne pas répondre.

Il se détourna pour partir. Stone ne se retint pas et implora presque :

— Pourquoi, si ce n’est pas la physique ? Est-ce moi ? Ai-je fait quelque chose qui vous a heurté ? Si c’est le cas, je m’en excuse. Ça n’a jamais été mon intention.

Evelyn se retourna tristement :

— Non, vous n’y êtes pour rien. C’est moi qui…

Stone sentait qu’il était en train de perdre une bataille qu’il ne pouvait absolument pas se permettre de perdre. Il luttait depuis trop longtemps contre son attirance pour son élève et voilà que celui-ci lui portait le coup de grâce.

— Dites-le-moi… Evelyn, soupira Stone, vaincu.

Evelyn poursuivit son chemin vers la sortie et Stone pinça les lèvres pour dissimuler sa douleur. Cependant, alors que rien ne le laissait soupçonner, le jeune homme referma la porte et tourna la clé.

— Que faites-vous ?

Son pouls s’accéléra. Qu’est-ce qui était en train de se passer ?

— Monsieur Carlysle ?

L’étudiant se retourna, les joues empourprées et le regard fuyant. Il semblait en plein débat avec lui-même. Stone le trouva adorable, bien que le verrouillage de la pièce ne lui dise rien qui vaille. Enfin, le brun releva la tête et déclara abruptement :

— Je serai franc : je suis fou amoureux de vous.

La phrase atteignit Stone en pleine poitrine. Il s’efforça de rester imperturbable, d’autant qu’un doute terrible s’insinua dans son esprit :

— Si c’est une plaisanterie, elle n’est pas drôle.

— Ce n’est pas une plaisanterie. Chassez-moi si ça vous chante, dénoncez-moi au doyen de l’université, peu importe. Maintenant, vous savez pourquoi je renonce à vos cours. Je ne peux rester en votre présence si mes sentiments ne sont pas partagés, c’est une sensation bien trop insoutenable. Et jusqu’à il y a quelques minutes, j’étais encore votre élève. Je ne le suis plus, restons-en là.

Le souffle court, Stone évaluait la situation. C’était trop beau pour être vrai, pourtant il mourrait d’envie d’y croire. Paralysé, il se tenait debout, planté comme un idiot au milieu de son bureau, face à cet homme qui venait de se montrer mille fois plus courageux que lui.

— Merci de m’avoir écouté, professeur, finit par dire Evelyn. Je ne vous embêterai plus.

Il se détourna lentement vers la porte après avoir jeté un dernier regard à Stone.

S’il y a bien un moment où tu dois te bouger, c’est maintenant.

Il traversa la pièce à grands pas et enlaça l’étudiant par-derrière. Surpris, celui-ci suspendit son geste, prêt à tourner la clé dans la serrure.

— Attends…, murmura le blond, la voix mal assurée.

Il attendit que les épaules d’Evelyn se détendent et le laissa revenir face à lui.

— Nous risquons gros. Ce n’est pas un jeu.

L’autre plongea ses yeux dans les siens :

— Tant mieux, parce que j’ai passé l’âge.

Il se pencha et posa ses lèvres sur celles de Stone.

Le tourbillon du baiser les emporta. Les deux hommes entamèrent un ballet désespéré. Stone plaqua Evelyn contre le mur et passa enfin ses doigts dans ses cheveux soyeux pendant que le plus jeune glissait sa main derrière sa nuque pour approfondir les choses. Il se sentit fondre quand sa langue rencontra la sienne et ne retint pas un soupir lorsque le blond délaissa sa bouche pour l’embrasser dans le cou.

— Nel…

Le professeur recula, surpris.

— Comment m’as-tu appelé ?

— Tu t’appelles bien Nathanael, non ? Nel, c’est le surnom que je t’ai donné un soir où… je pensais beaucoup trop à toi. Désolé, ajouta-t-il en rougissant.

Un sourire ravi s’étala sur le visage de son interlocuteur :

— Ne le sois pas. Evelyn.

Il caressa la ligne de sa mâchoire du bout des doigts.

— J’ai attendu ce baiser depuis des mois.

— N’attends plus, répliqua le brun en saisissant sa taille et en l’attirant à lui.

Il le serra dans ses bras et enfouit sa tête dans le creux de son épaule. Ils restèrent enlacés ainsi quelques minutes, avant que Stone ne se dégage de l’étreinte :

— Hum… il vaut mieux que…

— Qu’est-ce qu’il y a ? Oh…

— Pardon, murmura-t-il, très embarrassé.

— Ce sont des choses qui arrivent, souffla Evelyn en se rapprochant malgré tout. J’en ai envie aussi.

Stone l’attrapa par sa cravate et lui vola un baiser avant de déclarer :

— Je vous trouve beaucoup trop audacieux pour votre propre bien, Monsieur Carlysle.

— Tu dis ça parce que je suis plus jeune, c’est ça ?

— Pas du tout, mais c’est que…

— Tu ne me prends pas au sérieux ? coupa le jeune homme. Qu’est-ce que tu crois, que je ne savais pas à quoi m’attendre ?

Il avait l’air sincèrement peiné quand il ajouta :

— Laisse-moi t’aimer. Entièrement. Je n’ai pas peur.

Le professeur l’embrassa pour le faire taire, puis le souleva et l’assit sur le bureau.

— Tu es un idiot. Si tu m’avais laissé terminer ma phrase, je t’aurais confié que tu m’avais mis dans tous mes états et qu’il allait être difficile de… réfréner mes ardeurs si on continuait, ajouta-t-il plus bas.

— Alors, ne te retiens pas…

— Pas ici. C’est trop risqué.

— Mais…

— Crois-moi, je meurs d’envie de sentir ta peau…

— La porte est fermée, la fenêtre donne sur le parc. Personne ne nous verra.

Stone était prêt à rendre les armes. Il trouva cependant la force d’avouer :

— Je voulais que ce soit romantique… J’ai rêvé de ce moment toutes les nuits ou presque. Même pour toi, je veux dire, je ne sais pas si…

Evelyn lui releva la tête et déposa un petit baiser à la commissure de ses lèvres.

— Ne t’en fais pas pour moi. Si tu préfères, nous attendrons de trouver le lieu idéal.

— Veux-tu venir chez moi pour le week-end ? Ça ne risque rien, je te l’assure.

Evelyn sourit :

— Avec plaisir.

Ils s’embrassèrent de nouveau, d’abord chastement, car chacun avait réellement l’intention d’attendre, mais bientôt, l’empressement de leurs corps prit le dessus et la main de Stone s’attaqua à la ceinture du brun. Avant d’aller plus loin, il demanda :

— Si tu n’es pas sûr…

— Fais-le, supplia Evelyn d’une voix rauque.

Stone le caressa, l’embrassa, l’embrasa. Perdu dans l’intensité de toutes ces sensations, il mit un moment à retrouver l’entièreté de ses esprits. Il avait enlacé son nouvel amant et s’était blotti contre lui le temps de calmer sa respiration.

— Et toi ? chuchota-t-il dans le creux de son cou. 

— Comme tu me l’as dit tout à l’heure, ne t’en fais pas pour moi. Je compte bien t’avoir pour moi tout seul ce week-end.

Evelyn resserra son étreinte :

— Je t’aime vraiment, tu sais.

— Moi aussi je t’aime. Qu’est-ce qu’il y a ?

— Je sais que c’est risqué. Et dangereux. Et complètement fou.

— Oui.

— Je n’en ai rien à faire.

Stone l’embrassa sur la joue :

— Moi non plus. S’il faut se cacher pour t’aimer, peu m’importe.

Il le regarda reboutonner son pantalon, descendre du bureau et réajuster sa tenue. Il était subjugué d’avoir eu cet homme dans ses bras, d’avoir pu le toucher, le sentir, l’entendre.

Avant qu’il ne parte, il lui prit les mains :

— Il y a un train qui part de King’s Cross à 8 heures 20 demain matin. Tu arriveras à Bury St Edmunds à 11 heures 30, je viendrais te chercher. Je vis seul avec mes gens de maison, ils ont toute ma confiance. Tu verras, nous avons une manière de vivre peu conventionnelle, mais c’est ce qui rend Rosewood Manor sûr.

— À demain, alors, sourit Evelyn.

— À demain.

Evelyn passa la porte, laissant Stone hagard, les cheveux hasardeux et le cœur en fête.

Le monde semblait rempli de promesses.

À demain.

 

 

 

 

 

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Schumiorange
Posté le 15/07/2020
Oh mais qu'est-ce que c'est beau, tout ça !! <3
Merci pour ces spin-offs, tu rends tes personnages encore plus attachants, je ne pensais pas que c'était possible, ils ont dépassé les 300%, il n'y a plus de limite... Ils sont juste trop adorables et tellement beaux !!

C'est vraiment génial de nous permettre de suivre Stone et Evelyn à leurs débuts, et en plus, on apprend l'origine de ce petit surnom tout mignon : )

Ok, je calme un peu la dose d'enthousiasme avec quelques coquilles (parce que c'est plus fort que moi...) :
- « Il se concentrerai sur ses recherches » -> concentrerait
- « Je viens vous dire que je n’assisterais plus à vos cours l’année prochaine. » -> je n’assisterai (futur)
- « … pourtant il mourrait d’envie d’y croire. » -> mourait (un seul « r » à l’imparfait)
- « Tu arriveras à Bury St Edmunds à 11 heures 30, je viendrais te chercher. » -> viendrai (futur)

Et j'espère de tout cœur que tu vas continuer à partager ces petits bonus avec nous : )
Mary
Posté le 15/07/2020
Schumi, mise KO par cuteness XDD

Merci ton commentaire et pour les coquilles ;)
Hinata
Posté le 08/07/2020
Bon bah voilà, sorry A & A, mais vos aînés ont décroché dans mon cœur le statut de best Noctis couple ever.

Bon, pour toi Mary maintenant, merci pour ces petits spin-off, c'est vraiment trop chouette de se mettre un peu dans la tête de Nathanael (je suis trop contente de découvrir son prénom !! Et je vais avoir l'air bête si l'info était quelque part dans Noctis et que je l'ai juste loupée haha XD Mais peu importe, j'adore ce prénom, et c'est juste super cute d'entendre Evelyn l'appeler Nel pour la première fois T^T )

Oh, et décidemment ta plume réussit divinement bien les dialogues (ah tiens d'ailleurs, petit encart rien à voir : ça m'attriste toujours un peu quand je réalise qu'en anglais la distinction vouvoiement/ tutoiement n'existe pas, je trouve ça tellement kiffant en français quand les personnages passent de l'un à l'autre * - *)

Des bisous !
Mary
Posté le 08/07/2020
Merci Hinata <3
T'inquiète pas si tu l'as manqué, je crois que je l'ai seulement mis dans le premier chapitre et c'est tout XD

Ah oui, le côté classe du vouvoiement pur et dur se perd en anglais, mais en fait tu peux le reconnaître dans certaines tournures polies, l'intonation, ce genre de choses :)

Des bisous et à bientôt !
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