9. UJU

Notes de l’auteur : scene pouvant heurtant des sensibilités

Un incendie ardent se propage à travers ce bras droit qui vient de m’être arraché, saturant mes papilles de cendres au gout de terre brulée. Mon effluve de vie s’échappe par volutes laissant un vide dévorant s’insérer par cette blessure et creusant à travers mes entrailles. Incompréhension, Sidération, Colère, Impuissance. Quatre cavaliers de l’apocalypse qui piétinent ma grandeur, terrasse mon univers, éventrent ma connexion.

            La toile sacrée a été profanée, sauvagement alors que je savourais l’image de ces premières gouttes de plaisir, tombant de ce calice se remplissant de promesses exquises. Ces promesses sucrées et suaves, versées par ces multiples et virulents coups de fouet distribués par les chevaliers exaltés. Le léger frottement de pieds nus contre le sol de pierre est amplifié par la résonnance du sanctuaire. Les grands prêtres viennent de reculer d’un pas, tant la colère que je propage dans la toile est incandescente. Ils restent là, immobile, la tête obstinément baissée, leur torchon imbibé de sang à la main. Une simple étincelle de plus et je pourrais voir leur corps s’effondrer comme des poupées de chiffon, et me délecter de leurs âmes rôtis. 

            UJU est bon, UJU ne châtie pas ses serviteurs les plus fidèles, même si UJU a faim.

            A contrecœur, je ravale mon aura flamboyante, la concentrant en un unique point puissant et luminescent au centre de mon esprit divin. Et dans mon extrême clémence, je distribue généreusement les caresses d’herbe fraiche de rosée, les enlace avec les premières notes innocentes d’un oisillon et les enveloppe dans une épaisse couverture de senteur de terre humide. Les épaules crispées des grands prêtres se détendent imperceptiblement, un semblant de sérénité vient calmer les filins malmenés et la toile sacré reprend une respiration plus souple, plus unie. Je ne parviens pourtant pas à camoufler totalement cette odeur de cendres qui m’entête.

            Un bain de sang. UJU a besoin d’un bain de sang. Maintenant.

            Les fils prodigues s’agitent. Le bassin servant habituellement à me rafraichir est vidée de son eau pour être remplacé par le contenu des marmites tiédasses. Avec lenteur, je pénètre dans ce liquide gluant et la forte odeur de fer de ce sang longuement réchauffé parvient à prendre le dessus sur celle de cendres. La substance visqueuse nappe mes mollets, mes cuisses, mon dos… Le bassin n’est pas assez rempli pour immerger complètement mon corps, des lianes de frustrations jaillissent de mon abdomen, privé de cette chaleur réconfortante, et s’élancent sauvagement à la recherche d’une solution.

            Nul besoin de modeler les pensées, la dévotion des fils prodigues est absolue. L’un d’eux, s’avance pour se tenir debout à ma droite. La détermination qui l’habite rend notre connexion éblouissante. Un doux frisson parcourt mes paupières papillonnantes. Le bout de mon index frôle sa cheville et à ce simple contact, nous déglutissons à l’unisson.

            Le fil qui le relie à la toile, devient plus raide, plus ferme, plus consistant, et lorsque la fine lame argentée rencontre la tendresse de sa gorge offerte, une puissante décharge me traverse. La brulure rapide de cette chair entaillée effleure ma chevelure, le doux picotement des nerfs sectionnés adoucie l’amertume laissée par les cendres de la frustration, l’exquise mélodie du cartilage se brisant coule le long de ma colonne vertébrale pour venir se loger dans le bas de mes reins.

             Le bruit sourd de ses genoux tombant au sol vient briser le silence religieux de cet instant. Deux grands prêtres décalent sa tête pendante, pour que le flot de ses veines alimente le bassin dans lequel je me détends. Je me délecte de la chaleur parfaite du sang frais tandis que le froid prend peu à peu possession de son corps, raidissant sa main gauche autour du manche de son couteau.

            La vie s’échappe de lui, s’évapore mais son esprit se bat désespérément pour rester à mes côtés, jusqu’au dernier instant, jusqu’au moment où son âme perd de sa brillance pour clignoter et finir par s’éteindre éternellement. Un acte d’amour inconditionnel d’un enfant à son père. Par son sang, il me réchauffe, par sa blessure il me nourrit, par sa foi il m’honore.

            J’ai été amputé de mon bras droit, et ma main gauche est venue me consoler. Le membre inerte de ce fils adoré, gît sans vie sur le sol du sanctuaire. UJU ne veut pas oublier ce fils prodigue, UJU veut conserver un souvenir de ce moment béni, UJU veut que son offrande reste gravée dans les mémoires. L’excitation brasse mes intestins, j’impose ma révélation à la volonté vacillante des grands prêtres.

            L’amertume du dégout se propage dans la toile sacrée, j’ai le pouvoir de l’effacer mais je leur refuse ce cadeau. Leur conscience doit être pleine, entière, absolue pour rendre grâce à cet acte symbolique. Les fils qui nous connectent, s’agitent, tentent de se dérober. D’une main de fer, je les immobilise. Il est temps d’offrir son présent à UJU

            L’un des grands prêtres soulève délicatement chacun des doigts de mon fils sacrifié, pour décapsuler chacun de ses ongles et les recueillir un petit bol en bois posé sur le sol. Puis de sa main droite, il s’attaque à ceux de sa main gauche, en commençant par le pouce. La pointe de la lame travaille à trouver un chemin pour s’insérer sous l’ongle et le séparer de la chair à laquelle il est lié. L’acidité de la bile qui remonte dans son gosier, me chatouille le nombril. Les morsures de douleur échauffent mes veines palpitantes et le son de l’ongle qui tombe en légèreté dans le réceptacle fait battre mon cœur dans mes lèvres. Une fois sa main gauche dénudée, chacun de ses doigts laissant une larme de sang ploquer à intervalle régulier, il se retire, laissant sa place à un autre de mes fils prodigues.

            La cérémonie terminée, mon sourire est entier. Dans chacun de mes vaisseaux, de mes artères, déferle un torrent incandescent de plaisir et dans mon immense bonté je jette quelques miettes de sensation de plénitude sur lesquelles les esprits affamés des grands prêtres se précipitent.

            Debout, immobile, le bras gauche ballant et suintant, teintant leur robe immaculée de cette couleur sacrée, ils n’ont jamais été aussi beaux. La toile sacrée frémit, l’ensemble de nos consciences les perçoit. Aux frontières lointaines de mon territoire, je les ressens, mes fils, les chevaliers exaltés sont de retour, chargés de victuailles. Et leur reconnexion à mon esprit me fait frissonner de la plante des pieds jusqu’à la pointe de mes cheveux. Je savoure le geyser de puissance qui entre en éruption. Mon bras droit vient de repousser, je suis entier.

            UJU est prêt à être couronné. Dans le bol en bois, les joyaux de ma future couronne sont prêts.

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Shangaï
Posté le 01/05/2020
Bon et bien il n'aura pas assez souffert à mon goût...
Toujours aussi tordu celui-là ! Cela dit le couronne en ongle ça doit avoir son charme !
Je cherche toujours à comprend ou tu cherches à nous emmener avec lui mais pour le moment je patauge un peu x)
Cocochoup
Posté le 02/05/2020
Ah ah oui je me doute que du côté de UJU tu patauges, les indices sont pas nombreux mais ça va arriver 😉
Merci de tes retours qui me font super plaisir !
Jupsy
Posté le 18/04/2020
Je vais commencer par une question pour être sûre : son bras droit, il est coupé ou non ? Parce que ce n’est pas super clair à mes yeux. Une part de moi pense à une métaphore, l’autre doute et se demande si ce n’est pas vrai. Et une dernière se dit qu’au pire, ça repoussera.

Sinon j’ai beaucoup ri en lisant ça : UJU est bon.

Non faut arrêter de se voiler la face, il faut arrêter de dire qu’on est bon quand on massacre littéralement ses fidèles. Faudra pas s’étonner qu’à un moment, on se fasse massacrer en retour parce que la peur ça ne dure qu’un temps…

Et je note qu’au lieu de réagir en mode, bon faudrait peut-être que je donne de ma personne… il préfère prendre un bain de sang. Je n’en peux plus de ce personnage. Je vais venir l’achever moi-même. Puis juste avant ça sort, je suis bon… mais virez vos ongles quand même parce que bon, y a pas moi qui doit souffrir et qu’on doit bien capter que c’est hyper beau de se sacrifier par amour pour moi…

Ah la la, ce personnage incarne le pire de ce que peut faire une religion à mes yeux. LE PIRE. Qu’il se marie avec la maîtresse et qu’on les saigne tous les deux.

Bref, passons à la suite et espérons qu’Ely nous changera les idées. :P
Cocochoup
Posté le 18/04/2020
Oui c'était bien une métaphore ! M'enfin peut être que UJU a su sang de lezard et que ses membres repoussent indéfiniment.... C'est une piste à explorer XD
Xendor
Posté le 11/04/2020
Uju a donc une portée limitée. Ça me rassure. Ça veut dire qu'à un moment il va prendre très cher, et ça c'est une bonne nouvelle. Je ne l'aime toujours pas, mais sa psychologie ressemble assez à celle des goa'ulds dans Stargate. Quelqu'un qui se prend pour un Dieu ...
Cocochoup
Posté le 11/04/2020
Je suis contente que tu ais perçu cette notion de portée limitée, je n'étais pas sûre que ça soit bien clair !
_HP_
Posté le 21/03/2020
Coucou ^^

UJU est vraiment...spécial ! xD Je n'avais jamais rencontré de personnages comme lui...
Tu as très bien su décrire cette cérémonie, ça m'a dégoûtée xD Mais c'est d'un côté l'effet recherché xD

"au gout de terre brulée" → goût / brûlée
"terrasse mon univers" → terrassent
"et la toile sacré reprend" → sacrée
"La brulure rapide" → brûlure
"L’amertume du dégout" → dégoût
Cocochoup
Posté le 21/03/2020
Ah ah oui il m'a dégouté aussi ! J'ai écris ce chapitre avec une grimace et les doigts de pieds recroquevillé !
Zig
Posté le 16/03/2020
Coucou !
Il est incroyable ce personnage... Je crois que c'est vraiment la première fois que je tombe sur ce type de perso, une sorte de divinité terrible dans le regard duquel on se glisse.

Même si j'adore tout le reste, c'est vraiment les parties avec UJU que je préfère ! C'est hallucinant d'arriver à faire un personnage aussi sanguinaire, aussi terrifiant, et en même temps auquel j'arrive à m'attacher (ce qui est profondément dérangeant...)

Il est célibataire notre UJU :D
Cocochoup
Posté le 16/03/2020
Ah ah je crois qu'il n'a pas besoin d'être célibataire pour accepter de te croquer mon enfant XD
Et oui je partage complètement ce côté un peu dérangeant d'être "attiré" par un monstre !
Allie Oster
Posté le 16/03/2020
Coucou!

Quels horribles joyaux et quelle dévotion extraordinaire de la part de ces prêtres! J'ai super hâte de voir à quel moment Ely va se trouver mêlée à ça, et comment. Est ce que c'est la même toile? J'ai hâte hâte hâte!
Cocochoup
Posté le 16/03/2020
Coucou Allie !
Je ne dirai rien même sous la torture ;)
Renarde
Posté le 14/03/2020
Coucou CorinneChoup,

Alors moi qui suis hyper sensible, mais vraiment hyper sensible, j'ai cru verser au passage des ongles, quelle horreur ! Brrrr.... j'en frémis rien que d'y penser !

Cette répulsion que je peux avoir pour UJU, mêlée à la beauté de ta plume donne un mélange est assez détonnant. Horriblement bien écrit :p

Bon, je file retrouver un peu de douceur (j'espère) avec notre héroïne !
Cocochoup
Posté le 14/03/2020
Je t'avoue que je n'avais pas prévu d'écrire cette scene mais le perso en a décidé autrement... Et j'ai écris avec les doigts de pieds recroquevillés. J'avoue il devient incontrôlable !
Alice_Lath
Posté le 08/03/2020
Waouh, c'est... intense pour le coup haha, mais toujours aussi bien rédigé. Juste un point de détail, je rejoins les autres sur la métaphore du bras, pendant un moment je pensais moi aussi avoir manqué la partie où on lui avait coupé. Le lecteur n'est pas certain à 100% que ce soit une métaphore. Sinon, le coup des ongles, brrrr, j'en avais des frissons d'angoisse, c'est carrément flippant. UJU déjà chelou au début vire au sacrément psychopathe depuis un moment.
Cocochoup
Posté le 08/03/2020
Merci pour ton retour, je vais revois ça alors pour l'histoire du bras !
peneplop
Posté le 01/03/2020
"Incompréhension, Sidération, Colère, Impuissance. Quatre cavaliers de l’apocalypse qui piétinent ma grandeur, terrasse mon univers, éventrent ma connexion." : j'ai adoré cette phrase !

J'ai loupé un truc, qu'est-ce qui est arrivé à son bras ?

Que dire, que dire... Ca me fait toujours bizarre de dire que j'ai adoré le chapitre d'UJU mais je trouve que ta plume s'y épanouit vraiment. Je ne cesse de me demander ce que tu nous prépares pour la suite !

Le coup des joyaux de la couronnes, c'est vraiment, vraiment bien trouvé. Tu as imaginé un personnage fou à lier !

J'ai juste tiqué sur cette phrase : "La toile sacrée a été profanée, sauvagement alors que je savourais l’image de ces premières gouttes de plaisir, tombant de ce calice se remplissant de promesses exquises." / je te propose ça : "La toile sacrée a été (sauvagement) profanée alors que, (dans ce calice qui se remplit de promesses exquises), je savourais l’image de ces premières gouttes de plaisir. Tu en penses quoi ?
Cocochoup
Posté le 01/03/2020
yes ta proposition est plus légère!
Pour son bras c'est une métaphore XD parcequ'il disait dans le chapitre précédent que les fils prodigues partis sont son bras armé
mais c'est vrai qu'on perd le fil avec cette alternance de point de vu!
tant mieux si ce chapitre t'a plu, je crois que UJU reveille ce coté noir qu'on tente tant bien que mal de cacher au fin fond de nos esprits!
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 01/03/2020
Hello Corinne,

C'est de ce chapitre dont tu parlais quand tu disais que tu recroquevillais tes orteils en écrivant ? Parce que j'ai failli rendre mon goûter en lisant l'arrachage des ongles XD
C'était horrible, j'avais les images en tête. Bravo pour la description. Maintenant, je ne verrai plus le mot décapsuler de la même manière lol
Je pense que je vais reprendre la lecture depuis le début car j'ai l'impression de perdre le fils (je crois que je lis trop d'histoires à la fois lol).
Si je vois quelque chose je viendrai t'en faire part ;)
Bisous !
Cocochoup
Posté le 01/03/2020
yep c'est de chapitre la! je vais peut etre mettre une note pour dire qu'il faut éviter de manger ou boire en le lisant XD
j'avoue que moi aussi, je lis trop d'histoire et je m'y perd un peu....
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