9. La mal de mer

Par Lydasa.

Quand j’arrive dans la cale, celle-ci est inondée sans étonnement. Je me retrouve avec de l’eau jusqu’aux chevilles, voyant des taureaux flottés à droite et à gauche. Les prisonniers sont dans le font de la cage, tout debout pour ne pas être complètement trempé. Sauf Raphaël et ses deux amis. Il se trouve dans les bras de Grégoire et Elias qui tente de le réchauffer comme ils peuvent. En me voyant, Elias s’approche rapidement des barreaux.

 

— Je vous en supplie, reprenez-le dans votre cabine. Il est brulant de fièvre, me supplie-t-il d’une voix tremblante.

 

Je le regarde avec les yeux écarquillés. Mon second arrive derrière moi, sautant dans l’eau. Lui ne réfléchit pas, me bousculant il ouvre la porte de la cage.

 

— On ne peut pas les laisser les pieds dans l’eau, je veux bien les traités comme des prisonniers, mais s’il attrape des maladies ils vont les refiler à notre équipage, me dit-il en me fixant.

— Oui… tu as raison. Montez tous sur le pont, on va vous mettre dans la cuisine près du four pour vous sécher. L’eau va s’évacuer naturellement d’ici une heure.

 

Je fais signe au prisonnier de me suivre et remonte sur le pont. Certains membres de l’équipage n’ont pas besoin de recevoir d’ordre de ma part pour comprendre qu’il faut mettre les prisonniers au sec. Parfois je me demande si je suis vraiment digne d’être leur capitaine, ils sont bien plus réfléchis que moi. Elias et Grégoire remontent en tenant Raphaël dans leur bras, je leur fais signe de me suivre dans ma cabine. J’ouvre la porte et me dirige vers la baignoire que je remplis d’eau propre que je mets à chauffer. L’eau que je stocke sur le bateau me sert surtout à prendre des bains, car si elle n’est pas chauffée elle nous rend malades.

 

— Mettez-le dans l’eau, puis rejoignez les autres, ordonnais-je.

— Mais, on ne le laissera pas comme ça, grogne Grégoire en serrant des poings.

— Je vais m’occuper de lui. Je vais le laver et le mettre dans le lit et lui donner des médicaments pour sa fièvre.

— Donnez-lui à manger, supplie Elias.

— Oui, allez, sortez d’ici, ordonnais-je froidement.

 

Ils restent tous les deux immobiles quelque instant avant d’obéir à contrecœur. Ils referment la porte derrière eux, me laissant seul avec Raphaël, inconscient dans la baignoire. Je me penche sur lui, posant ma main sur son front, il est brulant au point où j’ai un réflexe de reculer ma main. Je me mets à genoux à côté pour prendre un gant que je frotte contre un savon. Je commence à frotté délicatement son corps. Observant la moindre de ses réactions, il finit par entre ouvrir les yeux.

 

— Papa… je te déteste tu as fait pleurer maman quand tu as pris la mer, murmure-t-il.

 

Il délire à cause de la fièvre, je déglutis, me rendant compte que je ne le connais pas. Je suis tombé amoureux de lui sans rien connaitre de son histoire. Pourquoi s’est-il engagé dans l’armée ? Quel âge a-t-il ? Son plat préféré ? Je lâche un soupire passant le gant sur son front, il se met à sangloter, délirant toujours fiévreusement. Je retire son bandage, il a une belle cicatrice sur l’épaule, son séjour en cale ne semble pas l’avoir aggravé.

 

Je finis par le sortir de l’eau, le séchant soigneusement profitant pour regarder son corps. Il est fin, musclé, mais aussi maigre à cause de la malnutrition que je lui ai fait subir. Je lui enfile une chemise de soie, ainsi qu’un pantalon en velours noir. Comme ceux que je lui avais précédemment donnés. Puis je le couche dans mon lit, calant sa tête confortablement sur l’oreiller, lui mettant une lingue froide et humide sur le front. Je regarde ce que j’ai dans mon armoire à pharmacie, j’ai quelque potion à base de plante qui pourrait le soulager. Je prends une fiole avant de revenir près de lui, donnant ainsi une cuillère à soupe du remède. Il ouvre les yeux quand je le relève pour lui donner, m’appelant maman au passage, avant de sombrer à nouveau.

 

À le voir comme ça, ma gorge se serre de plus en plus. Je m’en veux de lui avoir fait subir ça, j’aurais dû écouter Conrad. J’aurais dû le laisser dans ma cabine malgré tout. J’aurais dû… C’est quelque heure plus tard, que Marvine arrive avec deux bols de soupe de légume et de petit morceau de viande.

 

— Tenez capitaine.

— Merci Marvine…

— Conrad m’a demandé de faire la même chose pour tous les prisonniers.

— C’est bien fait donc, murmurais-je.

 

Il commence alors à s’éloigner.

 

— Tu trouves que je suis trop dure avec eux ? demandais-je un peu pour moi-même.

— Et bien, vous agissez comme un capitaine, ils sont nos prisonniers… vous êtes juste un peu dur avec ce garçon en particulier.

 

Je lève les yeux vers mon cuisinier, les yeux légèrement tremblants.

 

— Tu ne me trouveras pas faible si je prends réellement soin de lui ?

— Non pas du tout capitaine. Vous avez le droit… d’avoir un cœur.

 

Il tourne les talons avec un sourire tendre aux lèvres, quittant ma cabine pour me laisser seul avec Raphaël. Je le redresse contre mon torse, le réveillant doucement. Il couine avant d’ouvrir la bouche quand je lui demande. Quand il se rend compte que c’est une soupe, il reprend un peu plus contenance. Mangeant aussi rapidement que je lui donnais, avant de refermer les yeux.

 

— Merci, murmure-t-il.

 

Je pense qu’il doit croire que c’est l’un de ses amis qui lui a donné à manger et pas moi. Je le recale dans le lit confortablement, la couette remontée jusqu’à ses épaules. Je mange mon repas distraitement, je m’en veux, c’est de ma faute s’il est malade. Je finis par prendre les deux bols pour les rapporter dans la cuisine. Quand j’arrive dans celle-ci, les prisonniers se trouvent autour de la cuisinière qui chauffe légèrement. Conrad est en train de discuter avec Marvine, se tournant vers moi les sourcils lever.

 

— Donnez-leur des vêtements secs et des couvertures pour cette nuit, ordonnais-je.

 

Je pose les bols puis fais demi-tour pour regagner ma cabine. Mon second m’attrape le bras doucement.

 

— Comment il va ?

— Il a beaucoup de fièvre… demain on accoste un port pour faire venir un médecin, je ne pense pas que ce que je lui ai donné suffira. Il délire en plus.

— D’accord… super.

 

Je vois au loin Elias et Grégoire qui me regarde avec un sourire reconnaissant. Finalement je rejoins ma cabine, Raphaël n’a pas bougé. Je m’assois dans la banquette, les yeux dans le vide. Je me rends compte qu’il faut que je me radoucisse, même Marvine me l’a fait remarquer. Je vais écouter Conrad, je vais faire en sorte de bien traité mes prisonniers et surtout Raphaël. Je finis par m’endormir sur ma banquette, n’osant pas me blottir contre lui.

 

Le lendemain je me réveil quand Marvine frappe à la porte pour le petit déjeuner. Il me demande ce qu’il doit faire pour les prisonniers.

 

— Comme tout le monde, on va amarrer dans un port pour prendre des médicaments et des vivres, tu peux leur faire un plaisir après la tempête.

— D’accord capitaine, c’est bien ce que vous faites.

— Tu trouves, demandais-je pas vraiment sur de moi.

— Oui, vraiment. Vous avez toujours été un bon capitaine.

 

J’ai un sourire qui étire mes lèvres, je suis content que même Marvine trouve ça bien. Je prends une tasse de thé avant de m’approcher de Raphaël qui semble toujours aussi brulant de fièvre. Il va falloir que je fasse monter un médecin sur le navire. Je n’aime pas faire monter quelqu’un d’étranger à l’équipage à part des prisonniers. Mais je n’ai pas vraiment le choix.

 

Nous finissons par arriver dans un petit port irlandais. Le pays est vraiment joli, ils y font la meilleure bière que je n’ai jamais gouté. Je n’ai pas envie de laisser Raphaël seul, je demande donc à Conrad d’aller chercher un médecin pour moi. Je fais les cent pas dans ma cabine, avant de finalement m’assoir sur le bord du lit, constatant qu’il est encore bien plus brulant de fièvre que la veille. Une heure plus tard, mon second frappe à la porte accompagnée du docteur, je lui laisse la place pour qu’il puisse l’examiner. Il lui écoute le cœur les poumons. Prenant sa température, et regardant ses yeux.

 

— Il a attrapé une pneumonie assez sévère, conclut le médecin. Sur un navire je suis à peine étonné, il a attrapé froid surement en restant mouillé ou je ne sais quoi.

— Mais vous pouvez le soigner, demandais-je inquiet.

— Oui bien sûr, mais cela risque de prendre du temps. Vous ne devriez pas reprendre la mer tant qu’il est malade. Restez au sec.

 

Il lui fait alors une injection de je ne sais pas quoi, en disant que cela le soulagera avant de me donner des sirops à lui faire prendre matin midi et soir. Il doit aussi se nourrir de bouillon riche en protéine pour guérir rapidement. Le médecin nous demande s’il y a quelqu’un d’autre de malade sur le navire, car sa pneumonie est contagieuse. Il est possible que les personnes qui était le plus proche de lui, soit malade dans les jours à venir. Je demande alors le nécessaire en cas ou quelqu’un montrait des symptômes.

 

Une fois le médecin parti je demande à Marvine de faire venir les deux amis de Raphaël. Quand il entre dans la cabine il se rue sur mon prisonnier, regardant s’il va bien.

 

— J’ai pris des médicaments pour vous aussi, il a une pneumonie qui serait contagieuse. Comme je ne veux pas que Raphaël m’en veuille, car je l’aurais soigné lui et pas vous, vous allez donc prendre votre traitement aussi.

 

Je leur donne un flacon chacun en leur expliquant ce qu’ils doivent faire. Je demande Marvine de prendre le nécessaire pour bien nourrir les prisonniers dans la semaine à venir. Et que nous allons rester à quais tant qu’il y aura des malades.

 

— Pourquoi vous faites ça monsieur ? me demande Grégoire.

— Vous m’êtes plus utile vivant que mort, après tout je vais vendre des esclaves en bonne santé, pas des cadavres.

 

Marvine a un sourire en coin, il sait que je fais ça pour une tout autre raison, j’ai l’impression que tout l’équipage est au courant.

 

— Raphaël va rester dans ma cabine jusqu’à ce qu’il soit entièrement guéri. Vous, vous regagnerez la cale quand elle sera sèche.

— Merci beaucoup capitaine, me sourit Elias.

 

Je fronce des sourcils, ils ne m’en veulent pas, ils ne me craignent pas non plus.

 

— Cependant, si vous tentez à nouveau de vous échapper… je vous assure que je vous pendrais sur le mât principal, et j’éventrerais Raphaël devant vos yeux.

 

Je les vois blanchir et se décomposer immédiatement, ils me font un petit oui de la tête avant de finalement rejoindre Marvine.

 

— Marvine !

— Oui capitaine ?

— Tu peux utiliser ces deux-là a la cuisine, et les débarqué avec toi dans le port pour prendre de la nourriture. Je pense qu’ils ne feront pas de connerie en sachant que Raphaël est ici.

— Merci capitaine, ça me fera des bras en plus.

 

Je vois une expression de gratitude sur les traits des deux prisonniers. J’ai compris que pour c’est deux-là, je n’ai pas besoin de les enchainer pour les garder dociles. Raphaël est cette chaine qui les empêchera de fuir. Je les regarde partir avant de me retourner vers mon prisonnier. Il semble moins tourmenter par la fièvre. Je m’allonge à côté de lui sur le flanc, détaillant son visage. Il me parait jeune, surement moins de la vingtaine, j’avais seize ans quand je suis parti pour la première fois sur un navire. Mon père était corsaire, au service de la reine de grande Bretagne.

 

Je suis devenu un pirate quand mon père fut exécuté sur la place publique, pour soi-disant trahison. Il avait juste détourné un peu d’argent pour soigner ma mère. Cela n’avait servi à rien, car la maladie l’avait finalement emporté. Je me suis mis à haïr l’armée et tout ce qui y touchait, je voulais devenir un homme libre. Aujourd’hui a trente ans j’avais réussi à devenir le pirate le plus craint des mers. Je me laisse emporter par l’épuisement, m’endormant à ses côtés.

 

C’est la main de Conrad sur mon épaule qui me réveil. Je me tourne vers lui en grognant, m’étirant avant de me redresser. Il me montre alors une bouteille de bière, un sourire aux lèvres.

 

— Tu me réveil pour picoler ?

— Ouais ! On est quatre heures de l’aprèm tu ne vas pas pioncer comme un petit vieux !

— Pff… aller on va sur le pont comme ça Raphaël reste tranquille, dis-je en regardant quelque seconde mon ange dormir.

— Ouais, j’ai vu aussi que tu as mis ses deux petits copains au service de Marvine ?

— Oui, tant que Raphaël est ici, je sais qu’ils ne feront rien d’irréfléchi.

 

Il me fait un sourire en coin, avant que nous sortions pour monter sur la mezzanine où se trouve la barre. On s’assoit contre le mat, prenant une bouteille chacun. Quand on fait ça, on peut discuter de tout et de rien pendant des heures.

 

— J’ai surpris Ratoune à frapper un des prisonniers, me raconte-t-il en débouchant sa bouteille.

— Ouais et ?

— Bah je lui ai refait le portrait. Il a des comportements de plus en plus étranges, il prend… de l’assurance depuis que les prisonniers sont là.

— D’un côté je lui ai laissé carte blanche sur leur traitement, dis-je en buvant une longue gorger. À putain la bière d’ici est vraiment la meilleure.

— Il va falloir le recarder, il va finir par en tuer un.

— Ratoune ! hurlais-je.

 

Quelque minute plus tard, la sale tête de mon homme d’équipe se pointe devant nous. Il a un joli œil au beurre noir, le résultat du coup de Conrad.

 

— Est-ce vrai que tu martyrises les prisonniers ?

— Euh… capitaine, c’est à dire… que ce sont des prisonniers après tout.

— Ce sont des esclaves. Les esclaves, on en prend soin pour pouvoir les revendre. Je ne veux pas que tu touches l’un d’entre eux d’accord ? Tu dois les traités comme des chiens, et les animaux on les traite bien ici. Un esclave mort ne me rapportera pas d’argent.

— Oui… Pa. Pardon capitaine, couine-t-il en tremblant.

— Pour le moment ils ont plus de valeur que toi, met toi ça en tête ! Aller dégage, grognais-je.

 

Il ne met pas longtemps à détaler comme un rat. Conrad se met à ricaner tout en buvant sa bière.

 

— Des esclaves, pas des prisonniers, donc on doit bien les traités. Tu joues sur les mots pour devenir plus doux avec eux non ?

— Ta gueule OK ? Je suis Samuel Bla.

— Ouais ouais ! Le pirate sanguinaire au cœur de pierre.

 

Il me fait un sourire en coin, je finis par exploser de rire. Je me sens beaucoup mieux à vrai dire. Je peux prendre soin des prisonniers sans passé pour un capitaine faible. J’aurais dû penser à ça plus tôt, Raphaël sera mon esclave personnel. Voilà pourquoi je le garde dans ma cabine au chaud, non pas pour le chouchouter, mais pour l’utiliser comme bon me semble. Enfin ça, Conrad sait la vérité.

 

On boit alors beaucoup, parlant de tout et de rien. Des femmes avec qui nous avons couché, alors j’ai appris que je ne les ai pas touchés, que j’ai tout donné avec lui, mais pas avec elles. Il me dit que ma fierté de gay est préservée, ce qui me fait rire. On picole tellement qu’on finit encore une fois dans un bar, tous les deux a picolé encore plus.

 

Cette fois le réveil ne se fait pas dans un lit, mais sous une table de bar. Quand je me relève j’ai l’impression d’être en pleine tempête tellement le sol tangue, mais non je suis sur terre. Conrad est affalé sur la banquette, il y a d’autres poireaux un peu partout, comme si dans ce bar il y avait eu une très grosse soirée. Quand j’arrive enfin à me relever, essayant de comprend les fais, le barman prépare du café.

 

— Et bien monsieur, vous avez été sacrément généreux hier soir, me lance-t-il en posant une grande tasse sur le comptoir que je m’empresse de prendre.

— Comment ça ?

— Bah vous avez déclaré être amoureux et vous avez payé cinq tournées générales.

— Ah ! D’accord…

 

Je comprends mieux, même si je ne me souviens encore une fois de rien. Mon estomac quant à lui, essai plusieurs fois de me répondre en me rendant tout. Mais je tiens bon. Conrad finit enfin par sortir des vapes, se trainant lui aussi au comptoir.

 

— Putain quand je picole j’ai plus l’habitude de me réveiller dans le lit de jolie fille que sur la banquette trop dure d’un bar, grogne-t-il.

— Tu as des souvenirs ?

— Non…

— J’ai payé avec quoi, Monsieur ?

— Avec trois diamants, me répond-il en gloussant.

— Ah… OK j’ai eu peur d’avoir donné plus.

 

On finit par se trainer comme on peut jusqu’au navire, se tenant l’un à l’autre pour ne pas finir dans le caniveau. On décide de décuver contre le mât du navire, histoire de reprendre nos esprits. Marvine nous apporte régulièrement de la tisane pour nous aider, sans se gêner pour se moquer gentiment de nous. On dit que quand on est bourré on dit la vérité, il semble que j’ai proclamé être amoureux. Me le dire mentalement me fait sourire. Oui je suis amoureux, je crois, même je suis dingue. Je vais tout faire à présent pour gagner son cœur.

 

C’est seulement le lendemain matin qu’on réussit enfin à décuver. J’ai laissé le loisir a Elias et Grégoire de soigner Raphaël, mais à présent que je me réveil telle une fleur, je vais moi-même le faire. Dormir tout une journée contre le mat n’est pas forcément bien pour le dos, les fesses aussi.

 

— Plus jamais je ne picole comme ça, gémit Conrad.

— On dit ça à chaque fois.

— Pas faux effectivement.

— Bon aller je vais aller voir comment vas mon esclave endormi.

 

Je m’étire tel un chat, avant de marcher, un grand sourire aux lèvres, vers ma cabine.

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