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Par Liné
Notes de l’auteur : Après réécriture, j'ai fusionné certains chapitres entre eux, ce qui peut bousculer le marquage "lu" de certain-es lecteurices. Si vous êtes perdu-es, n'hésitez pas à me demander où vous en étiez !

   La silhouette filiforme de Sofiane titube dans le couloir. Ses deux bras s’allongent et ses mains, carrées et gigantesques, râpent le sol. Les bagages qu’il transporte sont pesants et l’obligent à se pencher tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

   Les préparations en vue du départ ont été rapides et les adolescents s’y sont donnés à cœur joie : tous les sacs sont pleins à craquer. Et ce n’est certainement pas le poids de la culture, non : des vêtements, beaucoup, des trousses de maquillage, trop, des accessoires électroniques en tous genres mais des livres, zéro.

— Franchement Clémence, t’abuses… lâche Sofiane.

   Une adolescente le suit en sautillant et le pousse à marcher plus vite. Le sacrifice auquel se soumet son animateur préféré l’amuse. 

— C’est parce que tu fais ça tellement bien, porter mes sacs ! Je te jure, t’es un dieu !

   À défaut d’être sincère, sa moquerie arrache un rire à Sofiane.

— Tu feras moins la fière quand tu seras sur scène, ma grosse ! Sérieusement, t’as mis quoi dans ces sacs ? Ça y est, un rôle et tu te prends pour Sarah Bernhardt, c’est ça ?

   Sofiane ne sait que penser de cette excursion. Claire a toujours eu des idées farfelues. Et, pour être franc, c’est bien cette personnalité haute en couleur qui a tapé dans l’œil du jeune homme. Claire dégage une sensation de liberté bien à part, a une façon de parler et de se mouvoir qui fait rêver. Et un don improbable pour effacer les contraintes. Avec elle, pas de règles — ou presque.

   Son idée d’emmener les jeunes à la MJC, de les extraire du camp de vacances le temps d’un long week-end, est très excitante. Sofiane en est ravi. D’autant que l’excuse s’y prête : ce n’est pas tous les jours qu’un projet de théâtre intéresse à ce point une ribambelle d’adolescents. En revanche, l’entreprise est audacieuse. Sofiane n’ose imaginer par quels ressorts Claire a persuadé Jules d’autoriser cette excursion mais, quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que cette pièce de théâtre ne fera qu’envenimer leurs relations. Car il faut bien l’avouer : l’ambiance, à la Fourmilière, n’a jamais été aussi incendiaire.

— En fait, je trouve que t’y mets pas assez du tien ! s’esclaffe Clémence en se jetant sur Sofiane.

   La jeune fille enlace le buste de l’animateur, pèse de tout son poids sur lui et laisse ses pieds glisser sur le sol. Ses baskets crissent contre le lino, ses jambes se détendent en un arc de cercle chancelant. Sofiane, lui, fait mine de crouler sous le poids de l’adolescente : il souffle, gémit, alourdit ses pas. Clémence rit aux éclats.

— Clémence, tu peux pas faire ça ! lance une voix.

   Sofiane arrête ses mimes, la jeune fille se hisse un peu mieux sur lui et lève les yeux. Devant eux, les mains sur les hanches et l’air sérieux, Claire leur barre la route.

— Tu t’y prends super mal, critique l’animatrice. Choppe-le plus haut !

   Sans plus de cérémonie, elle se rue sur Sofiane, grimpe par-dessus Clémence et, avec application, lui montre comment freiner tout à fait la course de l’animateur. La jeune fille rit de plus belle tandis que Sofiane, déséquilibré, bande ses muscles : l’assaut n’est pas imparable, mais il va falloir jouer au plus fin.

— Oh hé ça va, je suis pas un mur d’escalade !

   Il lâche ses sacs, pivote sur lui-même et tente de coincer les deux corps rebelles. Il y parvient à force de contorsions et de chatouilles et, une fois ses proies capturées, s’évertue à les décoiffer. Les deux femmes rigolent, se débattent sans conviction. Les visages dépassent et se répondent, leurs dents blanches émergent derrière une flopée de rires incontrôlés. Au terme d’une lutte acharnée, Sofiane s’avoue vaincu et laisse ses jambes se dérober sous lui : le monstre à trois têtes s’effondre dans un chahut vivant et joyeux.

— Claire, faut peut-être se dépêcher, non ?

   Les têtes relèvent le menton : un jeune garçon se détache de l’entrée du bâtiment et les interroge d’un regard timide.

— Il a raison ! admet Claire. Au boulot, les cancres ! Sofiane, je pense que tu peux déjà partir avec un premier convoi. Farid et Klaus sont prêts.

— À vos ordres, ironise l’intéressé en s’aidant du mur pour se redresser.

   Claire lui assène une tape amicale sur l’épaule avant de s’éloigner d’une démarche assurée. Surgissant d’un dortoir, une foule d’adolescents amène avec elle un rayon de soleil échappé d’une porte entrebâillée. Claire adresse une remarque pleine d’entrain à l’un d’eux et, bientôt, ses mots se perdent dans le brouhaha des conversations.

   Sofiane agrippe les sacs restés à terre et ses mains redeviennent deux morceaux aussi lourds qu’un marteau. Alors qu’il traverse le couloir clopin-clopant, les masses qui l’encombrent se balancent d’avant en arrière et menacent de frapper quiconque lui bloquerait le passage. Bienveillante, Clémence le dépasse et lui ouvre les portes du gîte : une fois dehors, la clarté du ciel et des montagnes voisines les éblouit. Malgré l’été et les températures assommantes, les sommets, lointains et inatteignables, se parent d’un chapeau de glace qui donne envie. Soucieuse de dissimuler toute trace de transpiration, la jeune fille se frotte le front. Sofiane ne réagit pas : tous ces étés passés à la Fourmilière l’ont rendu insensible, et cette atmosphère de fournaise ne le fait plus sourciller.

   Tous deux se dirigent vers le van noir. Les portières et fenêtres sont si grandes ouvertes que le véhicule ne ressemble désormais plus qu’à un immense insecte disséqué. Assis ou accoudés là où la chaleur du métal ne les force pas à fuir, une dizaine d’adolescents patiente, emportés dans des discussions animées. Sofiane balance les sacs de Clémence dans le coffre — paf ! — ce qui, en plus de décharger l’animateur de son poids, provoque l’effervescence des jeunes. Une nuée de questions s’abat :  

— Oh Sofiane, on part bientôt ?

— Tout le monde est là !

— Je peux m’assoir devant ?

— Du calme, les gosses ! Je ferme le coffre et on décampe.

   Sofiane s’exécute. Le coffre claque et les ondes qui valsent tranquillement sur le capot vrillent. Aussitôt, les adolescents essaiment autour du véhicule et s’engouffrent à l’intérieur du van. La chaleur y est presque insoutenable. Les bouches suffoquent, les peaux collent aux tissus, les poitrines se soulèvent. Tous attendent que Sofiane allume le moteur avant de refermer les portières.

   L’animateur ne se fait pas prier plus longtemps. Il sait les adolescents impatients de voyager, les visages et les cheveux offerts au vent comme des noyés se laisseraient happer par l’air. Impatients aussi de rejoindre la MJC, de découvrir la salle de spectacle et d’entamer les répétitions. Pour ça, Claire a fait mouche : le démon du théâtre les a tous piqués.

   Au moment de glisser la clef dans le moteur, Sofiane jette un coup d’œil par-dessus le tableau de bord et distingue Jules. Debout, sali par les traces de poussière qui décorent le pare-brise, il semble hésitant : ses mains se tordent et décousent le vide autour d’elles. À ses côtés, Sam et Klaus paraissent vouloir le rassurer.

— C’est pas vrai, marmonne Sofiane dans sa barbe. Jusqu’au bout il va nous casser les couilles, le dirlo…

   D’autant que Klaus intercède rarement en faveur de quoi que ce soit : ce n’est pas dans les habitudes de l’intendant de prendre parti. Le directeur a dû faire ou dire quelque chose qui l’a définitivement rangé du côté de Claire… Vu le climat ambiant, se dit Sofiane, la meilleure solution serait de déguerpir au plus vite. De prendre la route, la tangente. De jeter les mômes dans leur salle de spectacle et, à la fin de leur représentation, quand tout ce petit monde sera rentré au bercail, de prouver à Jules que ce n’est pas la mer à boire, des ados qui brûlent les planches.

   Trop tard : déjà, Jules chancelle, se débarrasse de sa gêne et avance vers le van. Sa démarche est pressante, les pans de son pantalon brun se mêlent à l’herbe — comment les parterres du gîte peuvent-ils être si verdoyants avec une sécheresse pareille, c’est un mystère que Sofiane n’est pas encore parvenu à élucider. L’animateur affiche à contrecœur son sourire le plus charmant. Avec Jules on ne sait jamais : mieux vaut se la jouer conciliant.

— Tout roule, Jules ?

   Le directeur se plante devant la portière toujours ouverte de Sofiane et se penche en avant, les mains sur les genoux. Son corps en angle droit reste solidement ancré dans le sol. Il sourit à son tour et son sourire sonne faux — un brin figé et froissé, la tentative maladroite de ceux qui ont des soucis mais ne veulent pas l’avouer.

— Oui ! Enfin… Tu prends le van noir, c’est ça ?

— À ce que je vois ! répond Sofiane en donnant une petite tape sur le volant.

   Jules ricane. Bien sûr que son employé prend le van noir, il est assis dedans. Avec un cortège d’enfants à l’arrière.

— Bon… bon… commente le directeur.

   À l’évidence, la situation le dérange sans qu’il trouve à y redire.

— Le trajet ne sera pas long, tente Sofiane.

— C’est vrai…

— Et on sera tous rentrés dimanche soir.

— Je sais…

— Ça ne fait que quatre jours, au final… Ce sera vite passé ! Et tu seras fier quand tu verras la pièce !  

   Derrière son sourire chiffonné, Jules émet un raclement. Sofiane s’imagine que cette ouverture des lèvres, avec ces dents blanches et régulières, est une muselière : le directeur s’y réfugie et, s’il en avait conscience, ne demanderait qu’à s’en libérer. Quelque part, Sofiane le plaint. Du haut de ses fonctions, avec ses responsabilités, ses frais à gérer et ses coupes budgétaires, il s’est empêtré dans une routine réductrice. Une camisole qui entrave ses mouvements. Vraiment, Sofiane ne prendrait sa place pour rien au monde.

— Allez Jules, elle va être top, leur pièce !

   Désireux d’en finir au plus vite, Sofiane attrape la poignée de la portière. Jules est bien obligé de se redresser et de reculer ; le claquement sourd résonne à ses oreilles comme un rejet. Sans donner le temps au directeur de réagir — car après tout, assez tergiversé, et de toute façon cette conversation ne mènera nulle part — Sofiane enclenche le moteur. À l’arrière, ça s’égaie. Les portes se referment en cascades. Et, juste avant de démarrer, le coude tranquillement posé le long de la vitre baissée, Sofiane adresse un dernier sourire, un vrai, à Jules et, débonnaire, lui lance :

— Et d’ailleurs patron, merci d’avoir signé toutes les autorisations ! Avec la municipalité c’est plus ce que c’était, il faut des tartines de paperasses, maintenant. C’est cool de ta part d’avoir accepté tout ça !

   Un pouce levé en signe de remerciement jovial, et l’insecte refermé s’éloigne dans un tonnerre de vibrations métalliques. Jules reste pantois. Cette dernière phrase de Sofiane, et puis ces gestes d’au revoir que seuls les jeunes branchés maîtrisent avec une aisance implacable, l’ont déstabilisé. Il ne s’attendait pas à ce que les évènements prennent une telle tournure.

   Un nouveau vrombissement le sort de sa torpeur : à l’autre bout de l’allée, le van gris part lui aussi. À son bord, le directeur reconnaît Farid et Klaus. Les deux véhicules se rejoignent, brinquebalent sur le gravier dans un tourbillon de poussière et rapetissent à vue d’œil. Bientôt les deux convois sillonneront la route qui mène à la ville, là, le long de cette montagne, cette route visible très longtemps depuis la Fourmilière, et arracheront au camp les deux tiers de ses effectifs.

   Jules ne peut s’y résoudre. Il tourne les talons et rebrousse chemin en direction du gîte. Pousse la porte du bâtiment principal de ses deux poings serrés. Explore les couloirs à la recherche de ses employées.

— Claire ! crie-t-il après avoir passé la tête dans l’entrebâillement d’une porte.

   Il n’y a pas âme qui vive. Le dortoir des garçons est abandonné, les lits reposent entre deux rayons de soleil intrusifs. Les couvertures pendent de travers. Les placards ont été vidés à la va-vite.

— Ici ! lui répond une voix lointaine.

   Il claque la porte du dortoir et suit la voix. L’écho se déroule comme une ficelle et le guide jusqu’au réfectoire. Lorsqu’il y entre, il est encore une fois frappé par la vacuité des lieux : au centre trônent Claire et Sam, tranquillement affairées aux derniers préparatifs de leur excursion. Les pas de Jules résonnent et forcent les deux femmes à remarquer sa présence.

— On range les livres dans les sacs, explique Sam. Ils vont servir pour les répétitions.

   Le directeur jette un œil peu amène aux ouvrages de théâtre qui jonchent la table centrale. Un réfectoire c’est un réfectoire, et non une bibliothèque. Il a pourtant aménagé une salle entièrement dédiée à la lecture, dont personne ne semble se soucier. C’est à n’y rien comprendre.

— Sofiane vient de m’avouer que les autorisations étaient signées, lance-t-il pour toute réponse.

   Son ton est aussi sec que du papier glacé. Les deux femmes suspendent leurs gestes. Il insiste :

— Je peux savoir de quoi il parle ?

— Il parle des autorisations que nous demandait la MJC, énonce Claire avec un calme froid.

— Et comment se sont-elles signées ?

— Pas toutes seules en tout cas.

   Claire saisit un livre et le feuillette à l’aveugle comme pour en soupeser l’essence. Les pages bruissent avant que l’ouvrage disparaisse dans un sac de sport. Jules ignore le voyage du livre. Son attention toute entière se concentre sur Claire, et uniquement sur Claire : il veut qu’elle sache que ses agissements ne resteront pas impunis, qu’il la surveille. Il se contient tant bien que mal.

— Ça veut dire quoi, ça ? tonne-t-il.

   Sam baisse la tête et pince les lèvres, embarrassée. Elle ne fait que suivre le mouvement, se dit Jules. Son employée a toujours été sage et disciplinée. L’irrévérence de sa nouvelle amie l’a dépassée, voilà tout. Jules aurait dû se méfier dès le départ : une seule mauvaise influence peut corrompre l’âme la plus naïve. Une tortue — cette fille est une tortue qui, aux conflits, préfère attendre sous sa carapace que la tempête passe. À l’inverse, Claire ne se laisse pas abattre. Droite, le menton levé, elle lance :

— Ça veut dire qu’on a dû se débrouiller sans ton aide. Ce qui n’est pas plus mal : au final, on s’en tire très bien.

— C’est toi qui as tout signé ?

— En personne. De cette main-ci.

   Claire agite sa main gauche à la manière d’une marionnettiste sans accessoire.

   Jules fulmine. Une colère noire se coince en lui — une aigreur acide, qu’il a accumulée et qui, enfin, trouve une occasion de s’échapper de son gosier. Il hurle :

— Tu te prends pour qui, bordel ? T’arrives, tu t’imposes, avec tes bons sentiments et tes idées de théâtre, tu crois faire le bien autour de toi et tu te prends pour la Vierge en personne ! Mais tu veux savoir ? T’es rien d’autre qu’une pute, une sale pute qui s’installe chez les autres ! Un parasite qui suce jusqu’à la moelle et qui ne se retire qu’une fois sa victime complètement vidée !

   La litanie d’insultes le libère d’un poids et il ne se maîtrise plus. Ses mots envahissent le réfectoire vide. Sam scrute le sol. Claire se désintéresse de Jules et poursuit ses rangements avec une minutie calculée. Elle ne parvient cependant pas à contrôler le tremblement de ses mains. Le directeur continue de vociférer :

— Je vais te dire ce que tu mérites : la douleur ! Qu’on te torde le cou comme tu as tordu le mien, que tu étouffes comme tu m’étouffes, moi, depuis ton arrivée ici ! Tu mérites un retour de flammes ! Et quand tu crèveras — parce que ça arrivera, crois-moi, un jour, quelqu’un va craquer — quand tu crèveras, tu peux pas savoir à quel point le monde autour de toi respirera mieux !

   Soudain, le frottement de la fenêtre coulissante se fraie un chemin timide sous les cris. Jules se tourne, croise le regard pétrifié de Séverine et ceux, inquiets et incrédules, de quelques jeunes. Tous se tiennent à l’écart, bouchée bée. L’adjointe bafouille :

— Ils étaient tous dehors, ils n’ont pas fini de préparer leurs affaires… Alors je les accompagne jusqu’à leur dortoir… Et puisque c’est plus rapide par le réfectoire, on est passés par cette…

— Très bien, coupe Jules.

   Il s’éclaircit la gorge. L’ébauche d’un sourire moqueur se dessine sur les lèvres de Claire.

— Je suis navré, les enfants, précise-t-il, vous n’auriez pas dû être témoins de tout cela. Oubliez ce que vous avez entendu et repartez jouer dehors.

   Les adolescents remuent, hésitent. Puis suivent le bras de Séverine qui se tend vers les dortoirs : au lieu de ressortir, ils traversent le réfectoire à la queue leu leu et rejoignent le couloir principal. Jules voit bien que son ordre n’est pas appliqué à la lettre mais ne sait plus comment se faire comprendre. Séverine les accompagne jusqu’à la porte. Une fois le dernier adolescent disparu, elle la referme sans un bruit, se tourne vers Jules et attend.

   Seul au milieu de la pièce, le directeur peine à recouvrer ses esprits. Il se triture les cheveux. D’autres injures se heurtent dans sa bouche et ne demandent qu’à en sortir, toutes griffes dehors. Les enfants l’ont stoppé en plein élan, ont frustré sa colère. N’y tenant plus, il laisse sa hargne reprendre le dessus :

— Bordel, qu’est-ce qu’il se passe dans cette colo ? Séverine, tu es au courant, pour ces autorisations signées sans ma permission ?

   Séverine s’avance d’un pas, ses ballerines à talons claquent. Nerveuse, elle entortille ses doigts.

— Oui, je suis au courant, avoue-t-elle. C’est moi qui les ai signées.

   Jules en est stupéfait.

— C’est toi qui les as signées ? Mais Claire vient de me dire que…

— La vache, t’es vraiment con.

   Le ton de Claire est aigre. Elle poursuit, sifflant entre ses dents :

— Ma signature ne vaut rien auprès de la mairie. En revanche, celle de Séverine, oui. Elle est moins conne que toi, t’as bien fait de la nommer adjointe.

   Jules n’en revient pas. L’annonce de la trahison de Séverine le choque plus que la vulgarité de Claire. Contre toute attente, Séverine parvient à s’enhardir et argumente d’une voix frêle :

— Écoutez, Jules… je crois que cette excursion fera beaucoup de bien aux jeunes. Les parents sont d’accord, je m’en suis assurée. Claire a de l’expérience de scène, elle saura créer une belle pièce de théâtre. D’autant que la petite Léa est…

— Mais je m’en fous, de Léa ! Qu’est-ce qu’elle vient faire dans cette histoire ?

— C’est que, vous comprenez, avec son handicap…

— Son handicap, mon cul son handicap ! Je gère un camp de vacances, ici, pas un hospice pour attardés mentaux !

   Aussitôt, il se tait. Il a conscience d’être allé trop loin. Il se démène pour ne pas révéler son embarras, cherche à garder bonne figure. Claire s’en aperçoit :

— Enfin. J’attendais que ça te sorte de la gueule, toute cette puanteur.

   Les trois femmes guettent la réaction de Jules. Il enrage. Se sent piégé, coincé entre quatre murs et trois paires d’yeux.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire et tu le sais ! s’emporte-t-il. Et là n’est pas la question, on parle de ton comportement ! Des libertés que tu prends !

— C’est vrai, Claire, essaie de modérer Séverine, vous n’auriez pas dû agir dans le dos de Jules… Vous m’aviez promis qu’il avait tout accepté !

   Jules se tourne vivement vers son adjointe et lui décoche un regard qui la résout au silence.

— Séverine, on reparlera bientôt de ton poste. Après une erreur pareille, hors de question que tu restes adjointe. Je prendrai Klaus, il fera l’affaire.

   Séverine ne parvient pas à s’arracher à ce regard hostile que lui impose Jules. Sam commence à s’agiter : elle se secoue comme pour gratter une plaie fantôme.

— J’en ai ma claque, explose Claire. Ton numéro de chef, j’en peux plus. Si tu décides de rétrograder Séverine, je démissionne dès notre retour de la MJC. Et tu verras si tu arrives à tenir la barre, avec une mono en moins !

   Claire serre les dents. Jules gonfle la poitrine, contracte les épaules. Il doit rester le seul maître à bord.

   Il aimerait regagner le contrôle. Empoigner la nuque de Claire et la diriger. Non, la plier. Mieux, s’assoir sur elle, l’écraser. S’étendre sur elle et, au passage, entendre sous ses semelles ses os se briser. Non, mieux. Planter ses mains dans son corps de femme stérile, agripper sa colonne, remonter le long de ses vertèbres, sentir ses articulations bosselées se rompre sous ses doigts d’acier. Déchirer la peau, s’aventurer dans la chair. Trouver les nerfs et en faire des fils de pantins. Atteindre le crâne, enfin, et la faire ployer. Alors, seulement, elle lui obéirait. Elle ne serait plus cette vermine dévoreuse, cet insecte que personne n’a demandé, cette écharde qui ne fait que grossir. Un tel fléau, pour l’éradiquer, il faut y mettre les moyens.

— Je suis d’accord. Ça ne peut pas continuer ainsi. Si Séverine et Claire partent, je pars avec elles.

  Ces mots qui surprennent tout le monde, qui perturbent Jules, sont ceux de Sam. Jules la déconsidère d’emblée : Sam n’est responsable de rien, ne pense qu’à travers les autres. Non, malgré le défi que lui lance l’une de ses plus anciennes employées, c’est Claire que le directeur toise d’un œil mauvais : c’est elle, et elle seule, la créatrice de ce naufrage.

   Toutefois l’intervention de Sam change la donne. Jules en a conscience, sans elles le camp ne peut plus tourner, les enfants ne pourront pas être encadrés. Séverine restera auprès de lui car elle est loyale mais Sofiane se trouvera très vite dépassé, tout nigaud qu’il est. Jules n’a pas le choix : il doit garder ses deux employées au gîte jusqu’à la fin de l’été. Ensuite, advienne que pourra.

   Les trois femmes l’observent, attentives et tendues. Bientôt Jules pâlit. Ses spéculations sont justes, réfléchies. Réalistes. Ses employées, elles, sont aussi bornées qu’écervelées. Elles ne se rendent pas compte, les folles, ce qu’exige la responsabilité d’un camp. Gérer tout ce petit monde, les mener à la baguette. Sans lui, tout partirait à vau-l’eau. Personne n’a conscience que tout s’effondrerait, se déliterait. Et au milieu d’un tel bazar, lui, Jules, n’est pas reconnu pour l’homme qu’il est.

   Il se sent perdu. Humilié.

— Je refuse, souffle-t-il tout bas. Ça ne se passera pas comme ça. Rappelez Sofiane, rappelez Klaus et Farid. Je veux qu’ils rentrent sur-le-champ. On annule tout. Les enfants défont leur valise. On reste tous à la Fourmilière.

   Il perçoit le hochement désapprobateur de Claire : pas question.

   Alors, confronté au verdict de ses employées, il s’enferme dans un silence mutique. Les rayons du soleil poursuivent leur course, balayant le réfectoire millimètre par millimètre.

   En quelques gestes brusques, Claire enfonce les derniers livres dans le sac de sport, en saisit la lanière et part. Sam la suit. Leurs silhouettes se perdent dans le couloir et, bientôt, leurs deux voix résonnent :

— Allez les jeunes, on s’active ! Les deux premiers vans ont déjà décollé, ils seront arrivés bien avant nous. On se dépêche si on ne veut rien rater !

   Séverine et Jules restent face à face, immobiles. Le chambardement qui se fait ressentir au loin ne les atteint pas. Le directeur fixe le sol sur lequel s’invite le soleil. Il est ailleurs. Paraît réfléchir. Ses sourcils gigotent, sa mâchoire est serrée.

   Puis, comme monté sur ressorts, il se redresse et se dirige vers le couloir. Suit Claire, Sam et les adolescents. Devant la porte du dortoir, il retire une clef de sa poche. Une seconde d’hésitation.

   Et soudain ses mains cessent de trembler. Ses doigts se crispent, la clef cherche son chemin à l’intérieur de la serrure et, enfin, le trouve : le poignet se tourne et se tord brutalement. Jules a enfermé les femmes et les enfants dans le dortoir.

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Fauchelevent
Posté le 27/03/2021
Mais qu'est-ce qu'il a, Jules ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il est ?
Certaines de ses réflexions - celles qu'il tait - me font penser à la sous-culture incel. Il traite Claire de pute, une insulte qui paraît complètement déconnectée du contexte et qui la rattache d'emblée à son sexe ; et il se lie malgré lui à son corps : il s'imagine prendre possession de ses os, de ses bruits, de sa mort... Je ne sais pas, il est fort possible que je fasse fausse route.
Je crois comprendre que tu t'es lancée dans un compte à rebours... Si c'est le cas, c'est brillant. Brillant, et glaçant.
<3
Liné
Posté le 09/04/2021
Effectivement, le principe est celui du compte à rebours (... j'aime la facilité). Je suis contente de voir qu'à ce stade-là de l'histoire, ce sont ces questionnements, autour de Jules, qui te viennent à l'esprit : c'est là où je souhaitais embarquer les lecteurices.
Merci ! <3
noirdencre
Posté le 18/02/2021
Quel superbe choix dramatique de revenir en arrière !
D'emblée tu nous fait aimer Claire, et pourtant rien n'est simple. Chacun a ses motivations et tu les expose sans juger, ce qui était difficile dans ce cas de figure !
La tension est à son comble, très belle écriture!
Liné
Posté le 07/04/2021
Et oui, j'aime la facilité narrative, haha... ! L'idée du compte à rebours m'a donné à réfléchir. Les mécanismes n'ont pas toujours été évidents, notamment s'agissant des points de vue, mais ça m'a permis de beaucoup progresser en termes de construction et d'écriture. Je suis ravie que ça fonctionne et que ça te plaise !
LionneBlanche
Posté le 06/01/2020
Re, @Liné ! Brr…. ^^

Qu’il est déstabilisant ce retour à la normal quand on connaît la suite ! Ça fait comme une ombre qui plane, et puis, j’ai noté plusieurs rappels au feu au cours de ma lecture « des ados qui brûlent les planches. » ; « la Fourmilière, n’a jamais été aussi incendiaire. »… L’ambiance est terrible, en fait, ça fait froid dans le dos. Je crois que le pire, c’est vraiment le moment de jeux, les rires de Claire, l’innocence de l’adolescente… Et puis, l’impatience des gamins pour ce week-end au théâtre ! Tout ce qui pourrait être léger, tout ce qui devrait l’être, ne l’est plus.

Je me demande si Sofiane n’a pas envenimer les choses avec ce départ… Si Jules avait déjà prémédité son acte à ce moment-là, s’il savait qu’il allait tuer Claire lorsqu’elle lui a indiqué où elle était. Et puis tous ces jeunes… L’impact terrible que ça aura sur eux ! Certains étaient surement encore dans la cour au moment du drame : ils auront entendu les cris…

Je me demande si tu vas continuer ainsi, remonter une étape en arrière à chaque fois, dans l’ordre, ou si les événements vont se mélanger. Mais cet effet compte à rebours, c’est vraiment terrible ! Je suis angoissé, en vrai ^^ Je ne te lirais jamais avant de dormir ! Mais j’ai envie de continuer encore un peu…
Liné
Posté le 12/02/2020
Et oui, je me suis un peu lâchée sur les expressions en lien avec le feu (quoique certaines d'entre elles sont venues toutes seules - c'est fou le nombre d'expressions de la langue française qui évoquent cet élément).
Je préfère ne rien te spoiler mais en tout cas, oui, l'ensemble du roman est basé sur ce compte à rebours !
Gabhany
Posté le 25/11/2019
Hello Liné !
J'en ai mis du temps à me remettre de ton premier chapitre, mais me voilà ^^
C'est marrant car de savoir la fin, ça m'a rendue plus attentive à la psychologie, aux petits indices que tu sèmes: Jules qui ne veut pas que les jeunes partent, pourquoi ? Et Sofiane qui part en mode résigné, comme s'il savait que ça allait péter… et cette fin sur Jules qui retrouve Claire, brrrr.
J'aime beaucoup aussi la façon d'écrire les descriptions : tu nous donnes plein de petits détails plutôt qu'une vue d'ensemble, j'aime tes analogies ( le van toutes portes ouvertes comparé à un insecte disséqué … trash mais génial !).
Bref, je regrette maintenant d'avoir mis autant de temps à revenir ici !
Liné
Posté le 25/11/2019
Hey ! Je suis très flattée que tu sois revenue roder autour de la Fourmilière après cette expérience de premier chapitre... D'ailleurs je comprends tout à fait que ça puisse bloquer des lecteurs.trices ! (si c'est le cas, c'est que quelque part j'ai bien fait mon taf). Un grand merci en tout cas d'être revenue à la charge !
ChachaLaBaveuse
Posté le 15/10/2019
Bien, je n’ai pas pu m’empêcher de continuer. Et j’ai adoré ce chapitre. D’abord je me suis totalement imaginée dans ce gîte entourée de montagnes verdoyantes sous un soleil de plomb et sans me rendre compte des descriptions. Donc chapeau pour l’ambiance.
Ensuite, l’écriture à rebours est très interessante car elle change totalement le prisme du lecteur. Ton personnage principal est sofiane mais comme on sait déjà qu’il ne participe pas au drame final, j’ai le sentiment qu’on ne lui accorde pas l’importance qu’il aurait si on lisait dans le sens chronologique. (Je ne suis peut-être pas claire). Du coup, mon esprit l’a traité comme un lien ou plutôt un miroir entre les personnages de Jules et Claire. Alors que Claire est très peu présente dans ce chapitre, j’étais assez focalisée sur le fait qu’elle avait peut-être révélé les qualités de sofiane. Et la légèreté de sofiane m’a paru mettre surtout en évidence le côté terne et bureaucratique de Jules. J’ai vraiment aimé être bousculée dans mes habitudes de lecture. Je continue...
Liné
Posté le 18/10/2019
Merci encore !
En effet, je voulais créer des contrastes d'ambiance, et de psychologies dans les (ré)actions des personnages. Quelque part, cette légèreté autour de Sofiane prouve que le moniteur était à mille lieux de se douter du drame à venir... et c'est ça aussi qui m'intéresse, à coté du drame en lui-même !
Mouette
Posté le 17/09/2019
Bon, première chose, coucou, deuxième chose, je vais faire vite pour pas sortir du mood avant le 9.2, troisième chose, j'adore le principe de la narration à revers. De façon générale j'adore tout ce qui est un peu titillant, qui nécessite de l'investissement de la part du lecteur, qui questionne le matériau littéraire en tant que tel... Voilà voilà.

C'est assez terrible, tu nous présente Sofiane comme quelqu'un de dégourdi et gentil et tu l'éloignes immédiatement, on sait qu'il ne pourra pas intervenir, surtout qu'à remonter le cours de l'histoire comme ça on se prend dans le désir irrépressible de changer (ou de voir changer) la façon dont les choses se sont enchaînées...

Bref, bisous, à plus.
Liné
Posté le 18/09/2019
Ha, la narration à l'envers ! Ça a l'air d'être un calvaire à première vue (et j'ai d'abord pris peur en me lançant là-dedans) mais au final... je m'éclate :-) Et ça me force à être tellement attentive et ingénieuse que j'en apprends beaucoup sur la construction narrative d'un roman ! Je suis d'autant plus contente si le lecteur.rice s'y trouve embarqué.e !

Quant à Sofiane, en effet, il sert un peu de soupape après le chapitre 10. Je voulais créer un contraste entre l'avant et l'après, montrer qu'il y a un environnement concret et autonome autour de Jules et Claire
Jupsy
Posté le 01/09/2019
Coucou Liné !

Comme tu peux le voir, je me suis remise. Enfin non, mais je me sens assez forte pour poursuivre vu que le pire est passé. Quoique je pense que ce n'est pas le cas. Je pense même que c'est sans doute l'inverse car pour en arriver à la fin du précédent chapitre, il en faut pas mal. Ou alors rien du tout et dans ce cas là c'est encore pire. Bref...

Parlons de ce chapitre. Une petite bouffée d'air frais après le précédent qui est en fait le suivant. Cela fait du bien même si on sent bien que la tension est là, quelque part. Sofiane apparaît comme un personnage fort sympathique, qu'il est plaisant de rencontrer. C'est dommage qu'il se casse avant le drame, mais en même temps est-ce que sa présence aurait suffi ? Pas sûr.

Et cette histoire d'autorisation ne sent pas vraiment bon... Il a pas l'air au courant le directeur. Serait-ce la goutte ayant fait débordé le vase ? Et puis le vase avait-il vraiment besoin de déborder à ce point-là ?

Allez je vais lire la suite !
Liné
Posté le 05/09/2019
Hello Jupsy, ravie de te retrouver par ici !
En effet, j'ai voulu jouer sur le contraste entre la fin du chapitre 10, et le début du chapitre 9. Sachant qu'avec ce roman, je ne cherche pas non plus à choquer pour choquer, mais plutôt à faire réfléchir. J'espère que la violence (psychologique, puisque la physique est passée) ne te heurtera pas trop ! (d'ailleurs, petite idée en passant : si tu le souhaites, je peux te prévenir en avance de tel ou tel passage qui pourrait s'avérer difficile à la lecture).
Merci encore d'être passée par ici :-)
GueuleDeLoup
Posté le 18/08/2019
Hello Liné-chat <3

Me voilà sur ton histoire et je risque de lire encore quelques chapitres d'ici ce soir, me voilà embarqué ;).

Alors comme promis, je vais être hyper sincère.
En vrai mon avis sur le chapitre 1 va être biaisé, mais je n'ai pas eu la "claque" reçue par les autres lecteurs, mais je ne pense pas que tu doive le prendre en compte en raison du contexte: j'étais entouré de Claquette e et Néné qui lisaient des extraits débiles à côté de moi et qui me faisaient rire (Merci pour l'ambiance plus sombre). Et puis en vrai, je m'en doutais. Je n'arrive pas à savoir si j'ai entendu un truc avant, si le thème correspond à ta personnalité ou si j'ai déduis ça de nos conversations à cette IRL. Du coup j'ai préféré lire un chapitre de plus avant de commenter (que j'ai lu tranquillou toute seule, maintenant que tout le monde est parti).

Alors bon, j'ai dit que ce n'était pas un chapitre claque mais j'ai quand même bien senti que tu m'avais agrippé par un bout du cerveau et que maintenant je suivrai cette histoire jusqu'à la fin. J'avoue aussi avoir tapé sur google, les terme "Guatemala" et "immolation" (j'ai entendu hier sue tu t'inspirais d'un fait divers, mais je n'en ai pas vraiment entendu plus).

Pour moi l'écriture est fluide et efficace, j'ai un petit peu de mal avec la femme qui accompagne le directeur, je trouve qu'elle devrait comprendre que le directeur se balade avec un bison d'huile et réagir davantage.

J'ai beaucoup aimé le deusième chapitre. J'ai juste eu un léger soucis avec cette phrase:
"Debout, sali par les traces de poussière qui décorent le pare-brise, il semble hésitant. Il gesticule. Ses épaules sont timides mais ses mains se tordent et décousent le vide autour d’elles."

Le mot "gesticule" me parait en contradiction avec les autres qui évoquent des mouvement plus lents.

Je pense que tu as du retrouver ton chez-toi maintenant, je vais pour ma part aller lire la suite. Je te fais de gros bisous et je te dis à bientôt.
Liné
Posté le 19/08/2019
Hello Lou-loup <3

Merci d'être passée par là ! Je sais que tu auras un regard assez affûté, et il y a certainement 2-3 choses, dans l'ensemble de l'histoire, qui mériteraient d'être peaufinées (aussi bien dans le fond que dans la forme - d'autant qu'avec un sujet pareil, je veux pas me louper !).

A l'IRL, j'avais raconté certains détails du premier chapitre, donc ça ne m'étonne pas tant que ça que tu n'aies pas eu de choc. Et d'ailleurs, mon intention est d'interroger, de susciter des questionnements, bien avant de choquer (même si le côté "claque" est le bienvenu ^^). Quant au fait divers, il s'agit du drame connu par le nom de ses victimes, "las ninas de Guatemala", survenu le 8 mars 2017 (si ça t'intéresse mais que tu ne trouves pas d'articles qui en parlent, je t'enverrai un ou deux liens par MP).

Pour le personnage de Séverine, j'ai voulu dresser le portrait d'une femme d'un certain âge, réservée, qui se "laisse faire", et quelque part presque soumise au monde qui l'entoure. Elle apparaît assez souvent et une partie du chapitre 6 lui est consacré. Si tu arrives jusque-là et que son comportement dans le chapitre 10 te pose toujours problème, dis-le moi ! ;-)

Quant au "gesticule", la phrase me posait problème pour une question de rythme. Du coup j'ai fait au plus simple, j'ai tout bêtement supprimé le "Il gesticule" et c'est plus clean.

Merci beaucoup et à très vite, sur PA et en VRAI !! <3
Laure
Posté le 15/07/2019
C'est toujours drôle et bien écrit, même si on sait bien qu'on ne lit pas quelque chose de tout à fait joyeux :D
Sofiane est super sympathique comme personnage. Je me suis demandé pourquoi on ne l'avait pas vu dans le 10, comme il me semble assez important, mais j'imagine que tout cela nous sera expliqué.
Je ne sais pas quoi dire hihi sinon qu'il faudrait que je lise le 9.2 pour avoir un avis plus assuré. En tout cas on sent toujours que tu sais où tu vas, même si en ce qui me concerne je suis légèrement perdue parce que cette moitié de chapitre ne permet pas tellement de recoller les morceaux. Mais c'est pas un perdu désagréable, juste un perdu "attends faut que j'avance".
Donc je vais avancer ! À tout bientôt ♥ 
Liné
Posté le 15/07/2019
Ha ben tu vois, je me suis confusionnée toute seule en répondant à tes remarques pour le 9.2 avant le 9.1, et en en confondant les deux commentaires !
Bref...
Sofiane n'apparaît pas dans le 10 car il est déjà parti (avec les autres adultes, Klaus et Farid). Dans ma tête, mais ce n'est pas grave si les lecteurs/trices perçoivent l'histoire autrement, le quatuor de tête reste composé de Claire, Jules (normal), Séverine et Sam. Peut-être que les points de vue à venir te permettront de mieux comprendre ce choix ?
A très vite !
Liné
 
Isapass
Posté le 01/04/2019
Très efficace le début : avec ton mécanisme narratif à rebours, la scène de Sofiane qui se fait sauter dessus a un double effet. D'abord elle permet de respirer avec la fin si intense (c'est un euphémisme) du chapitre précédent. Mais d'autre part, comme on sait déjà que la suite chronologique réserve quelque chose d'atroce, il règne sur ce tableau tout simple un poids qui ne devrait a priori pas y être. Il en résulte une espèce de malaise indéfinissable. C'est très bien jouer !
Le personnage de Sofiane est bien campé en deux ou trois paragraphes, grâce à de simples introspections : c'est le gars responsable, bien dans ses baskets, peut-être un peu moins sûr de lui qu'il ne le voudrait, mais qui ne se prend pas la tête. Le grand copain des ados.
Comme ce chapitre est fait pour être lu avec le suivant, j'enchaîne (j'ai déjà lu la suite, en fait, mais vite fait, faut que je relise pour commenter)
Détails :  
"Sofiane agrippe les sacs restés à terre et ses mains redeviennent deux morceaux aussi lourds qu’un marteau." : j'aime beaucoup l'image mais je me demande si tu ne pourrais pas trouver mieux que "morceaux"
"Pour ça, Claire a fait mouche : le démon du théâtre les a tous piqués." : j'adore cette phrase avec "piqués" qui renvoie à "mouche" 
"Ses épaules sont timides mais ses mains se tordent et décousent le vide autour d’elle." : autour d'elles. J'aime bien cette image des épaules timides : après le premier chapitre, on sait ce que cache cette timidité. 
"son pantalon brun se mêle à l’herbe – comment les parterres du gîte peuvent être aussi verdoyants avec une sécheresse pareille," : bon alors c'est du surpinaillage, mais si tu dis que les parterres sont verdoyants, comment le pantalon BRUN de Jules peut s'y mêler ? 
"visible très longtemps depuis la Fourmilière," : visibles, non ? (les convois ?) 
Liné
Posté le 01/04/2019
Hello Isa,
C'est exactement l'effet que je recherchais : que dans les moments les plus anodins, on garde le souvenir du drame... Contente que cela fonctionne pour toi !
 
Rachael
Posté le 30/03/2019
Ah, j’ai compris le principe et na numérotation des chapitres ! On va aller à rebours ? Donc dans ce chapitre on aura la scène qui mène au début du chapitre 10. C’est osé, mais ça peut marcher. Ça me fait penser à 14 minutes de Séja pour le procédé narratif à rebours.
En tout cas, dans ce chapitre, ça fonctionne, avec cette joie des adolescents et celle aussi de Sofiane le moniteur qui sont tous sortis de leur routine et prêt à la grande aventure théâtrale. On avait déjà compris que Claire a secoué cette routine, incarnée par le directeur, mais on voit maintenant comment elle s’y est prise.
Toujours un grand plaisir à retrouver ton écriture, ce souci des petits détails (j’ai adoré la scène de la mêlée avec les six bras qui gigotent et les dents blanches qui émergent)
Je vais voir la seconde moitié du chapitre…
 
Détails
Une adolescente le suit au pied levé : je ne comprends pas l’emploi de « au pied levé » dans ce contexte
il est fort à parier : il y a fort à parier
les adolescents essaiment autour des portes : il me semble qu’essaimer, c’est plutôt utilisé dans le sens de partir. A vérifier.
les visages et les cheveux offerts au vent comme un noyé se laisserait happer par l’air : je trouve cette image étrange et le passage pluriel/singulier un peu curieux
Ses épaules sont timides mais ses mains se tordent et décousent le vide autour d’elle : autour d’elles ? (les mains ? )
Liné
Posté le 30/03/2019
Ha, tu es la deuxième (ou troisième) plume qui ne voit pas venir d'emblée cet aspect compte à rebours, je suis contente ! Ca veut dire que le concept de base n'est pas si évident que cela :-)
C'est un vrai pari en effet, et j'espère ne pas perdre la tension ou l'intérêt des lecteurs en cours de route. Après tout, commencer par le climax impose forcément une forme de descente d'adrénaline... J'espère que je saurai être à la hauteur !
AxelleC
Posté le 19/06/2019
Coucou Liné ! 
Enfin je reprends ma lecture !!
C'est un sacré défi que tu t'es imposée, mais je trouve la structure intéressante. j'ai hâte de lire la suite et de remonter le fil pour connaître les tenants et les aboutissants.
 
Ca me fait penser à certains clips qu'on voit en marche arrière... je sais pas si tu vois ce que je veux dire.
 
J'ai relevé une petite coquille : 
"-A vos ordres, ironie l'intéressé" c'est ironise, je suppose ;)
Mais sinon, franchement, l'écriture est maîtrisée, tu as un sacré style, ça se lit tout seul...
 
J'ai hâte de savoir ce qui s'est vraiment passé entre Claire et Jules.
 
Tu vas nous écrire un roman qu'on aura envie de lire deux fois. Dans le sens que tu nous donnes, puis dans l'autre !
  
 
Liné
Posté le 19/06/2019
Hello AxelleC,
Hé ben dis donc, tu nous a fait un marathon du feu !
Je trouve ça hyper intéressant d'avoir tes retours sur une lecture aussi "compressée", tu es la première personne à tout lire d'un coup et ça peut changer les impressions de lecture !
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