7 - Une punition

Notes de l’auteur : Tw : BDSM, bondage

Novembre 2018.

Société Robotics, Riverview Bay, île d’Aurora Skies.

Un vent froid griffait les joues de Cali et taquinait les épines des sapins sur la pelouse centrale. L’herbe gelée craquait sous ses pieds, alors qu’elle traversait le portail pour se rendre sur la place principale du campus. La chapelle de l’autre côté de la rue, était éclairée de l’intérieur, les vitraux scintillaient dans l’obscurité. L’organiste répétait une musique pénétrante et mélancolique.

L’appartement de fonction d’Amanda se situait un étage au-dessus du restaurant d’entreprise et du bar. Cali frappa à sa porte.

- Entre, lança-t-elle. C’est ouvert.

Un doux parfum de fleurs lui chatouilla les narines. Le salon était peint et décoré dans les tons blanc et crème. Pas de photos. Une reproduction encadrée de La Belle Dame sans Merci de John William égayait les murs. Des bougies parfumées brûlaient sur le rebord de la fenêtre. Leur flamme se réfléchissait contre la vitre sombre.

- Oh c’est toi, salua-t-elle, distraite.

- Tu m’as demandé de venir te chercher quand la soirée commencera, rappela Cali.

- Assieds-toi, pria Amanda, il faut juste que je me change.

Elle souffla les bougies, ferma les rideaux avant d’aller fouiller dans sa chambre. Cali s’assit sur le canapé et regarda ailleurs pendant que la jeune femme se déshabillait.

- Ecoute, j’espère que j’ai bien fait hier, de te dire pour Alex et Serena ? s’enquit-elle. Elle feignit la sincérité.

Comme Cali ne répondait pas, elle continua.

- C’est juste, tu sais quoi…j’aimerais savoir si mon mari a toujours été, comment dire… complétement honnête.

- C’est bon, assura Cali, regardant toujours dans une autre direction. Il m’a épousé moi.

Amanda enfila une petite robe marron qui se mariait avec ses yeux.

- Tu peux me l’agrafer, s’il te plait ?

Elle retenait ses cheveux au-dessus de sa nuque gracile pour lui faciliter la tâche.

- Si ça peut te rassurer, il en a fait voir à Serena aussi. Une fille avec laquelle tous les mecs rêvent de coucher. Et lui, il se la fait et il la plaque…

Amanda s’aspergea du parfum puis elle s’éclipsa dans sa salle de bains.

- Tu as vu Matt en bas ? demanda-t-elle, en se dessinant les yeux à l’eye-liner.

- Non, mais je ne suis pas arrivée par le bar.

- J’ai essayé de l’appeler toute la journée mais il filtre le salaud.

Cali s’approcha de la porte entrouverte et suivit les gestes d’Amanda qui peignait ses lèvres en rouge. Elle savait qu’elle s’attendait à ce qu’elle s’intéresse à leur histoire, à ce qu’elle demande pourquoi ils avaient rompu, mais elle n’en avait pas la force. Elle aussi avait filtré les appels toute la journée de parler à Alex depuis qu’elle avait appris pour Serena.

- Je t’ai aimé dès le premier jour, lui avait-elle confié la nuit d’avant, alors qu’ils revenaient du pub jusqu’à chez eux, où Amanda avait gaffé. Depuis le premier jour et tous les jours qui ont suivi, j’ai pensé à toi, je voulais être avec toi. Mais tu ne m’as même pas remarqué. Te souviens-tu seulement m’avoir rencontrée ? Mais toi, pendant ce temps, tu te tapais cette garce de Serena et tu n’en avais rien à foutre. Jusqu’à ce que tu finisses par me baiser aussi…

- Te baiser ? C’est comme ça que tu vois les choses ? C’est toi que j’ai épousé, nom de Dieu !

- Comment veux-tu que je les voie ? Nous aurions pu sortir ensemble bien plus tôt, tu voulais en essayer d’autres avant…

- Ce n’est pas ce qui s’est passé.

Alex avait essayé de protesté, de l’arrêter mais elle s’était enfuie dans leur chambre en claquant la porte, le laissant seul sur le palier. Il s’était couché sur le canapé. Pour la première fois depuis leur mariage, Alexander ne s’était pas réveillé entre les cuisses de sa femme.

Elle s’était acheté une nouvelle robe pour la soirée. Une des plus provocantes, pour lui faire regretter d’avoir choisi Serena en premier. Amanda n’avait pas fait le moindre commentaire sur son allure, malgré ses efforts.

- Bon tu es prête ?

Cali avait failli éclater de rire. Il n’avait fallu que cinq minutes à la jeune femme pour se préparer et elle allait certainement être la plus jolie fille de la soirée.

 

Les murs de pierre de la salle de réception brillaient sous l’éclat des bougies. Un immense sapin de Noël dans le coin nord-ouest resplendissait sous les guirlandes rouge et or. De petites lumières multicolores clignotaient aux fenêtres. Sur les tables rondes, on avait dressé les assiettes, les couverts et les bouteilles de vin, tous estampillés du logo de la société.

Cali s’avança, décidée à faire impression malgré la présence d’Amanda à ses côtés. Sa robe d’un rouge profond était serré et fendue jusqu’en haut des cuisses. Son dos était totalement nu et l’étoffe s’arrêtait juste en haut des fesses, laissant découverte sa belle chute de rein. Le décolleté, assez sage, laissait entrevoir la naissance de ses seins et surtout de son grain de beauté qu’Alex adorait titillé de la langue. Sa tenue se mariait à la perfection avec ses longs cheveux noirs et son rouge à lèvres rouge sang.

Toutes les têtes se tournèrent vers elles quand elles firent leur apparition. Du coin de l’œil, elle vit son mari, très élégant dans son costume noir, à côté de Matt, une flute de champagne à la main. Les yeux d’Alex s’écarquillèrent en voyant sa femme. Aussitôt le désir s’empara de lui et il l’a détailla du regard, s’attardant sur ses courbes que le fin tissu cachait à peine, imaginant toutes les folies qu’il pourrait lui faire. La coucher sur la table, relevé sa robe, arraché son string et fouetté son petit cul avec sa ceinture pour la punir. Puis, il s’enfoncerait en elle jusqu’à la garde et la ferait hurler de plaisir devant tout le monde. Pour rappeler à tous, que c’était lui qui commandait ! Oh oui, ce soir, il lui réserverait ce châtiment mais plus tard, quand ils seraient seuls.

Elles se dirigèrent vers leur table. Cali ne quittait pas Alex des yeux. Elle vit la lueur dans ses yeux, sombre et maléfique, ce qui la fit frissonner de peur et de désir. Ses tétons pointèrent et une douce humidité se répandit entre ses cuisses. Il eut un sourire en coin, le message était passé.

- Bonjour Mme Wilton, salua Matt, quand elles passèrent à côté de leur table. Il ignora ostensiblement Amanda. Tu es magnifique ce soir. Je t’accompagne à ta table ?

- Avec plaisir, minauda Cali avec provocation en regardant son mari.

Ce dernier ne dit rien, mais son air s’assombrit encore plus, de jalousie. Il se tourna vers Amanda et lui tendit son bras. Ravie, l’assistante de direction passa le sien et appuya sa main possessive sur le biceps seyant. Le petit échange n’avait pas échappé au reste de l’assemblée. Et surtout à Abby Devlin qui détestait Alex. Elle regarda son connard de patron, humilié encore une fois, sa meilleure amie. La psychologue savait qu’elle allait encore réparer les pots cassés de leur relation toxique.

Les deux femmes s’assirent à côté de Léo. Les deux hommes prirent place en face d’elles. Abby compléta la table.

- Les filles, vous êtes superbes ! complimenta Léo, déjà un peu pompette.

Cali voulait au moins donner l’illusion qu’elle s’amusait.

- Merci Léo, j’aurais bien aimé pouvoir en dire autant à ton sujet, plaisanta-t-elle.

Léo refusait de se conformer aux conventions sociales en s’habillant pour les occasions. Ce soir, il portait une veste en Denim et un Levi’s trop serré, un véritable moule-bite. Ses dreadlocks, attaché par un bandeau noir, lui effleurait les épaules.

Les serveurs apportèrent des assiettes remplies de tranche de dinde finement coupées, accompagné d’une purée de patate douce et de sa traditionnelle sauce aux airelles. La salle résonna vite des bruits des conversations et du tintement des couverts. Des fortunes cookies, ce sont des biscuits chinois avec à l’intérieur un petit message, avaient été placés sur la table, dans un bol en cristal.

- « Quel est le sport le plus silencieux ? », demanda Léo en lissant un petit papier.

- Un parachute, répondit Amanda avec dédain. Ces gâteaux datent de 1986 ou quoi ?

- « La sagesse est plus précieuse que le rubis », cita Cali en lissant le sien. Job, 28 :18. Sacré message. Vous croyez qu’on me l’aurait glissé dans mon biscuit pour que je travaille plus ?

- Ah, au fait, ça s’est bien passé le procès avec cet escroc de Russel ? s’enquit Tracy. La lumière des bougies faisait luire sa peau mate.

- On parle d’autre chose, intervint Amanda. Elle s’adressa un petit sourire à elle-même et mordit dans un petit pain.

Rob avait à l’évidence entendu la citation biblique. Il s’approcha de Cali depuis la table voisine et se pencha vers elle.

- « Car avec beaucoup de sagesse, on a beaucoup de chagrin et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. » Ecclésiaste, 1h18.

- Une bonne veille éducation chrétienne, lança Tracy levant les yeux au ciel.

Mais Cali lui sourit.

- Merci Rob. Je préfère l’Ecclésiaste en effet.

Il lui adressa un clin d’œil et se dépêcha de se retourner pour se servir un verre de vin.

Cali sentit des yeux sur elle. Alex la regardait intensément. Il ouvrit la bouche comme pour lui dire quelque chose, mais il était trop loin pour qu’elle puisse l’entendre. Il entreprit de se lever, Matt le retint.

Vers la moitié du plat principal, Matt tenait déjà dans sa main une bouteille vide et réclamait plus de Pétrus. Cali semblait déjà un peu éméchée. Abby refusa de lui servir un autre verre. Elle lui tendit de l’eau à la place. Calience regarda dans la direction d’Alexander. Elle ne put cacher son choc en voyant que Serena s’était rapprochée de son mari. Cette garce était penchée sur lui, sa main posée sur son bras. Il dit quelque chose qui la fit éclater de rire. Rob remarqua l’expression sur son visage et accourut. Il s’assit à ses côtés et croisa les jambes en veillant à ne pas froisser son élégant pantalon de tergale.

- Raconte, bébé…

- J’adore les petits noms que tu me donnes, plaisanta-t-elle.

- J’aime t’en donner. Allez, dis-moi ce qui ne va pas avec ton mari. Qu’est-il arrivé à nos petits tourtereaux ?

- Va te faire voir, Rob !

- Alors, ça veut dire que tu es libre ?

- Même si j’avais divorcé, toi tu ne l’es pas. Tu ne t’es pas remis avec Liza la semaine dernière ? Je croyais que tu avais pour principe de ne pas toucher les femmes de Robotics ?

- Amanda est la seule d’entre vous que je me taperais, mais elle doit être lesbienne parce qu’elle m’a rembarré. Je me réserve pour les poulettes New-Yorkaise.

Liza Sanders, une petite aguicheuse, travaillant aux ressources humaines à Denison Industrie, l’avait soulé et séduit après une réunion. Un soir de beuverie, ils s’étaient mariés à Las Vegas. Depuis leur relation était houleuse, fait de scène de drame, de séparation rocambolesque et de réconciliation endiablé sur l’oreiller. Un véritable feuilleton que Cali suivait de loin, ayant ses propres problèmes de couples.

- Liza est complétement cuite et quand elle est bourrée, elle est chiante, chaude mais emmerdante. Dans dix minutes, elle va s’écrouler sur la table. De toute façon, il me faut de la chair fraiche.

Pour eux, la fidélité était un concept pour les autres, n’étant pas du tout exclusif, participant même à des soirées secrètes d’échangismes, qui d’après la rumeur, se déroulait dans une veille demeure au centre d’Aurora, en plein cœur de la forêt. L’air de rien, Rob posa sa main sur la cuisse nue de Cali. Avec un sourire, elle retira ses doigts et se leva.

- Je vais me chercher à boire, dit-elle.

Et elle se dirigea vers la sortie.

Le bar grouillait de membres du personnel complètement éméchés. Tout ce monde et toute cette énergie donnaient la chair de poule à Cali. La soirée touchait à sa fin. Plutôt que de servir des verres, on vendait maintenant des bouteilles entières et des magnums. Les fêtards circulaient, buvaient à outrance et fumaient du cannabis. Une partie de billard entre collègues ivres faisait rage de l’autre côté du bar. Pour la cinquième fois de la soirée, la musique « Fairytale of New-York » des Pogues fut joué. Tous reprenaient en cœur les paroles féroces de la chanson en se déhanchant sur la piste de dance.

Cali acheta une bouteille de vin grand cru de Bordeaux et sortit dans la cour, entourée de trois murs en pierre et d’un grillage en fer. Dehors, elle était au calme. Elle traversa le patio, la lune se reflétait à la surface de l’eau, les poissons dans le bassin s’éloignèrent quand Cali s’approcha. Dans le coin, elle aperçut Amanda et Tracy, de dos qui discutaient.

- Je ne sais vraiment pas ce qu’elle foutait, disait Amanda. En droit, c’est déjà assez difficile d’être une femme. Je suis sure que la majorité des juges se désolent que la profession ait été autorisé aux femmes. On n’a vraiment pas besoin de les conforter dans leurs certitudes que nous ne sommes qu’un agrégat de chieuses. Si elle n’a pas le niveau pour plaider, il faudrait qu’elle s’en aille…

Cali attendait qu’Amanda prononce son prénom. Mais l’humiliation prit le dessus et elle s’en alla sans faire de bruit. Elle s’assit par terre sous les fenêtres du bâtiment de la Direction, à l’abri des regards. Elle buvait sa bouteille de vin au goulot en pensant qu’elle se serait bien grillé une cigarette. De l’autre côté se trouvait le hall illuminé. Elle reconnut la voix de Matt mais ne parvint pas à saisir que quelques mots, il se plaignait de sa rupture avec Amanda. Son cœur s’emballa quand elle aperçut aussi la voix d’Alex. Mais il parlait trop calmement pour qu’elle puisse distinguer ce qu’il disait. Une troisième voix se détacha.

- Bonsoir gentlemen… Qu’est-ce que vous faites ?

Une voix doucereuse.

Putain, c’était Serena !

Matt dit quelque chose et Cali entendit une porte s’ouvrir avec force, cognant contre le mur. Quelqu’un partait. Matt, Alex ou Serena ?

- Ça te dirait un dernier verre dans ma chambre ? demanda cette dernière.

Elle entendait le sourire dans sa voix. Elle imaginait sa bouche à côté de l’oreille de son interlocuteur. C’était celle de qui ? Matt, pas celle de son mari.

- « Fuis l’homme à la voix haute et autoritaire, il pèche contre l’esprit », murmura-t-elle, citant Desiderata.

Elle voulait se lever, affronter le couple de l’autre côté. Mais si c’était Matt qu’elle trouvait en face d’elle, elle aurait l’air ridicule. Elle se leva, vacillante sur ses talons, laissant la bouteille vide sur le sol et s’éloigna. Soudain, une main la bâillonna et l’entraina vers l’obscurité.

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Chères lecteurs, la scène qui allait suivre était trop hard. Pour éviter tout problème, je l'ai supprimée.

 

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