7. UJU

Ma faim grandit à mesure que mon territoire se vide. Les fils prodigues ne relâchent pourtant pas leurs efforts pour me satisfaire, mais j’ai besoin de plus. Je suis lassé de ces mêmes corps, de ces mêmes expériences, de ces mêmes esprits fades et insipides. Pour me faire patienter, les grands prêtres m’offrent leur sang, leur souffrance mêlée à leur dévotion. Je ressens à peine quelques frissons face à leur offrande.

            Une vibration au creux de ma hanche pour attirer ma divine attention, une solution inédite se dépose respectueusement sur le lobe de mon oreille. Partir au-delà des frontières connues pour assouvir ma soif de nouveauté. Le grondement de mon estomac est le signal de départ pour eux. Les fils qui nous relient s’agitent frénétiquement, tandis qu’ils s’organisent, se préparent à ce voyage mystique. Certains décident de rester proche de ma flamboyance, pendant que d’autres auront l’honneur d’être les explorateurs de mes futurs plaisirs, mes chevaliers exaltés.

            L’excitation qui les anime, leur envie, leur peur de perdre mes faveurs, tout cela vient raviver faiblement les braises qui se meurent en moi. J’ai besoin qu’ils prennent rapidement la route et je souffle puissamment cette urgence dans cette toile sacrée qui nous connecte.

            Ils sont si beaux mes fils prodigues, leur longue robe blanche couverte par une épaisse cape noire. Leurs visages s’enfoncent dans la profondeur de leur capuche, ne laissant deviner que leurs yeux qui brillent par la puissance que je leur accorde. Lentement, je tisse des reflets de force, de courage et d’autorité, et je les enveloppe de cette aura. Le bras armé de UJU. Celui qui me sert et me nourrit.

            Pendant que je les sens chevaucher mes contrées, je savoure les soins que me prodigues les fidèles restés à mes côtés. Je dépose mon corps sur le sol du sanctuaire, afin qu’ils puissent m’atteindre et me laver avec leur linge mouillé. L’immense foyer central brule ardemment pour chauffer ces multiples chaudrons dans lesquels les grands prêtres trempent leur tissu.

            Le spectacle de la blancheur de l’étoffe qui absorbe goulument ce liquide rouge, me fascine. Les mains ornées de cicatrices des grands prêtres, saisissant ces carrés de coton merveilleusement teinté et les faisant glisser sur ma peau, m’apporte un peu d’apaisement. Mon corps se marbre de sang, et le contraste avec ma peau si pale est magnifique. La caresse du tissu qui dégorge son nectar sur moi, d’abord sur mes pieds, puis sur mes mollets… La chaleur est si parfaite que j’ai la sensation que cette substance coule directement des veines de ces êtres défragmentés par les rituels, et je sens mes muscles se dénouer délicieusement.

            Je suis si las de ces corps sans âme déambulant dans mon royaume qui me rappellent la grandeur des festins d’antan. Qui me rappellent à quel point j’ai faim aujourd’hui. Les grands prêtres savent comment me satisfaire. Ils en ont réuni certains pour les égorger, recueillir leur substance et me permettre de me laver. C’est si beau de voir ces silhouettes attachées et pendus par les pieds, la gorge tranchée. De voir leur peau pâlir à mesure que le seau placé sous leur tête se remplit. Et tout ces picotements au creux de mes mains, alimentés par la fervente exaltation de mes fidèles. Je vois leurs visages intégralement mouchetés de rouges, éclaboussés par un trop plein d’enthousiasme dans ce mouvement ferme et rapide de la lame qui tranche une gorge trop tendre.

            Toutes ces mains que me caressent délicieusement, pressant le tissu gorgé pour rependre le liquide sacré. J’aime le réconfort de cette odeur âcre et ferreuse qui remplit mes narines de souvenirs savoureux. Cette foule de fidèles présents pour m’accueillir à ce sanctuaire, l’air qui s’épaississait sous la ferveur de leurs prières en ma gloire… L’atmosphère vibrait sous les mots, les phrases, les chants, inondant le ciel de cette dévotion. Je me souviens avoir lever la tête et dans un sourire, inspirer goulument leur amour.

            Une aigreur me tord les entrailles, ma colère se propage comme une onde de choc, l’air se met à trembler. UJU ne vit pas dans le passé. UJU ne se contente pas des restes d’un festin. Un vide hurlant envahit mon thorax creusé par la faim que je projette violemment aux fils prodigues toujours en quête de mon Graal.

            A travers leurs yeux, les plaines et les vallées défilent à toute allure. Une saveur légèrement salée vient chatouiller mes papilles, le vent féroce s’engouffre sous les capes, arrache les capuches et me fouette le visage. Je peux sentir la tension de leurs muscles fatigués, les mains qui se crispent sur les rênes, les cuisses qui se resserrent le long des flancs des chevaux et les pointes de talons qui éperonnent les montures pour les inciter à accélérer. Une vapeur d’amertume glisse sur mon front. La toile sacrée n’est pas connectée avec les animaux. J’aurai aimé gouter la chatouille de cette chair musclée, tremblant sous l’effort d’un galop effréné, électrifié par cette aiguille qui se plante de plus en plus profondément dans ses côtes. Une puissance pure, sauvage, brut… Mes lèvres en frémissent.

            Une vigoureuse ardeur pénètre l’esprit des chevaliers exaltés, ma soif devient leur soif et l’effervescence d’une activité humaine perceptible à quelques galops vient exciter notre besoin d’apaiser nos âmes asséchées. Le vide qui m’envahit recule devant les braises qui se ré enflamment pour venir lécher les parois de mon être. Je salive à la promesse de ce festin aux saveurs lointaines et me régale d’avance de la délicate mise en bouche annoncée par l’arrivée de mes fils prodigues, arrachant à pleines poignées hommes, femmes, enfants… Usant de leur fouet pour dominer et asservir ce peuple inconnu, pour faire couler ce sang nouveau, posséder de force ces cuisses vierges et mystérieuses.

            Toute mon attention est concentrée vers eux, tous les fils de la toile sacrée attendent les premières vibrations de cette récolte, le souffle suspendu, je guette les mains des grands prêtres se levant à l’unisson, armées et prêtes à distribuer le premier coup d’une longue série… Le mirage d’une gouttelette brulante vient frôler ma joue et disparait instantanément. La sensation a été si furtive que je n’ai même pas eu le temps de deviner sa saveur.

            Les couleurs du monde deviennent rouges provoquées par la rage et de la frustration qui enserrent mon esprit furieux. Un soubresaut secoue ma poitrine sous l’effet d’un violent hoquet d’incompréhension.

            Je viens de perdre la connexion avec eux, les chevaliers exaltés ont disparu de la toile sacrée.

            UJU hurle.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Shangaï
Posté le 01/05/2020
Pour ce chapitre d'UJU je dois dire qu'au début ( même si j'apprécie toujours ce style aussi particulier) je commençais à mon dire : mince c'est un peu trop répétitif, on s'habitue et je commence à m'ennuyer !
Et vient la fin... Je ne m'y attendais pas et cela à vraiment aiguisé ma curiosité ! J'ai hâte qu'il se passe plus de chose du coté de UJU car le voir torturer les gens n'est pas très plaisant et un poil répétitif x) Je suis heureuse qu'il lui arrive enfin une crasse à celui-là ahah
Cocochoup
Posté le 02/05/2020
Coucou !
Oui, c'est vrai que ça fait du bien qu'il y ait un peu de mouvement de ce côté.
À la ré écriture je vais réfléchir à comment donner un peu plus de peps 😊
Shangaï
Posté le 02/05/2020
Peut-être juste lui faire avoir des soucis un peu plus tôt ? :)
Ra(p)ture
Posté le 20/04/2020
La narration d'UJU me révulse autant qu'elle me fascine et au final j'aime ces chapitres. Celui-là était parfait pour sa chute ! Ça fait plaisir de voir enfin le tout puissant, tout cruel UJU perdre le contrôle.

Je dois dire que je commence à m'interroger sur le lien entre lui et Ely... Notamment sur leurs ressemblances. Je me demande si leurs pouvoirs sont similaires, ou du moins la nature de leur magie respective.
Bref tout ça me rend très curieux, je poursuis ma lecture avec plaisir !
Cocochoup
Posté le 20/04/2020
Salut rapture!
Je crois que beaucoup de monde a apprécié que UJU se casse un peu la gueule XD
Et pour la relation entre UJU et ély... Je te laisse imaginer des théories 😜
Jupsy
Posté le 18/04/2020
Chère Coco,

Je dois te dire que ce nouveau chapitre était plaisant à lire à cause de sa chute. A la fin, j’étais en mode rire sadique. C’est bien fait pour lui. Il avait qu’à bouger son cucul UJU. Il croit quoi ? Que tout lui est dû ? Qu’il va toujours gagner ? EH BEN NON. Sinon ce ne serait pas drôle (et je dois t’avouer que ce serait aussi relou à lire parce qu’il mérite bien de tomber de son trône et de se péter le coccyx comme ça même guéri, il aura toujours un peu mal!)

Plus sérieusement, je pense que la fin est une bonne chose et me laisse espérer du mouvement du côté de UJU. Je commençais à me dire que c’était un peu trop statique de son côté même s’il râlait quand même sur le manque de fidèles. (en même temps s’il arrêtait de les abîmer aussi) Je trouvais qu’il s’en sortait trop bien… et là, on sent venir le grain de sable venu lui casser sa toile et lui dire : ALLEZ UN PEU DE CHALLENGE MON GROS PÉPÈRE.

Bref, je lui souhaite plein d’ennuis et je m’en vais lire la suite.
Cocochoup
Posté le 18/04/2020
C'est vrai que c'est une grosse feneasse ce UJU... Non mais en vrai c'est pas de sa faute, il est confiné XD
Elornyx
Posté le 14/04/2020
Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan UJU tout seul sans son inquisition x). C'est intéressant ce système de communication, la toile web des voix divines hummm intrigant.
Cocochoup
Posté le 14/04/2020
Maintenant que tu le dis... Oui c'est une évidence que UJU est le créateur d'internet !!!
Elornyx
Posté le 15/04/2020
Ses fidèles ont plus de réseau xD oh lalala
Xendor
Posté le 11/04/2020
Bim ! In your face !
La justice commence à être rendu. Uju n'est pas aussi puissant qu'il pense l'être. Super nouvelle ! Il est limité, il risque de se faire poutrer. Formidable ! (Oui je le déteste cordialement).
Cocochoup
Posté le 11/04/2020
Ah ah, j'avoue que même moi j'ai pris un certains plaisir à le frustrer un peu le garçon, quand j'ai écris ce chapitre XD
_HP_
Posté le 20/03/2020
Saluut ^^

Oh, donc UJU n'est pas si puissant et invincible...J'ai hâte de savoir ce que vont faire ses 'fils prodigues' maintenant qu'ils ne sont plus sous son emprise ^^

"les soins que me prodigues les fidèles" → prodiguent
"L’immense foyer central brule ardemment" → brûle
"m’apporte un peu d’apaisement." → m'apportent
"ma peau si pale" → pâle
"ces silhouettes attachées et pendus par les pieds" → pendues
" Toutes ces mains que me caressent délicieusement" → qui me caressent
"J’aurai aimé gouter la chatouille de cette chair musclée" → goûter
"par la rage et de la frustration qui enserrent mon esprit furieux." → je ne mettrais pas le 'de' avant 'la frustration' ^^
Cocochoup
Posté le 21/03/2020
Mystère et boule de gomme, vont ils en profiter pour partir ? Ou reviendront ils parceque leur dévotion est plus forte ? Suspens....
Renarde
Posté le 12/03/2020
Coucou CorinneChoup,

Intéressant les dernières phrases ! Donc UJU est limité par la distance ? Ce qui est logique, sinon il n'aurait eu qu'à se servir lui-même.

Du coup, je me demande comment vont réagir ses bras armés. Vont-ils se réveiller de l'emprise de leur dieu ? Fuir ? Ou au contraire continuer cette horrible moisson...
Cocochoup
Posté le 14/03/2020
Coucou renarde !
J'ai envie de te dire... Suite au prochain épisode ? XD
Flammy
Posté le 27/02/2020
Coucou !

UJU ne s'arrange vraiment pas avec l'âge, c'est même de pire en pire ='D Je l'aimais bien au début, mais plus ça va et plus ça devient grinçant. En soit, il empire pas vraiment, il faisait déjà des trucs pas cools avant, mais son impatience, la certitude que tout lui ai dû, c'est grinçant ^^

Sinon, je viens de tilter, la façon dont il parle de ses liens avec ses fils prodigues, cela ressemble un peu à la toile et à la famille du Chuchoteur non ? Il y a un lien entre les deux choses ?

Et sinon pour la fin, je ne pensais pas que les fils prodigues se feraient tuer =o Surtout que ça ressemble à un coup de feu, les autres pays sont plus avancés technologiquement ? Ils auraient eu le temps sans dieu chelou à servir ='D En tout cas, ça va pas arranger UJU, et j'ai vraiment beaucoup aimé la surprise à la fin !

Bon courage pour la suite, Pluchouille zoubouille !
Cocochoup
Posté le 28/02/2020
Coucou !
Ah oui c'est sur que UJU devient tourne au vinaigre !
Et pour tes suppositions... Je peux juste te dire que certaines sont vraies et d'autres sont fausses XD
peneplop
Posté le 25/02/2020
Coucou ! Franchement, c'est toujours aussi excellent ! Je n'ai rien de plus constructif à te dire actuellement... J'ai hâte de voir les manifestations des besoins d'UJU dans la réalité de ton héroïne. On le sent vraiment prêt à exploser, à déverser sa rage. Il est effrayant !
Cocochoup
Posté le 25/02/2020
Coucou Peneplop
Ravie que ce chapitre t'ai plu, c'est toujours un sacré defi de conserver la même intensité avec ce perso !
Allie Oster
Posté le 24/02/2020
Hiiiii!
J'aurais aimé faire ça pendant tous les caractères disponibles mais finalement, voilà.
Ce commentaire n'a rien d'autre à dire que: je suis prise dans l'envie d'en savoir plus, ce qui est une excellente nouvelle. C'est, j'imagine, que le taf est fait.
Cocochoup
Posté le 24/02/2020
Ah ah ça m'aurait fait kiffer un commentaire juste en hiiiiiii :)
J'espère en tout cas que le chapitre t'a plu et que tu ne seras pas déçue de la suite :) wait and see!
Allie Oster
Posté le 24/02/2020
Il m'a plu, of course! S'il déclenche un "hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii", c'est qu'il a fonctionné :3
Cocochoup
Posté le 24/02/2020
Ah àh tu sais que je doute toujours et que j'ai une fâcheuse tendance à lire du négatif de partout XD
Allie Oster
Posté le 24/02/2020
Ok, je détaille alors : )

Quand le chapitre commence, une impression de déjà vu s'installe sur laquelle se dépose en filigrane le manque, l'insatisfaction, qui grandit autant que son appétit; j'aime que le chapitre ressemble aux autres mais qu'il soit teinté de cette frustration. Il montre l'habitude, et comment la satisfaction s'éteint sur une envie toujours plus grande: je le vois comme un addict qui s'habitue à sa drogue.
Alors qu'il s'attend à être rassasié tout de même, ce lien se coupe: on est aussi surpris que lui et c'est là que l'aspect "déjà vu" du chapitre lui donne toute sa force: on ne s'y attend vraiment pas, et le contraste est merveilleux!

La surprise est super bien préparée!
Vous lisez