6- Tombé du ciel

Julien transpirait et gémissait dans son sommeil. Enroulé dans son drap, tel un burrito mexicain humanoïde, des petits cris s'échappaient de sa bouche grimaçante. Il ouvrit les yeux, prit une grande goulée d'air et poussa un long hurlement. Haletant, il repoussa le tissu humide avec dégoût pour courir dans sa douche. D'un geste mécanique, sa main ouvrit le robinet d'eau chaude à la température idéale. Ce soudain jet d'eau familier parvint à calmer petit à petit les battements frénétiques de son cœur. Son corps se détendit progressivement, et notamment fit relâcher quelques points de tensions présents dans son dos. Ses épaules bougèrent doucement sous l'eau, comme pour mieux en apprécier le contact chaud. 

Ok. Ok. Tu as rêvé d'un démon. Tout ça n'était qu'un rêve et.. Qu'est ce que

Le jeune homme remarqua un détail inhabituel. Il voyait des gouttes d'eau gênant son champs de vision. Enfin apaisé de ce mauvais rêve, il coupa l'eau et comprit le pourquoi du comment. Une paire de lunettes, de simples montures, trônait sur son nez; sauf qu'il n'avait jamais eu besoin de porter ce genre de choses. Alors qu'est ce que ça foutait là ?

Ahahah. Ce n'était qu'un rêve. Qu'un mauvais cauchemar

Nu comme un ver, il se laissa choir au sol pour s'installer genoux pliés dans le bac de douche. Tremblant de froid, le corps humide, son esprit raviva soudainement sa mésaventure de la veille. La boutique ésotérique. Le contrat sur sa tête. Malchance. Le démon. La folle aux milles théières. Le démon. 

LE DÉMON !

Il se tétanisa, son pouls reprit aussitôt un triple galop. Ça ne pouvait pas exister. C'était impossible. Son cerveau cherchait une explication toute rationnelle. Plus les minutes tombaient dans le sablier du temps, plus ses neurones chuchotaient entre eux qu'aucun éclaircissement n'existait. Aucun.

Un filet d'eau tomba soudainement sur ses cheveux roux, et provoqua un frisson tout le long de sa colonne vertébrale. Ça l'aida aussi à se sortir de ses réflexions stériles. 

Toutefois deux choses lui revinrent en mémoire, deux choses sur lesquelles sa peur décida de s'accrocher de toutes ses forces : Balinda lui avait dit que les lunettes le protégeaient de n'importe quel mal; et une voix, douce et agréable, l'avait aidé pour s'échapper de l'échoppe.

Julien, frissonnant, quitta sa douche pour s'enrouler d'une serviette de bain. C'est ainsi vêtu qu'il alla s'avachir sur son lit. Il se laissa tomber sur le dos, sentant son coussin s'écraser sous son poids. Son petit appartement décoré sobrement représentait l'un des rares lieux où il se sentait vraiment en sécurité. C'est pourquoi son souffle retrouva enfin un rythme régulier, à l'image de son tempo cardiaque.

Bon. Posons les faits. J'ai une malchance infinie. On me veut du mal. Un démon a voulu me bouffer. Des lunettes me protègent. Et j'ai un ange gardien. Attend quoi ? 

Le jeune homme se redressa brusquement. Il. A. Un. Ange. Gardien. En tout cas, soit c'était la vérité ; soit son imagination lui jouait des tours depuis la veille. Ça faisait vraiment beaucoup à assimiler d'un coup, surtout pour lui. La voix semblait pourtant si réelle hier. Un prénommé Tomas lui avait parlé avec beaucoup de tendresse. Plus il y pensait, plus sa mémoire l'aidait à clarifier chacun des mots prononcés. Une agréable sensation de fourmillements se manifesta dans sa poitrine, mais aussi dans son bas ventre. Comme des tas de papillons graciles en plein ballet aérien. Un sentiment méconnu vint lui empourprer les joues.

En se secouant la tête comme pour se remettre les idées en place, Julien décida de se concentrer uniquement sur le premier fait : cette paire de lunettes le protégeait tel un grigri porte bonheur. Quelques instants plus tard, il fut prêt pour entamer sa journée et regarda sa montre. Le début du week-end s'annonçait sous les meilleurs auspices car aucun partiel ni devoirs à rendre n'étaient prévus prochainement.

Un jour parfait pour décompresser de tout ça pensa t-il.

Et pour un étudiant de son genre, décompresser voulait dire chiller devant une série télé ou jouer aux jeux vidéos. 24h de liberté universitaire ; un plaisir. Pour ce premier jour, il se lança dans la poursuite d'un jeu rpg où il incarnait un vieux sorcier barbier chasseur de monstres en tout genre. Bien que son cerveau lui ramenait par flash les images de la créature démoniaque aperçue la veille, ce temps de déconnexion ludique lui permit de se détendre tout à fait. En fin de journée il monta le son de son écran pour couvrir à la fois les sons de fête de son voisin de droite, et les sons de coït de sa voisine de gauche. Un des inconvénients que d'habiter dans un logement très mal isolé en tous points.

Allongé sur son lit à minuit passé, il avait quitté sa console de jeu pour scroller d'un air absent sur les réseaux sociaux. En voulant se mettre sur le côté, il fut gêné par les lunettes. Depuis son réveil, Julien avait hésité à les enlever. Après tout, pour quelqu'un qui n'en a jamais porté c'était assez bizarre. De l'autre, la peur l'empêchait d'aller au bout de cette pensée. Hors de question de prendre le risque de voir la bête hideuse jaillir dans son chez lui. Un frisson glacial le fit tressaillir.

Le sommeil l'emporta sans qu'il ne puisse le voir venir.

Quelques heures plus tard, il ouvrit les paupières avec un très mauvais pressentiment. Son instinct lui hurlait DANGER en boucle. Tous ses muscles étaient tendus, comme prêts à réagir en cas de situation d'urgence. Il voulut repousser son drap, encore trempé de sueur, mais aucun membre de son corps ne bougea. Ni sa main, ni son bras, ni rien. Il était entièrement paralysé, ce qui gonfla davantage son malaise. La terreur vint glacer son sang et lui remuer les entrailles. Tout autour de lui, son appartement plongé dans le noir. Un silence nocturne régnait en maître. Rien ne semblait corroborer son appréhension grandissante.

L'obscurité l'engloutissait de partout. Soudain, le calme fut rompu par un murmure. Un murmure d'abord léger, puis de plus en plus fort et surtout de plus en plus proche. Une voix qui chuchotait des paroles incompréhensibles juste derrière lui. Le sens lui échappait mais il sentait que c'était sur un ton on ne peut plus menaçant. Recroquevillé en position fœtale, sa peur décuplait à chaque seconde.

Au moment où un rire mauvais éclata dans son oreille, une plainte s'échappa de sa bouche pincée. Alors il se réveilla, réellement cette fois-ci, en un sursaut qui le fit sauter sur son téléphone pour en allumer l'écran et balayer la pièce sombre. Rien. Personne. Ni plus aucune voix effrayante. Juste un silence familier.

Son torse collant de sueur se gonflait et se dégonflait frénétiquement. En poussant un soupir de soulagement, Julien s'adossa contre le mur en se calant avec un oreiller. Il enleva le drap d'un geste nerveux et apprécia l'air frais ambiant. Alors que ses paupières se refermaient doucement, parce qu'à 2h48 du matin sa nuit était incomplète, un gros bruit le surprit une fois encore. Haletant, le jeune homme aperçut une masse sombre au bout de son lit. En se pinçant légèrement le bras il comprit deux choses : il ne rêvait pas et il était capable de se mouvoir. Une voix, faible et légère, se leva alors depuis cet amas indistinct dans l'obscurité.

« Ju… Julien, aide moi je t'en prie »

 

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Gigi
Posté le 30/08/2021
Ce chapitre est agréable à lire. Il offre un peu de calme avant la tempête.

J’ai souligné quelques points qui ne sont pas des fautes à proprement parler. Ils m’ont juste interpellé.


- « Un prénommé Tomas » : c’est amusant, car ce prénom s’écrit le plus souvent « Thomas ».
Là, Julien le visualise écrit avec la bonne orthographe. Enfin je suppose qu’il le visualise. Ce qui n’est absolument pas logique. Même si l’orthographe du prénom ne changera pas l’intrigue.

- un jeu rpg : Je dois vraiment être aux fraises, car je connais ce terme, mais de là à savoir ce que c’est, je me sens vraiment vieille. Autant tu utilises du vocabulaire hautement compliqué, autant là, tu nous mets une abréviation. Un jeu de rôle, ça pouvait être bien comme terme. Où alors, met le en majuscule. Jeu RPG. Mais même là pour moi, ça m’oblige à chercher.

- frisson glacial : curieux cette expression que tu répètes souvent. Mais comme je n’ai pas envie d’un débat philosophique, je vais le prendre comme une marque de ta fabrique. A moins que tu ne sois pas française et que ça se dit chez toi.
EmDel
Posté le 10/08/2021
OMMMMMMG mais ! Ils se rencontrent en chairs et en os ? Enfin ?! Wow c'est dingue ! J'ai envie de leur faire des câlins tellement je les trouve mignons
Abbyleplume
Posté le 15/08/2021
Ooooh merci beaucoup ! T'as vu il était temps qu'ils se rencontre hein ! J'en ai eu des frissons tout du long !
drawmeamoon
Posté le 23/06/2021
OH MON DIEU LA FIN, C'EST THOMAS !! C'EST FORCÉMEMENT THOMAS ALED LA PREMIÈRE RENCONTRE C'EST TROP BIEN ALED !!!

J'ai mangé ce chapitre si vite c'est fou !!! J'aime tellement te lire, merci pour cette histoire j'en raffole !!!
JE FILE LIRE LA SUITE!!!
Abbyleplume
Posté le 23/06/2021
Woaw mais vraiment tes réactions c'est juste woaw 😭 merci énormément je suis ravie que tu adores autant!!
petite_louve
Posté le 21/06/2021
Naaaan !! On ne peut pas finir un chapitre ainsi ! Il nous faut la suite rapidement =O

Un chapitre qui décrit très bien l'angoisse de Julien après sa rencontre avec le démon ! Je trouve que c'est bien mené et bien fait, ça n'ajoute pas de longueur, car ça nous aide à comprendre le ressenti de Julien et la façon dont il vit la situation.

Les joies des appartements mal isolés, je serais bien gênée d'entendre les ébats amoureux de mes voisins XD

A bientôt !
Abbyleplume
Posté le 21/06/2021
T'as vu cette fin T.T
Merci beaucoup j'avais vraiment peur que ce soit trop lent, mais on ne dirait pas alors chouette chouette !
Idem pour l'appartement xD
SoupeSieste
Posté le 20/06/2021
HAAAAAA !!! La suite, la suite ! Vite, vite !! 😁

Julien a vraiment été traumatisé par le démon, le pauvre...
Encore un super chapitre, cette histoire est captivante et les personnages trop touchants, j'adore ❤️
Abbyleplume
Posté le 20/06/2021
Ahahah j'sui en pleine écriture tellement j'sui à fond ✨ ça me fait super plaisir que tu aimes toujouuuurs autant <3
Oui, ce chapitre est un peu plus mou que les autres parce que ça me tenait à cœur de décrire toute l'angoisse vu du regard d'un simple mortel ! Du coup, je suis sincèrement contente que ça plaise. Merci merci pour tout ❤️
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