6. Le plan au trésor

Par Lydasa.

J’ai passé la nuit enchainer à un mur de la cabine. Je n’avais pas vraiment plus de confort que la cale à part qu’il n’y faisait pas froid. Samuel avait pris soin de me mettre un gros collier autour du cou, tout en me disant que ce genre de bijoux m’allait bien. Il n’avait eu le droit qu’à une grimace de ma part. J’ai eu aussi le droit à un second repas, avant que le capitaine ne se déshabille entièrement devant moi. Rouge de gêne j’avais détourné les yeux.

 

— La vision te dérange ? me dit-il en toute innocence.

— Disons que je n’ai pas forcément envie de faire des cauchemars.

— Des cauchemars ? Tu as peur de rêver de gros anaconda qui viendrait te dévorer dans la nuit.

 

Je me tourne vers lui, m’apprêtant à lui envoyer une réplique, sauf qu’il c’était approcher très près de moi. La seule vision que j’avais c’était son sexe en gros plan. Je me recule en hurlant avant de me cacher les yeux. Il se met à ricaner sadiquement avant de gagner son lit, s’enroulant dans sa couette. Ce connard s’amuse vraiment à me tourmenter, quitte à me gêner en me dévoilant sa pudeur sans aucune honte. Il s’attend à quoi, que je le compliment sur sa loche ? Certes je n’ai jamais vu une chose de cette taille, mais je ne m’y intéresse gère. Je veux vite passer à autre chose.

 

Sauf que toute la nuit, enchainer au mur et avec la dernière vision en tête. Il est devenu difficile pour moi de trouver le sommeil. Le savoir nu pas loin de moi me faisait divaguer dans mes pensées, imaginer tout et n’importe quoi. Samuel était un homme horrible, mais aussi un très bel homme. J’ai toujours été perturbé par certains hommes, alors que les femmes ne m’attiraient en aucun cas. J’avais même déjà couché avec des hommes pendant mes années de formation. Une pulsion incontrôlée dans une douche commune.

 

Le lendemain alors que je commence à m’assoupir, je l’entends se réveiller. Je n’ai pas dormi, alors quand il s’étire laissant tomber la couette sur les hanches, c’est avec un air à côté de la plaque que je le fixe sans vraiment faire attention que mes yeux ne fixent que son bas ventre.

 

— La vue te plait.

— Ouais… AH euh non…

 

Il explose de rire, avant de s’approcher de moi. Dans un réflexe de survie je me recul en rampant contre le mur. Je n’arrive pas à décrocher mon regard avant d’enfin le regarder dans les yeux.

 

— Aurais-tu peur que je te saute dessus ?

— Non, je ne pense pas qu’un homme comme vous serait intéressé par un prisonnier comme moi en plus je suis un homme.

— Détrompe-toi…

 

Je me crispe, il s’accroupit en face de moi, m’attrapant le menton avant de glousser. J’espère que j’ai mal compris sa dernière phrase.

 

— Tu as de sacrés cernes, tu ne sembles pas avoir beaucoup dormi, portant c’est plus confortable que la cale.

— Ouais… mais… je ne voulais pas me faire manger dans mon sommeil.

— Nous sommes des pirates pas des cannibales. Tu es agaçant parfois. À moins que tu t’es imaginé que je te dévore d’une autre façon ?

— Vous avez une imagination débordante capitaine.

— Vraiment ? Ce n’est que mon imagination ? Dit-il avec un sourire qui on dit long ?

 

Il finit enfin par s’éloigner me laissant respirer. Il s’habille tout en prenant son temps, je le regarde du coin de l’œil. Il revient vers moi et me retire le lourd collier avant de me montrer le sceau et le balai. J’ai compris ce qu’il veut que je fasse sans un mot. Dans un long soupire je me remets à ma tâche quand quelqu’un frappe à la porte. Marvine entre avec un plateau de fruit, de petits pains tout chauds et du thé. Il le pose sur le bureau, en se retournant pour partir et m’aperçois dans le coin.

 

— Vous l’avez gardé dans votre cabine cette nuit ? Demande le cuisinier.

— Ouais.

— Il ne semble pas si traumatisé que ça par votre traitement nocturne. Il a pourtant de sacrés cernes.

— Normal il n’en a pas eu. S’il a des cernes, ce n’est qu’à cause de sa propre imagination.

 

J’ai les yeux en bille, préférant ne pas comprendre totalement ce dont ils sont en train de parler. Je me mets à frotter le sol en leur tournant le dos. Marvine s’en va nous laissant seuls, le capitaine sert alors deux tasses de thé, avant de m’appelle. Je m’approche méfiant comme à chaque fois.

 

— Tu veux manger un peu ? Du thé ? Me demande-t-il naturellement ?

— Je ne vois pas pourquoi bien me traiter hors de la vue de mes camarades va servir vos plans.

— Non, tu as raison, mais profites-en donc. Je te propose un petit déjeuner alors que les autres n’en auront pas. En plus ton copain… celui balèze a dit que tu étais blessé. Tu as donc besoin de manger pour guérir non ?

— Je vais beaucoup mieux je vous assure.

— Vraiment ? Tiens j’aimerais bien voire ou tu es blessé.

 

Il se lève, beaucoup trop rapidement pour moi. Il m’encercle le bras d’une poigne ferme avant de décaler le col de ma chemise dévoilant les bandages sur mon épaule.

 

— Je vais vérifier ça.

— Je vous assure que ce n’est pas nécessaire. Après tout je suis qu’un prisonnier.

— Certes. Mais… tu es mon prisonnier spécial. Mon petit chouchou et j’ai bien l’intention de te traiter comme telle.

 

Je n’ai pas le temps de réagir qu’il tire sur ma chemise, faisant voler le bouton qui s’éparpille dans la pièce. Je lâche un gémissement de surprise avant de le sentir tiré sur mes bandages. J’ai tout de même une douleur qui me lance une décharge, et cette fois c’est un couinement de douleur que je lâche. Il se stop dans la manœuvre, j’ai fermé les yeux sous la douleur et la peur qu’il me fasse encore plus mal. Cette fois je le sens me lâche et il s’y prend avec plus de douceur avant de retirer complètement le bandage.

 

— Hum, on dirait que ça se réinfecte, dit-il.

 

J’ouvre les yeux, regardant mon épaule. Effectivement, la plais suinte un peu, Elias n’a pas pu la nettoyer correctement. Le capitaine s’éloigne de moi allant dans une armoire pour y prendre le nécessaire de soin. Il s’approche et commence avec délicatesse à me désinfecter.

 

— Pourquoi vous me soignez ?

— Tu es mon chouchou et je prends soin de mon chouchou, ricane-t-il.

 

En quelque minute il m’a refait un bandage propre. Il me tend alors une gélule avec une tasse de thé.

 

— C’est quoi ?

— Hum, de l’opium, c’est un remède chinois. Très efficace contre la douleur, je suis sûr que tu te sentiras beaucoup mieux après ça.

 

Je la prends, j’avoue n’avoir jamais entendu parler de ce genre de chose. Je ne sais pas si la prendre sera une bonne idée ou non. Je la regarde étrangement avant de finalement l’avaler.

 

— Wouah tu me fais confiance pour avaler un truc que je viens de te donner comme ça ?

— Je suis votre chouchou non ? Vous n’avez pas envie de me tuer…

— Pas faux. Par contre, tu risques d’avoir quelque hallucination dans les heures à venir. Ça sera rigolo tu vas voir.

 

Je n’aurais pas dû avaler cette pilule, mais au point en j’en suis, je n’ai plus rien à perde. Si malgré les hallucinations ou effet secondaire je n’ai plus mal à mon bras, je prends. Il me tend à manger, je ne refuse pas encore une fois. Il a raison autant en profité, il ne s’amuse qu’à me torturer psychologiquement. Il ne m’a pas frappé une seule fois, ni même fait autre chose. Si je suis docile, il ne fera pas de mal à mes amis, il faut aussi que je leur explique le pari pour gagner notre liberté.

 

Sauf que ce n’est pas au bout d’une heure que toute part en vrille. Je me sens soudainement comme sur un nuage, j’ai envie de dormir, ma vision se retrouve chamboulée de couleur de l’arc-en-ciel. Le capitaine devient une sorte de licorne juste avant que je ne sombre dans le sommeil. J’ai déjà consommé des drogues fortes, mais pas ce type. Lorsque je me réveil je suis dans la cale, blottie dans les bras d’Elias et de Grégoire. Quand j’ouvre les yeux, ils me fixent tous les deux inquiets.

 

— Je… vous fais quoi dans la cabine du capitaine ? dis-je encore un peu à l’ouest.

— On est dans la cale Raphaël. Le capitaine est sorti de la cabine, tu étais dans ses bras à ronfler complètement mous. Il t’a donné quoi ? Demande Elias

— De… l’opium, pour la douleur qu’il a dit…

— C’est plus un somnifère qu’il t’a donné, ça fait deux jours que tu dors. Il est revenu nous donner de quoi changer ton bandage.

 

Je me redresse comme je peux, aider de mes amis. Tous les prisonniers sont dans la cage, au vu de la très faible luminosité, je suppose que nous sommes la nuit.

 

— Il faut que je vous parle d’un truc… couinais-je.

— Oui, mais prend ton temps… mon dieu il t’a fait quoi pendant deux jours ? Murmure Grégoire.

— Rien… en fait… il veut vous monter contre moi. En me traitant bien pour que vous soyez jaloux.

— Il a du courage s’il y arrive…

— Je sais, il m’a fait un pari. Si dans un mois vous êtes encore mes amis, il nous libère.

 

Je sens du mouvement près de nous, un des prisonniers s’approche de nous.

 

— On ne va pas attendre un mois. Le capitaine va sûrement te rappeler dans sa cabine et tu vas lui voler les clefs pour nous libérer, murmure-t-il tout bas.

— C’est une bonne idée, répond Elias. On fait en sorte d’attirer le capitaine à l’extérieur de la cabine. Il ne pensera pas que tu puisses faire quoi que ce soit. Après tout ce pari peut paraître intéressant.

— Raphaël, tu es d’accord avec ce plan ?

 

Je ne sais pas trop quoi répondre. Attendre un mois me paraissait bien, mais vu dans les conditions qu’ils vivent je veux bien comprendre qu’ils désirent se libérer.

 

— La nuit la plupart de l’équipage doit dormir, sereinement. Si tu voles un couteau, en plus des clefs nous pourrons en tuer quelques’un, propose un autre homme.

— Mais… s’il me fait encore dormir dans sa cabine, couinais-je.

— Il ne te met pas à poile non ?

— Non.

— Alors dans ce cas tu caches tout ça dans tes vêtements. On compte sur toi, me dit Elias en me posant ma main dans le dos. Tu es notre seul espoir.

 

Je déglutis, cette simple phrase a le don de me mettre la pression. Je suis à peine remise de la drogue que m’a donné le capitaine qu’il me mette leur liberté entre les mains.

 

— Par contre, n’avale pas les choses bazar qu’il peut te donner, soupire Grégoire. Tu imagines ça t’aurait tué ? Ou pire je ne sais pas, rendu infirme.

— Oui je sais je n’ai pas vraiment réfléchi. J’avais mal à mon épaule, il m’a affirmé que ça me soulagerait. En soi ça a été efficace…

— Tu es con, les gars vous êtes sûr qu’il va réussir pour la suite ?

— Va te faire foutre.

 

Je le regarde froidement, il a un sourire au coin des lèvres. Je sais qu’il me taquine, mais je sais aussi que j’ai merdé en avalant cette pilule. J’ai cru... J’ai cru que je pouvais lui faire confiance, je ne sais pas trop pourquoi. J’ai cru quelque instant qu’il me voulait du bien, de cette façon dont il m’a soigné et pris soin de moi. Je me suis fait duper comme un débutant, comme une personne complètement naïve.

 

Au lever du soleil, un des membres de l’équipage descend nous chercher, me voyant réveiller il me traine directement dans la cabine du capitaine. Je me fais trainer par la chemise, celle-ci étant ouverte, car Samuel me là exploser il y a quelques jours. Il me pousse dans la cabine et je m’étale sur le sol comme un tas.

 

— Bien revenu du pays des rêves ?

— Espèce de connard, à cause de vous j’ai eu des hallucinations et je suis resté dans les vapes plusieurs jours.

— Oh je t’avais prévenu pour les hallucinations… après c’est efficace non ? Tu as mal à ton épaule ?

 

Je me relève et détourne les yeux, passablement agacer. En soi il n’a pas tort, je n’ai plus mal, mais les soins prodigués dernièrement y sont pour quelque chose. Il se lève de son bureau et s’approche de moi, je me crispe. D’un pas lent, il s’approche, sa main attrape le bord de ma chemise l’écartant. Ses mains défont délicatement mon bandage pour dévoiler ma blessure. Elle est presque totalement cicatrisée, même si elle est assez rose et violacer.

 

— Tes amis ont bien pris soin de toi. Encore vingt-neuf jours à tenir. Hum bon j’ai fait chauffer de l’eau pour un bain, tu vas en prendre un et je vais te donner des vêtements neufs et propres.

 

Je déglutis, le voyant se diriger vers un coin de la cabine qui est caché par un paravent. Il me fait signe de le suivre, j’arrive et voie une grande bassine de bois. Il se tourne vers moi avec un sourire en coin. Il est hors de question que je me mette nu devant lui. Sauf qu’il me pousse vers la bassine et tire le paravent.

 

— Ne tu inquiet pas je ne vais pas te mater. Profite vraiment.

 

Je ne sais pas quoi faire, il est vrai que cela fait tellement longtemps que je n’ai pas pris de bain. Je laisse tomber ma chemise, regardant autour de moi que personne ne me voie. Avant de finalement me mettre nu et de me cacher dans l’eau. La mousse me recouvre entièrement mon corps et l’eau chaude détend mes muscles. Je ne peux retenir un soupir de soulagement. Sauf que Samuel apparait juste à côté de moi, un sourire sadique aux lèvres.

 

— Alors, ça fait du bien.

— Vous aviez dit que vous ne me regarderiez pas.

— Je ne vois rien tu es caché dans la mousse. Je t’apporte juste des vêtements neuf, je te les pose à côté… tu veux que je te frotte le dos ?

— Non… je Awhm, fut le gémissement de plaisir quand ses mains se mirent à me masse le dos et les épaules.

 

J’ai un frisson qui me parcours et je sens tous mes muscles se relâcher. Je me sens tellement bien, tellement détendu avec l’eau chaude. Ses mains expertes savent défaire les nœuds de mes muscles avec douceur. Pourquoi il fait ça ? Il y a des limites à vouloir donner des privilèges à un prisonnier pour le faire haïr des autres.

 

— Tu as la peau tellement douce.

 

Je me crispe, il se met à glousser, ses mains glissent sur mes épaules avec délicatesse. Je m’écarte vivement de l’autre côté de la bassine, le regardant avec effrois. Il me fait un sourire pervers, posant ses deux mains sur le bord de la bassine pour s’approcher de moi. Son visage s’approche à quelque centimètre du mien. Je sens mon cœur qui s’emballe. Cet homme est tellement dangereux, tellement hypnotique. Je suis captivé par son regard sombre, son sourire en coin. Il est tellement beau, tellement séduisant. Il s’approche près de moi, de plus en plus de mon visage, je sens son souffle sur mes lèvres. Juste au moment où il allait me toucher, quelqu’un frappe à la porte. Il se stoppe, grogne et s’éloigne vivement en grommelant n’oubliant pas de tirer le paravent.

 

— QUOI ? hurle-t-il.

— Pardon capitaine de… de vous déranger… je suis tellement désolé. Bégaye l’homme rat.

— Accouche bordel !

— P.. PP… Pardon. Mais on a trouvé des prisonniers à chercher dans la réserve de nourriture.

— Et bien, punissez-les ?

— Mais… ce sont les amis de… votre protégé, couine Ratoune.

 

Je me crispe dans ma bassine, c’est le signal, mes frères d’armes tentent une diversion pour faire sortir Samuel de sa cabine. Je l’entends peste en une langue que je ne connais pas. Il fou Ratoune dehors avant de débouler devant moi.

 

— Tu prends ton bain et tu ne sors pas de la cabine. Je ne voudrais pas avoir à te punir toi aussi.

 

Je fais un oui de la tête avant de le voir partir rapidement. J’inspire profondément avant de me frotter partout rapidement et de sortir. Je m’essuie avec l’un des linges qu’il m’a laissés, puis m’habille. Il m’a donné des vêtements assez luxueux en soie, une chemise et un pantalon en velours noir. Je me sens beaucoup mieux il n’y a pas à dire, un bon bain depuis plusieurs semaines n’était pas de refus.

 

Je commence à m’atteler à ma seconde mission, celle de trouver les clefs dans la cabine. Je commence à fouiller dans le tiroir du meuble de curiosité. Je l’ai vu y mettre les clefs du collier avec lequel il m’a maintenu dans sa chambre. Je n’y trouve rien de particulier à part justement les clefs de ce fameux collier. Je continue mes recherches, fouinant à droite et à gauche en remettant tout parfaitement a sa place. Je regarde alors le bureau, pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt. Les clefs doivent forcément être dedans. Je me dirige vers celui-ci, regardant la grande carte qui y est posée. Elle est magnifique, représentant presque le monde entier. L’écriture du capitaine est fine, enroulée et tellement délicate. Tout y est dessiné à la plume, il y a des annotations personnelles, des endroits qu’il a visités.

 

Je me laisse me perdre quelque instant, avant d’entendre la voix du capitaine derrière la porte. Je me dépêche d’ouvrir les tiroirs, dans l’espoir d’un trouver les clefs. Cependant j’y trouve tout autre chose, un pistolet est posé sur un carnet de notes et un plume. Au moment où la porte s’ouvre et que les yeux du capitaine croisent les miens. J’attrape l’arme pour la pointer sur lui. Un sourire malsain étire ses lèvres, il secoue la tête de gauche à droite en lâchant un profond soupire.

 

— Raphaël, tu fais une grave erreur.

 

J’arme alors le chien de l’arme, inspirant profondément.

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