6. Jamais deux sans trois

Elle s'était réveillée le lendemain matin, éblouie par un rayon de lumière qui filtrait du rideau, avec une intense sensation de brulure.
Cela partait de son estomac et irradiait tout son être, de son œsophage à ses intestins et sa bouche, pâteuse, semblable à une bouchée de carton mouillé, ne faisait qu'accentuer sa certitude d'avoir beaucoup trop bu la veille au soir.


Mélange. Pensa-t-elle. Elle n'était pas du genre à boire beaucoup et souvent, elle ne prétendait pas être capable de tenir une bonne descente alcoolisée, mais elle se débrouillait. Non, le pire, ce qui la mettait dans cet état le lendemain, c'est lorsqu'elle se permettait de mélanger plusieurs alcools sur la même soirée.
Reprenant lentement ses esprits, elle regarda le plafond en essayant de le reconnaître. Couleur crème, quelques araignées qui avaient tissé leur toile, le rideau qui projetait une lueur orangée...Elle connaissait bien cet endroit, elle était chez Meryame.
Ok, c'est cool, je n'ai pas fini dans un caniveau cette fois. Songea-t-elle. Elle était plutôt fière d'elle. D'habitude ce genre de soirée finissait en carnage sans nom, c'était aussi pour ça qu'elle les limitait grandement.
Mais lorsqu'elle sentit un poids peser sur sa poitrine alors qu'elle voulut se redresser, elle comprit qu'elle avait peut-être parlé trop vite. Elle posa doucement les mains sur cette chose lourde qui pesait sur elle et la tâtait discrètement, de peur qu'elle soit vivante et lui bondisse dessus, puis, curieuse, suivit le prolongement de l'appendice et tourna délicatement la tête sur sa droite.


Son visage fut déformé de terreur et elle dut se retenir littéralement de hurler.


A vrai dire, il aurait pu être particulièrement mignon s'il n'avait pas eu ce filet de bave qui coulait le long de la commissure des lèvres, ni même cette espèce de respiration bruyante caractéristique des sommeils lourdement alcoolisés. Sa respiration s'accéléra alors qu'une seule question lui venait en tête en boucle :


Qu'avait-elle fait ?


Elle lança des regards de part et d'autre de la pièce avant de prendre une grande inspiration et de soulever lentement la couverture, pour ensuite pousser un long soupir de soulagement.
Bon, au moins j'ai toujours ma culotte. Pensa-t-elle en constatant d'ailleurs que tout le reste de sa tenue de la veille y était. Y compris sa robe et ses chaussures à talons. Ce n'était peut-être pas aussi grave qu'il n'y paraissait. Décidant alors de sortir du lit et d'aller trouver âme lucide qui pourrait lui expliquer le déroulement de sa soirée d'hier, elle souleva délicatement le bras de l'homme blond à côté d'elle et lentement, roula sur le côté. C'était sans compter qu'elle était encore bien trop pâteuse pour tenir compte correctement des distances qui la séparaient du bord du lit et, semblable à une crêpe que l'on retourne dans une poêle, elle s'écrasa la face contre terre sur le plancher de la chambre.


Plus jamais je ne boirai d'alcool.
Jamais.


Après s'être assurée que son compagnon de chambré n'avait pas été réveillé par sa chute, elle se releva péniblement, jonglant entre son tournis et son équilibre incertain, se cramponnant à l'encadrure de la porte avant de s'enfuir à toutes jambes dans l'escalier.
Lorsqu'elle arriva dans le salon elle sentit les trois paires d'yeux se braquer sur elle peinaient à dissimuler leurs mines fortement amusées par la situation. Réajustant sa robe à hauteur de ses cuisses et vérifiant ses cheveux avant d'abandonner l'idée d'être présentable, elle leur lança un regard sombre. Meryame était au milieu, les yeux encore lourds de fatigue et ses deux colocataires humaient la délicieuse odeur du café.
-Salut Ambre.
- Ok. Je ne ferai aucun commentaire avant que vous m'expliquiez comment je me suis retrouvée dans votre chambre d'ami avec un mec que je ne connais pas.
- Ah lui ?
Commença Meryame en haussant les épaules. Ne te fais pas de bile, c'est un ami de Sigrid, il était déjà mort saoul avant que tu ne débarques. On l'a porté jusqu'au lit alors qu'il dormait déjà et vu son état on s'est dit qu'en te mettant là aussi tu ne risquais pas grand-chose.
- Et lui non plus d'ailleurs.
-Ce commentaire inutile.
Murmura la concernée en réponse à la remarque de Sigrid. Pour se faire pardonner elle lui offrit une tasse de café noir.
- C'était notre cellule de dégrisement pour notre petite soirée d'hier ! Sigrid semblait en pleine forme, mais elle buvait peu et avait une tenue à l'alcool digne des meilleurs. Une chambre de dégrisement, pas étonnant qu'elle dise ça celle-là.
- T'avais ton alco-test pour le permis d'entrer ?

Sigrid ne releva pas la blague, elle avait l'habitude d'être chambrée sur son métier de flic de terrain.
Prenant appui sur un rebord, Ambre fut ravie de voir les figures familières de ses amies Bruxelloises. Sigrid et Eurydice partageaient cet appartement avec Meryame depuis presque dix ans. Les loyers à Bruxelles grimpaient en flèche et l'appartement était assez sympa pour vivre à trois en ayant un minimum d'intimité.
- Tu ne te souviens pas du tout alors ? Lança Eurydice, la plus timide d'entre-elles. Ambre réfléchit quelques instants avant de secouer la tête. Elle savait qu'elle était venue la veille, qu'elle avait écouté le discours d'Alister – enfin, son discours à elle dans la bouche d'Alister était l'expression la plus appropriée-, qu'elle avait bu pour le provoquer et puis, c'était le néant.
- Je suis montée dans une voiture. Se souvint-elle.
- Oui, et c'est cette voiture qui a fini par t'amenée ici.
- Et j'étais déjà saoule ?

Elle comprit la réponse aux regard espiègles qu'elles s'échangeaient.
- Un petit peu, enfin, un petit peu.... Tu ne marchais pas droit et tu chantais les lacs du Connemara. Le type qui t'a ramenée ici n'en pouvait plus. Il a dit que t'avais mis une heure à te souvenir que tu dormais chez moi et que s'il était restée dix minutes de plus avec toi, il te jetait dans un caniveau.
Ah, j'ai donc bien failli finir dans le caniveau. Songea-t-elle. Elle ne devait son salut qu'à cet homme.
- J'imagine que vous ne m'avez pas directement mise dans ce lit ?
Meryame secoua vivement la tête tandis que les deux autres semblaient déjà prête à éclater de rire. Oh bon sang, était-elle vraiment prête à entendre la suite ?
- On faisait une soirée ici aussi, et quand t'es arrivée t'étais dans un état d'énervement assez important, t'as demandé une clope à Sigrid et...
- J'ai demandé une clope ?
- Ouais, t'as fait ça.

Elle cligna plusieurs fois des yeux, sur l'échelle de l'alcoolémie, le moment où elle se mettait à fumer était celui où elle approchait du coma éthylique ou de la crise d'angoisse. Et vu la situation, c'était probablement la seconde option.
- Bon et ensuite ?
- Tu vois la bouteille, là ?
Meryame lui désigna la bouteille d'Amaretto complètement vide, posée sur un coin de table. Eh bien, tu l'as prise, tu l'as débouchée et tu as bu.
Silence, le temps pour l'information d'arrivé au cerveau d'Ambre.
- J'ai bu ?
- Oui, au goulot et presque cul sec. T'as ensuite expliqué que la Belgique allait être gouvernée par un salaud.

- J'étais quand même très lucide, finalement.
- Qu'Alister était un connard qui t'avais piégée pour se venger du fait que t'avais couché avec lui avant de lui mettre un râteau.
- Je...He, j'ai vraiment dit ça ?

Sigrid hocha la tête.
- T'as couché avec Alis' ? Lança Eurydice, sous le choc. Mais merde Ambre, sérieusement tu nous as caché un truc pareil ?
- J'étais saoule, j'avais vingt ans, d'accord ? Avec l'âge on gagne en sagesse.
Elle se rendit compte que la situation dans laquelle elle se trouvait, là, maintenant, alors qu'elle avait quinze ans de plus ne reflétait en rien un gain de sagesse.
- Enfin, soit ! Conclut-elle.
- T'es sortie sur le balcon en hurlant que la Belgique allait connaître le pire premier ministre de son histoire et tout un tas de choses sans queue ni tête, le tout entre-coupée de gorgées d'amaretto. Puis on a décidé de venir te récupérer car tu as crié un truc genre « Il a dit que je devais pas boire ce soir pour pas lui taper la honte eh bien regardezzz je boiiis et je vous emmerde tous !» T'as bu et recraché quelques gorgées sur le balcon. Ça allait mal tourner tu comprends, sinon on t'aurait filmée en riant.
- J'espère que personne n'a filmé ça.
- J'ai vérifié sur Tik Tok, t'es clean.

Elle aurait voulu se cacher derrière sa tasse de café, mais elle était bien trop petite.
- Pitié, dites-moi que c'est fini.
- Ouais, l'air frais t'as achevée, on t'a jetée dans le lit en te demandant de te taire et tu t'es endormie avant de toucher l'oreiller.

Seigneur, plus jamais d'alcool, c'était un serment qu'elle se fit à elle-même, comme à chaque lendemain de cuite.
 

Elle repensait alors à tout ce qui s'était passé ces derniers jours et au fait qu'elle aurait probablement dû mettre Alister à la porte de chez elle ce soir-là pour ne pas se retrouver dans cette situation. Il y avait en elle une colère qu'elle ne parvenait à éteindre, comme un feu bouillonnant plus acide encore que les aigreurs d'alcool. Il était évidemment hors de question qu'elle plie aux exigences de son ami, aussi proches fussent-ils autrefois. Ses paroles raisonnaient toujours en elle, car de cela, cependant, elle se souvenait parfaitement. Qui était-il pour lui dire ce qui était bon ou mauvais pour elle ? Pour juger de la façon dont elle considérait son existence ? Après tout ce qui s'est passé, n'a-t-elle pas toutes les bonnes raisons du monde de penser qu'associer journalisme et politique ne faisait pas bon ménage ? Et tout lui revint soudain en tête comme un raz de marée qui la submergea. Les derniers souvenirs qui la reliaient à Bruxelles la noyèrent et elle revit ce qui s'était passé à l'époque. L'horrible sifflement dans ses oreilles revint à nouveau à mesure que les images réapparaissaient dans son esprit. Ce son grave, semblable à celui d'un choc sur la tête. Puis, elle vit l'image qu'elle ne voulait plus jamais voir.
Et ses yeux se figèrent de terreur.
Exactement comme ce jour-là.


- Ambre ça va ?


Meryame avait vu son trouble, sa main tremblotante et sa tasse de plus en plus incertaine entre ses doigts et son interpellation fit sortir Ambre de sa brume cauchemardesque.

- Oui, ça va, j'essaye simplement de me rappeler de ce qui s'est passé hier. Menti-t-elle.
- Est-ce que tu as parlé à Alister ?
L'ancienne journaliste cligna des yeux avant de fixer le liquide sombre et fumant de sa tasse. Si elle avait parlé à Alister ? Bien sûr, c'était même pire que ça.
- Hélas... Souffla-t-elle.
- Et que t'a-t-il dit ?
Ambre lisait de la compassion dans les yeux de son amie, du moins, Meryame était ce qui s'en rapprochait le plus. Elles avaient fait leurs études et leurs parcours professionnels ensemble et s'étaient même promis de fêter leur retraite en même temps. Mais ça, c'était avant...
Avant tout ça.
Accessoirement, Meryame était devenue sa belle-sœur. Quelques mois après tout ce qui s'était passé, Joe était entré dans la vie d'Ambre et elle avait cru que cette relation serait un pansement pour elle et pour les autres.
Joe, c'était la première fois qu'elle pensait à lui depuis vingt-quatre heures, tandis qu'une ombre plus imposante occupait sans cesse son esprit depuis hier soir sans savoir la définir.
- Que m'a-t-il dit ? Oh, rien de très intéressant tu sais, il m'a juste demandé d'être son chef de cabinet chargée de communication.
Meryame crut s'étouffer.
- Quoi ? Mais c'est génial Ambre, génial ! Et qu'as-tu dit ?
- Que je refusais.

La blonde battit des cils l'air faussement surpris.
- Où est l'ambitieuse ?
- Mon ambition est ailleurs.
- Ouais, je vois le style. Mariage, enfant, tout ça tout ça dans ton beau petit chalet perdu à la campagne avec mon frangin, c'est ça ?


Rien de cela. Pensa-t-elle froidement. Son ambition c'était de faire en sorte que la terre entière lui fiche la paix.
La vérité, c'est que sur ces deux années écoulées, Ambre n'avait fait aucun projet. Le chalet qu'elle occupait appartenait à sa famille et Joe s'était installé avec elle assez vite. Trop vite, mais c'était une façon pour Ambre de se mettre devant le fait accompli et de ne pas changer d'avis. Ensuite, les choses s'étaient tassées. Il n'avait jamais émis la moindre envie de construire quelque chose et elle non plus. Pas de conversation bébé, pas d'investissement en commun, pas de projet d'ouvrir une pâtisserie de cupcake. Rien. Ils habitaient ensemble, mais vivaient-ils ensemble ?
Souvent elle se demandait si Joe l'aimait ou si elle aimait Joe. Certaines de ses attitudes lui mettaient le doute, elle tendait à croire que ça trahissait un attachement envers elle. Mais était-ce vraiment à elle ou à la situation qu'il tenait ? Et elle ? Avait-elle craint un jour de le perdre lui ou ce qu'il représentait ?
Son téléphone vibra sur la table et elle se décida à décoller du rebord sur lequel elle avait trouvé appui pour consulter le message.
- Je t'attends au 16 à treize heures. Ne soit pas en retard, nous avons du travail.
Nous ? Quel culot !
- C'est Al ? Demanda Meryame curieuse.
Elle se contenta de lever les yeux en guise de réponse.
- Il ne perd décidément pas de temps. Alors c'est vrai, il va former un gouvernement ?
- J'en ai bien peur... Mais je n'ai pas l'intention de participer à ce carnage. Il veut me voir au 16 dans trois heures ? J'y serai, mais c'est pour lui dire que ma valise est bouclée et mon train prêt à partir.
- Tu t'en vas déjà, chaton ? Et notre resto ?

Elle haussa les épaules, visiblement l'humeur n'était pas aux réjouissances entre amis et Meryame n'insista pas.
- Tiens en parlant de resto, j'espère que tu as l'intention d'en offrir un à la personne grâce à qui tu es revenue jusqu'ici. Est-ce que tu te souviens de qui t'a mis dans cette voiture d'ailleurs ?
Voilà là une excellente question. Pensa Ambre, c'était d'ailleurs cette idée qui avait peine à quitter son esprit depuis hier soir. Elle tapota sur sa tasse tiède en essayant de rassembler les morceaux de sa soirée. Elle se souvint être arrivée à la soirée, trempée comme une soupe après avoir marché vingt minutes sous la pluie en insultant ce type qui lui avait volé son taxi. La soirée, Alister, l'alcool, beaucoup d'alcool d'ailleurs.
Et puis ce type.
Sobre et lucide, elle replaça l'image de l'homme qui l'avait entrainé dehors pour prendre l'air avec celui qu'elle avait vu à la gare et l'étincelle se fit soudain dans sa tête, la faisant presque sursauter.
- Oh putain, c'est le connard du taxi.
- Je te demande pardon ?

Face à cette révélation, Ambre avala d'une traite son café tiède.
- C'est compliqué, mais hier soir en arrivant à la gare, je me suis fais voler mon taxi par une espèce de vieille asperge en costume cravate d'une arrogance sans nom. Je me suis rendue à la soirée, j'ai bu, et là, ce matin avec le café et la sobriété, je viens de me rendre compte que le type qui m'a fourré dans cette voiture était le même que celui du taxi !
- He bien ! Quel hasard ! On pourrait presque dire que vous êtes quittes non ?
- J'espère bien !

Ah ça pour sûr, car ce qu'elle omettait volontairement de dire à Meryame, c'était qu'elle avait glissé son numéro de téléphone dans la veste de ce dit monsieur après l'avoir invité à un baiser volé dans une rue de Bruxelles. Ça, c'était l'alcool qui avait parlé, pas l'étrange charisme qui s'était dégagé de lui, ni même ses incroyables yeux bleus. Non ? Alors c'était sans importance et rien qu'en y repensant elle mourrait de honte. Filer son numéro de téléphone à un vieux flamand qui ressemblait à un prof de littérature... Elle était tombée bien bas.
Ne pouvant avaler quoi que ce soit si tôt après être sortie alcoolisée, Ambre prit une douche et enfila rapidement des vêtements confortables et ses baskets, mettant son temps de préparation à profit pour répéter ce qu'elle allait dire à Alister une fois au 16.
Sois déterminée, tu lui dis que tu retournes là-bas et qu'il n'a qu'à demandé à ce lèche botte de Spiegel pour lui trouver quelqu'un d'autre. Pensa-t-elle en attachant ses cheveux en arrière. A la lumière de la lampe halogène elle n'était pas belle à voir. Sa peau était ravagée par le froid et se desséchait considérablement, ses grains de beauté ressortait et si elle avait le malheur de mettre une crème ou un fond de teint, alors elle serait envahie de bouton. Son visage était une malédiction, la pire de toute. Elle avait croisé le type avait qui elle avait partagé le lit de la chambre d'ami et lui adressa un hochement de tête gêné. Finalement, il était plus beau quand il dormait la bouche ouverte. Songea-t-elle. C'était dire la considération qu'elle avait. Après avoir trainé un peu et préparé son sac, elle avait fini par s'engouffré dans un bus pour se rendre vers son destin sous la grisaille d'un ciel de décembre à Bruxelles.
Le 16 rue de la loi, elle l'avait fréquenté à maintes reprises et avait cessé de compter le nombre d'heures où elle avait campé par tous les temps à l'entrée dans ce grand bâtiment à la façade impeccable et néo-classique. Aujourd'hui, c'était elle qui allait devoir éviter les regards et les projecteurs de ses anciens collègues. La rue de la loi, c'était le Downing Street de Bruxelles et le 16 était le siège du gouvernement. Située entre les parcs de Bruxelles et du Cinquantenaire, à quelques minutes de la gare Schuman, c'était le cœur du pouvoir et elle s'y engouffrait. Traversant les longs couloirs cherchant un visage familier qui pourrait la mener jusqu'au bureau, elle fut finalement sauvée par une secrétaire très aimable. Ne faiblissant pas dans la détermination de ses pas, ouvrant la porte avec force, elle s'aperçut immédiatement qu'Alister n'était pas seul et qu'un autre homme lui faisait dos. Et ainsi, le discours qu'elle avait si soigneusement préparé dans la salle de bain et dans le bus venait, d'un coup de baguette magique, de voler en éclats.

Ils étaient là, tous les deux, à consulter un dossier alors qu'elle s'avançait vers le centre de la pièce avec un terrible pressentiment qui pesait sur son estomac.
Si la silhouette d'Alister était facilement reconnaissable, il était étonnant que la seconde lui soit tout aussi familière et suscitait en elle comme une sensation de déjà vu qui ne lui disait rien qui vaille. Car sa silhouette de dos lui évoquait un souvenir particulièrement récent. Grand, proche ou dépassant un peu le mètre quatre-vingts dix, des cheveux encore sombres mais parsemés de gris, sa carrure, élancée et mince, était compensée par sa veste de costume aux épaulettes renforçant ses épaules.
Et puis, il y avait ces chaussures, ces horribles chaussures, qu'elle aurait reconnues entre mille.
- Ha, te voilà Ambre ! S'exclama Alister en l'apercevant.
Putain de merde. Pensa-t-elle lorsqu'ils se retournèrent et qu'elle le vit. Ses yeux bleus perçants, ses lunettes rondes de bibliothécaire, et Ambre crut au cauchemar lorsqu'elle vit, derrière ses lunettes rondes, l'étincelle briller dans ses grands yeux bleus. Plus aucun doute ne planait désormais et elle voulut fuir à toutes jambes.


C'était l'homme au costume bleu nuit, son voleur de taxi.
 

Celui à qui elle avait laissé son numéro de téléphone.

 

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