5. Tout ce qui brille

Par Lydasa.

Un cauchemar, nous vivions le pire des cauchemars. Les paroles de l’amiral me revenaient en tête, que c’était peut-être notre rêve que de vivre une aventure, mais que la réalité était tout autre. Enchainer avec un boulet de huit kilos, enfermer dans une cage dans la cale, nous ne pouvions rien faire. Un homme est venu nous apporter des fruits, et seulement à moi de la viande séchée. Quand je lui ai demandé pourquoi, il a retroussé le nez, montrant alors deux dents en avant.

 

— Le capitaine semblerait s’inquiéter de ton sort. Estime-toi heureux, siffla-t-il avant de quitter la cale en boitillant.

 

Plus loin des hommes avait posé dans un coin de la cale, les têtes de nos compagnons. Ceux qui étaient restés dans la crique à faire le radeau. Nous les avions prévenus, mais il n’avait pas voulu prendre compte de notre avertissement. À présent il allait pourrir pas loin de nous.

 

— Partage ta viande, grogne un de mes frères d’armes et s’approchant de moi.

— Pas touche c’est à lui, il est blessé il en a plus besoin que nous.

— Tu parles regarde il a un lapin entier pour lui, il peut largement partager avec nous tous, hurle un autre.

— Oui, Grégoire, je peux partager. Je suis sûr que le pirate veut juste qu’on se bagarre pour ça. Alors, autant ne pas jouer dans son jeu et partager, murmurais-je.

— Tu as raison, se résigne mon ami.

 

On partage alors le lapin sans trop de difficulté avec tout le monde. C’est le seul repas que nous avons de la journée, du moins c’est ce que l’on pense, car le temps semble se rallonger quand on est enfermé dans le noir. On entend les rats grattés autour de nous, allant gouter aux têtes posées plus loin, avant de se faire attraper dans des pièges. Elias regarde ma blessure, heureusement elle a bien cicatrisé et elle ne semble plus s’infecter. Avec les rats et notre nouvelle condition, il préfère tout de même vérifier de temps en temps.

 

Un homme descend dans la cale, il a les cheveux grisonnants, tout comme sa barbe qui est tressée en une multitude de petites tresses. Il porte une sorte de tablier blanc, tacher de diverses tâches de gras. Il vérifie les pièges avant de lâcher un rire victorieux.

 

— Je vous ai eu vermine, vous savez que vous allez finir en soupe ? Avec de petits oignons et des patates. Ça va être parfait.

 

Il se redresse tenant la cage avant de nous regarder.

 

— Dommage pour vous, mais vous n’y gouterez pas, au pire vous aurez des croutons rassis, mais pas de ma délicieuse soupe.

 

De toute façon personne ne semble emballé pour manger de la soupe de rat, même si cela semble être un plat apprécier par les pirates. L’homme s’en va en gloussant et en se frottant son ventre rond. On essai tous de dormir un peu, mais cela est difficile ainsi entassé. Jusqu’à ce que finalement l’homme rat revienne le nez retroussé. Il nous balance des fruits pourris avant de ne me donner qu’a moi des beaux fruits ainsi que de la viande. Il se retourne et nous laisse ainsi.

 

— Ce n’est pas possible pourquoi lui il a le droit à des beaux fruits et de la viande, grogne un homme.

— Je vais partager, couinais-je mal à l’aise.

— Non ne partage pas, grogne Grégoire en s’imposant devant les autres. Si quelqu’un touche à sa nourriture, je lui refais le portrait. Il est blessé et a besoin de manger pour guérir.

— Blessé, hurle un homme, tu rigoles il n’a presque plus rien.

— Je vais partager ne vous battez pas.

 

Sauf que cela dégénère, l’un d’eux se jette sur ma viande, partant à l’autre bout de la cage. Grégoire essaie de l’empêcher, mais un autre me prend mes fruits. Au final je me retrouve sans rien a par les fruits pourris qui sont abandonnés devant la grande porte de la cage. Grégoire essai de se battre avec les autres, mais je l’arrêt en le suppliant de laisser faire. On choisit les fruits les moins abimés pour les mangers.

 

Au bout de quelques jours, nous sentons le tangage du bateau s’accentuer. Nous devinons que nous sommes en train de prendre la mer. Je déglutis péniblement, nous quittons enfin cette île, mais nous la quittons enchainer. Au bout de plusieurs heures, un homme descend dans la cale.

 

— Allez-vous aller pouvoir vous rendre utile, grogne-t-il d’une voix caverneuse.

 

Il ouvre la cage et nous fait signe de sortir, étrangement personne ne semble vouloir se rebeller alors qu’il est seul. Nous prenons notre boulet et monter les escaliers pour nous mener au pont. Quand j’arrive à l’air libre, j’aperçois l’océan nous encercler. Au loin l’île semble s’éloigner de plus en plus. Je me retrouve avec un balai et un seau d’eau dans les mains, avec comme seul ordre de nettoyer le pont.

 

— Ne force pas trop Raphaël, murmure Elias.

— Ça va aller, si je n’obéis pas le capitaine a promis de vous faire du mal. Je ne veux pas qu’à cause de moi vous soyez tué.

 

Mes amis soupirent, nous sommes tous au même rang. Ils s’inquiètent bien trop pour moi alors que je me sens bien mieux. Ils ont été touchés par la mort de Jacobs, je le sais et avec ce qui m’est arrivé, ils s’inquiètent énormément. Je ne peux pas leur en vouloir pour ça, mais avec les pirates qui semblent vouloir nous tourmenter. C’est à moi de les protéger en me tenant à carreau. Alors que je suis à genoux a frotté fort les planches de bois, le capitaine s’approche de moi, avec un sourire qui ne me dit rien qui vaille.

 

— Raphaël, mes cadeaux t’ont plus ?

— Cadeau ? murmurais-je.

— Oui la viande, rien que pour toi.

 

Je baisse la tête en me mordant la lèvre inférieure, je peux voir le regard malsain des autres prisonniers sur moi. Le capitaine a un ricanement sadique, avant qu’il ne se relève, conscient de ce qui a dû se passer. Il me fixe encore quelque instant avant de sourire encore plus sadiquement.

 

— Viens dans ma cabine, tu vas la nettoyer. Dépêche-toi !

 

Il tourne les talons, ne me laissant clairement pas le choix. Je prends mon boulet d’une main et le balai et le sceau de l’autre. Me trainant aussi vite que je le pouvais jusqu’à sa cabine. Il ouvre la porte, se décalant en me faisant signe d’entrer. Je le regarde avec méfiance.

 

— Je ne vais pas te manger, nous sommes des pirates pas des cannibales, glousse-t-il.

— On ne sait jamais, déjà que vous mangez des rats…

— Ah, ça, c’est Marvine qui nous cuisine des choses parfois loufoques, mais je t’assure on a l’impression de manger du lapin.

 

J’entre dans la cabine, me stoppant en son centre, les yeux écarquiller d’émerveillement. Sa cabine est juste magnifique, il y a beaucoup de velours rouge, sur toute sur les banquettes tout le long des vitres. Ainsi qu’une vue sur le sillage du navire dans les flots. Mais ce n’est clairement pas le velours des banquettes et la vue qui m’émerveillent, c’est absolument tout. C’est un cabinet de curiosité, il y a des trophées de différent voyage, surement effectués autour du monde. Dans un coin une grande sculpture en bois d’un dragon chinois, avec des yeux en jade. De l’autre côté un totem amérindien. Il y a une immense bibliothèque, des babioles en tout genre.

 

Le capitaine s’approche de moi, je me crispe légèrement et il se penche. Je sens l’anneau autour de ma cheville se faire retirer et il me prend le boulet des mains pour le poser un peu plus loin.

 

— Je n’ai pas envie que tu abimes mon parquet avec cette chose. Aller au travail. De toute façon tu n’as nul par ou aller a par le pont ou un équipage entier serait capable de te descendre… enfin non de descendre tes amis surtout, ricane-t-il froidement.

 

Je déglutis, je ne dois pas faire d’erreur il m’a encore plus à l’œil comme ça ce connard. Je commence à nettoyer une partie de la cabine, mais je suis vite happé par l’observation de tout ce qui est exposé. Une grande vitrine fermée de porte en verre dévoile des choses étranges. Je pense que cela doit être des têtes réduites. On dirait des raisins secs avec des cheveux ce n’est vraiment pas beau. Il y a aussi le fœtus d’un poulain au vu de ce que je devine, il est enfermé dans un grand bocal de formol. Dans un mouvement artistique, je vois le squelette d’un serpent la bouche ouverte tentant d’attraper le squelette d’un oiseau. Il y a même une très vieille boite à musique avec une danseuse à la robe noire. Il y a un crâne humain entièrement recouvert de diamants, un autre en cristal, un autre en jade.

 

Je suis en train d’admirer tout ça les yeux grand ouverts de curiosité, à tel point ou je ne sens pas le capitaine arriver dans mon dos. Je ne sens qu’à peine son souffle chaud dans ma nuque, avant de l’entendre murmurer tout bas dans le creux de mon oreille.

 

— Ça te plait ?

 

Je sursaute m’écartant en le regardant avec horreur et surtout avec peur.

 

— Je… je suis désolé, je me remets au travail.

— Tu sais où j’ai trouvé c’est crâne ? Celui en jade c’est quand je suis allé en chine, j’y ai rencontré un pirate chinois, nous sommes devenus ami, en l’échange de quelque pierre il me l’a donné. Celui en cristal je l’ai trouvé sur une île aztèque.

 

Je ne peux pas me pêcher d’être fasciner par ce qu’il me raconte. Depuis tout petit j’aime écouter les histoires que me raconte ma mère. Là j’ai une histoire vraie d’un vrai voyageur, enfin non… une histoire de pirate d’un pirate.

 

— Après pour ce qui est du reste, j’ai un petit penchant pour tout ce qui est curieux et un peu glauque. Les têtes réduites… en fait ce sont des anciens membres de mon équipage, nous sommes tombés sur une tribu cannibale sur une île, trois d’entre mes hommes se sont fait capturer et quand nous les avons secourus… nous les avons trouvés malheureusement comme ça.

— Ils se sont fait manger ?

— Je crois, il y avait un qui tournais sur une broche sans sa tête et il y avait aussi une grande gamelle de bouillon. Quand on est arrivé, ils étaient en train de manger.

 

Je ne peux réprimer une grimace de dégout face à ça. Me faire manger par une tribu cannibale ne me dit rien qui vaille. Je me demande même si ces pauvres hommes ont souffert avant de se faire cuire.

 

— Et le poulain ?

— Le poulain… c’est le dernier souvenir d’une jument que j’avais sur mon île natale. Elle est morte de fourbure, comme elle attendait un poulain, nous pensions pouvoir le sauver, mais il n’avait que quelque semaine de gestation. Du coup je l’ai gardé.

 

J’ai les yeux posés sur le bocal, je trouve en soi le principe glauque, mais c’est un moyen de garder le souvenir de sa jument. C’est presque mignon, si ça n’était pas aussi tordu. Je ne le vois pas encore une fois s’approcher de moi, alors que je suis hypnotisé par la vitrine.

 

— Tu veux que je te raconte une autre histoire, me murmure-t-il à quelque centimètre de mon visage.

 

Je sursaute à nouveau, me reculant d’un pas, plongeant mes yeux dans son regard sombre. Cet homme est dérangeant, à la fois intéressant dans ses histoires, mais effrayant. Il me montre alors le serpent et l’oiseau.

 

— Ça, c’est un serpent que nous avons trouvé sur le navire. L’oiseau c’était juste pour faire jolie dans la sculpture. Je l’ai fait moi-même, blanchir les os avec de l’acide et planter les aiguilles pour que le squelette tienne ensemble. J’ai fait la même chose avec le crâne de l’élan là-bas, me dit-il en me montrant un immense crâne cornu accrocher au mur.

— Vous êtes taxidermiste ?

— C’est une passion comme une autre. On passe le temps sur le navire comme on peut.

— Le crâne avec les diamants, c’est vous qui l’avez fait ?

— Oui, c’est la tête d’un ancien capitaine de marine que nous avions gardé en trophée… comme celle de tes petits copains. Je me suis amusé à coller les diamants dessus un par un. Ça rend super bien tu ne trouves pas.

 

Je déglutis, en repensant aux têtes qui se trouvent dans la cale.

 

— Tu voudrais que je te montre comment blanchir les os.

— Euh…

— Je comptais faire ça avec quelque tête qu’on a gardée.

 

Je me sens pâlir, c’est tout de même les têtes de mes anciens frères d’armes qu’on parle. Je suis tiraillé par l’horreur de la chose et la curiosité malsaine de savoir comment on fait. Je baisse la tête, la secouant négativement avant de commencer à frotter le sol nerveusement avec mon balai. Je peux l’entendre ricaner sadiquement avant qu’il ne rejoigne son bureau.

 

— Au lieu de rêvasser, nettoie ma cabine.

 

Ce type est vraiment un psychopathe, du moins de mon point de vue. Il s’amuse à me tourmenter, à faire en sorte que les autres me détestent en me donnant de fausses faveurs. Il me raconte ses histoires fascinantes avant de me plonger dans l’horreur tout de suite après. Je ne sais pas à quoi il joue avec moi, comme si j’étais devenu son nouveau jouet. À ce moment-là quelqu’un frappe à la porte.

 

— Capitaine ?

— Oui Marvine ?

— Le repas est presque prêt je vous l’apporte ici ?

— Oui et rapporte-moi une deuxième part… pour Raphaël.

 

Le cuisinier me regarde étrangement avant de me faire un beau sourire. Il nous laisse avant de revenir quelque instant plus tard avec deux grands bols fumants. Dedans se trouve de la viande, des pommes de terre, des carottes et des oignons. Il pose les bols sur le bureau du capitaine avant de nous laisser à nouveau. Samuel prend le sien avant de me faire signe de venir. Je m’approche timidement, regardant le bol de ragout chaud.

 

— Mange donc, me dit-il avec douceur.

— C’est…

— Ne te pose pas de question, c’est du lapin.

 

Je sais très bien que ce n’est pas du lapin, au vu des dernières captures du cuisinier et de ses propos. Seulement j’ai très faim et les fruits pourris que nous avons eus dernièrement ne me tienne pas trop au corps. J’attrape le bol, il est tiède, je prends la cuillère et comment à prendre une boucher. Je me fige dans mon mouvement, quand la nourriture atteins mes papilles j’ai une larme qui coule sur ma joue. Je n’ai jamais rien mangé d’aussi bon depuis très longtemps. Cela me rappelle les plats de ma mère, avec un peu d’épices et juste ce qu’il faut en sel. De la viande fondante sous la dent, des petits légumes à la fois croquants et tendres. Je me dépêche alors de dévorer mon plat, savourant avec appétit avant de reposer le bol vide.

 

— Et bien, c’était si bon que ça ? Glousse le capitaine.

— Oui… sur notre navire nous ne mangions que du poisson et des pommes de terre, et sur l’île c’était aussi compliqué.

— Votre cuistot ne savait pas cuisiner ou quoi ?

— Je ne sais pas, après nous étions de jeunes recrus nous n’avions pas le droit à la viande sécher.

— Ce n’est pas digne d’un capitaine de mal nourri son équipage. Marvine ne fait pas de plat différent pour qui que ce soit, enfin sauf pour le vieux qui a du mal à manger avec ses dents. Mais je tiens à ce que chacun soit bien nourri.

 

Je relève les yeux vers Samuel, il me fixe intensément, ce qui a le don de me troubler quelque instant.

 

— Pourquoi, j’ai le droit de manger comme votre équipage et pas comme le reste de vos prisonniers ?

— Pourquoi ? Tu n’as pas deviné ? Je cherche à te punir par rapport au fait que tu m’as gentiment craché à la gueule, et quel est le meilleur moyen de le faire ? Monter tes anciens frères d’armes contre toi, retourner tes amis contre toi, ricane-t-il sadiquement.

— Vous n’y arriverez pas. Elias et Grégoire sont mes meilleurs amis.

 

Il explose de rire, un fou rire qui résonne dans la cabine et me crispe. J’ai envie de le frapper, je me retiens, de toutes mes forces de ne pas prendre le bol, pour le lui balancer dans la gueule.

 

— Tu verras, les amis… ça va et ça vient.

— Je vous assure du contraire.

— On paris ? J’aime les paris, ricane-t-il.

— J’y gagnerai quoi ?

— Si dans un mois tes petits copains sont encore tes petits copains… je te laisserai la liberté à toi et à eux.

 

J’ouvre grand les yeux, cette proposition est intéressante. Mais c’est à la fois fourbe, car je sais qu’il fera tout pour retourner les autres contre moi. Quand les hommes ont faim parfois ils peuvent devenir violents. J’espère qu’il ne va pas s’amuser à les affamer.

 

— Bon aller retourne nettoyer un peu, je veux que ça brille, lâche-t-il froidement avant de se pencher sur une immense carte.

 

Je peux y voir le nom des mers et des océans. Il y a sur la carte des croix et des annotations. Je suppose qu’il doit noter ses arrêts, ses découvertes et ses planques. Si l’armée était en possession de cette carte, il en serait fini de Samuel Blackstone. Je me détourne, la lui voler ne me servirait à rien, je dois d’abord penser à ma survie et parler du pari à mes amis pour qu’on tienne un mois.

 

— Ah j’oubliais mon petit Raphaël. Ce soir tu vas dormir dans ma cabine. Tu ne rejoindras tes petits copains seulement demain. Sans arrière-pensée, ça serait fâcheux qu’ils s’imaginent des choses tu ne crois pas.

 

Je le regarde froidement, mes amis ne vont rien imaginer du tout. Ils me connaissent, ils savent que le capitaine veut me tourmenter. Ils ont eux aussi compris qu’il veut monter les autres contre moi. Je me mets à frotter le sol plus vigoureusement, je vais tellement le faire briller qu’il va bien glisser et se casser la figure.

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