5. Petit numéro de télempathie

— Tu n’es pas obligée de nous aider, déclara Mégane à Justine en voyant celle-ci apporter des verres dans la salle à manger.

— Toi par contre tu nous aides ! indiqua Ethan à son frère quand ce dernier tenta de reposer le bout de nappe qu’il avait commencé à prendre.

— Mais pourquoi ? C’est quoi la différence avec elle ?

S’il s’était tenu tranquille pendant tout l’apéro tentant même de calmer Justine quand elle avait eu un semblant de crise de panique, ce n’était plus le cas. Sa voix plaignante me perçant les tapants, je lâchais aussitôt mon bout de nappe pour pouvoir enfoncer mes doigts dans mes oreilles.

Bon, j’admets, j’en faisais peut-être des tonnes !

— Hep, hep, hep, toi aussi tu nous aides ! me rappela à l’ordre ma cousine.

— Mais si lui il fait rien ! répliquai-je en désignant Elias d’un doigt accusateur.

— Mais il va nous aidez, me répondit Mégane avant d’adresser un sourire bavant de bienveillance au garçon. Pas vrai que tu vas nous aider ?

Si de notre côté, nous avions tous un peu été attirés par Ethan et sa gentillesse sans faille, il était plus qu’évident que Elias avait un énorme crush pour Mégane. Cette dernière le savait (aussi, il aurait fallu être aveugle pour ne pas le comprendre) et sans dire qu’elle en profitait (ce n’était pas le cas), elle en jouait pour rendre le garçon coopératif. Chose peu aisée vu que même Elias n’y arrivait pas. Tout n’était d’ailleurs pas gagné reprenant du bout son morceau de nappe (genre ça allait le tuer de mettre la table), il redemanda :

— Pourquoi Justine a le droit de pas mettre la table ?

— Ça me dérange pas de la mettre, indiqua d’une toute petite voix l’intéressée.

— Tu ne vas pas le faire. Tu es notre invitée alors tu nous aides chez nous mais tu n’as pas à aider ici, répliqua Ethan dont le ton dur laissait à penser qu’il s’adressait à son frère bien plus qu’à la préadolescente.

Son raisonnement semblait un peu bancal voir il était juste là pour recaler Elias. Il eut néanmoins un résultat inattendu car la même question monta alors aux cerveaux des jumeaux, de Mathéo et moi et comme un seul homme nous demandâmes :

— Mais du coup vous la connaissez d’où ?

Flippant, n’est-ce pas ?

Il faut d’ailleurs noter :

Si nous avions tous les quatre posé la même question, deux tons avaient était employé :

Curiosité maladive pour Sarah et Mathéo.

Méfiance tout aussi maladive pour Aïdan et moi.

D’ailleurs, Mégane tournait à présent la tête pour tous les deux nous fusiller du regard. Chose peu aisée, sachant qu’on était à deux coins opposé de la pièce.

— C’est notre cousine du côté maternelle, répondit simplement Ethan.

Un sourire d’orgueil passa alors sur le visage de son petit frère, comme pour dire : « regardez tous, moi aussi j’ai une cousine ! »

— C’est pas une compétition ! commentai-je en finissant de mettre la nappe.

Bon, je disais ça mais en vrai, j’aurais fait la même. Aïdan devait l’avoir soupçonné car il m’observait maintenant de son regard sondeur. C’était dérangeant mais en même temps s’il n’avait que ça à faire de son temps…

J’en était à là de mes réflexion quand soudainement la voix du garçon remplit ma tête dans un très bruyant : « J’ai réussi ! ».

Surprise, je lâchais la fourchette que je tenais à la main. Rebondissant contre la table avant de taper contre le carrelage, elle attira tous les regards sur moi.

Tous ?

Presque !

Aïdan semblait à présent fasciné par l’arrangement d’un verre au bout de la table. Il le plaçait à droite puis à gauche de l’assiette, le retournait pour le finalement le remettre comme il faut. Cela pouvait donner l’impression qu’il était simplement perfectionniste néanmoins je savais. Aïdan qui avait fait à ce qu’on soit tous obligé de mettre la table, se défilait lui-même pour s’adonner à des petits jeux de télépathie. C’en était scandaleux !

J’allais d’ailleurs le dénoncer quand sa voix dans ma tête revint à la charge :

— Mais chut !

— Et pourquoi donc ? m’énervais-je aussi par pensée en récupérant ma fourchette par terre. Je parie que c’est même pas autorisé d’utiliser la télépathie comme ça !

— Parce que faut que je te parle discrètement ! répliqua-t-il.

— Parce que mettre une éternité à poser un verre, c’est discret ?

Soupirant, il riposta :

— En plus c’est pas de la télépathie mais de la télempathie ! En tant que magaciam on peut pas utiliser la télépathie.

— La différence, s’il te plait, M. Je-sais-tout ! Et surtout pourquoi, j’en jamais entendu parler alors que je suis aussi une magaciam ?

— Avec la télempathie, on est obligé de connaître les émotions de la personne dont on veut lire les pensées car sinon la maga ne nous permet pas d’accéder à son cerveau. Et si tu n’en jamais entendu parler c’est certainement car tes lectures sur Avamaga se restreignent à des BD qui évitent ce genre de subtilité par soucis de facilité scénaristique.

Aïdan ou comment être insultant et odieux tout en substance.

Abasourdie, je lâchais un peu brutalement sur la table l’assiette que je tenais dans mes mains et demandais :

— Mais du coup t’as le droit d’utiliser la télempathie comme ça ?

— Pas vraiment… répondit-il avec une légère gêne, Mais après je te rassure, on a vu ça juste avant les vacances y a très peu de chances pour que j’arrive à découvrir un quelconque truc que tu voudrais me cacher avec le peu que j’ai appris.

Je le croyais. Déjà car orgueilleux comme il l’était parfois, jamais il n’aurait eu l’idée de me mentir sur ce genre d’information si cela avait pu prouver qu’il était encore plus fort en maga que ce que je croyais. Ensuite, un semblant de friture sur sa voix m’indiquait qu’il ne métrisait encore pas totalement ce nouveau mode de communication.

— Et du coup, pourquoi tu voulais me parler ?

— Ah oui ! Mon plan pour que vous alliez chercher un truc dans le bureau de mon père ! annonça-t-il avant de me voir lourdement soupirer, Y a un problème ?

— Oui, tu parles de ça comme si je devais être contente qu’on fasse ça mais les seules personnes contentes c’est toi car on va pouvoir tester ton “super plan“ ; Mathéo car il a envie de réussir ce défi et Sarah qui sera ravie de voir comment tout ça va se profiler. Moi tout ce que je voulais, c’est récupérer un médaillon avec mon prénom que j’ai trouvé dans le bureau de ma tante ! Mais ça, personne ne l’écoute !

— Vraiment désolé ! me répondit sincèrement Aïdan. N’empêche, on peut plus retourner dans le bureau d’Elise donc autant trouver un autre moyen de s’amuser, tu ne crois pas ?

Comprenant que je n’obtiendrais pas mieux, j’acquiesçais mollement.

— Du coup, c’est quoi ton plan génial ?

 

L’idée d’Aïdan n’avait en soi rien de saugrenu ou de compliqué. Sachant que son père passait la plupart de son temps libre ici à travailler dans son bureau, il avait eu l’idée de lui demander de l’aide pour un devoir. Ainsi, celui-ci serait sorti de son bureau sans fermer la porte et Mathéo et moi aurions pu y entrer sans soucis pour allez chercher quelque chose d’intéressant à l’intérieur. Enfin ça, ça aurait était possible ce matin, maintenant qu’on allait bientôt manger, il fallait trouver une autre solution. Celle-ci reposait sur le manque d’appétit de Julius Medfan. Sachant qu’il allait certainement retourner dans son bureau en attendant la réunion, son fils allait lui demandait de l’aide pour un devoir et vous avez compris l’idée.

Néanmoins malgré ce plan tout à fait simple, nous rencontrâmes quelques soucis.

Déjà l’appétit de Julius avait clairement était surestimé. N’ayant pris qu’une minuscule portion de petits pois, il en avait délaissé pour partir dans son bureau au bout de quelques minutes.

Ensuite, nous avions clairement sous-estimer l’intérêt que ma tante et mes grands-mères portaient à notre nutrition. Voulant absolu que son plan fonctionne, Aïdan avait d’abord pensé à ne rien manger, ce à quoi mamy’riam s’était fortement opposée, arguant qu’il n’avait pas à prendre les mauvaises manières de son père. Maintenant, c’était à ma tante de répéter à mon cousin qu’il devait manger plus doucement.

— Moins vite, personne ne va te voler ta viande, Mathéo.

— Mais ch’est trop bon ! répondit-il la bouche pleine.

C’était surtout qu’il adorait les ribs. En ayant trop pris, le garçon essayait maintenant de faire disparaitre toutes cette nourriture qui s’accumulait dans son assiette.

Personnellement, je ne me pressais pas pour manger plus vite, je n’avais même pas tenté de prendre peu de nourritures pour en avoir moins à manger. Cela semblait embêter Aïdan qui me lança un petit pois pour m’indiquer que je devais activer la cadence. Soupirant, j’observais Sarah qui ne faisant pas parti du plan de son frère mangeait tranquillement sa côte de porc et ses petits pois. La peste s’était même renseignée sur les desserts qu’il serait possible d’avoir, chose qui nous serait impossible d’avoir vu que c’était réservé aux enfants restant pendant tout le repas.

Quel sale repas !

Deux autres aussi ne semblait pas forcément passer un agréable moment. Justine déjà avait laisser avec gêne une pauvre côte de porc en apprenant qui venait d’un animal. Apparemment elle était végétarienne. A côté, Elias regardait avec défiance les dix petits pois qui se battaient en duel dans son assiette.

— Tu sais, ils vont pas te manger ! me moquais-je en gobant moi-même une grosse cuillerée de petits poids.

— Gnagnagna !

— La prochaine fois, on fera des choux de Bruxelles, proposa alors mamy Ressa à mon attention.

Aussitôt une grimace traversa mon visage et je manquais de m’étouffer avec mes petits pois.

Merci mamy !

Voyant cela, Elias ne put bien sûr pas s’empêcher de ricaner :

— Alors comme ça, on aime pas les choud Brusel ?

— Certainement pas avec cette prononciation ! C’est Choux-de-Bru-xel, répliquai-je en appuyant toutes les syllabes du dernier mot.

— C’est ce que j’ai dit ! rétorqua le garçon qui ne devait jamais avoir entendu parler de ce légume.

Haussant les épaules, il recommença très vite à touiller paresseusement avec sa fourchette les petits pois de son assiette. Personnellement, cet échange m’avait sans que je sache pourquoi un peu agacée.

Aussi, voulant en finir au plus vite avec ce repas, je terminais très rapidement ce qui me restait à manger.

— On a fini, on peut y aller ? demanda Aïdan à la seconde où j’eus englouti mon morceau de pain.

— Bien sûr ! lui répondit tante Elise.

Aussitôt, Mathéo sauta de sa place et plus calme, je me levais tranquillement de la mienne.

Nous étions presque arrivés à la sortie quand une petite voix se fit entendre :

— Nous aussi, on peut sortir ?

La question venait de Justine.

— Perso, je compte pas finir mes petits pois, appuya Elias.

— Vous savez que vous n’aurez pas de dessert si vous faites ça ? les prévint Arown, pas franchement satisfait par le ton de son neveu.

— Les pâtisseries bizarres de Sanmaga ? répliqua ce dernier, Non merci !

— Alors oui, si ça ne dérange pas nos hôtes, indiqua son oncle en regardant avec un léger embarra les assiettes encore garnies des deux enfants.

Hochant la tête et souriant, mamy’riam affirma que ce n’était pas du tout dérangeant.

Tournant la tête, je pus voir que la terreur se lisait à présent sur le visage d’Aïdan : jamais, il n’aurait pu penser que son plan si bien ficelé serait ruiné par la présence des invités. Sa déception était palpable et si une part de moi-même se moquer intérieurement de sa trop grande confiance en lui, une autre avait vraiment de la peine pour lui. Je ne devais pas être la seule dans ce cas, car d’un soupir, délaissant ses derniers petits pois et disant certainement adieu à son dessert, Sarah se leva pour annoncer :

— Bon j’ai aussi fini de manger, je sors. (Elle se tourna ensuite vers nous.) Vous venez, on va faire un cache-cache !

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez