5- Les potes

Notes de l’auteur : Coucou, un chapitre du point de vu de Léonys et deux nouveaux personnages que vous verrez de temps en temps.

Héléna ne semble pas avoir compris qu’elle ne m’intéresse pas. Elle continue à me poursuivre et à me proposer des sorties avec ses potes. Comme si me rendre à la bibliothèque le plus clair de mon temps signifiait : « je me fais chier ! Propose-moi un truc… ». Est-ce que je n’ai pas été suffisamment claire avec elle ? Trop subtil ?

Lorsqu’elle m’a demandé de sortir avec elle, je me souviens avoir utilisé des mots simples et concis : « je ne veux pas de relations amoureuses, ni avec toi, ni avec une autre. ». Même Marc, mon pote, avait compris instantanément. Il avait même trouvé que j’étais allé trop fort, et ce n’est pas le gars le plus fin du monde. Dans le genre buffle maladroit, on ne peut pas faire mieux. Lâchera-t-elle l’affaire avant que ma sympathie disparaisse ?

Je la quitte dans le hall de la bibliothèque, légèrement renfrogné. Ça me gave les filles qui font du forcing, alors que je me tus à les repousser.

Héléna à beau être belle, attirante et bonne camarade, elle croit qu’elle peut tout avoir. Je ne lui céderais rien. Pas même un poil de cul ! Ça commence à bien faire !  

Y a dès fois où je voudrais un visage passe-partout. Un physique banal. C’est navrant tous ces regards braqués sur moi. Tous ces sourires niaient ou ces murmures : « Wahoo ! Il est canon. ».

Canon ? Juste ça ?

Je pourrais être un gros connard que personne ne le remarquerait, trop en extase devant ma « gueule d’ange ». C’est à vomir. Je t’en foutrais de la gueule angélique. S’ils savaient que tous les treize du mois, je me changeais en piaf, pas sûr que je ferais le même effet… Quoi que ? Je trouverais bien une « Bella » pour m’aimer.

Je secoue la tête, puis m’attarde sur le visage d’Ingrid l’hôtesse d’accueil. Plus conne, tu meurs. Pourquoi elle grimace comme ça ? J’essaie de voir la tête du type devant elle. Il doit avoir une sale trombine pour qu’elle réagisse comme ça. Comment est-ce possible de mettre une femme pareille à l’accueil ? Elle pourrait faire un effort pour contrôler ses expressions. Désolant !

Je me penche en avant pour voir le gars, mais il se tourne vers un des responsables. Sanael, si je ne dis pas de conneries.

Une tape dans mon dos me sort de ma contemplation. Je lâche un feulement que j’étouffe aussitôt.

- Alors, beau gosse, on se fait encore draguer ?

La voix fluette de Cathy, la copine de Marc, s’annonce, pareille à la douleur qui enflamme mon pauvre dos.

- Comment un microbe d’un mètre cinquante peut avoir la force d’un chacal, grommelé-je, avec un faux air sévère.

- Tu m’insultes ?

- Entre autres.

- Petit con.

- Petit ? LOL !

- Parce que tu es mon pote, c’est plus amical…

- Amical, hein ?

Je ne peux m’empêcher de sourire. Cette fille est magique. Toujours une remarque pour faire rire.  

- Tu comptes répéter tout ce que je dis. Beau, mais parfois je me demande si tu n’es pas plusieurs à coloniser ce corps d’Apollon.

Elle agite ses mains devant moi pour amener le geste à la parole.

- Je peux te retourner le compliment.

- Ne le retourne pas, c’en n’est pas un.

Son rire strident embarque le mien, plus grave, suivi de celui de Marc à deux pas derrière nous.

- Ma co'pine est une comique, se marre-t-il.

En se disant, il enroule son bras autour des frêles épaules de Cathy. Je souris. Ces deux-là sont uniques en leur genre. Toujours à déconner.

- Elle voulait quoi la Héléna ? me charrie Marc.

- Je te laisse deviner.

- Son corps… murmure Cathy, en mimant un secret.

Les deux se mettent à glousser comme des dindons les jours de fêtes. Il n’y a rien de mieux pour égailler ma vie et mes idées sombres !

Le pas en avant, je hausse les épaules et accède aux escaliers. Les tourtereaux me suivent, alors que leur discussion se révèle plus sérieuse. Un devoir à rendre à temps devient leur préoccupation première. Une zone floue qu’ils n’arrivent pas à éclairer les rend chafouins, comme dirait papy. Me demander de l’aide ne servirait à rien, j’ai deux ans de retard sur eux. Je suis en première année d’une licence en lettre, ils sont en dernière année.

Je les laisse à leur « problème » et me dirige à l’étage « enfants ». J’ai besoin de relire mes classiques : contes de Grimm, Perrault, Andersen… Et j’en passe.

Je me poste face aux étagères, suivis de mes acolytes, désormais sur leur portable en pleine recherche… Sur quoi ? M’en fou ! Je m’attarde sur quelques couvertures sombres ou colorées. Une lecture comparée d’un conte et d’un livre populaire de mon choix, nous a été demandée par notre prof. Je n’ai encore ni l’un ni l’autre en tête, alors je sors les feuilles qu’elle nous a filées ( si le manque d’inspiration irradie notre crâne) et je liste. Crayon en main, je souligne ceux qui me font de l’œil, puis je m’attarde sur le nom de Frankenstein. Aussitôt, je repense à la veille. À Gauthier… j’abandonne l’envie de trouver un livre ou un conte pour aujourd’hui, j’embarque deux recueils, je verrais plus tard. La disserte est à rendre dans trois mois. Y a le temps !

De toute façon, j’ai Gauthier dans le crâne… Travailler ? Ça ne me tente pas pour le moment.  

Je meurs d’envie de le revoir, de l’écouter encore parler de lui, de sa vie et de ses soucis. Je songe à trouver une solution pour le croiser. Dois-je attendre le treize du mois prochain ou me transformer de moi-même, accentuant le risque de me métamorphoser pour toujours ? Est-ce qu’il en vaut la peine ? J’ai un doute. Cependant, ça fait combien de temps qu’un inconnu m’intéresse autant ?

Il faut que je le voie, mais je ne me sens pas le courage de sonner chez lui pour tenter une approche. Puis même si, je deviens son pote, je vais devoir attendre deux-cents-mille lunes pour qu’il me parle de lui. Combien même nous nous entendrions bien, ce n’est pas dit qu’il ouvre son cœur. Il n’a pas l’air du genre à se confier facilement.

Assise sur une chaise autour de la table, je bascule la tête en arrière. Mon poids m’emporte, un peu plus et je finis par terre. Je me rattrape sous les yeux rieurs de mes potes. Cathy a le bras tendu vers moi. Réflexe irréfléchi qui ne sert strictement à rien à dix bornes de la personne.

- Tu fabrique quoi mec ? Tu tiens plus en équilibre ? me raille Marc.

- C’est à croire.

Je ne me cherche pas d’excuse, ouvre l’un des deux recueils que j’ai empruntés et attaque la lecture. Au bout de trois minutes, je me sens saoulé, sans parvenir à savoir pour quoi ?

Finalement, je me redresse et zigzague entre les étagères de l’étage dédié aux romans. Mon intérêt cour sur la cote des ouvrages. Je lis les titres, m’intrigue, extirpe les livres, inspecte les couvertures (première et quatrième) puis les repose. Rien ne m’inspire, rien ne m’attire, jusqu’à ce que je pose mon dévolu sur un texte illustré. Les images me happent, m’emportent dans des lieux sombres bordés de mystère. Les personnages sont saisissants, toujours entourés d’un fond bleuâtre enchanteur, mais pernicieux. J’aime l’étrange, le particulier, l’atypique… C’est indéniable.

Adossé à l’étagère, je repasse les images que j’ai détaillées une dizaine de fois, maintenant. Je remarque que les illustrations sont portées par le lexique de la nuit. Est-ce le soir que l’on rencontre le fantastique, l’étourdissant plaisir de rencontrer des personnes émouvantes et spéciales ? Pourquoi pas en pleine journée, sous les rayons d’un soleil brûlant ?

- … Qu’est-ce que je me raconte ? marmonne-je en pensant être seul.

- Tu te causes tout seul, maintenant ? me surpris Marc.

J’ai un mouvement de recul ou plutôt le même geste qu’un disque qui aurait sauté dans un lecteur.

- Parfois, réponds-je en lui lançant une œillade.

Je souris. Il m’imite en secouant la tête.

- Faut vraiment que tu penses à voir un peu de monde. Ce n’est pas bon de rester solo !

- Pas envie…

- Nysi, pas tout le monde est pareil. Y a des gens qui s’en foute de ton visage.

- Tu en connais ? Présente-moi, alors !

Marc dirige son index vers son visage.

- Y a moi pour commencer… Cathy en second…

Il soupire, s’avance jusqu’à moi. Ses bras s’appuient sur l’étagère, se plaçant de part et d’autre de mon corps. Son visage est à quelques centimètres du mien. Il me regarde avec son rir faussement curieux ; les yeux étrécis en mode « tu me caches un truc, toi ». Sa proximité ne m’ennuie plus depuis longtemps. Depuis qu’il m’a demandé de l’embrasser quand nous étions au lycée. Drôle d’histoire, quand j’y pense. Il s’était pris la tête avec un mec sur l’homosexualité, et pendant des jours, il avait médité sur leur dispute, jusqu’à venir me chercher et me proposer qu’on s’embrasse. Grand moment de doute, quand ton meilleur ami te demande ce genre de faveur. Un peu hésitant, j’ai fini par accepter. Ça ne pouvait pas être différent qu’avec une fille. Puis, je n’ai jamais eu de problème avec ça…  Il n’empêche que ça reste bizarre de rouler un patin à son pote. Enfin…

- C’est quoi en fait ton problème ? continu-t-il.

Ses yeux marrons plongent dans les miens. Il attend une réponse sincère. On dirait que je l’inquiète. Pourquoi se fait-il toujours du souci pour moi ? Suis-je a ce point refermé sur moi-même ?

- Je n’arrive plus à savoir quand on s’intéresse à moi (je pointe mon cœur.) ou à moi (j’agite ma main en présentant mon visage, comme si j’allais laver une vitre.).

- Ta belle gueule te dérange à ce point-là ?

-  Tu ne t’imagine pas.

           Marc baisse la tête, il réfléchit une seconde à mon aveu, puis la relève.

- C’est à cause d’elle ? De Stella.

- Pas seulement. Quand je regarde toutes les relations que j’ai eues, je remarque combien elles étaient fades. Et quand je pensai qu’y avait une alchimie, je me prenais une claque dans le museau. Tu sais quand tu entends une fille se vanter que son mec est le plus beau de tous, qu’il pourrait être acteur, mannequin et j’en passe, tu comprends que tu n’es rien de plus qu’un trophée qu’on agite. Je suis bien certain que la moitié de mes conquêtes ne se doutent pas, une seconde, que je peux me mettre à chialer comme une madeleine devant un film qui n’est pas si triste que ça.

- Ma grande madeleine, se moque-t-il. Si tu chialais que pour ça !

- Ya ! Vilain.

Son rire claque dans le rayon, décidant Cathy a nous surprendre.

-Ça va ? Je ne vous gêne pas ? Je vous apporte un préservatif, un peu de lub* ?

Les bras croisés, elle nous regarde incrédule, la tête posée sur une rangée de livres.

- Oh ! Tout de suite les grands mots ! Pourquoi m’a copine dit des trucs comme ça se marre Marc.

- Parce que c’est une fan de Boy’s Love ?

- Ça doit être ça !

On se met à rire comme des andouilles. Mon pote se recule et me libère.

- J’ai trouvé ce que je cherchais, si on n’a plus rien à faire ici, ça vous dit un cinéma ? lance Cathy, le sourire aux lèvres.

Aucune jalousie ne traverse ses grands yeux turquoise. Elle ne l’est pas. Elle ne le sera jamais, selon Marc. Je le crois, parce que c’est elle qui l’avait prévenu dès lors où ils avaient commencé à sortir ensemble : « je ne suis pas du genre jalouse, mais j’aime qu’on me dise les choses. ».

Ils fécondaient un amour plus beau, moins stressant. Un « je t’aime » avec du « vie ta vie et je vivrais la mienne », saupoudré de « ne nous étouffons pas. ». Un amour qui me paraît de plus en plus beau à chaque fois que je pose mon regard sur eux.

- Un ciné ? Ouai, ça me va…. dis-je, en reposant le livre illustré.

- Let’s go ! murmure Marc, alors qu’Anabelle, l’une des bibliothécaires nous regarde.

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_HP_
Posté le 09/05/2020
Salut !!

J'ADORE CES PERSOS !! Je les aime !! xD Je veux une relation et des amis comme ça sérieux ! Léonys a réellement de la chance de les avoir ^^
C'est dommage qu'il ait pas reconnu Gauthier :'( J'ai hâte de voir comment ils vont se rapprocher (je suppose, à la bibliothèque, puisque Gauthier y travaille et Léonys y passe beaucoup de temps... ^^)
C'est intéressant, cette facette de la métamorphose que tu nous apprends là 🤔 ^^
Et j'aime beaucoup la façon dont tu décris la lassitude de Léonys d'être 'trop beau', c'est super intéressant ^^ On a un vrai tandem, le "trop moche, trop bizarre" et le "trop beau" ! (foutue société... :/)
J'aime vraiment beaucoup en tout cas !!

• "Est-ce que je n’ai pas été suffisamment claire avec elle" → clair
• "je ne veux pas de relations amoureuses" → on dit 'une relation amoureuse', donc 'je ne veux pas de relation amoureuse' au singulier ^^ (d'ailleurs il faudrait une majuscule au début, 'Je ne veux pas' ^^)
• "Ça me gave les filles qui font du forcing, alors que je me tus à les repousser" → tue
• "Héléna à beau être belle, attirante et bonne camarade" → a beau
• "Y a dès fois où je voudrais un visage passe-partout" → des
• "C’est navrant tous ces regards braqués sur moi. Tous ces sourires niaient" → niais / je pense que 'navrant' n'est pas le terme qui convient... Je pense que 'agaçant', 'énervant', etc, conviendrait mieux à ce que tu as voulu dire ^^
• "Comment un microbe d’un mètre cinquante peut avoir la force d’un chacal" → il faut un point d'interrogation à la fin ^^
• "Ne le retourne pas, c’en n’est pas un" → "ça n'en est pas un", "ce n'en est pas un" ou "c'en est pas un" en version un peu plus familière :p
• "Ma co'pine est une comique, se marre-t-il" → je ne comprends pas pourquoi il y a une apostrophe en plein milieu de 'copine' ^^
• "En se disant, il enroule son bras autour des frêles épaules" → j'aurais dit "en disant cela"
• "Sur quoi ? M’en fou !" → fous
• "Combien même nous nous entendrions bien" → Quand bien même (répétition de 'bien' ^^)
• "Mon intérêt cour sur la cote des ouvrages" → court
• "Y a des gens qui s’en foute de ton visage" → foutent
• "Il me regarde avec son rir faussement curieux" → "son air", je pense ^^
• "C’est quoi en fait ton problème ? continu-t-il" → continue
• "Suis-je a ce point refermé sur moi-même ?" → à ce point
• "Tu ne t’imagine pas" → imagines
• "Et quand je pensai qu’y avait une alchimie" → pensais
• "Pourquoi m’a copine dit des trucs comme ça se marre Marc" → ma copine / virgule avant 'se marre'
• "Aucune jalousie ne traverse ses grands yeux turquoise" → turquoises
• "parce que c’est elle qui l’avait prévenu dès lors où ils avaient commencé" → j'aurais dit "dès lors qu'ils ont commencé à sortir ensemble" ^^
• "Un ciné ? Ouai, ça me va" → ouais
NM Lysias
Posté le 09/05/2020
J'espère que tu continueras d'aimer....
J'aime les persos aussi. Il me font penser à des personnes que je connais ou que je pourrais connaître. C'était amusant de les créer.

Merci d'avoir pris le temps de me corriger. Vraiment ^^
UnePasseMiroir
Posté le 05/05/2020
Coucou ! Je suis tout de suite tombée sous le charme de ces deux nouveaux personnages, ils sont géniaux ensemble ! Marc ça doit être mon âme soeur cosmique, je m'identifie trop à lui ! XD
Léonys a de la chance de les avoir ^^ c'est vrai qu'on y pense pas, mais être considéré comme "trop beau" peut être une souffrance aussi bien qu'être considéré comme "trop moche". J'aime bien la façon dont tu l'amènes et tu le traite. Par contre j'ai été hyper frustrée qu'il ai pas reconnu le nouvel employé de la bibli T_T j'espère qu'il y reviendra assez vite pour tomber sur Gauthier.
Alors comme ça s'il "force" sa métamorphose il risque de rester coinçé sous forme d'oiseau ? j'ai hâte d'en savoir plus là-dessus !

Après, juste un petit détail, je pense que tu devrais bien relire ton texte, il y a quelques fautes et coquilles diverses qui traînent... est-ce que ça t'aidera si on les relève ? je demande parce que je sais que certains auteurs n'aiment pas.

Bref ton histoire est toujours aussi intéressante, et bien écrite ! Ta plume est vraiment très agréable à suivre. Bisooous !
NM Lysias
Posté le 05/05/2020
Coucou...
J'adore les annotations, s'il y a des fautes, n'importent lesquelles, surtout n'hésitent pas. Sur scribay se serait plus simple de les relever, mais voici.
Je ne crains vraiment pas qu'on me corrige bien au contraire. Je t'en remercie d'avance.

J'aime beaucoup Marc, aussi.
Merci de ton retour !!!^^
UnePasseMiroir
Posté le 05/05/2020
Oui j'ai brièvement été sur scribay et c'est vrai que c'est plus pratique à ce niveau-là.
Alors à l'avenir si je vois des choses à corriger je les relèverai ;)
NM Lysias
Posté le 05/05/2020
Eh bien laisse moi t'en remercier. Rares sont les personnes qui prennent le temps de la faire. Et moi, tu vas vite comprendre, que même avec toute la volonté du monde, il en restera toujours.
Si tu as des conseils avec, je prends. ^^
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