5. La forteresse

Par Visaen

À notre départ de la taverne, le ciel se scindait d’une traînée violacée qui annonçait la venue prochaine de l’aube. Je tenais des deux mains les bouts de mon châle sur ma poitrine tandis que nous approchions du fiacre. Je n'avais pas froid malgré la fraîcheur de la nuit. Je n'avais pas chaud non plus. J'étais engourdie, à tel point que je me contentais de suivre mon escorte jusqu’au fiacre, et que j’obtempérais sans mot dire lorsque Longs cheveux déposa ma mallette dans le fiacre et m’exhorta à y entrer.

Presser les embouts de mon châle du bout des doigts m’aidait à canaliser mes émotions. Quelles émotions ? Je l’ignorais, mais j’avais besoin de trouver des repères, me retrouver, m’asseoir et prendre le temps de reforger ce masque impassible que j’avais le devoir de porter. Entrer dans le fiacre m’offrit cette opportunité. L’habitacle devint une carapace de substitution, une protection face à cette sensation étrange qui s’était emparée de moi. Je m’assis sur la banquette et attendis en silence. Il me fallait réfléchir, mettre de l’ordre dans mes pensées. Mon esprit ne s’était pas tout à fait remis des événements de la soirée. Étonnamment, le plus troublant ne fut pas l’attaque de loup-garou, mais l’étrange comportement de ce soldat. Son geste contrastait avec tout ce qu’il avait pu faire jusqu’à présent.

Je recouvris ma main de ma paume gauche. La sensation de son contact me brûlait encore et j'avais l’impression que son regard continuait de me transpercer. Il m’avait fixée longuement, puis, contre toute attente, s’était relevé et avait déclaré notre départ imminent.

 

Comme invoqué par mes pensées, il entra dans le fiacre. Je me renfonçai au fond de la cabine tandis qu’il s’asseyait face à moi.

— Ce n’est pas votre Chef qui monte ? 

— Visiblement, c’est moi.

J’avais parlé d’une voix calme. Du moins, je m’étais efforcée de taire la panique que j’avais ressentie en le voyant s’asseoir face à moi. Mes mains délaissèrent mon châle pour s’agripper l’une à l’autre. Je me tus, ni prête ni encline à me confronter à son hostilité.

— À moins de vous déranger… Princesse ? 

Ma stupéfaction face à cette sollicitude inattendue me fit croiser son regard, affable et quelque peu amusé. Une fossette que je ne lui connaissais pas creusait sa joue. La tension dans mes mains se relâcha.

— Non, répondis-je, hébétée.

— J’ai pensé, reprit-il sans se départir de son calme, à voir la façon dont vous entortillez vos mains, que vous aviez peur de moi.

— Peur de vous ? répétais-je au tac au tac. Non.

J’avais répondu sans réfléchir, sans y croire moi-même, pour me préserver d’une énième altercation où je finirais blessée. J’avais reconnu sa répartie meilleure que la mienne, et même s’il semblait différent, je ne voulais plus avoir affaire à lui.

Il afficha un large sourire. Ses yeux se firent plus sombres.

— À moins que vous n’ayez peur que du grand méchant loup, railla-t-il.

Je ne pus soutenir son regard et détournai les yeux vers la fenêtre. Comme je le pensais, il continuait à se moquer de moi.

— Sans vouloir vous offenser, vous me paraissez le moins fiable de l’escorte, dû à votre certaine jeunesse. 

Je voyais à peine la bordure de pins qui défilait le long de la route, occupée à reconstruire sur mon visage le masque d’indifférence que j’avais fait tomber à l'auberge.

— Mais j’ai une expérience certaine, se défendit-il posément. Je l’ignorais, feignis d’être soudain captivée par la pinède en bordure de route. Vous ne me demandez pas quel âge j’ai ?

— Pourquoi faire ? répliquai-je sans me détacher de la fenêtre. Vous avez ordre de ne pas échanger avec moi plus que nécessaire et je n’ai que faire de l’âge d’une personne dont j’ignore le nom.

— Vous avez raison. Je m’appelle… Rhyss.

Je le dévisageais, soupçonneuse. Il avait hésité.

— C’est votre vrai prénom ?

— Tout à fait, Princesse.

Je grinçai des dents. Sa soudaine politesse m’agaçait, entendre mon titre d’autant plus. Mais peut-être était-ce ce qu’il voulait, après tout.

— Qu’y a-t-il ?

J’éludai sa question. Il avait été assez observateur pour voir ma crispation mais je ne voulais pas me confier à lui.

Il s’enfonça dans le dossier, bras croisés.

— Si je ne me trompe pas, à votre retour, vous serez Reine.

Je crus lire de la compassion dans ses yeux noirs. Je n’eus pas le temps de m’étonner à nouveau de son changement d’attitude que le fiacre gagna en vitesse, faisant trembler la voiture. D’instinct, je m’aggripai à la banquette. L’expression de Rhyss, fermée et aux aguets, ne fut pas pour me rassurer.

 

Un cri de contestation retentit et les hennissements stridents des chevaux suivirent. Le fiacre s’interrompit brutalement dans sa course. Rhyss me réceptionna d’un mouvement de bras quand, sous l’effet du choc, je fus propulsée sur la banquette avant. Il arracha son épée de son fourreau et un couteau d’un étui à sa ceinture. 

— Ne bougez pas. Compris ?

Il ne me laissa pas le temps de répondre et sortit du fiacre. Mon imagination prit le dessus, alimentée par la cacophonie extérieure. Je l’imaginais se mêler à une cohue sanglante. Les armes s’entrechoquaient, des cris rauques se mêlaient à des plaintes gutturales. Tétanisée dans le fiacre, j’assistai malgré moi à une bataille de sons dont j’ignorais les adversaires.

Puis, des grognements me pétrifièrent. De ceux que j’attribuais à des bêtes rageuses. Mon imagination m’apporta des visions d’horreur : des loups-garous, crocs aiguisés et gueules béantes, des corps meurtris à coups de griffes.

 Je me frictionnai les bras de nervosité, puis attrapai un coussin derrière lequel je me réfugiais comme un bouclier quand des voix se rapprochèrent du fiacre. La portière s’ouvrit dans un courant d’air et je bondis de peur. Rhyss passa la tête et m’offrit sa main.

— C’est terminé. Venez.

Son regard se posa sur le coussin et me jaugea. Dans le silence de l'après-bataille, le revoir vivant dissipa ma torpeur et à la peur, succéda la honte. Je lâchais le coussin qui retomba mollement sur la banquette et me redressai l’air de rien. Puis, j’attrapai ma mallette et sortis du fiacre en ignorant sa main tendue.

 

Je me trouvais sur une route de campagne face à la clôture d’un pré immense. L’aube éclatait dans une aquarelle de rose et d’orange au cœur du ciel obscur, telle l’antre d’un royaume inaccessible aux hommes.

— Par ici, m'indiqua Rhyss qui me guida vers un groupe d’hommes à cheval. Tous des soldats, dont les plastrons arboraient les armoiries rouge et argent du duché d’Adrajon. Malgré l’obscurité qui dissimulait leurs visages, aucun ne m’était familier. Hormi Rhyss, les membres de l’escorte manquaient à l’appel.

— Où sont les autres ?

Ma question demeura sans réponse. Un cavalier à terre, la bride de son cheval armuré à la main, ôta son casque et s'avança vers moi.

— Je suis le lieutenant Vaziel au service du Duc Sax. Permettez-moi de vous mener jusqu'à lui.

Il m’aida à grimper à cheval et monta à ma suite. J’avais accepté à mi-voix. Je ne saisissais pas ce qu'il se passait. Pourquoi mon escorte venait de s'élargir soudainement ?

Un croissant de soleil apparaissait à l’horizon, et lorsque je me permis un regard en arrière, aveuglée par ses premiers rayons, j’aperçus le fiacre catastrophé, ses bêtes de trait meurtries sur le sol et Rhyss, occupé à nettoyer ses armes. Le relief d’une tache pourpre étincelait sur son plastron. 

Du sang.

— Où sont…

— Mieux vaut éviter de regarder par là, me conseilla mon cavalier en éperonnant son destrier.

Je suivis son conseil. J'étais trop fatiguée pour réfléchir et n'aspirais qu'au repos. Je me tournai vers le ciel et m’adonnai à la contemplation de ses nuages chamarrés. Très vite émergea la vision des dépouilles des soldats tombés au combat. Mon cavalier dût sentir ma confusion car il me posa une question que je ne compris pas. Toutefois j'en devinai le sens et répondis d'un mouvement de tête que tout allait bien. 

C’était un mensonge. Mais à quoi bon lui avouer mon mal ? Cet inconnu ne pouvait rien pour moi. 

Je me refusais au mensonge depuis mon sacrement de prêtresse, car mes actes et mes paroles devaient être empreints de vérité, mais mon statut princier m’interdisait de dévoiler mes faiblesses et je m’étais assez révélée depuis mon départ du palais royal.

J'avais cru à tort qu'en quittant le palais, ma vie serait plus douce. À croire que mes déboires royaux m'empêchaient de voir ceux du Royaume, car j'étais certes épuisée, je vivais toujours. Que dire des victimes de l'auberge et des soldats morts pour me protéger ? Ils n'avaient pas eu la chance d'avoir une escorte de soldats aguerris.

Le vent fouettait mon visage et l’astre solaire me gorgeait de sa chaleur. Je fermai les yeux et me laissais porter au rythme du cheval. Lorsque je les rouvris, nous entrions dans l’enceinte d’une forteresse aux étendards carmin. Le drapeau national y flottait : scindé de rouge et d’argent, il renfermait les sept pétales d’une crakeryte, la fleur la plus rare du Royaume.

Deux rangées de fantassins nous attendaient sur le parvis. Au centre, je reconnus leur Général au drapé rouge coulé sur ses épaules, qui détonnait parmi le gris de l’armure réglementaire des autres soldats. Il était le seul à s'être défait de son casque, et son visage ressemblait en tout point à l'idée que je me faisais d'un roi sage. Aucun barbier n'avait touché ses cheveux et sa barbe depuis plusieurs mois, et sa pilosité blonde contourait son visage marqué par le temps. Ses rides, symbole de maturité, lui octroyaient une autorité due à l'expérience sans trop durcir son expression. Au contraire, les ridules aux extrémités de ses petits yeux marron ajoutaient une bonhomie à ses traits. Pourtant, ce fut d’une voix ferme aux accents autoritaires qui convenaient à son statut qu’il s’exprima lorsque je mis pied à terre.

— Bienvenue au Bastion d’Adrajon, Votre Altesse. Nous n'avons pas encore eu l'occasion de nous rencontrer et je regrette que ce soit en de pareilles circonstances. Je suis le Duc Ardun Sax. 

Il se courba en une révérence. J'en fis de même.

— J’en suis honorée, Seigneur Sax.

Il s’adressa brièvement au Lieutenant Vaziel qui lui fit son rapport succinct et revint vers moi. 

— Entrons au chaud. Ce sera mieux pour discuter, me suggéra le Duc. Il s'apprêtait à partir qu'il se tourna vers Rhyss et le dévisagea.

— Nom et garnison ?

— Soldat Rhyss Lause, huitième garnison.

— Suis-nous.

Le Duc nous guida à travers la cour. Du haut des tourelles de la forteresse, les drapeaux du Royaume frémissaient, tiraillés par la bise hurlante. Des soldats allaient et venaient par centaines dans la nuée de poussière soulevée par l'agitation. Réfugiée derrière mon châle, je vérifiais par-dessus mon épaule que Rhyss nous suivait. De toute évidence, il connaissait le chemin car il marchait sans nous prêter attention. Ce n'était pas mon cas. J’ignorais tout de la route que nous empruntions et j'avais peur. Peur des dangers qui m'avaient frôlée et de ce qui m'attendait. 

 

 La longue cape rouge du Duc survolait les escaliers rocheux de la forteresse. Il nous fit franchir une volée de virages et bifurqua dans une vaste salle de réunion. Les vapeurs chaudes du feu flamboyant dans l'âtre me prirent de cours et tout mon corps fut secoué de frissons. Je bâillai d’aise.

Ma langueur ne dura pas. Mon instinct de survie s'affuta à la vue de la gueule béante d'un ours. Exposé à l'entrée, il était le premier trophée de chasse d'une longue série. La fourrure d'un monstre qui de son vivant, avait dû être large et duveteux, tapissait le sol, et sur le mur, en surplomb d’une grande table ovale en bois, m’épiait la tête cornue d'un minotaure parmi celles de nombreuses autres créatures. Des absyans.

Le Duc nous convia à nous asseoir dans un coin de discussion, et au choix du lieu, je sus que ce n'était pas pour se reposer. Je m’assis sur le fauteuil et frottais mes doigts gourds contre le cuir rugueux en attendant que le Duc prenne la parole. Celui-ci se caressait le menton. Il semblait mal à l’aise.

— En toute honnêteté, Princesse Grinden, j’ignorais hier encore tout de votre venue. Je ne l’ai appris que lors de l’accident. Puis-je connaître le motif de votre visite ?

Il attendit ma réponse. J’étais tant déconcertée que rien ne me venait à l’esprit.

— Duc Sax, l’interpella Rhyss. Le Grand Prêtre Rigliot nous a requis comme messagers auprès du lieutenant Vaziel pour porter un message au palais royal. Nous ne nous attendions pas à ce que le Roi décide de faire venir la Princesse au duché.

Voilà qui expliquait mon départ soudain du palais. Cela n’avait été qu’à la seule décision de Gidéon. Ce n’était pas étonnant, mais terriblement gênant face au Duc. Est-ce que le Grand Prêtre ignorait mon arrivée lui aussi ?

— Je me souviens en effet avoir autorisé le détachement de troupes pour faire route jusqu’à la capitale. J’ai même été surpris que le Grand prêtre se déplace lui-même pour m'en faire la demande, se rappela le Duc avant de revenir vers moi. Et donc, puis-je connaître le motif de votre venue ?

— Le Grand Prêtre souhaite échanger avec moi sur le mythe du royaume et son avenir.

— Espérons que cette rencontre améliore la situation du royaume, répondit-il sans conviction et sans enthousiasme non plus.

Il avait le timbre d’un homme qui ne croyait pas aux promesses et évaluait les actions par leurs résultats. Nos humeurs étaient similaires. Je peinais à croire que le but de ce voyage concernait le salut de Khalys. Comme le Duc, j’attendais de voir le fruit de ma rencontre avec le Grand prêtre.

Deux servantes vinrent, chacune portant un plateau, et nous servirent une boisson chaude dans des écuelles en étain.

— Je suis étonné que le Roi-guerrier vous fasse escorter par trois messagers, reprit le Duc. À ma connaissance, le palais ne manque pas de troupes armées. Si je peux me permettre, c’est inconscient. C’est un miracle que vous soyez en vie.

J’acceptai le récipient et appréciais la chaleur du métal contre mes doigts. Que pouvais-je répondre alors que j’étais tout aussi interloquée que lui ? J’avais certes eu peur durant le trajet, mais je prenais seulement conscience de la chance que j’avais d’être encore en vie. Les trois soldats que j’imaginais être des vétérans n’étaient que des messagers. Cette inconscience, ce caprice de Gidéon avait causé la mort de deux d’entre eux et j'y avais échappé de peu. Je devais ma survie à Rhyss.

— Soldat Lause, faîtes votre rapport, le somma le Duc qui, à en voir les plis prononcés sur son front, ne parvenait pas à comprendre le fond de cette affaire.

— Le fiacre a été sabordé par une vingtaine de révolutionnaires. Ils en avaient après la princesse.

On ne pouvait faire plus court. Les yeux pensifs du Duc se posèrent sur Rhyss.

— J’ignorais avoir un aussi bon élément parmi mes troupes. Un homme capable de survivre face à une vingtaine d’autres.

Il n’y avait aucune félicité ni moquerie dans les propos du Duc, qui s’ensuivirent d’un temps de silence, brisé finalement par Rhyss.

— Des absyans se sont mêlés au combat. Des traqueurs abyssaux plus précisément. Ils sont partis à l'arrivée de vos troupes.

Je relevais la tête de ma boisson à la mention de traqueurs abyssaux. J’avais imaginé une poursuite de loup-garous sans trop y croire, pensant que la peur me faisait divaguer. Mais ma crainte avait été avérée, des créatures abyssales nous avaient bien attaqués.

— Intéressant, commenta le Duc en reposant sa coupe. La question est de savoir qui ils traquaient. De toute évidence, leur cible est décédée.

— Je ne pense pas qu’ils traquaient une cible. Cela impliquerait qu'ils aient été invoqués par un tiers. Je pense plutôt que l'odeur du sang les a attiré et qu'ils sont partis une fois rassasiés.

— Ils ne vous ont pas attaqués vous ?

— Non.

— Donc vous et la Princesse devez votre survie à un groupe d’absyans. C'est bien ce que vous dîtes ?

Rhyss eut un large sourire.

— C'est en effet ce que j'ai dit. C'est fâcheux.

La situation prenait un virage désagréable. Le Duc tenait son épée sur son giron et en effleurait négligemment le manche en or incrusté d’un cristal luminescent.

— Maintenant, dites-moi pourquoi vous avez tardé à me révéler cette information ?

— Pour la même raison que vous nous avez apporté ces infusions de crakeryte.

— Mes soupçons sont légitimes, et votre dissimulation les renforce.

— Vous me suspectez d’avoir ordonné à ces traqueurs de protéger la princesse. Autrement dit, vous me suspectez d’être un absyan.

— C'est une possibilité. Tout comme il est possible qu’ils soient venus attaquer la princesse et que vous les ayez fait fuir. Vous êtes le premier humain que je croise à survivre à une attaque de traqueurs abyssaux.

Je crus à sa façon de regarder le Duc que Rhyss s’apprêtait à lui lancer une réflexion acérée, mais il hocha finalement la tête et leva son écuelle avec un geste à l'attention du Duc. Lorsqu’il la reposa, elle était vide, et puisque le Duc ne déridait pas, Rhyss se tourna vers moi. Avant qu’il n'ait dit quoique ce soit, j'avais attrapé la mienne pour la vider de son reste. Je me sentais idiote. Sensible au réconfort que l'infusion me procurait, je n'avais pas prêté attention au choix des ingrédients.

La crakeryte était la fleur nationale de Khalys. Létale pour les absyans, elle possédait des vertus de guérison miraculeuses pour les humains. Elles foisonnaient dans le jardin royal, mais se faisaient rares dans le reste du royaume. Alors pour que le Duc nous la fit servir, sa méfiance était réelle.

Rhyss prit ma défense.

— J'ai voyagé assez longtemps avec la princesse pour être certain de son innocence.

— Je ne me permettrais pas de remettre en question son Altesse, et encore moins en sa présence, dit le Duc Sax après avoir vu ma coupelle vide.

— Mais vous restez méfiant malgré ce test, affirma Rhyss.

— Il n'y a pas que les absyans qui menacent l'humanité. Vous en avez eu la preuve ce soir.

En effet, mes agresseurs de la soirée n’étaient pas des absyans. Même au sein du palais, l’être le plus hostile à mon encontre était humain.

— Qui étaient ces gens qui nous ont attaqués ? demandais-je au Duc.

— Des villageois affamés. La misère en a fait des bandits.

— Que désiraient-ils ? De l’or ? Je n'en ai même pas.

— C'est plus sérieux que cela. Ce sont des opposants à la couronne. Ils se font appeler les révolutionnaires.

Je tressaillai. Ces révolutionnaires m’avaient-ils repérée à l’auberge et suivie jusque la forteresse ? 

— Que faites-vous face à eux ?

— Rien, assuma le Duc sans en paraître désolé. Ils ne nous menacent pas directement. Toutes nos forces se consacrent à la défense contre les abysses. La vie en province n’est plus sûre. Voyager en fiacre est déjà un symbole de richesse. Ils ont dû vous remarquer à l’auberge et vous ont tendu une embuscade.

— Que puis-je faire ? Deux hommes sont morts à cause de moi.

— N’y pensez plus. Espérons seulement que votre rencontre avec le Grand prêtre portera ses fruits. Combien de temps allez-vous séjourner ici ?

— Le Roi exige mon retour dans cinq jours.

— Alors vous avez le temps de vous reposer avant de le visiter. En attendant, je vais vous organiser une escorte durant votre séjour.

— Seigneur Sax, intervint Rhyss. Je demande à être détaché seul à la protection de la Princesse.

— Je ne peux pas accepter cette requête, soldat, refusa aussitôt le Duc.

— Acceptez-la, je vous prie, insistai-je presque suppliante dans l'espoir que cette soirée s'achève. Il y a eu trop de morts, trop de doutes. Nous sommes tous fatigués.

Il considéra ma demande et céda sans enthousiasme.

— Entendu. Le Lieutenant Vaziel en sera informé, précisa-t-il malgré tout.

Il se leva.

— Si nous en avons fini, votre chambre est prête, altesse.

Une femme de chambre m’attendait derrière l’ours empaillé à l’entrée. Je saluai le Duc et la suivis aux travers de longs couloirs de pierres éclairés par les torches.

 

Arrivée à destination, je répudiais la femme de chambre, trop pressée de dormir pour requérir ses services. Rhyss me tendit ma malette. Je la réceptionnai, le gratifia ingratement d'un « Bonne nuit » en refermant la porte sans attendre sa réponse. La chambre était spacieuse. En sécurité entre ses murs en pierre, l’appel du sommeil se fit irrésistible. Je repérai le grand lit duveteux, m’étalai dessus et m’endormis.

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booksdamadeus
Posté le 06/07/2020
Re-coucou
Que de nouvelles questions après la lecture de ce chapitre : Qui est vraiment ce Rhyss ? A quel camp appartient-il ? Quelle est sa réelle mission ?
Et le duc, qui est-il lui aussi ? Comment se fait-il qu'il n'était pas au courant de l'arrivée de la princesse ? Qu'est-ce que Gidéon a derrière la tête en envoyant Salye si loin et presque sans défense ? Qui sont ces révolutionnaires et qu'est-ce qui s'est vraiment passé lors de l'attaque du fiacre ?
Enfin comme tu peux le voir, plein de choses se mettent en place tout en soulevant plein d'interrogations.
Au plaisir de lire la suite pour avoir quelques réponses ;)
Visaen
Posté le 12/07/2020
Promis quelques réponses viendront assez tôt ! et de nouvelles questions évidemment, Gidéon n'a pas fini de surprendre :D
MariKy
Posté le 05/07/2020
Bon, je suis déjà fan de Rhyss ! Il a l’air d’avoir un sacré caractère, et la tension entre Salye et lui… ça promet !
J’étais un peu dans le flou quant à la situation du royaume, aux abyssaux… la discussion avec le Duc permet de remettre un peu d’ordre et de comprendre que Salye est tout aussi ignorante que le lecteur. Tout est lié à ce fameux mythe… Vivement la rencontre avec le Prêtre, qu’on en apprenne plus !:)

Sur la forme :
Il m’avait fixé longuement, puis, contre toute attente, s’était relevé et avait déclaré notre départ imminent. = fixée
Je me rencoingnai au fond de la cabine => je me renfonçai ?
je m’étais efforcée de tarir la panique = de taire la panique
que j’avais ressenti en le voyant s’asseoir face à moi = ressentie
Si je ne me trompe pas. À votre retour, vous serez Reine. = le point est en trop : « si je ne me trompe pas, à votre retour, vous serez Reine »
Ses rides, symbole de maturité, lui octroyait une autorité dû = octroyaient une autorité due
il marchait sans prêter attention à nous = sans nous prêter attention
Elles foisonnaient dans le jardin royal, mais se faisait rare = se faisaient rares
Ces révolutionnaires m’avaient-il repérée à l’auberge et suivis = m’avaient-ilS / suiviE
Visaen
Posté le 06/07/2020
Moi aussi j'aime beaucoup Rhyss. J'ai beaucoup ri en écrivant ses dialogues. J'espère que le Grand prêtre ne te décevra pas. Au prochain chapitre !
Pandasama
Posté le 05/07/2020
C'est fou, quand j'imagine ton univers , je ne vois qu'un ciel nuageux, des forets sombre aux arbres nus et déformés et des petites chaumières posés ça et là, habité par des habitants qui prient chaque soir pour leurs survie. Bref, c'est un univers très sombre que tu as là !
Visaen
Posté le 06/07/2020
Merci Panda. Ton commentaire est rassurant parce que j'ai tout fait pour dés-édulcoré l'univers du roman. Le titre et les pouvoirs de l'héroïne pouvaient donné une image de toute puissance, je suis contente que tu visualises le décor de façon si sombre.
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