5 - Attendre

Par Seja

Charlie est tapie dans les buissons. Elle regarde les soldats approcher. Elle regarde les fusils.

Elle se plaque une main sur la bouche pour pas qu’ils entendent sa respiration.

Les soldats avancent toujours, pénètrent dans leur camp. Elle sent qu’on la tire par la manche. Sans faire de bruit, elle suit Lise. Elle ne sait pas où sont les autres. Elle sait juste qu’il faut de nouveau fuir pour ne pas se faire attraper.

Tout est toujours silencieux, les soldats ne font pas de bruit. Charlie les voit communiquer par gestes. Elle les voit fouiller chaque recoin des ruines qui leur ont servi d’abri.

Elle s’éloigne encore un peu, elle n’a jamais vu Lise aussi blême.

D’autres sont là aussi, Charlie en compte douze. Les autres ont dû se cacher dans d’autres recoins. Sans faire de bruit, ils s’éloignent. Ils doivent rester invisibles. Sinon, les soldats ne les lâcheront pas.

Charlie sent son coeur tambouriner fort-fort. Elle pensait que dans ce camp, ils pourraient passer plus de trois jours. On ne leur en a pas laissé l’occasion.

Soudain, Mathilde s’arrête, leur fait signe de ne pas bouger. Charlie se rapproche de Lise. Et puis, elle les voit. D’autres soldats. Partout. Ils ont encerclé le camp.

Ils lèvent les fusils, les pointent sur eux. Charlie n’arrive plus à bouger, la peur la paralyse. Elle revoit Pierre, son corps laissé sur le macadam. Elle revoit tous les autres qui ne sont jamais revenus. Elle sent aussi le bras de Lise autour de ses épaules, comme si elle essayait de la protéger.

Les soldats se rapprochent. Ils sont tellement plus nombreux qu’eux.

Et tout d’un coup, des coups de feu déchirent le silence. Ils viennent de plus loin. Charlie se raccroche à Lise, ferme les yeux, essaie de ne pas entendre.

C’est les autres, ceux qui sont partis de l’autre côté. C’est forcément eux.

Ces coups de feu ont été comme le signal. Les soldats les empoignent, Charlie sent qu’on l’arrache à Lise, qu’on lui passe les menottes.

—  Ne fais rien, entend-elle et lève un regard perdu vers Lise.

A ce moment précis, ça la frappe. Elle ressemble tellement à sa mère. Elles ont les mêmes yeux, la même expression. Elle ne l’avait jamais remarqué jusque là.

Elle voudrait dire quelque chose, mais elle se laisse juste trainer par les militaires.

Personne ne proteste, les coups de feu ont dû dissuader. On les balance dans un camion, trois soldats montent avec eux.

Charlie sent les larmes lui couler sur les joues. Elle a peur, tellement peur. Elle ne sait pas ce qu’ils vont leur faire.

Elle sent alors des mains sur les siennes. Menottées elles aussi.

Elle tourne le regard vers Tom. Il a l’air aussi perdu qu’elle. Mais ça la rassure de le savoir là, à côté. Elle hoche la tête, voit un faible sourire en retour.

Mais Lise n’est pas là, elle. Mathilde non plus. Ils ont dû les faire monter dans l’autre camion.

Ils se mettent en marche. Les cahots du chemin se font plus rares au bout d’un moment, puis disparaissent. Ils ont dû arriver à une vraie route. Charlie aurait bien voulu voir où ils vont. Mais les bâches ne laissent rien filtrer.

Elle ne s’est jamais trop intéressée aux cartes de Lise. Elle s’est toujours contentée de la suivre sans trop poser de questions. Elle le regrette maintenant. Elle voudrait bien savoir où ils se dirigent, quelle est la ville la plus proche. Non pas que ça ait une quelconque importance, mais elle aimerait bien le savoir.

Ca fait six mois qu’elle n’a pas mis les pieds dans une ville. Six mois depuis qu’ils ont embarqué ses parents et qu’elle a suivi Lise. Six mois depuis qu’elles vont de planque en planque. C’est long, six mois.

Certains de ceux qui les ont rejoint plus tard ont raconté ce qui se passait dans les villes. Ils ont raconté pour les grillages, pour les patrouilles, pour le couvre-feu. Ils ont raconté pour les arrestations, pour les exécutions, pour les déportations. Ils ont tout raconté et Charlie a eu du mal à le comprendre.

Mais malgré tout, elle garde cet espoir sans doute un peu stupide. Elle garde espoir de retrouver ses parents. S’ils sont toujours en vie.

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Sabi
Posté le 20/05/2020
On s'habitue à l'atmosphère créée par ton style d'écriture. L'histoire se poursuit, et on sent bien la dictature de ce monde.
On finit par s'accrocher aux personnages-victimes. Leur calvaire est perceptible, juste sous nos yeux.
C'est une bonne histoire. Reste à savoir comment tout ça va se développer...
Jupsy
Posté le 18/04/2020
Coucou,

Je l'avais lu, mais je l'ai relu parce que ça fait un petit moment maintenant. J'avais besoin d'une lecture optimiste et j'ai tout de suite pensé à toi.

Sinon, bon ben voila, les soldats sont là. Ils sont là avec leurs armes qui tirent des fleurs et ils emmènent les gens dans des camions. Ah les camions... Cela me rappelle ceux qui emmener des gens, qui s'arrêtaient puis qui tiraient sur les occupants pour s'en débarrasser...

Je me sens tellement rassurée quand les gens se font embarquer dans un camion par des soldats, qui ne sont pas dans leur camp. En plus avec une fiction appelée Octobre Rouge, comment ne pas être rassurée ?

Bref, ça sent pas vraiment bon pour la suite. M'en vais relire le suivant que j'avais dû lire aussi mais les souvenirs sont lointains ! Puis si ça se trouve, j'étais tellement traumatisée que j'ai oublié !
Léthé
Posté le 22/09/2019
Yo ! Me voilà encore pour kiffer à mort !

Bon, j’avoue qu’au début du chapitre j’étais en mode « hein ? Quoi ? Quels soldats ?? » xD je me suis dit qu’elle faisait un rêve et en fait non ! Mais moi je voulais pas qu’elles soient séparées :(((

Au moins la question de « rendre » les ados se posent plus, les soldats ont récupéré tout le monde... On sait pas sur quoi ils ont tiré non plus de l’autre côté arg >_< j’espère que Thomas était pas dans le lot ! Et qu’on le reverra !

C’était chouette et bien écrit, j’aime aussi que les chapitres soient courts parce que ça condense énormément l’action et le rythme s’accélère vite.
Du coup, je me demande VRAIMENT à quoi vont ressembler les prochains chapitres, si on va suivre encore Lise, Mathilde, Charlie et Thomas ou d’autres :o

Je reviens lire la suite bientôt !
Seja Administratrice
Posté le 18/04/2020
Trop facile, le coup du rêve, allons :p
Meuf, Thomas est dans le même camion que Charlie xD
Ouais, pour les chapitres très courts, c'est quelque chose que je voulais retenter depuis les nounouilles, j'aime bien sortir la moelle du récit x)
Pour la suite, ma foi, tu verras p'têt un jour :* Merci d'avoir lu <3
Dédé
Posté le 29/08/2019
Cette description de la ville est… comment dire… charmante. Oui, charmante. Grillages, patrouilles, couvre-feu, exécutions, déportations, arrestations. Non, vraiment… On m'invite là-bas et j'y vais de suite.

Humour mis à part, pauvre Charlie… Et elle arrive à garder espoir, en plus. Si elle avait conscience qu'elle était un de tes personnages, elle n'espèrerait plus rien. Elle est condamnée, la gamine…

Ce côté fataliste/déprimant me fascine et me chagrine en même temps. C'est sans doute la fascination qui gagne et qui me fait continuer la lecture, aha ! J'attends encore le chapitre où on voit des poneys et des licornes gambader dans des arcs-en-ciel.

Bref, à bientôt pour la suite !
Seja Administratrice
Posté le 29/08/2019
Atta, on a rien vu encore :P
Non mais elle est inconsciente, c'est pour ça aussi x)
Pour les poneys et les licornes, ça sera vers le chapitre 42 ;)
Sorryf
Posté le 08/10/2018
J'ai tout lu d'une traite ! je voulais lire seulement le premier chapitre pour commencer mais avant de m'en rendre compte j'avais déjà tout dévoré !
J'adore ton style. Les phrases courtes, les pronoms basiques qui reviennent tout le temps, ça nous plonge dedans, c'est moderne, ça frime pas, et ça fait du bien ! Avec tes petites phrases tu nous dévoile le minimum et pourtant l'ambiance est palpable des les premières lignes ! tu fais confiance à notre imagination de lecteur et ça marche !
Bien sur, du coup on se pose tout un tas de questions : qui sont ces gens, ou sont-ils, et surtout QU'EST-CE QUI S'EST PASSE ?!!! mais ça nous intrigue, ça crée du suspense... je te mets en fav je suis impatiente d'avoir la suite pour en apprendre plus !
Quelques détails : 
- dans le chapitre 1 je crois que t'as oubié un "pas" à : "Ils n’ont même tenté de l’arrêter" 
-  dans le chapitre 2
"—  Ils l’ont eu.
Il fronce les sourcils.
—  Ils l’ont embarqué ?
—  Non."  -> Ce petit dialogue qui n'a l'air de rien m'a soufflée ! ces non-dits qui révêlent tout !
-  le coeur qui tambourine fort-fort : j'adore ! jolie trouvaille !
- Je trouve intéressant que les personnages envisagent de "rendre" les gosses. Les gens qui fuient une armée totalitaire post-apo (je suis pas encore sure d'ou se situent tes personnages, donc dans le doute j'identifie ton univers comme ça pour le moment) c'est pas rare dans les livres, les séries etc... mais je crois que c'est la première fois que je vois cette réflexion, laisser les plus jeunes chez l'ennemi pour qu'ils se fassent embrigader, au moins comme ça ils seront heureux... c'est triste, purée ! mais compréhensible, inattendu et intelligent je trouve. Vous laissez pas faire, Mathilde, Lise ! tant que la révolte est en vous il y a de l'espoir pour vos petits ! 
Et j'adore tes titres, aussi ! encore une fois, ils sont minimalistes, mais ils font le taf !  
Seja Administratrice
Posté le 08/10/2018
Tellement désolée pour le retard de réponse. Vu que je suis en train de travailler sur le nouveau FPA, venir sur celui-ci me fait très très mal aux yeux :P
Donc merciiiii <3 C'est cool de voir que mon style de plus en plus minimaliste fait pas trop bobo x)
Merci pour les fôtes remontées, je corrigerai tout ça quand je relirai l'histoire ! (faudrait un peu que je la reprenne :P)
Aha, au niveau des gosses, ça me paraissait logique, en fait. C'est pas forcément leur combat comme ça peut être celui de leurs ainés. Mais bon, cool si c'est pas trop trop attendu !
<3  
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