4 - Une relation

Notes de l’auteur : Une petite scène assez coquine mais soft. La prochaine ne sera pas pareille.

Février 2015

Ambrosia Spa Resort, île d’Hawaï.

Alex escorta Cali vers la vaste salle de réception où était servi le dîner. Il l’enveloppa du regard. Elle était si belle… Bon sang, elle lui faisait un effet dingue. Son parfum, chacun de ses gestes, sa silhouette, sa tenue, tout cela le troublait au-delà de ce qu’il aurait pu dire. Sa robe chocolat était époustouflante. Le corsage dénudait une épaule, révélant quelques centimètres de peau crémeuse et satinée. Ses yeux s’attardèrent sur la courbe de ses fesses et sur ses longues jambes fuselées. Sans parler de ses hauts talons dont la fine bride venait s’enrouler autour de ses chevilles… Ses cheveux relevés en un chignon lâche et élégant dégageaient la courbe gracile de sa nuque. De multiples bracelets en or étincelaient à ses poignets et des anneaux dorés dansaient à ses oreilles.

Il se noya dans les profondeurs turquoise de ses yeux, empreints de mystère. Elle aurait fait succomber n’importe quel homme à la tentation de la chair. Il sentit son excitation monter d’un cran et son sexe se dresser violemment. Jusqu’à présent, il était toujours parvenu à obéir à sa conscience et à refréner l’intensité de son désir pour elle. Mais ici, maintenant, la voix de Rob résonnait dans sa tête, l’exhortant à cesser de couper les cheveux en quatre et s’abandonner à ses pulsions. Il ne s’agissait que d’un simple interlude, une brève liaison sans lendemain, juste du plaisir physique. Pas question d’engagement éternel. Et si son ami avait raison pour une fois ?

Pour l’heure, ils avaient eu le choix entre assister à une murder party - une soirée meurtre et mystère, sorte de jeu de rôle grandeur nature consistant à résoudre une énigme policière  ou bien à une partie d’Action ou Vérité - les deux événements visant à partager un moment convivial et à tisser des liens entre les collègues. N’étant pas particulièrement fans de mystère, ils avaient privilégié la seconde option.

C’est ainsi qu’ils pénétrèrent dans une salle tapissée de tentures en velours pourpre et noir, éclairée par la lueur vacillante d’innombrables bougies. Ils furent accueillis par une sémillante hôtesse.

— Bienvenue à la soirée Action ou Vérité. Vous avez le choix. Désirez-vous partager une table avec d’autres convives ou préférez-vous dîner en tête à tête ?

Il avait conscience qu’une table de groupe l’aiderait à réprimer l’attirance qu’il éprouvait pour sa collègue et lui éviterait bien des ennuis, pourtant ce soir, il se sentait l’âme aventurière. La tension crépitait entre eux depuis des mois, menaçant d’exploser, et il était grand temps de passer à la vitesse supérieure, du moins le pensait-il.

— Une table pour deux, ce sera parfait, merci, dit-il.

Devant le sourire approbateur de Cali, il sut qu’il avait pris la bonne décision. Ils suivirent l’hôtesse au fond de la salle. Mais au lieu de s’asseoir face à face, ils prirent place côte à côte, épaule contre épaule, cuisse contre cuisse.

Comme c’était bon de sentir sa peau…

A son plus grand plaisir, Cali ne fit pas mine de s’écarter pour mettre fin à ce contact intime. L’hôtesse présenta à chacun la carte des menus avant de leur désigner un plateau chargé de plusieurs accessoires : un cube de couleur rouge marqué des mots Action ou Vérité sur chaque face, ainsi que quatre grands cylindres argentés contenant des bâtonnets au recto et au verso desquels figurait une question. Chaque étui comportait également les mots Action ou Vérité, étiqueté par catégorie en fonction du niveau de sensualité, « soft » ou « hard ».

— Les règles sont très simples, expliqua l’animatrice. Vous devrez choisir entre répondre à une question ou relever un défi. Une fois le dé jeté, votre partenaire pioche un bâtonnet dans l’un des cylindres de son choix. Ensuite, il lit à haute voix l’une des tâches qui y sont inscrites. L’autre joueur doit alors répondre à la question ou exécuter un gage. L’essentiel est de s’amuser, ne l’oubliez pas, conclut-elle en leur souhaitant une bonne soirée.

Cali s’empara du menu qu’elle consulta avec attention et il fit de même. Au serveur qui s’approcha de leur table, il commanda un faux-filet, tandis qu’elle choisissait le saumon grillé. Pour accompagner le tout, il jeta son dévolu sur un sauvignon cabernet. Quand le serveur eut tourné les talons, les laissant seuls, elle considéra le dé rouge posé sur le plateau et un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres.

— Tu veux jouer ?

Il but une gorgée de vin en arquant un sourcil.

 — Et toi ? Tu es certaine d’en avoir envie ?

Elle s’inclina vers lui, amusée, les prunelles pétillantes.

— Tu as peut-être peur de livrer tes plus noirs secrets ?

Il ne répondit pas tout de suite, distrait par le haut de sa robe qui glissa légèrement sur son bras, révélant un petit morceau de peau hâlée où il rêvait de promener les doigts jusqu’à la ligne douce de sa gorge.

— Dire la vérité ne me pose aucun problème, répliqua-t-il, seulement j’aimerais bien savoir quel genre de défis on nous a réservés.

— Je relève le gant, rétorqua-t-elle hardiment. Je ne crois pas que tu puisses en dire autant.

Il désigna le plateau d’un geste.

— On parie ? Allez, c’est toi qui commences. Honneur aux dames.

Elle lança le dé qui tomba sur le mot Vérité. Décidé à y aller en douceur, Alex piocha une baguette dans la catégorie « soft ». Il lut la question à voix haute. « Pour quelle raison votre dernière relation sérieuse s’est-elle terminée ? »

— Je ne pense pas que le type avec qui je t’ai vue au bar, l’autre jour, rentre dans la liste, précisa-t-il. Elle se raidit sur son siège, cherchant visiblement le moyen de se dérober.

— Pourquoi dis-tu ça ? finit-elle par demander, sur la défensive.

Il la regarda fixement sans baisser les yeux, résolu à la pousser dans ses derniers retranchements.

— Parce que j’ai l’impression que c’était une aventure sans lendemain, rien de très sérieux.

Elle leva les yeux vers lui avant de détourner bien vite la tête, l’air embarrassé, et elle se mordit la lèvre sans répondre. Il avait vu juste, comprit-il. En même temps, il était touché par la vulnérabilité dont elle faisait preuve en cet instant précis. Elle n’avait à l’évidence aucune envie de lui faire des confidences. Intrigué, il se demanda pourquoi elle se tenait aussi farouchement sur ses gardes. Avait-elle été forcée de se construire une carapace après un amour malheureux ? Cela expliquerait pourquoi elle se méfiait des hommes… Tout comme lui se méfiait des femmes. En tout cas, il avait bien l’intention de le découvrir.

— Allez, vide ton sac, Cali, joue le jeu, insista-t-il sur un ton de défi, de peur qu’elle ne se renferme dans sa coquille.

Elle haussa les épaules avec une indifférence feinte.

— J’ai rompu avec Neil parce que c’était un sale type.

Il fit la grimace. Sa réponse laconique avait aiguisé sa curiosité. Un « sale type » ? Cela pouvait signifier une multitude de choses… Une fois de plus, elle se débrouillait pour esquiver la vraie question. Il fit tourner son verre de vin entre ses doigts pour lui donner le temps de se ressaisir.

— Tu triches, fit-il. Je n’aurais jamais cru que tu étais du genre à te défiler.

Piquée au vif, elle redressa le menton d’un air hautain. Peu désireux de forcer ses confidences, il préféra attendre patiemment de voir quelle option elle allait choisir : éviter le sujet ou évoquer un souvenir très personnel et soulever un pan douloureux de son passé.

— Je n’aime pas parler de Neil, dit-elle enfin. Si je le pouvais, j’effacerais les dix-huit mois que nous avons vécus ensemble. Je l’ai rencontré en dernière année de master à la fac, reprit-elle après réflexion, comme si elle pesait le pour et le contre pour savoir jusqu’où elle irait dans ses confidences. Les premiers temps, tout allait très bien entre nous. Et puis… après nos fiançailles, il a changé et ça s’est mal passé.

Eh oui… Toujours la même chanson, songea-t-il. Il avait appris à son corps défendant à quel point les gens pouvaient évoluer. Quelqu’un à qui vous faisiez une confiance aveugle était capable de vous trahir et vous harceler de regrets dévastateurs, lesquels vous hanteraient jusqu’à la fin de vos jours. Pour sa part, il s’était promis de ne plus jamais se laisser surprendre par qui que ce soit. Oui, bien sûr, il comprenait très bien ce qu’elle avait dû endurer. Dire qu’ils partageaient le même passé douloureux. Il ne s’y attendait pas et, l’effet de surprise passé, il ressentit une étrange proximité avec elle. Le serveur apporta les entrées sur ces entrefaites. Alex attendit qu’il eût tourné les talons pour reprendre la conversation.

— Dans quel sens a-t-il changé ? demanda-t-il avec douceur.

Elle chipota dans son assiette et croqua une feuille de laitue du bout des lèvres.

— Au début, c’étaient des détails anodins auxquels je n’avais pas vraiment prêté attention. Le temps passant, il a commencé à régenter toute mon existence. Du moment que nous étions fiancés, je ne voyais pas d’objection à ouvrir un compte joint et un plan d’épargne commun, par exemple. Petit à petit, il s’est mis à contrôler tous les aspects de ma vie. Ça ne me posait aucun problème jusqu’à ce qu’il me reproche de dépenser à tort et à travers et de grever son budget, même s’il s’agissait de produits de première nécessité dont j’avais besoin pour la maison. Lui, en revanche, ne me donnait jamais aucune explication. Il vérifiait mes textos et mes e-mails avec une obsession maladive, il m’accusait de le tromper sans aucune preuve. Il m’avait même attiré de sérieux ennuis à l’agence où je travaillais à l’époque et il avait trouvé le moyen de me mettre à dos tous mes amis. Tout le monde m’évitait, c’était horrible. Il avait réussi à faire le vide autour de moi et il ne me restait plus personne à part lui.

Elle se ménagea une pause pour reprendre haleine avec un regard de souffrance plus éloquent que tous les discours.

— Neil était doté d’un tempérament explosif qu’il m’avait bien caché au départ, reprit-elle. Je te donne un exemple, si tu veux. Il était tellement certain que j’entretenais une liaison avec l’un de mes collègues qu’un soir, alors que j’étais restée travailler tard pour boucler un contrat urgent, il avait débarqué au bureau et tabassé le pauvre Simon devant tout le monde. Quelques jours plus tard, j’étais virée. Bref, c’était un dingue fini. Mais moi, j’étais tellement naïve et stupide que je n’avais rien vu venir jusqu’à ce que je perde mon boulot par sa faute. Après ça, j’ai déménagé à New-York pour reprendre ma vie en main.

Mon Dieu, jamais il n’aurait soupçonné tout cela… Pris de compassion, il lui prit la main et l’étreignit.

— Stupide ? Non, je ne suis pas d’accord, Cali. Tu étais peut-être un peu trop confiante, voilà tout.

— Si, j’étais stupide. Ma mère collectionnait les aventures avec ce genre d’hommes qui l’embobinaient pour mieux l’arnaquer. J’en ai été témoin à de multiples reprises et je m’étais juré de ne jamais tomber dans le piège avec qui que ce soit… Et l’ironie de l’histoire a voulu que le premier homme avec qui je me suis engagée soit un minable qui aurait pu figurer sur le tableau de chasse de ma mère.

Il termina sa salade et repoussa son assiette.

— Et ton père, dans tout ça ? La grande souffrance que trahit son beau visage avant qu’elle ne détourne la tête le prit au dépourvu.

— Je ne l’ai jamais connu. Il est mort d’une overdose avant ma naissance.

Cette révélation le laissa totalement abasourdi.

— Oh ! Cali, je suis désolé ! Je ne savais pas… Mais au moins, tu as découvert quelle était la vraie nature de Neil avant de l’épouser, ajouta-t-il.

Elle garda le silence pendant que le serveur débarrassait leurs assiettes avant d’apporter les plats. A l’air songeur qu’elle affichait, il devina que, maintenant qu’elle lui avait révélé ses secrets, c’était son tour de lui livrer ses secrets les plus intimes. Elle ne lui laissait guère le choix. Elle picora un morceau de saumon, le mastiqua distraitement, avant d’en pêcher un autre et de recommencer son manège.

 — Pourquoi tu t’es jamais marié ? attaqua-t-elle sans louvoyer.

Il enfourna une bouchée de son steak pour gagner du temps. La viande était exactement comme il l’aimait : saisie de chaque côté et saignante à souhait. Il avait apprécié qu’elle joue le jeu en répondant sincèrement à ses questions, mais il ne voulait pas plomber l’atmosphère et risquer de gâcher la soirée avec le récit déprimant de sa vie amoureuse. Par chance, il venait de trouver un merveilleux prétexte pour esquiver la question. Il sourit finement.

— J’ai le droit de garder le silence. En plus, tu oublies que c’est toi qui es sur la sellette, pas moi.

Elle plissa son joli petit nez d’un air taquin.

— Tu t’en sors plutôt bien, là, Alex.

Il gloussa, ravi par la tournure que prenaient les événements.

— C’est vrai. Tu es sûre de vouloir poursuivre cette discussion ?

Elle était mauvaise joueuse et n’avait pas encore digéré sa défaite, même si le tirage était totalement aléatoire.

— Mais oui, ça pourrait difficilement être pire, grommela-telle entre ses dents.

Son récit lui avait fait découvrir une facette insoupçonnée de sa vraie personnalité. Derrière cette femme volontaire et ambitieuse se cachait une créature fragile, victime de la manipulation sentimentale d’un homme à qui elle avait voué une confiance absolue. Il comprenait mieux pourquoi la seule chose qu’elle pouvait contrôler - sa carrière - mobilisait toute son énergie et son enthousiasme aujourd’hui. Et d’où provenait son désir de succès, son obsession de réussite. En raison des sacrifices qu’elle s’imposait pour atteindre cet objectif, elle était la compagne avec qui il rêvait de s’engager sur le plan affectif. Mais là, à vrai dire, l’attirance sexuelle qu’il ressentait pour elle commençait à prendre des proportions gênantes… Il se concentra sur son steak pour se donner le temps de se reprendre.

— Je me doute que nous n’avons pas les mêmes conceptions sur une foule de sujets, déclara-t-il enfin. Quoi qu’il en soit, je pense nous sommes parfaitement compatibles sur pas mal d’autres plans. Elle lui décocha un sourire lascif.

— Peut-être, mais si on exclut l’attrait sexuel, il ne reste pas grand-chose susceptible de fonctionner entre nous.

Il la regarda bien en face.

— Qui a parlé d’une relation à court terme ?

Elle ouvrit de grands yeux, un peu choquée. Il n’y était pas allé de main morte. Il avait exprimé à voix haute ce que tous deux s’évertuaient à dissimuler. L’attirance réciproque, évidente, qui les brûlait depuis le jour où elle avait été embauchée chez Robotics. Se retrouver sur cette île tropicale du bout du monde exacerbait leur désir, prélude d’une relation tumultueuse et d’une sexualité débridée. L’invite était subtile, mais il ne faisait aucun doute que, à la fin du repas, il aurait réussi à lui faire partager l’envie qui le taraudait. Une nuit de sexe torride et passionnée suivit, il l’espérait, de plusieurs d’autres.

Il saisit le dé avec détermination et le lança à son tour. Le mot Vérité s’afficha, et il observa un lent sourire charmeur frémir au coin des lèvres de sa partenaire. Pas de doute, les choses risquaient de devenir très intéressantes puisque c’était à elle de piocher une question. L’imiterait-elle en respectant les convenances ou, au contraire, oublierait-elle toute retenue ?

Elle considéra les boîtes contenant les bâtonnets posées sur la table en se demandant quelle catégorie choisir : soft ou hard ? Son esprit revenait sans cesse à la discussion qu’ils avaient amorcée… et cela, alors qu’il avait pioché une question parfaitement anodine. Où en serait-elle s’il en avait choisi une autrement plus sulfureuse ? Elle n’osait y penser. Encore bouleversée, l’estomac noué par des crampes douloureuses, comme chaque fois qu’elle évoquait sa relation avec Neil, elle était encline à jouer la légèreté et la spontanéité afin d’oublier ses révélations embarrassantes et de relâcher la tension. En outre, depuis qu’Alex avait glissé une allusion à peine voilée quant à l’éventualité d’une aventure entre eux, on aurait dit qu’un changement subtil s’était produit dans l’atmosphère. L’air s’était chargé d’une vibration sensuelle. Et ça tombait bien car elle comptait orienter la soirée dans cette direction.

 Elle attendit que le serveur s’éloigne avec les assiettes vides pour piocher une baguette dans l’étui étiqueté hard. Le rouge aux joues, elle déchiffra la question un peu leste inscrite sur l’une des faces, certaine qu’il allait adorer.

« Si j’étais un fruit, que serais-je et comment me dégusterais-tu ? »

Un sourire lascif s’afficha sur ses lèvres pleines.

— Une pêche juteuse, gorgée de soleil que je savourerais avec délices, rétorqua-t-il du tac au tac d’une voix profonde et rauque. Je l’ouvrirais en deux avec les doigts. J’aspirerais à petits coups de langue le jus sucré qui coulerait de son cœur onctueux le long de mes lèvres, jusqu’à ce que ma bouche s’emplisse de ce divin nectar.

Le regard de braise incandescente qu’il darda sur elle, associé au tableau terriblement sensuel qu’il venait d’exposer, suffit à lui couper le souffle et à l’enflammer comme une torche. Elle croisa discrètement les jambes sous la table pour tenter d’apaiser la douleur lancinante qui palpitait entre ses cuisses, mais la pression ne fit qu’attiser la flamme du désir. Elle aspirait à être touchée, caressée, dévorée partout…

— A toi, fit-il avec désinvolture, comme s’il n’avait jamais évoqué ces images provocantes, explicites, incroyablement érotiques. Elle tendit la main, attrapa le dé et le lança avec précaution sur le plateau. Il atterrit sur Action. Sans hésiter, il piocha une baguette dans le cylindre marqué hard. Elle avala sa salive et se prépara mentalement au pire. Avec un petit sourire satisfait, il entreprit de lire le défi qu’elle devait relever.

« Prenez une cerise entre vos lèvres, fourrez-la entre celles de votre partenaire. Puis, de votre langue, faites un nœud avec la queue de la cerise. Interdiction absolue de se servir des mains. »

— Aucun problème, répondit-elle, impatiente d’exhiber ses talents en la matière. Qui eût cru qu’une compétence aussi futile, acquise pendant son adolescence, lui serait utile un jour ?

Il pria le serveur de leur apporter des cerises au marasquin avec les queues. Tandis que l’homme se dirigeait vers le bar, elle loucha vers les tables voisines. Tout le monde participait au jeu d’Action ou Vérité et avait l’air de beaucoup s’amuser. Des collègues hilares encourageaient à grands cris les membres de leur équipe. Les couples qui avaient choisi de se réfugier, tout comme eux, au fond de la salle semblaient plongés dans une discussion animée, quand ils ne se livraient pas à un dévergondage effréné.  

Le serveur reparut avec une petite soucoupe contenant trois cerises au sirop en même temps que les desserts, qu’il posa au centre de la table : deux parts de cheese-cake nappé de chocolat. Elle réprima l’envie d’y goûter. D’abord, elle devait relever le défi. Les deux mains sagement posées à plat sur ses genoux, elle leva son regard vers son compagnon.

— Puisque je n’ai pas le droit de me servir de mes mains, c’est à toi d’introduire la cerise dans ma bouche pour commencer.

Il s’y employa avec ardeur. Il attrapa la queue du fruit et le glissa entre ses lèvres. Elle-même, pour l’enfoncer à son tour entre les siennes, devait quasiment lui faire du bouche-à-bouche. Elle coinça la cerise entre ses dents et lui fit signe d’approcher. Lorsqu’il s’exécuta, elle encadra son visage entre ses mains et l’attira tout près de ses lèvres. Elle aurait pu adopter la retenue exigée par les convenances et enfoncer directement la cerise dans sa bouche, mais ce soir-là, une fois n’était pas coutume, elle se sentait d’humeur aventureuse, prête à prendre tous les risques. Elle l’embrassa, entrouvrant les lèvres pour l’inviter à y plonger. Il prit possession de sa bouche et leurs langues se mêlèrent dans une course au trésor érotique dont la cerise était l’enjeu. Le baiser se prolongea encore et encore, jusqu’à ce que, rassasiée, elle décide de l’interrompre. Alors il enroula sa langue autour de la cerise et l’aspira dans sa bouche. Elle batailla pour coincer la queue entre ses dents tandis qu’il mordait avec délectation dans le fruit charnu. Tandis qu’elle s’attelait à la deuxième partie de l’épreuve, il mastiqua et avala la chair sucrée avec un rictus carnassier.

— Ce n’est pas aussi bon qu’une pêche, commenta-t-il.

Il la taquinait. Une onde brûlante se répandit dans son ventre, puis plus bas… Et elle repensa à sa métaphore du fruit mûr et juteux. Il la dévorait des yeux tandis qu’elle triturait la tige avec ses dents, ses lèvres, sa langue. Quelques secondes plus tard, la queue de la cerise s’ornait d’un joli nœud en son milieu.

— Et voilà le travail ! se rengorgea-t-elle.

Ses traits virils s’illuminèrent de gaieté.

— Très impressionnant.

Elle émit un rire de gorge qui se répercuta directement dans son sexe, durci à en être douloureux.

— Je suis très douée, comme tu vois, enchaîna-t-elle, apparemment inconsciente de l’effet qu’elle produisait sur lui. Je suis capable d’accomplir de véritables prouesses avec ma langue. — Je n’en doute pas une seconde.

Il lança le dé qu’elle venait de pousser dans sa direction, car c’était son tour. Il atterrit de nouveau sur Action. De plus en plus audacieuse et aventureuse à mesure que progressait le jeu, quand revint son tour, elle tira sans hésiter une nouvelle baguette dans la boîte marquée hard. De délicieux picotements traversèrent sa peau pendant qu’elle lisait le défi à voix haute. « Sucez le doigt de votre partenaire durant une minute entière. »

Il la gratifia d’un sourire éloquent, lourd de sous-entendus, déterminé à la faire succomber à la tentation. Il lui saisit le poignet, attira sa main vers lui et trempa le bout de son index dans la sauce chocolat de son dessert. Ce geste inattendu la prit par surprise, autant que la chaleur brûlante de sa bouche, tandis qu’il happait son doigt entre ses lèvres. Puis, lentement, il l’engloutit entièrement. Elle eut un hoquet, puis se détendit avec un petit gémissement excité lorsqu’il se mit à sucer l’extrémité de son doigt enduit de chocolat avec une affolante lenteur. Elle croisa son regard océan, ardent, et se sentit littéralement fondre de l’intérieur. Sa langue était douce comme du velours contre sa peau, et ses dents qui la mordillaient au passage déclenchèrent en elle des éclairs de plaisir, faisant monter une tension insoutenable. Elle se tortilla sur sa chaise, au supplice. Avec une attention méticuleuse, il s’appliqua à lécher son doigt jusqu’à l’extrémité avant de l’avaler de nouveau entièrement et de recommencer le même manège.

Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre pour réprimer une autre plainte. Sous ses succions délicieuses, elle sentit ses seins durcir et ses tétons se dresser sous le fin tissu de sa robe, telles de petites perles dures et irisées. Il se mit à lécher la peau sensible entre ses doigts, à croire qu’il enfonçait sa langue agile dans les replis humides de la chair de sa chatte, entre ses cuisses. Elle était sur le point d’exploser. S’il poursuivait cette exquise torture, elle ne pourrait résister longtemps à la tentation de l’enfourcher séance tenante pour soulager le besoin qui la consumait.

Quand soudain il s’interrompit et lâcha sa main, elle revint brutalement à la réalité dans une pièce grouillante de monde. Autour d’eux, l’air était saturé de tension électrique. Rouvrant les yeux, elle surprit un feu brûlant dans son regard bleu. Une tempête se déchaînait en lui, comprit-elle, infiniment troublée. Elle-même était au bord de l’orgasme, tellement affamée qu’elle faillit presque le supplier de la soulager. Et si elle jetait la bienséance aux orties ? C’était exactement ce qu’elle allait faire.

— Alex…

Il posa un doigt sur ses lèvres et secoua la tête pour lui intimer le silence, déterminé à prendre l’initiative.

— Je te mets au défi de relever une dernière audace, Cali, dit-il d’une voix vibrante, profonde, presque agressive, qui électrisa tous ses sens. J’ai envie de toi. Dans ma chambre. A ma manière. Toute la nuit.

Ses paroles déclenchèrent une cascade de frissons au creux de ses reins. Sa réponse fusa spontanément, sans la moindre hésitation.

— Oui.

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Éloïse
Posté le 01/03/2021
Et bien... Ça perd pas de temps. C'est marrant de voir des adulte jouer à un jeu d'adolescents
Par contre... Je desteste la personnalité d'alex, j'ai vraiment l'impression qu'il voit Cali comme un bout de viande c'est répugnant. Et même quand il apprend qu'elle a subit une relation toxique il la vois comme quelqu'un de briser et son envie d'avoir une relation longue avec elle augmente. Répugnant cette impression de vouloir sauver cette femme. Je le sens pas du tout.
limapearl
Posté le 01/03/2021
Serait-il le meurtrier pour toi? Il est dominateur et voit en Calience une proie facile, pour la dominer. Il aime le BDSM et Cali va être sa soumise. Avec cette confession, il la désire encore plus car elle est fragile et vulnérable. Il se dit qu'elle pourrait être une petite chose fragile à protéger et en faire ce qu'il veut. Et c'est ce qui va se passer...
Éloïse
Posté le 02/03/2021
Je dis pas que c'est le tuer mais il dégage quelques chose de vraiment malsain. Peut être qu'il a tuer tout ces gens ou peut être a-t-il un lien. Voir aucun. Il est trop tôt pour le dire
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