4. Le chasseur de rats

Par Eurys

La fraîcheur de la nuit s'infiltra sous la cape qu'elle resserra autour d'elle. Elle frissonnait, de froid mais pas seulement. Elle n'était jamais venue dans ce genre de quartier mal famé ou la mort et toute autre plus ou moins mauvaise surprise pouvait vous attendre au moindre coin de rue. Pourtant pour le moment elle en avait cure ; elle n'avait qu'un unique intérêt, les informations qu'elle pourrait trouver.

Il lui avait donné le nom de la rue et de quelques tavernes, lui disant que 'peut-être' elle trouverait quelque chose ici. Rien n'était sûr, la contrebande, surtout à Paris, avait pignons sur rue et foisonnait si on savait où chercher. Il lui avait proposé de l'accompagner, pour une question de sureté mais également d'efficacité. Elle avait décliné l'offre, disant qu'elle irait seule. Elle ne voulait pas le mêler plus que nécessaire à ses affaires. Il lui avait déjà été d'une grande aide, était assez impliqué ainsi alors lui attirer des problèmes ... non elle préférait y aller seule. Ses réflexions s'arrêtèrent alors qu'elle pénétra dans la première taverne citée.

L'horloge sonna une heure. Plus de deux heures s'étaient écoulés et une forme drapée d'une cape et d'un chapeau rasait les murs sortant d'un quartier nommé la fausse; un nom qui lui sied parfaitement, se dit la jeune femme avec une pointe d'humour. La nuit n'avait pas porté ses fruits et elle ressortie plus perdue que quand elle était entrée. Il était impossible de briser la méfiance de ces gens et pour des renseignements il fallait montrer monnaies sonnante et trébuchante. Encore fallait 'il trouver les bonnes personnes ! Les sous ne lui manquaient pas, pour le moment, mais elle ne pouvait se permettre de tout dilapider sur la parole d'hommes qui tueraient des enfants pour deux écrus. Ce qu'elle pensait être une chose sans difficulté pour ne pas dire simple s'était révélé bien plus compliquée. Il faudra qu'elle lui en parle prochainement, sa seule option actuelle était de payer tous les informateurs en prenant le risque d'une fausse piste. Elle y mettrait des années et une fortune, autant dire que cela était impossible.

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La journée venait de commencer quand Armand pénétra dans l'enceinte de l'hôtel des mousquetaires. Comme à son habitude depuis deux semaines déjà il attacha son cheval puis se mit en recherche de ses compagnons.

Il repéra D'Artagnan et Constance parlant au fond mais alla rejoindre Portos et Aramis qui étaient en pleine partie de cartes. Aramis rageait, perdant écu sur écu. De sa place il vit Pothos et surtout le petit bout de carte qui dépassait de la poche de son pantalon.

Le jeune homme en resta coi une seconde et lança un sourire narquois au tricheur, lui signifiant dans le dos d'Aramis qu'il avait percé le secret de sa chance. Le métis lui rendit une moue qu'il n'aurait jamais imaginé voir sur sa tête. Les lèvres tordu, les sourcils relevés, il l'implora de ne rien dire, au risque de cesser son petit gagne-pain.

Armand hocha la tête, scellant ses lèvres ce qu'il venait de voir et Porthos pluma une dernière fois Aramis.

« _Porthos , Aramis, en route nous avons une mission ! » Athos les interpela en dévalant les escaliers qui menaient au bureau de Treville. Armand se leva aussi. Cela faisait deux semaines qu'il était ici, deux semaines qu'on ne lui avait rien donné à faire autre que du nettoyage ou assister Constance. Il était censé être mousquetaire pas palefrenier non de Dieu !

« _Armand, vous ne venez pas, si vous voulez vous rendre utile demander à Constance ! » Ajouta-t-il à son intention.

Armand s'arrêta, ses interrogations se transformant en agacement. Il n'était pas ici pour rester enfermé entre quatre murs toute la journée.

« _Athos cela fait maintenant quinze jours que je fais partie des vôtres mais j'ai l'impression d'être un garçon d'écurie plus qu'autre chose. Cela est assez je suis mousquetaire ! »

« _Pas encore non. Le contredit Athos .Patience, cela arrivera. » Et il s'eloigna avec les deux autres. Armand vit les silhouettes des hommes disparaitre dans la rue et s'écroula sur le banc en dessous de lui. Il écrasa son poing sur la table, faisant voler les cartes et sans reflechir se précipita sur les escaliers qu'il grimpa en vitesse, prenant la direction du bureau du capitaine.

Son poing martelait la porte, appelant Treville. Le capitaine lui dit d'entrer et il s'engouffra dans la pièce, prenant soins tout de même de refermer la porte derrière lui.

« _Puis-je savoir ce que sont ces manières ? Ce n'est pas car vous avez une condition spéciale que vous pouvez tout vous permettre, ici vous êtes un mousquetaire et je suis votre capitaine. »

« _Un mousquetaire ? répéta Armand en se plantant face à Treville . Je ne suis rien d'un mousquetaire ! Et vous ne le pensez pas vous-même ou je ne serais pas là, à prendre racine depuis des jours alors que les autres vont et viennent ! Comment suis-je censé arriver à quoi que ce soit alors que je reste coincé ici toute la journée ? Comment suis-je sensé être un mousquetaire si vous ne m'envoyer pas en mission ? Ce n'est pas en passant mes journées à aider Constance à la caserne que je découvrirai quelque chose si ce n'est des rats au fond des caves ! »

Le capitaine se rassit sur son fauteuil, enjoignant le jeune homme à faire de même mais celui-ci déclina.

« _Armand, reprit-il plus doucement, Je vous avais dit dès le début que cela prendra du temps et que vous n'y parviendrez pas dans les délais que vous vous étiez imaginé. Maintenant vous êtes mousquetaire, non seulement pour vous faciliter votre tâche mais également car vous avez besoin d'un travail, d'argent et d'une bonne couverture.

_Je le sais tout cela ! Si ...

_Taisez-vous et ne m'interrompez plus ! Je ne peux pas vous envoyer directement en mission avec des personnes que vous connaissez à peine. Ces hommes risquent leurs vies et se reposent entièrement sur leurs compagnons d'armes. Ils se font confiance et c'est un point essentielle pour la formation d 'une bonne équipe. Comment pourront 'ils vous confier leurs arrières alors qu'ils vous connaissent à peine ? Vous passerez vos journées ici, avec eux jusqu'à ce que je juge qu'il y ait une assez bonne cohésion entre vous. Ce point n'est pas discutable. »

Armand ne dit rien et croisa les bras sur son torse, boudeur. Il se contentant de fixer le plancher, la tête baissée. Il savait que le capitaine avait raison mais se rendre à l'évidence était plus dur qu'il ne le pensait. Il finit par bouger, soupirant de lassitude et se dirigea vers la porte.

« _Bien, si vous n'avez plus besoin de moi je vais aller aider Constance. »

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Le temps passa comme à son habitude durant deux autres semaines ou les mousquetaires eurent le loisir de voir le comportement de leur compagnon changer petit à petit. Il ne s'agissait de rien de flagrant mais ceux qui le côtoyaient voyait que l'air sombre qu'il avait, malgré son sourire et ses conversations commençait à disparaitre. Il était également moins enfermé dans ses pensées et esquivait moins le fait des parler de sa personne. Ceux-ci, malgré leurs interrogations évitèrent cependant d'un commun accord de poser une quelconque question à leur compagnon au risque de le revoir se fermer. C'est ainsi qu'Armand Lacroix, jeune recrue des mousquetaires devint le compagnon de triche de Porthos, l'aide de camp de Constance et l'élève d'Aramis qui lui apprenaient le tir au pistolet. Le jeune homme faisait maintenant parti de la vie de la caserne, au plaisir du principal concerné mais pas uniquement.

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Armand venait de pénétrer dans la caserne qu'il s'écroula immédiatement en baillant sur la table ou étaient déjà trois de ses comparses. Il s'étira logement et prit un morceau de fromage dans l'assiette devant Aramis, s'attirant une plainte de celui-ci.

« _Eh bien, notre ami semble en grande forme ! Railla Porthos.

_J'ai à peine dormi la nuit dernière. Je viens de découvrir l'existence d'une porcherie derrière mon logis... et le moment de l'abattage n'est pas forcément le plus plaisant. »

Porthos éclata de rire alors qu'Aramis repoussa son assiette, un air de dégout sur le visage comme sur celui de d'Artagnan .

« _Ne vous en faites pas il ne fait cela qu'une fois par mois environ, vous êtes tranquille pour 30 autres jours ! Rit Porthos .

_Ah mais c'est vrai ! J'oubliais que tu avais élu domicile chez Baudin avant d'être promu mousquetaire, s'exclama Aramis .

_J'espère vite devenir mousquetaire alors, je ne souhaite pas revivre une nuit pareil ...

_Il faudra le supporter, surtout que jusqu'à maintenant vous n'avez pas encore été mobilisé » Informa d'Artagnan

Armand gémi d'une voix plaintive, les trois compagnons rirent de plus belles en voyant le désespoir de leur ami.

Des bruits de pas résonnaient à côté d'eux et Athos descendit rapidement les escaliers.

« _Je vois que tout le monde est là. Armand vous avez très bonne mine ! »

Les rirent reprirent au grand damne du jeune homme. Mais Athos venait de plaisanter avec lui ... et Athos n'avait jamais plaisanté avec lui. Un fin sourire orna ses lèvres à ce constat.

« _Bien ce n'est pas tout ! On a du travail, Treville nous attend dans son bureau. »

Porthos, Aramis et d'Artagnan se levèrent et prirent le chemin de l'escalier tandis qu'Armand resta à sa place. Depuis sa discussion avec Treville il y'a quelques semaines il prenait son mal en patience.

« _Alors Armand, qu'attendez-vous ? Demanda Athos

_Pardon ? Celui-ci le regarda, il ne comprenait pas ce que le mousquetaire attendait de lui.

_Vous venez ou pas ? » Répondit-il en souriant.

Armand hésita une seconde pensant à une moquerie mais en voyant les quatre hommes l'attendre sur l'escalier son visage s'illumina. Il se leva d'un bond, le cœur battant excité d'avoir enfin sa première mission. Porthos lui tapa l'épaule d'un signe amical, tout le monde sentait l'excitation émaner du jeune homme.

En entrant dans le bureau Armand croisa le regard satisfait de Treville. L'homme l'avait jugé prêt à faire entièrement parti de l'équipe, il en était fier. Il retourna un regard reconnaissant au capitaine alors qu'Athos refermait la porte.

« _Bien. Comme vous pouvez le voir Armand fera part des votre pour cette mission ainsi que pour toutes les autres. » Des acclamations de toute l'équipe s'élevèrent faisant rougir le principal concerné.

« _Le roi a ordonné l'arrestation du baron de Retz. Celui-ci doit être dans son hôtel particulier à Paris à l'heure actuelle. Vous devez le mener au petit châtelet. Voici le mandat d'arrêt signé de la main du roi.

Athos le prit et le rangea à l'intérieur de sa veste.

« _De quoi l'accuse-t-on ? demanda Aramis

_De trafic de vin avec l'Espagne, entre autre choses. Cet homme fait fortune dans le commerce maritime, mais il s'avère qu'il collabore avec des contrebandiers espagnols et revend sont vin en France à bas prix.

_Armand . Interpela le capitaine. Vous suivrez les ordres d'Athos mais également ceux des autres mousquetaires, ne faites rien d'autre que ce qu'ils vous disent.

—Oui capitaine.

—Bien, en selle ! » lanca Athos.

Armand galopait derrière tout le monde, désormais anxieux de la suite des évènements. Et s'il faisait quelque chose de mal ? Ou qu'il ne faisait rien ?

Portos vit le jeune homme en arrière la tête pleine de réflexions et ralenti son cheval pour se mettre à sa hauteur.

« _C'est normal de se poser des questions, mais comme l'a dit Treville vous n'aurez rien d'autre à faire que ce qu'on vous dira, ne vous alarmez pas pour cela. «

Armand le regarda surpris, était-il si transparent que cela ?

« _On a tous connu cela que ce soit chez les mousquetaires ou autre part avant ! »

Armand lui souris, celui qui était le plus capable de le rassurer était sans doute Porthos.

« _Merci, Porthos.

_Nous y voici ! Intervient Athos.

_En espérant qu'il sera coopératif », dit d'Artagnan.

Les cinq hommes attachèrent leurs chevaux a une barrière de bois et se dirigèrent vers la porte principale. Athos prit le heurtoir et frappa quelques coups, attendant qu'un serviteur sans doute, ignorant qu'il n'aura plus de maitre dans l'heure vienne leur ouvrir. Cela ne tarda pas puis qu'un vieil homme, certainement le maitre d'hôtel ouvrit la porte et leurs demanda ce qu'ils désiraient. C'est Athos qui répondit :

« _Par ordre du roi, Ou se trouve le baron de Retz ? »

Le maitre d'hôtel leur répondit et leur dit d'attendre qu'un domestique aille prévenir le Baron dans ses appartements.

« _Si cela ne vous dérange pas, nous iront le chercher nous-même. »

Sans attendre de réponses Athos ouvrit la marche, montant dans la direction indiquée par l'homme. Les mousquetaires ouvrirent les portent une par une, Armand hésita et décida de ne rien faire, défoncer les portes n'était pas encore dans ses habitudes.

Enfin après une dizaine de portes apparut le maitre des lieux dans une pièce qui devait être son bureau. Il vociféra contre l'intrusion des mousquetaires jusqu'à ce qu'Athos ne se poste face à lui.

« _Par ordre du roi, nous venons vous arrêter. »

Athos déroula le mandat d'arrêt et le présentation au noble face à lui .Le baron prit le papier et pâlit. Porthos se posta derrière l'homme et d'une main sur l'épaule le poussa à avancer.

Les cinq hommes reprirent le chemin inverse, le baron derrière Athos quand D'artagnan remarqua l'absence de l'un des leurs :

« _Ou se trouve Lacroix? »

Les mousquetaires se regardèrent, aucun n'avait fait attention que le jeune homme n'était pas derrière eux. Athos souffla et rebroussa chemin vers le bureau.

« _Descendez, je vous rejoindrais avec lui, » leur ordonna-t-il.

Les autres décidèrent d'obéir, la priorité de la mission était leur prisonnier mais le nouveau allait passer un mauvais moment.

Armand allait suivre les autres quand il remarqua les feuilles et dossiers sur le bureau. Retz faisait du trafic, de la contrebande. Et si ces documents pouvaient l'aider ? Il regarda la porte, les hommes étaient parti, le temps qu'ils se rendent compte de son absence il avait bien une ou deux minutes. Apres un dernier regard en arrière Armand se déplaça derrière le bureau et ouvrit les dossiers.

« _Que faites-vous la ? »

Armand se retourna dans un sursaut. Derrière lui se trouvait Athos , les sourcils froncés. Son cœur se mit à battre plus fort, il pensait avoir plus de temps .S'attirer la méfiance d'Athos dès la première mission n'était pas la meilleur idée qui soit.

« _Je... je pensais qu'on pourrait trouver une preuve dans ses comptes », justifia le plus jeune.

Athos tiqua. Le raisonnement était juste mais l'inquiétude évidente du jeune homme le faisait douter.

« _ Cela ne fait pas parti de notre mission. Vous avez des ordres et vous y obéissez, rien de plus ! Il m'a semblé clair que Treville vous avait prévenu de ne rien faire d'autre que ce que nous vous disons, vous n'étiez pas entièrement mousquetaires si vous causez des problèmes cela sera imputé aux choix de Treville ! »

Le jeune homme se crispa, non seulement il n'avait pas l'habitude d'être réprimandé de la sorte et surtout il ne voulait pas attire d'ennuis au capitaine. Mais il avait espéré... . Armand s'inclina, présentant ses excuses à Athos en sachant que cela remonterait aux oreilles Treville.

Quand les trois amis qui attendaient en bas virent Athos suivit par un Armand à la tête et aux épaules baissées ils surent que le jeune homme a eu droit à un blâme. Pourtant aucun ne dit rien, ce n'était certainement pas le bon moment, ils en sauront plus une fois a caserne. Cela c'était certain.

Le trajet pour mener le prisonnier au Petit Chatelet et revenir à la caserne des mousquetaires prit plus d'une heure à cause du rythme de chevauchée qui ralenti. Armand était resté en retrait, malgré les blagues et tentatives de ses compagnons pour le faire rejoindre leurs conversations.

Une fois dans la cour l'atmosphère lourde qui les avait enveloppés se dissipa. Les mousquetaires attachèrent leurs chevaux et partirent s'assoir ensemble alors qu'Athos monta au bureau du capitaine pour lui signifier que la mission était accomplie. Peu de temps s'écoula du point de vu d'Armand quand Athos refit surface et l'appela.

« _Le capitaine de Treville vous attend. »

Armand soupira. Il ne perdait pas de temps. C'était peut-être mieux ainsi autant en finir le plus vite possible. Il grimpa les escaliers et toqua à la porte.

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