4. Échec

Notes de l’auteur : On commence enfin à avancer un peu dans l'histoire avec quelque qui ressemble à un début de complicité entre père et fille d'un côté et un début de rébellion de la part d'Azzurra... n'hésitez pas à me signaler des incohérences ou même vos questions :)

Le week-end suivant, Demetri conduisait Azzurra à sa deuxième compétition après une semaine d’entraînements toujours plus intenses. La jeune fille était épuisée et souffrait de courbatures mais elle ne voulait pas prendre le risque de décevoir son père.

Elle s’était levée à l’aube et couchée à la tombée de la nuit tous les jours de la semaine dans l’unique but de suivre la cadence infernale d’une préparation à un concours. Et elle avait nettement eu l’impression que son père vivrait la compétition à travers elle, par procuration. Elle avait travaillé dur parfois jusqu’à l’épuisement pour améliorer sa technique jusqu’à ce que Demetri soit enfin satisfait.

Mais quand le jour de la compétition fut arrivé, Azzurra avait d’abord longuement considéré l’option de se faire porter pâle. Elle était fatiguée, ses muscles étaient profondément endoloris et elle était certaine d’avoir même perdu du poids, déjà qu’elle n’était pas très épaisse. A cinq heures tapantes, alors que les premiers rayons du soleil illuminaient l’horizon, Demetri était venu la réveiller.

— Eh quoi, tu n’es pas encore levée ? sourit-il, amusé.

— Le concours ne commence qu’à onze heures, grommela la fillette d’une voix ensommeillée.

— Bien sûr mais le rendez-vous c’est six heures trente là-bas. Et personne ne va préparer Cardinal pour toi.

Azzurra détestait quand son père mettait son cheval dans la balance car tous deux savaient que l’argumentaire de la jeune fille s’effondrait dès qu’il était question de Cardinal.

— Tu vas rencontrer de nouveaux adversaires aujourd’hui, lui annonça Demetri alors qu’ils prenaient la route sur les coups de six heures moins le quart. Beaucoup de cavaliers de ton âge, certains seront plus expérimentés mais ce sera l’occasion de les observer.

— Quelles sont mes chances si je me frotte à plus fort que moi ? Je ne sais même pas si je vais réitérer l’exploit de la semaine dernière alors envisager un podium…

— Tu n’iras pas sur le podium, coupa Demetri. Pas aujourd’hui en tout cas. Bien sûr, ça donnerait du grain à moudre à Filippo le temps que tu t’améliores mais je veux que tu vises le sans-faute pour cette fois. Et que tu t’intéresses à tes concurrents.

— On sait qui sera là ? Je veux dire, je ne connais personne et…

— D’après ce que je sais, Misery Kane sera présente aujourd’hui.

Azzurra regarda son père, très surprise.

— C’est… le nom du cheval ?

— Non, c’est son nom à elle, pouffa Demetri. C’est une cavalière irlandaise qui est déjà très bien classée en Irlande et au Royaume-Uni et son cheval s’appelle Saighdeoir. Je pense que ce serait pas mal pour toi que tu la voies faire, elle pourra sûrement beaucoup t’en apprendre.

Azzurra se renfrogna et resta songeuse jusqu’à ce qu’ils arrivent au centre qui organisait la compétition. Une question la taraudait néanmoins. Pourquoi une cavalière avec un niveau national viendrait se perdre ici ? Quel intérêt pour elle de participer à un concours presque exclusivement fréquenté par des débutants ?

Des dizaines d’autres cavaliers étaient déjà présents, qui s’agitaient auprès de leurs chevaux. Azzurra en reconnut certains, vaguement aperçus la semaine dernière, ce qui n’aida pas à faire diminuer son trac. Prenant une respiration, elle s’affaira à faire descendre Cardinal du van et à le panser. Mais alors qu’elle allait le seller, son regard se perdit vers le paddock d’entraînement où quelques cavaliers s’échauffaient déjà. Azzurra déglutit.

— Je commence à me dire que c’était pas une bonne idée, Cardinal, murmura-t-elle à l’attention de l’animal qui la regardait, les oreilles pointées vers elle.

Le cheval souffla doucement par les nasaux avant de frotter le bout de son nez près du visage de la jeune fille comme elle caressait distraitement son chanfrein. Elle avait parfois l’impression qu’il la comprenait vraiment et savait comment apaiser ses angoisses.

— Non tu as raison, on va y arriver. Il faut qu’on y arrive.

Elle se dirigea alors vers son père pour lui demander un cure-pied quand elle fut interrompue par l’arrivée d’une troisième personne.

Signore Orfeo ! fit l’intruse d’une voix affreusement rauque au ton enjoué et sarcastique. Il y avait bien longtemps qu’on ne vous avait plus vu dans le coin.

— Bonjour Misery, je suis ravi de te voir moi aussi, sourit Demetri en échangeant une poignée de main avec elle. Mais ce n’est pas pour moi que je suis là aujourd’hui. Je te présente ma fille, Azzurra.

L’interpellée avança d’un pas, impressionnée par cette fille gigantesque aux longs cheveux noirs, à la taille de guêpe et au sourire ravageur. Elle ne ferait pas le poids à côté de ce monstre, c’était certain.

— Salut chaton, ravie de te rencontrer, fit Misery, un sourire en coin étirant ses lèvres.

— Euh, je ne crois pas t’avoir autorisée à m’appeler « chaton », rétorqua Azzurra en s’efforçant de ne pas trembler.

Mais le sourire de Misery s’élargit.

— Oh, ne le prend pas personnellement. J’appelle tous mes adversaires « chaton », en général ça les déstabilise. Mais dîtes-moi Signore Orfeo, je n’ai pas vu Tara encore ?

— Non, Tara ne concourt pas aujourd’hui. Elle est malade.

— Ah bon ? C’est dommage, avec son résultat de la semaine dernière, elle ferait mieux de choper le taureau par les cornes. Enfin, c’est ce que j’aurais fait.

— Je ne manquerai pas de lui transmettre ton bonjour.

— Bien évidemment, sourit Misery d’une voix roucoulante. À plus dans le paddock, chaton !

Elle repartit comme elle était venue, d’une démarche vive et élastique vers un autre van garé un peu plus loin où un cheval gris souris tout en musculature était attaché. Un type aux cheveux bruns, inhumainement grand, vint parler avec elle et de là où se trouvait, Azzurra pouvait entendre le rire tonitruant de Misery.

Elle serra alors les poings. Elle détestait déjà cette fille.

 

*

 

Si Demetri avait prédit qu’Azzurra ne se placerait pas sur le podium aujourd’hui, il avait tellement eu le nez fin que la jeune fille avait réalisé la pire performance depuis le début de sa (brève) carrière. Misery avait raison, le fait d’avoir été surnommée « chaton » l’avait grandement désarçonnée si bien qu’elle avait été incapable de se concentrer sur son parcours.

Au-delà des fautes, elle avait eu un bref trou de mémoire sur l’ordre des obstacles qui l’avait conduite à réaliser une boucle dans l’espoir de gagner du temps… mais qui avait été comptée comme un refus. Quatre points de pénalité supplémentaire. Avec les trois barres qu’elle avait fait tomber, elle était déjà seize points et se doutait qu’elle finirait bonne dernière du classement. Mais elle avait également commis une faute impardonnable qui lui valut une disqualification immédiate : elle avait franchi le même obstacle à deux reprises et avait ainsi été invitée à quitter la carrière immédiatement, les épaules voûtées par le poids de la honte.

— Azzurra ! la héla Misha.

Mais aveuglée par ses larmes de colère, la jeune fille ne l’écouta pas et partit en courant après avoir rattaché Cardinal au van. La nouvelle épouse de Demetri ne tenta pas de lui courir après, ayant bien compris que sa belle-fille avait le même caractère borné que son père et qu’elle reviendrait d’elle-même une fois calmée.

— Elle ne t’écoutera pas, soupira Demetri en arrivant derrière Misha. Je crois qu’elle a besoin de s’isoler.

— Tu crois ? sourcilla Misha. Tu n’en sais rien ?

— Azzurra et moi n’avons jamais vraiment été proches.

Misha considéra son mari un instant.

— Tu veux dire que tu n’as jamais essayé d’être présent pour elle ? De lui parler ? Ou en tout cas de l’encourager à s’ouvrir à toi ?

— Je, c’est compliqué, éluda Demetri mal à l’aise.

De son côté, Azzurra s’était trouvé une cachette près du paddock d’entraînement, à la lisière d’un bois, où elle pensait pouvoir laisser aller sa colère à sa guise.

— Chaton ? C’est toi qui pleures comme ça ? fit la voix reconnaissable de Misery, intriguée.

Azzurra ferma justement les yeux en poussant un gémissement plaintif. Elle n’avait vraiment pas besoin cette Irlandaise sous hormones vienne la houspiller à propos de sa performance plus que médiocre.

— T’as vraiment personne d’autre à torturer ? grommela la jeune fille. Je sais que j’ai pas géré, ça va.

— Eh, non, promis, je viens en paix.

Elle prit ensuite place aux côtés d’Azzurra sans vraiment y avoir été invitée mais étonnamment, la jeune fille trouvait la présence de Misery réconfortante.

— Non vraiment, on n’est concurrentes que sur la piste. En dehors des concours, je te jure que je suis une fille adorable. Un vrai p’tit ange.

Azzurra parvint à rire à travers ses larmes mais son humeur et son dégoût d’elle-même ne s’allégèrent pas pour autant. Elle poussa un soupir.

— Dis donc, t’es sacrément déprimée. C’était juste un concours, y en aura d’autres. Bon d’accord, t’as merdé mais je crois pas t’avoir déjà vue avant donc… on va dire qu’on peut pas réussir à chaque fois.

Azzurra fusilla Misery du regard.

— Comment t’en es arrivée à concourir ? Tu viens d’une famille de cavaliers ? Ou c’est pour le fun ?

— Je viens d’une famille de musiciens, révéla Misery. Ils sont gentils mais… ça manque d’adrénaline tu vois. J’crois que j’aime m’attirer des problèmes. Et toi ?

— Je suis une Orfeo, soupira Azzurra. Ma… famille s’est construite grâce à l’équitation et ils attendent de moi que je réussisse. Mon grand-père a menacé de me mettre dehors si… enfin tu vois.

— Ah ouais. Ça craint.

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Pluma Atramenta
Posté le 30/04/2021
Hey !

Comme promis, je reviens avec un énième commentaire... Ayant déjà assez exprimée mon avis dans le précédent, je ne vais pas trop m'attarder ici (pardon !) Azzurra évolue encore : jeune, indomptable et effarouchée. Un spécimen ! Cette adolescente se laisse beaucoup transportée par ses émotions, ses préjugés aussi jusqu'à en devenir tout de même prétentieuse par moments. C'est du moins ainsi que je l'analyse.
J'imagine en revanche que tu vas disséminer de nouvelles facettes étonnantes de sa personnalité au fil du roman. Je n'ai pas encore l'impression de l'avoir cerné... Tout est trop simple pour le moment. Qu'est-ce que tu nous concocte, Ninon, hein ? x)
Il semblerait que tout va se déclencher très bientôt !

- « Mais quand le jour de la compétition était arrivé » (Quand le jour de la compétition FUT arrivé...)

- « Azzurra regarda son père, très surprise. »
« très surprise », je ne trouve pas cette expression spécialement jolie. Il a de meilleurs adjectifs pour tourner la phrase plus bellement : stupéfaite ? Étonnée ? Interrogatrice ?

A très vite, j'espère, dans les étoiles de ton imaginaire !
Pluma.
Ninon Marza
Posté le 01/05/2021
Hello again toi :)

Ahahah, je suis contente de voir que le caractère un peu plus ferme d'Azzurra ne te laisse pas insensible ^^
Je me permets de préciser que je la rends prétentieuse volontairement, vu l'environnement dans lequel elle évolue, c'est mieux qu'elle fasse partie des "plus forts".
Encore une fois, je note chacune de tes remarques avec plaisir en ce qui concerne la structure du texte :)

Merci beaucoup !

Ninon
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