36 - Avancer

Par Seja

Ce matin, ils ont quitté l’abri du bunker. Mathilde, Alex et tous les autres. Ils l’ont quitté parce qu’ils ne peuvent pas attendre qu’on vienne les chercher. Peut-être que la planque est compromise par la cheffe qui ne répond plus. Peut-être pas. En tout cas, ce n’est pas un risque qu’ils peuvent courir.

Naïla ouvre la route, elle a l’air de savoir où elle va. Mathilde profite d’une pause pour la rejoindre. Elle est crispée. Forcément qu’elle l’est. Ils sont des fugitifs activement recherchés. Si les soldats leur tombent dessus maintenant, ils ne s'embarrasseront pas d’un procès.

—  Encore loin ? demande Mathilde à voix basse.

—  Derrière cette colline, là.

La femme désigne le monticule qu’ils s’apprêtent à contourner. C’est la forêt tout autour d’eux, aucune route à des kilomètres à la ronde. Ils espèrent que c’est ce qui va les laisser hors des radars.

Mathilde ne rajoute rien de plus et elles poursuivent leur route en silence. Les blessés ralentissent leur progression. Mais tous ont pu suivre, c’est déjà ça. Tous ceux qui ont survécu, en tout cas.

—  T’étais quoi, avant ? demande Mathilde.

Naïla lui glisse un rapide regard, tellement chargé de méfiance.

—  Instit, répond-elle. Toi ?

—  Flic.

Et maintenant, elles sont là à tenter de guider des fuyards à travers une forêt. La situation serait risible si elle n’était pas aussi triste.

—  Tu crois que c’est possible de quitter le pays ? demande Naïla.

Mathilde réfléchit quelques secondes avant de répondre.

—  Les frontières sont bien gardées. Enfin, c’est ce qui se dit, en tout cas.

Le silence retombe entre elles, seulement dérangé par la pluie et le bruit des pas dans les feuilles trempées.

—  Si notre plan loupe, ils ne se calmeront pas avant de nous avoir tous trouvés.

Mathilde se tourne vers Naïla. Bien sûr, elle a raison. Mais pas sur tout.

—  Si notre plan loupe, répond-elle, on n’aura aucun moyen de s’en sortir. Ce n’est pas quelque chose dont on s’échappe.

Elle voudrait ressentir de la révolte face à l’horreur de la situation. Mais tout ce qui vient, c’est la lassitude. Elle est fatiguée de fuir, de chercher des portes de sortie. Elle est si fatiguée. Il y a des moments où elle se dit qu’elle aurait préféré que ces résistants ne les libèrent pas, que les soldats lui logent une balle dans la tête et que tout s’arrête.

Comme pour Lise.

Elle serre les dents. Ce n’est pas l’endroit pour penser à ça. Ce n’est pas le moment, non plus. Ils ont des gens avec eux, des gens qui sont prêts à se battre. Des gens qui sont prêts à mourir aussi. Et c’est tellement dommage.

Leur voyage se poursuit sous la pluie. Mathilde se surprend sur la pensée qu’elle a oublié à quoi ressemble le soleil. Elle a l’impression que cette pluie tambourine depuis toujours. Elle a l’impression que les seules couleurs qui existent sont le gris du ciel, le noir de l’écorce des arbres et le rouge des feuilles. Ou celui du sang versé.

—  On approche.

Ce murmure électrise Mathilde. Là, au pied de la colline qu’ils viennent de contourner, il y a des ruines. Bien trop insignifiantes pour abriter un vaste groupe de résistants. Alors, elle suit Naïla, elle semble savoir ce qu’elle fait.

Elle la suit dans les ruines, complètement vides. Elle la suit jusqu’à cette trappe dans le sol, camouflée par la mousse. Elle l’entend frapper et elle voit la trappe bouger, s’ouvrir.

—  Faites vite, lance une voix du sous-sol.

Naïla s’active, fait signe à tout le monde de descendre. Mathilde hésite un peu. Son instinct lui hurle que ça pourrait être un piège. Elle le fait taire et suit le groupe.

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Sorryf
Posté le 28/05/2020
Woaaaaaaah, Anna était dans une situation vraiment inextricable, je me demandais ce qu'elle allait choisir... Je n'avais pas vu la 3eme possibilité ! Je suis sur le cul ! Bon, je t'avoue que je ne vais pas regretter Maxime, mais quand meme... chaud de buter le père de l'enfant qu'on porte :O Et surtout, qu'est-ce qui va lui arriver maintenant ? sauve toi Annaaaaaaaa !!
Le chapitre avec le petit qui arrête son traitement est super, trop contente que Aline fasse ça ! Et dans ce chapitre... j'espère très fort que c'est pas un piège :S
J'ai beaucoup aimé le dialogue sur les anciens métiers, lapidaire mais tellement émouvant, dans la vitesse avec laquelle elles passent dessus !
Dédé
Posté le 23/05/2020
L'espoir revient et… PAF! il y a le dernier paragraphe. Du coup, mon instinct crie lui aussi au piège. Sans trop savoir à quoi consisterait le piège. Se faire passer pour des résistants afin qu'ils se livrent tout seul comme des grands ?

J'ai bien aimé le petit pointillé de légèreté avec les anciennes professions.

Je ne sais absolument pas comment tout ça va finir, c'est ce qui en fait la beauté de la chose !

A la prochaine pour la suite ! :D
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