34 - Croire

Par Seja

Maxime longe les couloirs de l’hôpital, s’arrête devant une porte. Il hésite un peu, rentre. Le jour est à peine levé et Anna est debout face à la fenêtre. Il s’attarde quelques instants sur cette image, celle de la femme qui aurait dû partager sa vie.

Elle se retourne vers lui, ne desserre pas les lèvres. Elle semble surprise de le trouver seul. Peut-être qu’elle s’attendait à ce qu’il arrive avec la milice pour l’arrêter. Et c’est sûrement ce qu’il aurait dû faire.

Elle le suit dans les couloirs, dehors, sous la pluie, dans la voiture. Elle le suit sans un mot. Parce qu’elle sait aussi bien que lui que les oreilles peuvent trainer partout. Lui ne tente pas d’engager la conversation, il ne se sent pas le courage de parler de banalités.

Enfin, ils se retrouvent devant chez eux. Maxime déverrouille la porte, s’efface pour la laisser entrer, referme.

Elle fait quelques pas. Il sent qu’elle est crispée, qu’elle attend.

—  Alors ? demande-t-elle finalement. Ils viennent quand ?

Elle ne lui fait pas face. Il a même l’impression qu’elle ne veut pas croiser son regard. Il s’approche d’elle, elle a un mouvement de recul.

—  J’ai pas encore décidé si j’allais les prévenir.

Cette phrase la fait réagir. Elle se tourne vers lui, fronce les sourcils.

—  Il y a quoi à décider ?

—  Tu as trahi le pays, Anna.

—  On a déjà eu cette discussion.

Elle s’éloigne de lui, s’appuie sur une étagère. Il a l’impression qu’elle tente de cacher une faiblesse.

Il a réfléchi à tout ça, toute la nuit. il a tourné les faits dans sa tête, encore et encore. Il y a réfléchi et il est arrivé à une conclusion.

—  Tu vas m’aider, dit-il. A faire tomber la résistance.

—  Vraiment ?

—  Vraiment.

Il n’arrive pas à lire son regard. Tout son visage s’est fermé.

—  Tu veux que je trahisse un groupe que j’ai aidé à créer ?

—  Pas la première fois que tu trahiras tes idéaux.

Elle hausse les sourcils, se détourne.

—  Et si je refuse ?

—  Tu ne refuseras pas.

Il fait un pas vers elle, mais le regard qu’elle lui lance l’empêche d’en faire un autre.

—  Tu ne refuseras pas, répète-il. Parce que tu sais ce qui arriverait si je te dénonçais.

—  Tu le ferais ? T’irais leur dire d’exécuter ta femme ?

—  Oui.

Elle le fixe pendant un très long moment. Jamais encore il ne l’a vue aussi blême.

—  Tes actions font du mal, Anna. Plus tôt tu le comprendras, mieux ça sera.

—  Si tu fais ça, tu verras jamais ton gamin. Tu veux ça ?

—  Non. Mais ça sera toujours mieux que de l’élever à haïr notre pays.

—  Laisse-moi partir.

Il n’y a rien d’implorant dans son ton. Son regard est toujours aussi froid. Ca ressemble presque à un ordre.

—  Pour quoi faire ? Pour que tu rejoignes tes résistants ? Vous serez tous morts avant la fin du mois.

Il fait une pause.

—  Je te fais une faveur, Anna.

—  Une faveur ? M’obliger à vivre dans le mensonge, c’est pas une faveur.

—  Ce n’est pas le mensonge. C’est juste le chemin dont tu t’es éloignée. Et que tu pourras retrouver.

—  Donc t’y crois vraiment ? Tu crois vraiment que tu me fais une faveur ?

Il ne répond pas. Mais il a très envie qu’Anna accepte cette proposition, qu’elle se range de son côté. Parce que la vérité, c’est qu’il ne la dénoncera pas, jamais. Il a tourné ça encore et encore dans sa tête cette nuit et il a fini par comprendre que livrer sa femme et son enfant, c’était au-dessus de ses forces.

—  J’y crois, dit-il.

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Dédé
Posté le 20/05/2020
Je me souviens, tu me disais "tu le veux pas ce chapitre, Dé". Tu n'avais pas tort ! :P

J'espère encore qu'Anna ne cède pas mais Maxime ne lui laisse tellement pas le choix… Mais, j'aimerais voir ce que ferait Maxime si elle ne cède pas. Il la laisserait faire ? Vraiment ? C'est là qu'on voit qu'il tient à sa famille, même s'il se montre dur. Chacun a des convictions diamétralement différentes et y croient dur comme fer.

A bientôt pour la suite ! :D
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