32 - Continuer

Par Seja

Le médecin vient de repartir, Anna est seule dans la chambre. La lumière des lampadaires rentre par la fenêtre et son attention se perd un moment dans les gouttes de pluie qui s’écrasent dessus.

Elle n’arrive pas à réfléchir. Pourtant, il faudrait, elle a beaucoup de choses à penser pour tenter de survivre. Beaucoup de choses avant que Maxime ne la dénonce et qu’elle se fasse arrêter. Beaucoup trop de choses.

Elle s’assoit sur le bord du lit, grimace. La douleur est toujours là et selon le médecin, ça ne va pas aller en s’arrangeant. Surtout si elle ne supprime pas le stress. Elle a envie de fondre en larmes à cette pensée. Mais elle se contente de serrer les dents, fort, trop fort. Elle ne va pas craquer ce soir. Elle n’en a pas le droit.

Elle ne sait pas comment se sortir de là. Parce qu’elle a vu dans les yeux de Maxime qu’il n’allait pas changer de camp, même pour sauver son enfant. Elle l’a vu et ça lui a fait peur. Ca lui a fait mal. Elle se rend compte que maintenant que depuis le début, elle a gardé cet espoir de le ramener vers sa cause à elle.

Elle inspire, se passe une main sur le visage. Elle voudrait juste fermer les yeux et sombrer dans le sommeil. Mais elle ne peut pas. Elle ne peut pas perdre de temps.

Est-ce qu’elle pourrait fuir l’hôpital ? Disparaitre dans la nuit ?

Elle se lève, s’approche de la fenêtre. Là, sous la pluie, elle voit des soldats. L’hôpital est gardé, le grillage est trop haut. Ils vérifieront son identité, ils demanderont ce qu’elle fait là. Elle revient vers le lit, s’y laisse tomber plus qu’elle ne s’assoit.

C’était une connerie de garder le bébé. Une énorme connerie. Elle aurait dû s’en débarrasser dès qu’elle l’avait appris. Parce que même à ce moment, elle savait qu’elle ne pourrait pas continuer à être une soldate. Elle savait qu’elle ne pourrait pas vivre dans ce pays avec ce gouvernement. Mais elle y avait  vu une porte de sortie. Tomber enceinte lui permettait de démissionner. Mauvais calcul.

Elle prend une profonde inspiration.

Ce soir, elle aurait préféré le perdre. Elle aurait préféré ne pas avoir à se soucier de quelqu’un d’autre.

Parce qu’elle ne veut pas qu’il vienne dans ce monde, elle ne veut pas qu’on l’éduque dans cette propagande, cette haine de l’autre. Elle ne veut pas.

Alors, oui, il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde.

La pluie s’écrase toujours contre la vitre, la nuit avance. Peut-être que demain, elle pourrait tenter de filer à la première heure, avant que Maxime n’arrive.

Mais filer où ? Elle ne sait pas si les planques sont sûres maintenant. Elle n’a plus eu de contacts avec la résistance depuis l’attaque de la prison. Elle ne sait même pas qui a survécu. Ils avaient décidé ensemble de rester en silence radio pendant vingt-quatre heures après pour ne pas attirer l’attention. Et maintenant… maintenant, ils doivent sûrement se demander où elle est et se dire qu’elle a été démasquée.

Elle se lève, fait quelques pas dans la chambre. Il y a ces moments où la douleur devient insupportable. Alors fuir, très bien, mais pour devenir quoi ? Elle est mal en point, elle le sait depuis des semaines maintenant. Elle a tenté de l’ignorer, ça n’a rien donné de bon. Fuir pour se retrouver quelque part à faire une crise et se faire ramasser par les soldats, pas vraiment l’idée du siècle.

Elle vacille, se retient  à un mur. Puis, avec précaution, elle revient vers le lit.

Elle a envie de hurler face à sa faiblesse. Jamais encore son corps ne l’a laissée tomber. Jamais encore elle ne s’est sentie aussi vulnérable. Et surtout, elle n’a jamais été dans une situation aussi délicate.

Elle ne sait pas quoi faire, elle ne sait pas comment s’en sortir. Et de toute façon, elle sait finalement qu’elle ne s’en sortira pas. Elle sait ce qu’on fait aux femmes comme elle. Elle sait qu’ils vont l’enfermer, l’exécuter à la naissance de l’enfant.

Elle le sait.

Mais elle a tellement envie de vivre.

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Dédé
Posté le 02/05/2020
Anna est bien seule sur ce coup-là. Peut-être que le lendemain avec Maxime, il peut y avoir des surprises. Ou bien je vais pleurer toute ma famille et être détruit à jamais. Grosse attente de ce côté-là. Zéro pression.

Au risque de me répéter pour la 32eme fois, ce chapitre prend toujours aux tripes. Dans ses réflexions, ses émotions. Chapeau !

A très vite pour une prochaine fournée ! :D
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