31 - Rassembler

Par Seja

—  Alors ?

Mathilde regarde le regard fatigué et le visage crispé d’Alex. Ca fait des heures qu’il est là, à tenter de rentrer en contact avec les fugitifs. Des heures. Elle, ne sait même plus si c’est le jour ou la nuit dehors.

—  Beaucoup trop ont été arrêtés, répond-il enfin.

Il se tourne vers elle, hésite.

—  Je suis désolé, Mathilde. C’est parce que je ne vous ai pas avertis que vous vous êtes fait arrêter.

—  En quoi c’est ta faute ?

Il baisse la tête, il a vraiment l’air à bout.

—  J’ai vraiment eu aucune info sur ces raids qui se préparaient, poursuit-il. Rien. Et quand je me suis rendu compte que quelque chose n’allait pas, c’était déjà bien trop tard.

—  Je te reproche rien.

Elle jette un coup d’oeil à son écran, elle aimerait bien passer à la suite du plan. Elle aimerait surtout avoir quelque chose à faire. Ne pas rester là, les bras croisés, à réfléchir. Elle ne veut plus réfléchir.

—  Peut-être, dit-il. Mais si j’avais mieux cherché les informations, il n’y aurait pas eu tous ces morts.

—  Ca sert à rien de partir dans des hypothèses. On a été arrêtés, beaucoup des nôtres sont morts. C’est un fait. Essayons de faire quelque chose à partir de là.

Il hoche la tête.

—  Dans ce cas, j’ai peut-être quelque chose.

Mathilde sent l’adrénaline revenir dans ses veines. Ca fait du bien, ça chasse les pensées.

—  J’ai pu reprendre contact avec une vingtaine de groupes. C’est des gens qui sont passés sous le radar. En tout, si on ne compte pas les enfants, ça nous ferait dans les cinq cents personnes. C’est peu, mais c’est déjà ça de pris.

—  Cinq cents…

Mathilde ne sait pas si c’est une bonne nouvelle. Cinq cents personnes face à bien plus de soldats, ça a quelle chance ?

—  Ils seraient prêts à nous rejoindre ?

—  La plupart. Même si je t’avoue qu’ils ont peur. Pour leurs enfants et pour leur vie.

Il pousse un soupir.

—  Mais ça fait des mois qu’ils sont en fuite. Ils sont fatigués de laisser l’autre camp gagner. Je crois qu’ils sont tellement à bout qu’ils seraient prêts à donner leur vie.

Mathilde serre les dents. Elle ne supporte pas cette pensée. Elle ne supporte pas de se dire qu’on a tellement malmené les gens qu’ils n’ont plus rien à perdre.

Elle regarde le profil soucieux d’Alex. Il les a aidés pendant ces quelques mois, il leur a évité bien des fois de se faire prendre.

—  Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle.

Il promène un regard sur les résistants du bunker.

—  Tous ces plans ne serviront à rien si Anna s’est fait démasquer.

—  Tu crois que c’est possible ?

—  C’est même très probable. Elle semblait mener un double jeu, Mathilde. Et j’ai vraiment très peur qu’elle ait franchi la ligne de trop.

—  Qui elle est ?

Jusqu’à ce sauvetage, Mathilde n’avait jamais entendu d’elle. Ce qui est sans doute mieux pour rester en sécurité.

—  Je ne sais pas grand chose d’elle. Mais beaucoup de mes informations très confidentielles sont venues d’elle. Je l’ai toujours soupçonné d’être en contact avec quelqu’un de l’armée ou du gouvernement. Ou de faire partie de l’une ou de l’autre.

—  Ah.

Le silence retombe entre eux. Mathilde n’a pas envie de lui dire que ses craintes sont certainement très fondées.

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Dédé
Posté le 02/05/2020
J'aime décidément vraiment beaucoup comment tu sais instaurer plusieurs ambiances dans un même chapitron. On commence par la gêne, le silence, et on finit par le doute grandissant.

Pauvre Anna… Décidément, c'est un sacré revirement pour elle, et de partout. Si son groupe la lâche, j'ai peur pour elle…

Le personnage d'Alex reste attachant, on sent la culpabilité peser sur lui. Et l'espoir qui envahit encore une fois Mathilde, le frisson qu'elle a... J'en frissonnais avec elle !

A très vite pour la suite ! :D

Coquillettes :
Jusqu’à ce sauvetage, Mathilde n’avait jamais entendu d’elle. --> jamais entendu parler d'elle ? Il manquerait un mot pour moi.
Je l’ai toujours soupçonné --> soupçonnée
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