30 - Décider

Par Seja

La nuit est bien avancée à présent et Maxime attend. Il ne sait pas quand le médecin viendra, il ne sait rien de l’état d’Anna. Il ne sait rien. Et il redoute le moment où on viendra le lui dire.

Il se prend la tête entre les mains, inspire. Il voudrait pouvoir oublier cette journée, oublier les paroles échangées avec sa femme. Oublier.

Est-ce qu’il pourrait ? Fermer les yeux, faire comme si elle n’avait rien avoué ? Est-ce qu’il pourrait la regarder encore dans les yeux, faire comme si tout allait bien ? Il n’en sait rien. Dans quelques mois, le bébé sera là et si Maxime dénonce sa mère, peut-être qu’il ne verra jamais le jour.

La pendule en face de lui égrène les secondes. Lentement, bien trop lentement. Il a oublié de regarder l’heure à laquelle ils sont arrivés à l’hôpital. Mais il a l’impression d’être là depuis une éternité. Est-ce que ça veut dire que c’est vraiment grave ?

Il sent l’air lui manquer, son esprit s’embrouiller. Parce qu’une pensée vient de s’imposer à lui. Elle l’a trahi, il doit la dénoncer. Il doit faire un rapport de toutes ses activités. Il le doit. S’il ne le fait pas, il sera aussi considéré comme un traitre.

Qu’est-ce qu’ils lui feront ? Est-ce qu’ils l’interrogeront ? Est-ce qu’ils lui feront du mal ?

Il ferme les yeux. Il sait très bien ce qu’ils feront. Ils l’enfermeront jusqu’à l’accouchement. Puis, ils l’exécuteront. Quant à l’enfant, il ne sait pas s’il sera autorisé à le voir.

Il essaie de faire revenir sa respiration à la normale. Il en a besoin pour réfléchir. Il en a besoin pour prendre une décision. Sauver sa famille ou sauver son pays ?

Il ne peut pas réfléchir à ça. Il ne peut tout simplement pas. Parce que jusqu’à aujourd’hui, il ne se doutait même pas que sa femme le haïssait à ce point. Tout vient de lui tomber dessus et il ne sait pas quoi faire de ces informations.

Le médecin qui approche le tire de ses débats. Maxime se lève, attend le verdict.

—  Elle va bien, dit-il. Le bébé aussi. Mais vous auriez dû venir bien avant.

Maxime hoche la tête. C’est mauvais, ce soulagement qu’il ressent. Il ne le devrait pas pour une traitresse.

—  La grossesse est compliquée, poursuit l’homme. Elle a l’air de subir beaucoup de stress, ça n’arrange rien aux choses.

Il fixe Maxime bien en face.

—  Elle va avoir besoin de beaucoup de repos, dit-il. Et elle aura besoin que vous soyez à ses côtés.

Cette conversation est incongrue. Elle aurait pu passer pour normale si quelques heures avant, Maxime n’avait pas découvert qu’Anna travaillait pour la résistance.

—  Je peux la voir ?

—  Non.

Le médecin prend un air désolé.

—  Elle a demandé à rester seule cette nuit. Elle se remet encore de la crise de ce soir.

Maxime encaisse ces mots.

—  Venez demain matin, dit le docteur. Elle se sentira mieux.

Il lui adresse un sourire compatissant, se détourne et s’en va. Maxime reste un moment à fixer le couloir vide. Pendant un instant, il se demande s’il ne pourrait pas quand même aller la voir dans sa chambre, y renonce.

Il ramasse ses affaires, se dirige vers la sortie. L’air froid et humide lui remet un peu les idées à leur place. Il ne va rien faire ce soir. Il a au moins besoin de parler à Anna avant de décider quoi que ce soit.

Il remonte le col de son blouson et plonge dans la bruine.

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Dédé
Posté le 27/04/2020
J'ai eu peur, j'attendais comme Maxime. A un moment, je me suis demandé ce que j'aurais fait à sa place. Conclusion : j'aimerais pas être à sa place.

C'est pas que je n'aime pas les autres personnages mais j'ai une préférence pour Maxime/Anna. J'aime beaucoup tes personnages dans leur ensemble mais eux… eux, je les adore ! J'ai envie de les chouchouter et leur dire que tout ira bien. Mais je crois que je leur mentirai…

Avec ce chapitre, tu leur accordes une journée de répit. Et donc forcément, on a envie d'avoir la suite.

Merci pour ce moment de lecture ! A bientôt ! :D
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