3. Une journée odorante

Par Eurys

Le soleil avait montré ses premiers rayons depuis plus d'une heure quand un jeune homme brun émergea de son sommeil réparateur. Il resta quand même une dizaine de minute ainsi, sans bouger, savourant le calme si l'on ne comptait pas le chant du coq et le bruit des premiers marchands. Mais ce jour ci était diffèrent des autres car il ne se réveillait pas pour reprendre la route dans un but incertains, mais pour commencer ses recherches. Un sourire fleurit sur ses lèvres. La situation n'avait rien d'heureuse mais il était à Paris, et il était mousquetaire ! 

Lui !

Temporaire certes, et pas exactement dans les conditions requises mais bientôt il arborerait l'épaulière de ces même hommes qu'il avait rencontré hier. Il pouffa de rire, amusé de sa propre situation 

« S'ils savaient seulement ... »

Cette pensée tournait et se retournait dans sa tete, provoquant un titillement de satisfaction mais aucun de ces hommes n'en saurait jamais rien, pour son bien, et celui du capitaine de leur garnison. 

C'est quand le clocher de l'église la plus proche sonna la messe de 7 heure qu'Armand se décida à se lever. Le réveil matinal n'était pas encré en lui, mais arriver en retard était inconcevable. Il se contenta de se laver la figure, avant de s'habiller et se diriger dans la cuisine. Le bois entièrement consumé, le feu s'était éteint. Il sorti son poignard, découpa une tranche de pain et de fromage et se posa près de la fenêtre, observant la ville ou plutôt ses toits. Son petit déjeuner  avalé il prit la direction de la caserne, anticipant ce nouveau jour.

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Comme hier et surement tous les jours à venir, la caserne fourmillait de monde, de mousquetaires rentrants et sortants et d'autre qui patientaient. Les quatre mousquetaires qu'il avait rencontrés hier faisaient partie de la deuxième catégorie. Ils étaient attablés au même endroit qu'hier, Porthos astiquant son mousquet, Athos buvant à même la bouteille écoutant d'une oreille distraite les dires d'Aramis. Des quatre il n'y en avait que trois. D'Artagnan n'était visible nulle part. Il attacha sa monture et se rapprocha des trois autres.

« _Tiens, revoilà le petit, je pensais que vous vous seriez enfuit durant la nuit ! Plaisanta Porthos

_Dommage pour vous. J'espère que vous n'avez pas parié, cette fois » répondit Armand en souriant face à lui.

Les mousquetaires se turent de surprise: de la part de celui qui parlait à peine hier, ils ne s'attendaient pas à une réplique, et bonne qui plus est !

« _J'avoue que celle-là, je m'y attendais pas, ris Athos. Il tendit sa bouteille au nouvel arrivant. Tenez, une gorgée ?

_Non... merci. Hum... je pensais que nous ne devions pas boire durant notre service ? Osa-t-il en craignant de vexer Athos.

_Ce n'est que de la piquette, elle ne rendrait pas ivre un enfant.

_Cet homme a beau vouer un amour à la bouteille, intervint Aramis, vous ne le verrez jamais ivre durant un service.

_Ce qui vaut mieux ! » Retenti une voix derrière Armand.

Armand se retourna rapidement et découvrit une jeune femme brune vêtue d'une façon étrange, une sorte de mélange entre une robe et une veste de cuir comme celle des mousquetaires. Cependant ce qui le troubla encore plus était le pistolet qu'elle portait à la ceinture. Cela devait être elle, celle dont lui avait parlé Aramis hier. Il continua son examen silencieux jusqu'à rencontrer les yeux bruns qui le fixaient depuis un moment.

Constance allait remettre la recrue qui semblait l'examiner à sa place quand son regard croisa celui du jeune homme. Aucun son ne sorti de sa bouche. Elle fixa le visage face à elle, une impression étrange dans la tête. Quelque chose la dérangeait chez cet homme, pourtant elle était sure de ne l'avoir jamais vue. Ce visage ne lui disait rien mais il l'intriguait comme une chose qui n'était pas à sa place habituelle sans arriver a savoir laquelle. Et elle n'aimait pas ne pas savoir.

« _A peine un jour et il arrive à séduire Constance, je vais prendre peur qu'on ne me vole ma place ! s'écria Aramis, brisant également le silence gênant qui s'était installé au plus grand bonheur d'Armand.

_Évitez ce genre de remarque Aramis ou vous ne pourrez bientôt plus vous servir comme bon vous semble dans la réserve », le menaça Constance. Celui-ci simula un cri d'indignation exagéré, provoquant le rire de Porthos.

_Si cela vous intéresse, ajouta Aramis, voici Armand Lacroix, le capitaine de Treville vient de l'intégrer comme mousquetaire a notre équipe en remplacement de votre cher d'Artagnan.

_Sauf qu'avoir son mari dans les pattes n'est pas tellement mieux, rigola Constance. Elle se tourna vers le nouveau mousquetaire qui ne semblait pas bien suivre le fil de la conversation :

_Je me nomme Constance d'Artagnan, je suis l'épouse du mousquetaire que vous avez rencontré hier. Je m'occupe de gérer la caserne et les cadets et de temps en temps tirer les oreilles de ces trois-là, ajouta-t-elle avec un sourire.

_Armand Lacroix, Aramis vous l'a dit le capitaine vient de m'intégrer a cette équipe de mousquetaires.

_Et la famille d'Artagnan va bientôt s'agrandir ! On aura bientôt un petit bout de chou à la caserne, annonça Porthos en souriant. Armand reporta son attention sur la femme avant de sourire chaleureusement et la féliciter. Elle le remercia sans pouvoir encore une fois s'empêcher de le dévisager puis décida de taire ses interrogations pour le moment: elle avait encore du travail qui l'attendait.

_Bien je dois aller vérifier les provisions, heureusement qu'on n'a pas plusieurs Pothos dans la caserne ou elle serait  ruinée ! Si vous avez une quelconque question Lacroix n'hésitez pas,  vous me trouverez quelque part. »

Apres un salut de la tête elle disparut vers ce qu'il se souvenait être les cuisines, les laissant de nouveau à quatre. Il surprit alors le regard de Porthos posé sur lui.

« _Notre ami semble très... captivé par Constance !

_Je ne saurais vous conseillez de jeter votre dévolu sur une autre personne et vite, d'Artagnan est notre ami, le rappela Aramis.

_Non ! Mais je... elle ne ... . Armand bafouilla et rougit sous l'allusion, ce n'était pas du tout pour cela qu'il dévisageait Constance !

Les deux hommes rirent de bon cœur.

Ils venaient encore de se moquer de lui, une fois de plus. Pourtant le regarde indéchiffrable que lui lançait Athos ne lui disait rien qui vaille, il semblait comme ... l'examiner.

_Aramis, il semblerait que notre ami compte rester tranquillement assit, commença Porthos. Et si nous lui montrions les taches d'une recrue ?

_Cela me semble être une très bonne idée ! Venez Lacroix. »

Il se leva et contourna la table, une expression peu rassurante sur la figure. Une grosse main s'abattit sur son épaule, Portos l'enjoint à se lever et Aramis ouvrit la marche. Armand les suivait mécaniquement et il commença à s'interroger quand leurs pas le menèrent aux portes des écuries. Il était de moins en moins rassuré. Ils s'arrêtèrent, Aramis fit quelque pas, prit une pelle et vint la mettre entre les mains d'Armand. Une image de sa future tache s'esquissa dans sa tête, mais... ça ne pouvait être ça ... .

« _Bien ! Cet endroit a besoin d'un bon nettoyage, avec la baisse du nombre de cadets actuel les bras nous manquent. La brouette est là-bas. Nous vous récupéreront dans... Disons 3 heures ! » Sur ce, Aramis se détourna et sorti accompagné de Porthos, sous l'œil incrédule d'Armand.

Il cria les noms des deux hommes mais aucuns d'eux ne rebroussa chemin... il les entendait même rire ! Donc c'était bien cela... il allait nettoyer les écuries, comme un simple garçon de cours. Une envie de balancer cette fichue pelle dans la paille et se diriger vers le bureau du capitaine pour scander injustice et indignation fit son chemin mais il se retint. Il savait ce que serait sa vie en tant que mousquetaire... Pas en tous points... pas cette facette ci mais s'il s'indignait maintenant il ne ferait pas long feu dans cette caserne.

Résolut il empoigna son outil de travail et se dirigea vers les boxes avant de se rappeler qu'il lui fallait une brouette également. Bon Dieu il n'avait jamais nettoyé d'écurie de sa vie ! Il ne savait même pas s'il s'y prenait correctement mais l'hypothèse de demander à ses bourreaux fut vite écartée. Ils allaient tout bonnement se moquer de lui !

Les trois heures données ne furent pas de trop. Armand commença par enlever toutes la paille souillée, retenant temps bien que mal les haut-le-cœur qui le prenaient. Il finit par trouver sa solution et respirait uniquement par la bouche pour atténuer l'odeur. Plus le temps passait plus il pensait qu'il n'en finirait jamais. Les cadets devaient sérieusement manquer... ou alors les cheveux n'avaient pas la notion de propreté ! 

Une fois la brouette pleine il la poussait vers la fausse prévue à cet effet pour se débarrasser de son contenu. Il fit ainsi près d'une dizaine de voyage avant d'apercevoir enfin le plancher. Il n'y avait pas d'eau et Aramis ne lui avait pas donné d'autres instruction alors il estima qu'il n'avait plus qu'à re-fournir les boxes en paille fraîche avant de faire rentrer les quelques cheveux qui étaient dehors. 

« Que » c'était facile à dire.

Les 3 heures étaient passés. Armand s'arrêta, transpirant et sans doute puant... Il ne le savait, son odorat semblait avoir cessé d'exister après une heure de labeur. Il allait se diriger vers la réserve de paille quand Une silouhette franchi les portes. C'était Porthos qui venait surement constater de son travail. Il jeta un regard étonné autour de lui et reporta son regarde sur Armand.

« _Eh bien, c'est du bon travail je ne pensais pas que vous en seriez déjà la ! Le déjeuner est prêt, venez prendre du repos et finissez ensuite. Par contre enlevez votre veste, vous puez le fumier ! »

Armand voulu répondre mais compris que le ton du mousquetaire n'était pas mesquin, il s'en amusait plutôt... comme à son habitude. Il rangea son matériel, sorti au soleil et hésita quelque instant à enlever sa veste. Après un coup d'œil discret il décida de l'ôter, le risque était minime et Porthos avait raison, il puait le cheval !

Il laissa sa veste de cuir à la porte des écuries et se dirigea en chemise vers l'éternelle table des mousquetaires.

D'Artagnan les avait rejoint, il s'assit et Portos poussa une gamelle de nourriture devant lui. Le jeune homme le remercia et entama son repas, les dernières heures l'avaient fatigué et il n'avait même pas encore fini ! Il tenta de se mêler aux conversations temps bien que mal, il ne connaissait pas ces sujets, que ce soit les problèmes avec le gouverneur de Paris, les tensions avec l'Espagne ou les nouvelles filles du bordel d'à côté.

Non ce n'était surement pas ses domaines.

Les quatre hommes cependant essayaient tout de même de ne pas le mettre à l'écart en lui posant des questions sur lui mais bien que l'intention fût bonne cela ne l'aidait pas du tout. Bien au contraire. Il failli remercier le ciel et surtout Athos, chose qu'il n'imaginait pas il y a peu quand il aborda le sujet du renouvellement des navires de la marine par le roi et le faussé que cela créait dans les caisses de l'état. Tout le royaume ne parlait que de cela, le roi semblait plus prendre cela pour un jeu... personne n'ignorait sa fascination pour les navires.

Le repas passa et Armand fut forcé de se remettre au travail. Il déplaça les bottes de pailles et commença à en remplir les boxes , le coup d'adrénaline qui l'avait pris le matin était partie et c'est par des gestes plus lents et durs qu'il finit de nettoyer l'écurie.

Il sorti pour détacher les chevaux un a un et les mener à leurs boxes puis une fois tous les chevaux rentré il se laissa tomber dans la paille restante, les bras en croix et serait bien resté ainsi si les deux acolytes qui l'avaient mené ici n'étaient pas apparues.

_Croyez-vous qu'il soit mort, Porthos ?

_Il semblerait, au moins il a laissé l'écurie propre !

_Donc tout ce qui vous importe est l'état de l'écurie ! Ma personne ne vous intéresse pas plus que cela !

_C'est plus la personne des femmes qui m'intéresse voyez-vous, dit Aramis

Armand s'empourpra avant de se relever, cette discussion prenait des routes qu'il préférait ne pas emprunter. Il sorti avec les deux autres mousquetaires, enlevant sa veste à nouveau pour éviter de transporter l'odeur du crottin.

Le reste de la journée se passa tout aussi péniblement, A l'arrivé du chariot de provision dirigé par Constance il l'aida à transporter les aliments les plus lourds. Il fut appelé par Treville avec qui il parla durant plus d'une heure sans rien révéler de leur discussion au grand damne des mousquetaires. Il n'eut au final pas grand-chose à faire, la journée se termina ainsi au rythme des petite taches.

 

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