3. Un petit navire

Par Lydasa.

— Raphaël se réveille, va chercher de l’eau !

 

C’est la première chose que j’entends en reprenant connaissance. Je papillonne des yeux, ébloui par la lumière du soleil. J’entends le roulis de la mer au loin, pas comme le roulis sur la coque d’un navire, mais celle d’une plage. Mon réflexe est de vouloir me relever, mais la douleur me foudroie en me faisant gémir douloureusement. Une larme incontrôlée coule le long de ma joue, regardant autour de moi. Elias me pose une main délicatement sur mon torse pour me faire signe de reste tranquille.

 

— Reste encore allonger d’accord, murmure-t-il, tu te réveilles à peine et tu es blessé.

— Tu peux… juste m’aider à me mettre assit ?

— Bien sûr.

 

C’est non sans peine que je me retrouve assis, mais la douleur devient si violente que je me tourne sur le côté pour vomir de la bile. Grégoire arrive avec une coque de noix de coco remplies d’eau. Je l’attrape tremblant, la buvant d’une traite. L’eau de la mer a asséché mes lèvres, ma gorge me brule et j’ai l’impression d’être totalement desséché. Je regarde enfin autour de moi, nous nous trouvons sous l’ombre d’un grand palmier sur le bord d’une plage au sable blanc. Le paysage est paradisiaque, si tout le long de la plage il n’y avait pas les débris du « Lion d’or ». Les souvenirs de la veille me reviennent, cette tempête qui nous a broyés comme une vulgaire brindille.

 

— C’est Grégoire qui a réussi à te sortir de l’eau, me dit Elias. Je ne sais pas comment, mais on a réussi à se retrouver sur la plage, nous et quelque autre survivant.

— Jacobs ?

 

Un silence se fait, je pense qu’ils ont déjà dû faire le tour des survivant et tenté de repêcher les cadavres.

 

— Il était dans la cale des canons, murmure d’une voix effacée Grégoire, au moment de l’explosion il était à attacher les canons pour éviter le tangage.

 

L’évidence est là, notre ami est surement mort, nous ne retrouverons pas son corps non plus. J’ai la gorge qui se serre, cette tempête n’aura pas pris seulement le navire, mais la vie de plusieurs hommes. Je regarde mon épaule, ils se sont attelés à me faire un bandage. L’infection peut vite arriver sur une île déserte, sans soin rapidement avec des médicaments adaptés, j’ai peur de ne pas survivre longtemps. J’arrive à me relever péniblement, je suis plus courbaturé qu’autre chose, il n’y a vraiment que mon épaule de blessé et mes mains écorchées.

 

Je me tourne vers l’intérieur de l’île, elle est constituée principalement de roche, de palmier et de sable. La pente semble abrupte et difficile à escalader. Surement une ancienne bulle de lave qui s’est calcifiée pour former cette île. Plus loin des survivants tente de pêcher, d’autre de construire un radeau et d’autre encore un abri en cas de pluie. Il ne doit pas avoir plus de cinquante survivants sur les deux cents de l’équipage. Étrangement, je peux apercevoir l’amiral assis à l’ombre d’un arbre, l’air abattu.

 

— Ce connard a survécu, sifflais-je entre mes dents.

— Ouais, mais pas tous les pets secs de la cabine de commandement. Personne ne l’écoute plus, c’est chacun pour soi à présent. Enfin on s’entraide, mais on ne suit plus les directives de qui que ce soit, soupire Grégoire.

— Il ne reste plus rien du bateau ?

— Non, soit ça à bruler soit ça a coulé. On a juste les débris qui s’échouent sur la plage.

— Quand je pense que le bateau était tout neuf…

 

Il n’aura vraiment pas fait long feu, sans vilain jeu de mots. Un homme s’approche de nous, avec dans les mains du poisson grillé, il me tend la grande feuille de palmier dans lequel il se trouve. Je ne me fais pas prier, j’ai très faim, mais en même temps la nausée à cause des douleurs. Je m’assois sur un arbre coucher au sol par la tempête pour manger mon repas. Grégoire repart me chercher de l’eau, je me sens chouchouter j’aime bien l’idée. Mais je me fais une évidence, dans les jours à venir je vais devenir un poids plus qu’autre chose.

 

Si ma blessure s’infecte, elle s’infectera c’est sûr, je risque de très vite dépérir. Après le repas je décide de marcher, j’ai mal partout, mais j’en ai besoin. Mes amis ne me lâchent pas d’une semelle m’encerclant de façon possessive à chaque trébuchement de ma part. On longe la côte, regardant la mer, elle semble c’être bien calmé et redevenir plate. J’ai du mal à concevoir le faire qu’en peu de temps elle peut se mettre en colère et tout détruire, puis devenir aussi paisible qu’un lion endormi. J’ai une pensée pour Jacobs, c’était mon ami et il était surement mort dans l’explosion.

 

— Quelle merde, soufflais-je !

— Je me demande si on va nous retrouver un jour, lâche Elias.

— Je ne tiendrais pas jusque-là.

 

Je reçois une légère tape derrière la tête de la part de mon ami. Il me regarde avec des yeux noirs, je sais qu’il n’est pas très content de ce que je viens de dire, mais il faut se rendre à l’évidence. Même eux, ils vont y passer sur cette île, il n’y a rien. On ne va pas se nourrir continuellement de coco et de poisson. Grégoire reste silencieux, à regarder l’océan tristement. Je sais qu’il pense à la même chose que moi.

 

On passe la journée à attendre, moi assis à l’ombre à fixer l’océan sans un mot, souffrant en silence. Grégoire s’attèle à me ramener souvent de l’eau, Elias quant à lui part avec le groupe d’exploration. Ils ont décidé d’escalader les roches et de faire le tour de l’île. Ils reviennent seulement le soir, sans grande découverte. Nous avons échoué sur ce qui semble être le seul endroit où la roche à laisser la place a de la végétation. Il n’y a même pas de forêt, une bande de sable avec des cocotiers et une falaise qui nous cache du vent.

 

La nuit fut douloureuse pour moi, j’ai senti la fièvre monter petit à petit et c’est rarement bon. Le lendemain quand Elias voulut regarder ma plais, c’était infecter et noircie a certain endroit. Grégoire resta silencieux en regardant l’horreur de mon épaule. L’amiral approche alors de nous, voyant mon épaule il fait une grimace.

 

— Ce n’est pas beau à voir, lâche-t-il.

— Allez-vous faire foutre, amiral, sifflais-je.

— Hum… je comprends que vous soyez… en colère contre moi.

— En colère ? Vous vous êtes planqué comme un rat pendant que tout le monde se débattait sur le pont.

— Je sais, j’ai… j’ai eu peur. Veuillez m’excuser. Pour votre plais, il y a une solution.

 

Il nous tend alors un flacon d’une bouteille en acier.

 

— Vous voulez que je picole pour oublier la douleur, ricanais-je.

— Non, gratté la plais, nettoyer la, retiré la chaire nécrosée et… passée ça dessus vous devriez plus avoir de problème d’infection.

 

Je me sens pâlir à avoir la tête qui tourne. Il n’a pas tort en soi, c’est une solution comme un autre même si on va gâcher du précieux rhum, mais j’ai une chance de vivre plus longtemps. Je déglutis, regardant Grégoire qui saisit la bouteille avant de la posé à côté de moi il me fixe alors avec détermination, je ne me sens de moins en moins bien. Elias soupire avant de me tendre une boue de bois au niveau de la bouche.

 

— Hey, les gars, j’ai le droit de dire que je ne veux pas, couinais-je.

— Non, tranche Elias.

 

Il mouille alors un tissu, je me résigne à mordre dans le bois. Il s’attelle a nettoyé la plais, retirant le pue jusqu’à ce qu’elle soit bien rose et propre. Rien que ça, j’ai l’impression que je vais tomber dans les pommes. Je m’agrippe à la souche sur lequel je suis assis jusqu’au faire craquer le bois.

 

— On y va, murmure Grégoire.

 

Mon hurlement résonne sur la plage, à tel point que tout le monde se tourne vers nous. Je n’ai clairement pas le temps de savoir la suite. Ma vision devient noire et je tombe à la renverse, retenue par Elias.

 

Je ne sais pas combien de temps je suis resté dans les vapes. Une chose est sûre c’est qu’à mon réveil j’avais la tête posée sur les cuisses d’Elias. Il avait ses doigts enfouis dans mes cheveux en fixant le coucher de soleil distraitement. Je grimace et lâche un gémissement alors que j’essaie de bouger. Grégoire se penche au-dessus de moi en même temps qu’Elias. Tous les deux mon veiller jusqu’à ce que je me réveil. Ils m’aident à me relever, me donnant à boire immédiatement. En regardant mon épaule, je remarque que la plait est plutôt belle a vrai dire. Je m’attendais à quelque chose de plus moche.

 

— Comment tu te sens ? demande inquiet Grégoire.

— Hum, je me sens encore fiévreux, mais je me sens mieux que ce matin.

— Heu… avant-hier en fait.

 

J’écarquille les yeux, je suis resté dans les vapes aussi longtemps ? Je déglutis, c’est pour ça que la plais est si belle, c’est que ça a eu le temps de cicatrisé un peu, ils ont dû me la nettoyer plusieurs fois. J’essaie de me redresser, mais j’ai encore une fois la tête qui tourne. Heureusement Elias me soutient. Grégoire lui va me chercher de quoi manger. Sur la plage je remarque qu’un immense feu y a été allumé.

 

— C’est quoi que vous bruliez comme ça ?

— Les… corps.

 

Je pâlis, c’est logique, si on laisse les cadavres sur la plage avec nous c’est un risque de tomber malade. Je me demande si Jacobs est permis lui. Elias répond à mon silence, murmurant un « oui il est dedans » je déglutis, au moins nous avons retrouvé son corps. Notre ami revient avec du poisson et du crabe pour tout le monde. Il le met sur le feu allumé à côté de nous, je regarde les flemmes danser. Des flashs de la tempête me reviennent, les hurlements des hommes pris dans les flammes du pont.

 

— Il est ou l’amiral ?

— Dans le feu aussi, murmure Grégoire.

— Quoi ? Mais pourquoi ?

— Il y a eu une mutinerie, il a voulu se défendre contre certaines têtes fortes, mais ils l’ont tué finalement.

 

Je déglutis, regardant la plage. Il y a un petit groupe qui semble prendre les décisions, ayant le stock de nourriture à côté d’eux. Ainsi que les armes et ce qui semble être un radeau en construction. Je demande si le groupe d’exploration a trouvé quelque chose, il semblerait que non et Elias est resté auprès de moi. Il n’a pas voulu y retourner en sachant que j’étais surement en train de mourir.

 

Les jours passent et se ressemblent. Je me sens mieux, mais j’ai encore très mal, j’aide comme je peux le petit camp de fortune. Jusqu’à ce qu’un groupe revienne avec des nouvelles qui semble enchanter tout le monde ? Ils ont trouvé ce qui semble être l’entrée d’une grotte. Ils ont aussi trouvé des lapins, ce qu’il ravit absolument tout le monde d’avoir autre chose que du poisson. De l’autre côté au bout de deux heures d’escalade se trouve une petite clairière boisée, avec une autre plage un peu plus grande.

 

Pour le moment le groupe ne veut pas bouger, préférant construire le radeau avec les restes du navire. J’avoue que monter là-dessus me fait peur. Un grand navire de ligne n’a pas survécu à une tempête alors un radeau je n’ose pas imaginer. Avec mes amis, on décide de faire partie du prochain groupe pour aller chercher des lapins. Au début Grégoire n’était pas vraiment pour a vu de ma blessure, mais je me sens capable de faire le chemin. Je ne peux pas rester à ne rien faire, à subir.

 

L’escalade fut fastidieuse, j’avais des crampes à mon épaule. Mais il y avait de petites niches où je pouvais prendre une pause avant de reprendre la monter. Notre groupe n’a même pas cherché à nous attendre et nous nous sommes fait distancer rapidement. Mes deux amis ne voulant en aucun cas me laisser à l’arrière. Quand on arrive tout en haut je me retrouve figer, la vue est juste grandiose, mais anxiogène.

 

— C’est immense, souffrais-je.

— On est surtout au milieu de l’océan on ne sait où, grommelle Elias.

— Ça serait trop simple si on s’était échoué sur le continent, gloussais-je, on n’a pas vu des pirates, mais on a quand même notre aventure sur notre île.

 

Je m’élance pour descendre sur le petit chemin, surement fait par des animaux à force de monter. L’île est en une sorte de croissant rocheux, au début on pensait qu’il n’y avait que notre petite plage, mais la falaise est juste immense et impraticable par le côté. En arrivant en bas sans trop de mal, le groupe qui nous précédait a établi un petit camp. Pour faciliter notre chasse, nous allons passer la nuit de ce côté-ci et apporter demain ce que nous aurons chassé au reste du groupe. Du moins c’est ce qui est prévu. Mais quand en arrivant on entend certains du groupe parler d’établir un camp définitif ici et de laisser les autres se démerder avec leur poisson, je comprends qu’il y a une légère mésentente.

 

— C’est une mission suicide avec leur radeau, dit l’un des hommes.

— Alors autant resté ici avec de la viande, du poisson et d’autres fruits que des noix de coco. Moi je ne monterais pas sur leur radeau, je préfère attendre ici plusieurs mois que de mourir en mer.

 

Je regarde mes amis, Grégoire a les bras croisés sur sa poitrine, écoutant attentivement. Elias lui a un sourire en coin et fait des petits oui de la tête. J’ai comme l’impression qu’ils sont d’accord avec ce qui se dit. Je ne suis pas contre au contraire, reprendre la mer sur leur radeau m’effraie. Ici on semble tout de même mieux que sur la plage ridicule de l’autre côté. Tout le groupe semble d’accord, je pense même que tous ont suivi dans cette optique. Moi je voulais surtout changer d’air, ce qui est compliqué sur une île ridicule.

 

— Demain nous irons explorer la grotte, si nous pouvons y être à l’abri et ne pas être embêter par les marées ça serait bien, propose quelqu’un.

 

Je suis le mouvement sans rechigner, aider les commis à préparer les lapins que les chasseurs nous ramènent. De ce côté-ci de l’île, il y a des mangues et des bananes. Ça change des noix de coco qui donne la courante. Il y a même une réserve d’eau naturelle qui tombe directement de la falaise. Pour survivre, il y avait tout ce qu’il fallait, nous étions habitués à vivre rudement sur le navire. On se fait un repas de roi avec les fruits trouvés et la viande fraiche. Cela donne du baume au cœur à tout le monde avant qu’on ne se couche confortablement sur de l’herbe et non du sable.

 

Mes amis se placent de chaque côté de moi, toujours peu rassuré à cause de ma blessure. Même si j’ai fait beaucoup d’effort je me sens beaucoup mieux qu’au début. Dans la nuit je les sens se blottir contre moi de façon protectrice. J’aime beaucoup l’attention qu’ils me portent, même dans la caserne nous étions très proches. La mort de Jacobs nous a affecté tous les trois et ils ont eu peur de me perdre aussi.

 

Le lendemain on se dirige vers cette fameuse grotte, un autre groupe va sur la plage pour allumer un grand feu si un navire passe dans le coin. En entrant dans la caverne, on entend le roulis de l’eau à l’intérieur, nous sommes à marée haute, cela nous donnera une idée de comment est inondé la cavité. En avançant, on se rend compte qu’il y a toujours un courant d’air frais qui fait danser la flamme de nos torches. On arrive dans une cavité beaucoup plus grande, se trouvant à l’intérieur même de cette immense falaise.

 

Ce n’est pas le plus impressionnant, c’est surtout ce que l’on y trouve. Il y a un grand ponton en bois, œuvre de la main de l’homme. La cavité donne sur l’extérieur de l’île donnant ainsi la possibilité à un navire légèrement plus petit que le « Lion d’or » d’y entré et de ne plus être vu de l’océan. Il y a aussi toute une construction en bois comme de petites cabanes à droite et à gauche.

 

— C’est un putain de repère de pirate, grogne Grégoire.

— Ouais, mais ça veut dire qu’un navire peut arriver n’importe quand. Il faut qu’on prévienne tout le monde et qu’on fasse un plan pour attaquer et prendre le navire, répondit Elias en se frottant sa barbe naissante sur son menton.

 

Tout le monde se tourne vers lui, son plan plaît, il faut qu’on s’organise pour reprend le navire de l’ennemie. Nous ferons ainsi d’une pierre deux coups, se sauve de cette île maudite et neutralisée un navire pirate. On décide de visiter les lieux, trouver si possible des armes. Mais a par des cabanes vides nous n’avons pas beaucoup de chance là-dessus. Nous finissons tout de même par trouver quelque chose qui nous donne espoir que l’endroit n’est pas abandonné. On découvre un coffre avec plusieurs pièce, diamant et autre comportant les armoiries du roi. Un butin laissé ici pour ne pas être dérobé ou perdu en mer.

 

— C’est bien beau toute c’est pièce, mais on ne peut pas leur balancer à la figure non plus, grogne un des hommes de notre groupe.

— Non, mais on peut l’utiliser comme appât, réfléchit Elias. On peut le sortir d’ici, laissant quelque indice pour les mener à la clairière et leur monter une embuscade.

 

Tout le monde approuve le plan d’Elias, il a toujours été le plus malin de notre promotion. Lui serait un bon amiral, s’il a une chance de le devenir du moins. Nous faisons alors ce qu’il dit, semant quelque pièce à droite et à gauche comme le petit poucet. Une fois à l’extérieur on explique ce qu’on a découvert au reste du groupe et allons chercher ceux restés de l’autre coter. Nous sommes absorbés dans nos préparatifs que nous remarquons à peine un navire approcher au loin. Un navire au voile et au pavillon noire.

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