3 - Un entretien

Ethan était assis à son bureau. Il tapotait nerveusement son stylo contre la surface polie. Sa première séance avec Cali était sur le point de débuter. Il savait qu'il lui faudrait être prudent et délicat. Elle était toujours dans un état de grande fragilité et il ne fallait pas qu'elle se réfugie à nouveau dans le silence de déni qu'elle avait affiché ces dernières semaines. Ethan devait trouver un moyen d'apprendre ce qu'elle savait tout en la ménageant au maximum, pour ne pas créer chez elle de nouveaux traumatismes.

Son interphone sonna, le sortant de ses réflexions. D'un bond, il se rendit dans la salle d'attente où un brancardier attendait avec elle. Ethan fit un petit signe de tête à son assistante et entra dans son cabinet avec la jeune femme. Il fut déconcerté par le changement radical qui s'était opéré chez Cali. Ses cheveux noirs étaient coiffés en tresses. Elle était légèrement maquillé avec du mascara et du blush. Elle semblait calme, presque à l'aise.

- Merci, docteur, dit-elle quand il lui proposa de s'asseoir.

Elle posa sa veste sur l'accoudoir de sa chaise, elle s'assit, croisa les jambes et posa les mains sur ses genoux. Ethan remarqua qu'elle adoptait la même pose que sur le tableau de famille, vu chez elle quelques jours plus tôt.

- Alors, comment allez-vous, Calience ?

- Bien merci. Et vous ?

- Bien, je vous remercie, répondit-il, un peu déconcerté par la question.

Il est rare qu'un de ses patients prenne ainsi de ses nouvelles.

Ethan s'assit en face d'elle. Il aimait son environnement de travail qu'il avait décoré avec soin en créant un univers d'espace et de détente. Pour que le patient se sente en confiance sans être stressé. Le mur peint dans un léger vert d'eau, avec des cadres accrochés représentant la nature dans différentes saisons. Le mobilier était simple et pratique. Un bureau blanc en bois avec son ordinateur et son carnet de note, deux confortables fauteuils moelleux en cuir blanc, un divan où le patient pouvait s'y allonger pour des séances d'hypnoses.

Il ne pouvait pas lui parler tout de suite de la nuit où on l'avait retrouvée, recouverte du sang de la victime. Elle était encore vulnérable, surtout suite à une fausse couche. Il devait partir de plus loin, faire défiler l'histoire de sa vie à Robotics, l'habituer à la parole et à la description de détails. Il pourrait ainsi l'amener au degré de précision dont il aurait besoin quand ils parleraient de la nuit de la soirée de noël. Il espérait également en apprendre davantage sur ses collègues et amis sur lequel un tueur en série semblait avoir jeté son dévolu. Le personnel était-il épié par un étranger ? Ou la menace venait-elle de l'intérieur ? Cali aurait-elle vraiment pu être amie avec un pareil sadique sans rien remarquer du monstre qui sommeillait en lui ?

Il débuta la séance par une question anodine, comme une conversation entre deux amis.

- Parlez-moi de Robotics, Cali. Qu'est-ce qui vous plaît là-bas ?

Elle le regarda, intriguée, comme si elle le soupçonnait de vouloir la piéger. Il ne détourna pas les yeux, il essayait de la rassurer.

- C'est beau, dit-elle après un court moment de réflexion. Les bâtiments sont magnifiques, grands et spacieux.

Sa réponse était un peu naïve et ne reflétait pas, ce qu'elle avait vraiment en tête. Il essaya de nouveau.

- Ça a dû vous changez, vous qui avez grandi dans une petite bourgade de l'Arkansas. A Hidden Springs.

Elle haussa les épaules.

- Comment était votre bureau ?

- Mon bureau ?

- Oui. Certains se trouvent dans la partie ancienne de la société, avec des problèmes de connexion internet. Certains ont même leurs propres douches et toutes les commodités...

- Il était très bien agencé, décoré par un architecte d'intérieur. Pas loin de celui d'Alexander.

- Qui était vos voisins ?

- Je n'avais qu'une voisine, Abby Devlin.

- Irlandaise ?

- Non, vous croyez ? plaisanta-t-elle.

- Vous vous entendiez bien ?

- Bien sûr ! C'est ma meilleure amie et ma demoiselle d'honneur.

- Avec qui avez-vous sympathisé dans les premières semaines après votre embauche ?

- Abby et Tracy.

- Tracy Spadolini ?

- On vit dans le même quartier à New-York. On l'emmène avec notre bateau privé tous les jours. Nous avons beaucoup de choses en commun.

Il remarqua qu'elle parlait au présent.

- Vous êtes toujours amies ?

- Oui, pourquoi ne le serait-on pas ?

- Parfois, on se fait des collègues à notre arrivée, puis la vie en entreprise prend notre temps et on se perd un peu de vue par la suite.

Elle sourit d'un air contrit.

- Vous avez sans doute raison. Je ne suis aussi proche de Tracy depuis mon mariage.

- Qu'est-ce qui a changé ?

Ethan aperçut une lueur traverser le regard de Cali. Pourtant, son expression ne changea pas. Nouveau haussement d'épaules.

- Nous deux, je suppose. Je me suis mariée et Tracy a toujours eu des problèmes avec les hommes.

- Vous avez d'autres amis ?

- Josh... Robert... Abby

- Josh ?

- Vous ne l'avez pas encore rencontré ? Non, vous vous en souviendrez. Plus d'un mètre quatre-vingt-dix, des membres longs et mous et des cheveux brun tout le temps emmêlés. Un véritable épouvantail.

Il se força à rire pour l'encourager.

- Qui d'autre ?

- Amanda, répondit-elle, plus sérieusement.

- Parlez-moi d'elle.

- La première fois que je l'ai vue, elle marchait sur la pelouse du campus.

Les yeux de Cali se perdirent dans le vide, elle semblait regarder le passé.

- La pelouse est interdite à cet endroit. Les pique-niques sont autorisés aux beaux jours mais pas dans cette partie-là. Mais personne ne disait rien quand c'était elle qui marchait dessus. L'assistante du patron, vous comprenez... Il y avait beaucoup de vent, son trench-coat claquait contre ses jambes. Ses cheveux blond lui cinglaient le visage. Elle riait. Lorsqu'elle est arrivée au portail nous l'attendions tous, à l'abri du vent, pour aller déjeuner. Ses cheveux ont repris miraculeusement leur place, comme sortie de chez le coiffeur. Après ça, je suis retourné dans mon bureau. Mes cheveux ressemblaient à des pelotes de laine qu'on aurait passées dans le mixer.

- Et Alexander ? demanda Ethan. Le visage de Cali s'éclaira à la seule mention de son mari. Vous vous souvenez de la première fois que vous l'avez vu ?

- C'était sur l'océan, répondit-elle en souriant. L'entreprise possède une plage privée. Il faisait du bateau. Ils étaient une douzaine dedans. C'était lors de la journée d'intégration des jeunes embauchés. Une sorte de teams building pour faire connaissance. Il y avait une compétition de canoë kayak. Pour les plus aventureux, ils pouvaient y participer. Certains pouvaient aussi suivre la course sur des barques.

- Vous étiez où ?

- Sur la rive. C'est là que la vue est la plus magnifique. J'y allais chaque fois que je voulais me rappeler que j'avais vraiment réussi à m'échapper.

- De quoi ?

- De ma dépendance aux autres. Par ironie du sort, c'est là que j'ai rencontré Alex. Et j'ai eu besoin de lui plus que tout au monde.

Ses yeux s'adoucirent. Ils perdirent leurs éclats turquoise et virèrent à une couleur Eau-de-Nil, plus chaleureuse.

- Je ne voyais que lui. On ne se connaissait pas, mais quand il m'a vue, il s'est approché dans son bateau et m'a lancé : « on peut chavirer à tout moment, mais si tu te sent le courage, on peut battre tous les records ! ». Son tutoiement ma surprise mais j'ai appris que c'était la norme, pour effacer la hiérarchie.

- Et vous êtes montée ?

- Oui. Je me suis retrouvée à côté de Léo, qui émanait une forte odeur corporelle à cause de la température très élevée. Pas vraiment le cadre idéal pour une rencontre amoureuse ! Mais Alex et moi ne nous lâchions pas du regard. Il m'a pris la main pour m'aider à quitter la barque et... avez-vous déjà ressenti que ça allait arriver ? Que c'était inévitable ? Comme une évidence ?

Ethan hocha la tête, pensant à ses doigts frôlant ceux de Cassandra alors qu'ils avaient jeté leur dévolu sur le même sachet de pop-corn au cinéma.

- Et ensuite ?

Elle fronça les sourcils. Il se demanda si elle ne rappelait pourquoi ils avaient mis du temps à sortir ensemble malgré leur attirance mutuelle.

- Rien. Nous n'étions même pas vraiment amis. On papotait un peu quand on se croisait entre deux réunions mais curieusement il avait l'air de veiller à ce que rien ne se passe entre nous. Par exemple, il faisait attention à ne pas boire d'alcool lors des afterworks auquels j'étais présente. Au cas où il se laisserait aller. Et il se débrouillai pour que nous ne nous retrouvions jamais tous les deux seuls.

- Comment avez-vous interprété son attitude ? interrogea Ethan.

- D'abord, je me suis dit que je m'étais trompée, que je m'étais fait des idées. Après tout, il est mon patron et le PDG, les relations entre collègues pouvaient être mal vue et mal interprétées, du genre "promotion sur le canapé". Et puis un soir, je suis allée à une soirée organisé lors d'un séminaire à Hawaï. Alex était là...

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Éloïse
Posté le 01/03/2021
Hello
J'aime bien Calience (son prénom est cool) elle a l'air douce. Mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de gros derrière tous ça et c'est pas forcément super sain. Ce n'est qu'une impression pour le moment à voir si ça se confirme ou non
limapearl
Posté le 01/03/2021
Hum, bonne déduction. Elle a souffert la pauvre. Son personnage sera affiné dans les chapitres suivants. Pour son prénom, c'est totalement inventé.
Éloïse
Posté le 02/03/2021
Hate de voire ça ma foi
Et bien c'est un joli prénom
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