3. Le Grand Théâtre

Par tiyphe
Notes de l’auteur : MAJ faite le 16/06/2020 - Bonne (re) lecture :D

 

Louise

Les deux dirigeants mirent un certain temps à réagir, figés par la confusion, l’effarement et l’horreur. Des Occupants de tout âge en apparence étaient suspendus, accrochés, empalés dans les airs par des filigranes nacrés qui leur transperçaient le corps. Les liens ressemblaient à des fils de couture d’une matière inconnue et de couleur opaline. Ils paraissaient sortir des murs, du sol et du plafond. La gravité faisait couler le sang des spectateurs sur les filaments et des flaques écarlates commençaient à se créer sur le parquet de chêne. Des sièges avaient même été pris dans les broches comme s’ils ne pesaient rien.

Louise aurait pu apprécier le Grand Théâtre si la vision qui s’offrait à elle n’était pas si terrible. Les grands spots lumineux éclairaient la salle d’une lueur éblouissante, donnant la nausée. Les mezzanines et les baignoires étaient désertes de leurs occupants. Une femme était accrochée à un des balcons qui se trouvait à quelques mètres au-dessus de la tête de Roan. L’orchestre, entre la scène et les premiers fauteuils, avait été décimé de la même façon. Les musiciens et musiciennes étaient perforés de toutes parts, tout comme leurs instruments.

Le plus effrayant se révélait dans l’expression qui habitait les visages des Occupants. Louise avait d’abord cru voir de la douleur dans leur regard. Mais ils semblaient tous furieux, transpercés par une animosité presque animale. Les sourcils se confondaient avec les yeux dont la pupille n’était plus qu’un point noir. Les nez étaient froncés, laissant apparaître les dents dans des gueules entrouvertes. Les prisonniers ressemblaient à des bêtes devenues sauvages, prêts à attaquer dès lors qu’ils seraient libérés de cette étrange emprise.

Lorsque la stupeur passa, Louise et Roan se hâtèrent. Malgré la sensation désagréable qui se faufilait le long de sa colonne vertébrale comme un courant électrique, la jeune femme se devait de libérer son peuple. Leur peuple, pensa-t-elle après la discussion qu’elle venait d’avoir avec le dirigeant des souterrains. Cette nouvelle menace ne devait pas les diviser, mais les rassembler. Si cela se produisait en dessous, son royaume n’était peut-être pas non plus en sécurité.

La Créatrice se reconcentra alors sur le présent et matérialisa des outils leur permettant de couper les cordons, particulièrement fins. De plus près, les deux dirigeants remarquèrent que les filaments avaient la circonférence d’un cheveu et semblaient accrocher la lumière. D’un blanc cristallin, ils étaient aussi raides qu’un tronc d’arbre, mais flexibles comme une simple branche.

Avec ses longs ciseaux, Louise entreprit de sectionner le fil irisé qui retenait la spectatrice au-dessus d’eux, sans réfléchir aux conséquences de son acte. Sa priorité était de libérer les otages de cette inquiétante attaque. À aucun moment, elle n’anticipa ce qui arriva.

La prisonnière qui lui faisait face ne semblait pas aussi courroucée que les autres et était pendue la tête en bas, sous un balcon de théâtre. Le filament nacré traversait sa cuisse droite et venait se planter dans le sol, à quelques pas de la Créatrice. Lorsque cette dernière coupa le lien sous la victime, il se mit à vibrer doucement, propageant une onde sur toute sa longueur. Puis il se détacha du plafond au-dessus de la mezzanine et tomba comme la toile d’une araignée sectionnée.

Louise anticipa la réception de l’Occupante. Elle lui confectionna rapidement un matelas moelleux pour amortir son effondrement. Mais absorbée par la Création, elle ne s’attendit pas à ce que la loge, elle-même transpercée par le lien qu’elle venait de trancher, accompagnât la pauvre femme.

Le poids de la chute additionné à celui du gros bloc de béton fut difficile à encaisser pour la dirigeante. Elle s’écroula, le souffle coupé. Sa cage thoracique s’était affaissée sur ses poumons et elle ne sentait plus ses jambes dont plusieurs os étaient à présent cassés. Ces blessures graves lui arrachèrent un cri de douleur et elle crut s’évanouir. Elle ne pouvait plus respirer et l’élancement dans sa cuisse lui indiquait qu’un corps étranger s’y était logé. La souffrance était telle, que la jeune femme ne pouvait ni créer ni faire apparaître sa bulle d’électricité pour éloigner toutes ces pierres qui l’écrasaient lourdement.

— Louise ? s’inquiéta alors Roan près d’elle, il avait accouru à son éclat de voix. Tu m’entends ? Laisse-moi te sortir de là.

La concernée ne parvint pas à prononcer un mot. Elle ne put qu’observer le quarantenaire au visage fin s’approcher d’elle et la débarrasser des plus gros pavés qui l’entravaient. Ce fut long et difficile. Roan n’était pas un homme fort et il aurait sûrement aimé être aidé. Louise pensa un instant appeler Lucas, tandis que le dirigeant des souterrains faisait levier avec une tige de métal censée solidifier la tenue des loges. Elle repoussa l’idée en inspirant une goulée d’air bienvenue alors que ses poumons étaient libérés de la plus lourde pierre.

Le quarantenaire déblaya le reste de son pied tout en essuyant son front ruisselant à cause de l’effort. Louise crut voir de l’aversion dans les yeux bruns du négociateur lorsqu’il eut repris son souffle. Qu’est-ce qui pouvait autant le dégoûter ? pensa la jeune femme. C’est alors qu’elle remarqua la position de son bassin. Il avait été écrasé, tordu et ne semblait plus être dans l’axe du torse ou des jambes, c’était difficile à savoir. Sa robe de satin, trop moulante à son goût, était déchirée et couverte de son sang. Un morceau de bois traversait sa cuisse de la même façon que le filament avait perforé celle de l’Occupante qu’elle venait de détacher.

— L’Occupante, s’écria alors Louise, se remémorant les événements.

Son intervention lui valut un nouveau râle de douleur. Roan l’aida à se redresser en position assise tandis qu’il lui montrait la petite femme en tailleur sur le matelas. Elle semblait reprendre doucement ses esprits. L’inquiétude et la surprise se lisaient à présent sur ses traits, comme si elle se réveillait d’un mauvais rêve finalement réel. Il n’y avait plus de trace de sauvagerie animale sur son visage allongé. Elle se releva en boitant, encore blessée au quadriceps. Elle semblait avoir la bouche sèche et déglutit avec difficulté. Lorsqu’elle constata la situation et aperçut les deux dirigeants, elle se mit à pleurer et ne cessa de s’excuser auprès de la Créatrice.

Louise tenta de la rassurer tandis que son corps guérissait graduellement de ses entailles, distensions et autres luxations, mais surtout des forts élancements. Pendant ce temps, Roan décida de libérer les victimes à proximité. La Princesse observa d’un œil le quarantenaire détacher les Occupants les plus proches du sol afin de les réceptionner sans qu’ils se blessent davantage. Elle avait tant envie de l’aider et de participer au sauvetage, mais en même temps elle n’avait pas la force mentale de le faire. La Création ne lui était pas accessible à cause de la souffrance et de l’abattement qui l’envahissait.

Si Jeanne avait été là, rien de tout cela ne serait arrivé. Tout du moins, elle n’aurait pas été écrasée par un balcon et leur peuple serait déjà libre. Si Jeanne avait été présente, Louise ne serait pas descendue dans les souterrains pour supplier leurs dirigeants de prendre place au pouvoir de l’Entre-Deux. Si Jeanne n’avait pas quitté ce monde, la Princesse serait toujours aussi fière de l’être et de régir au côté de sa plus vieille amie.

— Louise ? fit une voix derrière eux.

La jeune femme, dont la coiffure de tresses était à présent en bataille, tourna son buste avec difficulté. Elle était encore au sol et la blessure dans sa cuisse cicatrisait trop lentement après qu’elle eut enfin réussi à sortir le pic de bois pleins d’échardes, aidée de la petite Occupante qu’elle avait sauvée. Louise leva alors son regard émeraude dans des yeux d’un bleu de glace.

— Que s’est-il passé ici ? demanda Lucas, effaré.

***

Lucas

Le jeune homme se remettait à peine de la voix dans son ventre. Elle s’était tue après avoir révélé son identité, aussi rapidement qu’elle était intervenue. Lucas commençait même à se demander s’il ne l’avait pas imaginée. La solitude était-elle en train de le rendre schizophrène ? Alors qu’il divaguait sur des états d’âme et des interrogations qui ne semblaient mener nulle part, Plik commença soudainement à tournoyer sur lui-même.

D’abord doucement, il ressemblait à une girouette poussée par le vent. Puis il s’agita de plus en plus vite, se rendant presque invisible. Lucas reconnut le signal indiquant une mauvaise nouvelle. Louise avait des problèmes. Cela eut l’effet instantané de lui faire oublier le fameux Conan qui se disait être son ancêtre. Le garçon se précipita à la poursuite de son petit robot en forme d’ovale qui tourbillonnait toujours en se déplaçant dans le château.

Quelques mois plus tôt, lorsqu’il avait confectionné des billes de télépathie en très grande quantité pour toute la population de l’Entre-Deux, il en avait profité pour trafiquer celle de son amie. À sa demande concernant certaines évolutions, mais pour le reste, il l’avait fait contre son gré. N’ayant plus qu’elle, il ne pouvait se résoudre à la laisser courir le moindre danger. Reliée au ballon de rugby métallique, l’oreillette de Louise prévenait Lucas des pics de colère électriques, d’os brisés ou encore d’arrêt cardiaque. Et pour l’instant, aucun de ces cas n’était survenu. Alors, qu’était-il survenu à la Créatrice pour que le robot détecte des blessures graves ?

Plik emmena son concepteur dans les larges couloirs du château. Il survola le grand escalier à toute vitesse et en tournoyant, si bien que Lucas devait courir pour pouvoir le suivre. Ils arrivèrent devant une simple porte de bois contre laquelle l’appareil ovale se cogna. Si le battant n’avait pas été aussi solide, le robot l’aurait traversé. Le ballon de métal se heurta, encore et encore, faisant craquer les planches de sapin jusqu’à ce que le Créateur arrivât en trombe et tournât la poignée.

Ils poursuivirent leur ruée dans les sinueux boyaux des souterrains, attirant l’attention des Occupants qui n’avaient alors aucune idée de ce qui se passait encore plus bas. Lucas devait parfois crier pour que les personnes qu’il croisait s’écartassent. Heureusement que la fatigue n’existait pas dans l’Entre-Deux, parce que le jeune homme commençait à se demander jusqu’où Louise s’était rendue. C’est à cet instant que Plik ralentit, non pas dans son tourbillonnement, mais dans sa course. Ils venaient d’arriver dans le Grand Théâtre.

Lucas se figea. Les lumières enluminaient une scène digne d’un film d’horreur. Il retint un hoquet et baissa les yeux, ne supportant pas la vision d’autant de sang. C’est à ce moment qu’il remarqua Louise, assise par terre. Dans un piteux état, elle était adossée à un éboulis de roche poussiéreuse. Son corps était revêtu d’un patchwork de couleurs inhabituelles. De petits débris de plâtre blanchissaient sa longue chevelure d’ordinaire brune et sa peau encore plus pâle qu’à l’accoutumée semblait peinte de vermeil et de bordeaux.

— Louise ? s’essouffla le garçon.

Il ne l’avait jamais vue couverte d’autant de sang. Était-ce le sien ou celui d’un autre Occupant ? Son visage en était parsemé, comme si elle se l’était touché de ses mains, elles aussi carmin. Et ses vêtements à présent déchirés n’habillaient plus ses épaules ni ses jambes. Seule la ceinture de ronces dorées avait survécu. Lucas n’attendit pas une seconde de plus. Il s’accroupit près de Louise et imagina un long manteau qu’il plaça sur son amie, connaissant sa pudeur.

La jeune femme le remercia d’un hochement de tête avant de lancer un regard derrière lui. Le Créateur se retourna et aperçut Roan, un homme qui lui rappelait les conquistadors. Ce dernier s’éloignait vers les Occupants embrochés dans les airs, les laissant seuls. Lucas ne put retenir le flot de questions qui survenait en vague dans sa tête :

— Que s’est-il passé ici ? Qu’est-ce qui t’a blessée ? Qu’est-ce que c’est tout ça ? Qui a fait ça ? débita le garçon, dont les émotions étaient incertaines. Que faisais-tu dans les souterrains ? Je croyais que tu les détestais. Parle-moi, Louise.

Le Créateur ne savait pas quoi choisir entre la déception, la colère, l’incompréhension, la peur, le soulagement… Il s’affaissa en tailleur près de la jeune femme en prenant soin de ne pas écraser ses ailes qui s’écartèrent légèrement créant un fond noir sur les pierres blanches de l’éboulement. Puis il prit une grande inspiration. Plik ne tournoyait plus et voletait à présent proche de l’épaule de son concepteur aux aguets.

— C’est un robot, raconta Lucas à la question muette de son amie. Il m’a amené ici. Je t’expliquerai plus tard, s’empressa-t-il d’ajouter en voyant le regard mi-interrogatif mi-sceptique de Louise.

— Je t’expliquerai également plus tard, répondit son interlocutrice en rapport avec les précédentes questions. Nous devons libérer les Occupants. Commence sans moi, je te rejoins dès que mes jambes fonctionnent de nouveau et que mon bassin a retrouvé sa place initiale.

Lucas détourna le regard et soupira discrètement. Il n’aimait pas recevoir des ordres aussi froidement, surtout de la part de son amie. Cependant, la Princesse semblait assez secouée de la situation et de son accident. Il prit donc sur lui et se leva. L’ingénieux garçon examina les alentours. Il utilisa des lentilles de contact qu’il portait en permanence sur la cornée de ses yeux. Elles lui permettaient d’amplifier son sens de l’observation et alors, dans ce cas précis, d’avoir une visibilité globale de la situation.

Des femmes et des hommes se trouvaient à différentes hauteurs et certains étaient trop élevés pour être déliés sans leur insuffler de nouvelles blessures. À l’aide de Plik, qui lui rapporta les chiffres dans son oreillette d’une voix saccadée et peu naturelle, il observa qu’une petite moitié de la salle avait été embrochée, le reste avait dû réussir à s’enfuir. D’un geste, le Créateur fit un signe à Roan pour qu’il revienne vers lui.

— Peux-tu rassembler ceux que tu as déjà libérés pour qu’ils ne se retrouvent pas sous les autres ? demanda-t-il poliment. Et je veux bien que tu emmènes Louise.

Sans poser de questions, le dirigeant des souterrains acquiesça et se mit à la tâche. Il dut insister pour que la Princesse reculât en boitillant et laissât Lucas régler seul le problème. Ce dernier inspira profondément pour se concentrer et ferma les yeux. Sur le fond noir de ses paupières, il visualisa l’emplacement de chaque personne qu’avaient enregistré ses lentilles. Il s’abandonna entièrement à son imagination. Cédant à l’improvisation que son cerveau était capable de dompter, il inventa et créa en s’aidant de sa vision accrue. Et lorsque ses cils pâles s’élevèrent, une bulle dans les tons bleu ciel et de la taille d’un pneu s’était matérialisée en dessous de chaque Occupant.

Puis mentalement, il pensa :

« Vas-y, Plik. »

De longues cisailles sortirent alors de chaque côté du petit robot, triplant son envergure. Avec une vitesse impressionnante, il détacha toutes les victimes qui se faisaient rattraper par les créations de Lucas. Ces sièges amovibles flottèrent comme des bulles de savon et se regroupèrent près des dirigeants qui se hâtèrent d’aider les blessés. Ils semblaient tous avoir perdu connaissance lors de l’attaque et la fureur animale qu’ils exprimaient l’instant d’avant avait entièrement disparu.

C’était également le cas des longs filaments irisés que Lucas aurait aimé étudier. Il n’en restait pas un seul au sol ou dans les airs. Plik fit le tour sur la demande de son concepteur, mais n’en trouva aucun. Ils s’étaient volatilisés, envolés. Cela semblait impensable. Il n’y avait que les impacts dans les murs ou les trous dans les sièges percés.

Empli d’incompréhension, le jeune homme s’approcha du groupe de personnes. Certains étaient encore assis dans leur bulle bleu ciel, attendant que leurs blessures guérissent, d’autres semblaient à peine réaliser ce qui leur était arrivé et une petite dizaine entourait les deux dirigeants, les harcelant de questions.

— Excusez-moi, calmez-vous, s’il vous plaît, tentait la Princesse en montant dans les aigus.

— Où est ma fille ? criait un homme.

— Est-ce que Jacques est de retour ? s’effrayait une vielle femme.

— Rien de tout ça ne se serait produit si Jeanne avait été là, fit un enfant dont le ton très sérieux laissait pressentir qu’il était mort depuis longtemps.

Lucas vit les épaules de Louise s’affaisser. Elle semblait démunie face à la situation et le Créateur savait qu’elle pensait d’une certaine façon comme l’enfant. Plein d’empathie, le jeune homme s’approcha de son amie et prit discrètement sa main dans la sienne.

« Je suis là », projeta-t-il à son intention.

Elle lui serra les doigts avant de retirer les siens. Personne n’avait entendu les paroles du garçon qui avait utilisé son oreillette et aucun n’avait vu le geste qui paraissait gêner Louise. Il ne s’en formalisa pas et se concentra sur les Occupants devant lui qui continuaient de s’offusquer ou de demander des explications. Roan intervint alors, levant les mains face à lui afin d’apaiser l’assistance.

— Mesdames, Messieurs, un peu de calme, fit-il sans élever la voix. Pas tous en même temps. Nous n’avons pas de réponses à vos questions. Lorsque nous sommes arrivés, vous étiez suspendus par ces étranges fils blancs.

Le silence se fit progressivement dans l’assemblée. Les gens comprirent certainement que s’ils voulaient des informations, ils devaient écouter.

— De quoi vous souvenez-vous ? interrogea Lucas, profitant de l’accalmie.

Il s’était adressé à la femme qui s’était occupée de Louise et ses blessures. Elle se tripotait les mains nerveusement, les yeux sur ses chaussures, apparemment encore honteuse de l’accident. Elle n’était pas très grande et Roan la présenta sous le nom de Gabie. Le visage tiré sur la hauteur, elle avait les joues creuses, le regard fuyant et son teint hâlé pâlissait d’angoisse.

— Je… Je… bégaya-t-elle.

— Respirez, prenez votre temps, essaya de la calmer le dirigeant des souterrains.

La petite femme inspira profondément et montra du doigt un endroit du mur qui avait été arraché, au-dessus du tas de gravats tâché de sang.

— Je… J’étais sur le balcon là-bas, raconta-t-elle. Mon ami m’accompagnait, on regardait la pièce de Lucio Partrice qui dure cent vingt-six heures. Et puis, quand j’ai repris connaissance, j’étais sur le matelas qu’a fait la Princesse Louise pour me sauver. Alors qu’elle… qu’elle…

Elle ne put finir sa phrase, ses iris bleus toujours dirigés vers le parquet. Elle tremblait comme une feuille et était parcourue de fort tressaillement.

— Mon ami…, reprit-elle en sanglotant. Gaum, il a… J’espère qu’il va bien.

Lucas avait le sentiment qu’elle ne leur disait pas tout. Cependant, après de nombreuses interrogations, son amnésie fut justifiée. Tout le monde semblait avoir perdu la mémoire à partir du moment où ils avaient été agressés jusqu’à leur libération. À moins qu’ils omissent tous un détail, à cause du traumatisme, se dit le garçon. Mais tout cela ne menait à rien. Ils se devaient de retrouver ceux qui avaient eu la possibilité de s’enfuir. Peut-être, certains avaient vu l’attaque et pouvaient alors témoigner.

Je peux t’aider si tu le souhaites, fit une voix.

— Pardon ? s’exclama le jeune homme en se retournant.

Mais la seule réponse qu’il reçut fut des regards surpris. Personne n’avait parlé derrière lui.

Je pense que ta Princesse n’a plus besoin de toi ici, continua l’inconnu.

Lucas mit du temps avant de réaliser que c’était la voix dans ses entrailles. Alors il n’avait pas rêvé, le prétendu ancêtre qui essayait de communiquer avec lui depuis deux ans venait de réussir de nouveau. Il lui était totalement sorti de l’esprit.

J’ai bien remarqué que tu m’avais oublié. Allez, donne-lui une excuse et retourne au château, ordonna-t-il.

— Je… Je…

— Oui ? fit Louise qui s’était approchée de lui. Tu as l’air tout drôle, comme si tu allais dégobiller.

Le jeune Créateur ne releva pas le terme. Il se secoua mentalement pour paraître normal et cacher sa surprise.

— Tout va bien, tenta-t-il d’une voix tremblante. Je dois te laisser, je vais chercher de mon côté les rescapés.

Sans attendre d’objection, il abandonna alors une Louise bouche bée, de nouveau assaillie par les Occupants qui désiraient retrouver leurs proches ou obtenir des réponses à leurs questions.

***

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