3. L'Art de faire connaissance

Notes de l’auteur : Edit du 17.11.2020

Que pensez-vous de la rencontre entre les protagonistes ?

Chapitre 3

L’Art de faire connaissance

 

 

Plusieurs jours s’étaient écoulés.

Lunaé emmenait Judy aux boutiques d’Erdentalon pour construire une nouvelle garde-robe. La femme-indienne arpentait les ruelles du village en triant les billets de son porte-monnaie devant Judy, trois mètres derrière, qui regardait les alentours d’un air fasciné. Les ruelles pavées du village étaient parcourues de roses trémières et des géraniums pourpres s’écoulaient des pots de fleurs à chaque balcon.

Elles marchèrent jusqu’au centre où s’échappait les odeurs ragoûtantes des restaurants.

— Bon, j’espère qu’il lui reste quelques étoffes « Souriant » dans son coffre.

Lunaé entra dans la boutique à la drôle de devanture « Chez Martine » ornée de fioritures colorées représentant des rouleaux de tissus qui se dévidaient. Judy la suivit en remarquant les mannequins en bois enveloppés de robes à la coupe fine. Elle ne put s’empêcher de penser à sa mère en contemplant un manteau bleu aux gros boutons jaunes. À peine eut-elle posé ses bottes trouées sur le tapis de l’entrée que Lunaé s’exclama :

— Ben, qu’est-ce que tu attends ?! Déshabille-toi. Martine va prendre tes mesures. Trois pantalons, trois hauts, deux pulls, ça te suffit ? Quelques paires de chaussettes chaudes, aussi ?

Judy hocha la tête, les sourcils légèrement froncés. Était-ce au milieu de ces étagères croulantes de laine, de lin, de soie et de tissus en tout genre qu’elle devait se dévêtir ? Sur cet escabeau qu’on la mesurerait ? Elle obtempéra, les yeux toujours rivés sur le manteau bleu.

— Il te plaît.

Lunaé lui fit un clin-d’œil.

— Martine, ce manteau, je vous prie.

Le visage de Judy s’éclaira, mais Lunaé avait disparu derrière les étals d’articles en laine de lama.

Dehors, des gens de son âge s’amusaient aux billes et aux quilles. Il lui sembla avoir reculé d’une époque. De prochains camarades de classe, sûrement. Judy connaissait les portables, les ordinateurs, les télévisions. Elle n’en avait aperçu aucun pour le moment en… Océotanie. Cela lui laissa une intense sensation de dépaysement.

Une dame potelée la prit brutalement par les épaules, lui leva les bras avec fermeté et douceur. Judy redescendit de son nuage et la fixa, éberluée.

 

* * *

 

L’après-midi, Eustache s’employa à lui enseigner quelques mouvements semblables à des postures de yoga. Cependant, Judy ne détenait aucune patience et sa concentration était absolument lamentable. Elle ne progressait pas.

La rentrée approchait, et avec elle deux dates : le premier octobre et celle inexorable des examens. Si elle ne réussissait pas à tenir une posture de yoga plus d’une vingtaine de secondes, Judy révélait un autre problème tout aussi ennuyeux : l’Eau ne lui répondait plus. La Maîtrise de l’élément lui échappait.

L'entrée dans l'école la plus réputée de toute l'Océotanie se présentait difficile…

Eustache lui avait demandé de prendre l’air avec affolement quand il avait avisé la couleur rubis que prenait les joues de la jeune fille.

Elle avait poussé la porte de la maison avec un calme apparent puis s’était mise à courir le long des trottoirs, en grommelant pour évacuer sa colère. Pourquoi n’y arrivait-elle plus ? Pourquoi les avait-elle déçus ? Le peu de passants qu’elle avait croisé lui avait jeté des regards étonnés.

À présent, elle marchait dans Erdentalon. Elle tâchait seulement de retenir le plus de noms de rue possible afin de retrouver son chemin au retour.

« Rue du Magnolia, Rue des Silences, Route de Litualia… »

Elle déambulait dans des quartiers fleuris et jonchés de mousse. Les rues étaient pratiquement désertes. Le ciel était bleu.

Judy songeait encore à la mine désappointée d’Eustache quand des éclats de voix y mirent un terme. Intriguée, elle tendit l’oreille et suivit leurs paroles enjouées. Elle se retrouva au milieu d’une place tapissée de sable où trônait une fière fontaine. La place du marché aux Mille-Vertus.

À sa gauche, à une dizaine de mètres, un garçon à la chevelure blonde trottinait vers un autre, brun et maigre, assis sur le rebord de la fontaine.

— C’est la rentrée dans quatre jours. Tu ne veux pas en profiter ?

Le garçon brun lui fit geste de se taire.

— Deux secondes, souffla l’autre garçon, absorbé par la lecture d’un livre qu'il tenait en main.

— Deux secondes ? Hum.

Il marqua une pause, et compta sur ses doigts. Un, deux, trois, quatre, cinq… Le regard de Judy s’attarda sur son jeu d’acteur et le sourire franc qu’il arborait. Judy sourit, tant sa manière de s’exprimer se voulait comique.

« Ils ont le même âge que moi et le même sens de l’humour, on dirait… »

— Je crois que les deux secondes sont largement dépassées, constata-t-il enfin, en relevant les yeux.

Le garçon sur la fontaine referma sèchement son atlas et se leva, visiblement énervé :

— Si je t’ennuie, tu n'as qu'à aller voir ailleurs ! Tu sais bien que le foot, ce n’est pas mon tr…

Il s’interrompit, pris de court, et se rassit sur le rebord en pierre. Surpris, il regardait Judy. L’autre garçon se retourna lentement. Il fronça ses sourcils clairs.

Judy ouvrit la bouche pour parler mais seul un long silence en sortit. Elle était aussi stupéfaite que le garçon à l’atlas.

— Hé, mon ballon ! laissa soudain échapper le garçon blond. Rends-le-moi tout de suite !

Judy avisa l’objet rondouillet qui roulait vers son pied. Il marqua sa progression par un sillon sinueux dans le sable.

— Je…, commença-t-elle par bredouiller, le regard cherchant désespérément un soutien extérieur.

Ses yeux se rencontrèrent alors le visage du garçon blond. Il avait l’air furieux mais n’avait rien d’intimidant. Sans s’en rendre compte, elle eut une moue amusée.

— Jojo, tu te souviens du jour où Mme Pouley m’a confisqué mon plus beau yoyo ? Elle ne me l’a toujours pas rendu d’ailleurs… Monsieur Forest, votre yoyo ! imita-t-il en changeant d’octave. Passez-le-moi im-mé-dia-te-ment ! Tu l’imites plutôt bien.

Le « Jojo » en question ignora son air goguenard. Il sourit à Judy d’un air charmeur.

— Je te propose un marché : on joue. Je gagne, je le garde. Tu perds, je le garde aussi.

Judy le regarda en arquant un sourcil :

— Jusqu’à preuve du contraire, le ballon est sous mon pied. Peux-tu vraiment le garder s’il est en ma possession ? philosopha-t-elle.

Le visage de « Jojo » s’affaissa. Il abandonna son air de prince charmant et pencha sa tête sur le côté.

— Mmm… D’accord. Je te propose un nouveau marché : on joue. Je gagne, tu me le rends. Tu gagnes, je t’en fais cadeau. Ça te va ?

Judy hocha le menton, en s’approchant, avec un sourire entendu. « Jojo » était déterminé.

— Je vais construire les cages, poursuivit-il.

Sans plus de cérémonie, il arpenta la place sur quelques mètres et s’arrêta. Il se plongea dans une transe semi-profonde et fit un mouvement rapide mais précis du poignet. Deux pyramides émergèrent du sol, déformées.

Judy ravala un hoquet de surprise. Comment avait-il fait ? Elle se retint de poser la question à voix haute. Si elle la posait, pour quelle imbécile la prendraient-ils ? Elle ne s'attendait pas à rencontrer de futurs élèves d'Otaïla.

— Tu peux faire les autres, s'il te plaît ? lui demanda-t-il.

Comme Judy ne réagissait pas, il ajouta :

— Les cages, tu comprends ?

— Oui. Hein… ah... euh, non.

— Quoi ?

— Je n'ai pas de connexion avec la Terre…

— T’es d’ici ? Je veux dire de cette ville ? Parce qu’Erdentalon est une ville de la Terre. Mais bon, les détenteurs de pouvoirs se mélangent, c’est normal. Le temps des Divisions est révolu.

— C'est ça, répondit Judy, le visage impassible. C’est ça…

— Tu maîtrises l'Eau, non ? Moi, ma première connexion est la Terre, même si j'ai les yeux bleus. Mon lien avec l'Eau se manifestera dans un jour, ou deux. Ou pas. Je crois plutôt que je m’éveillerai au Feu.

En voyant que Judy ne lâchait pas un mot, il continua, la paume tendue :

— Je m'appelle Jonathann. Avec deux N à la fin.

— Moi, c'est Judy, se reprit-elle en esquissant trois pas et lui empoignant la main. Avec un Y à la fin.

Ils se sourirent.

 

* * *

 

Judy frappa le ballon qui vola dans les airs, plutôt loin, en pulvérisant l’une des cages improvisées. Elle avait remporté le match. Jonathann, frustré, tira dans la seconde pyramide de terre qui s'effondra instantanément. Elle projeta un nuage de poussière qui envahit toute la place. Judy toussa et plissa les paupières, en lançant d’une voix forte :

— Tiens !

Elle lui tendait le ballon avec une expression amicale. Un peu confus, Jonathann s’en empara comme d’un trésor, suspicieux.

— Je ne pensais pas…, marmonna-t-il, un sourire pétillant dans ses iris bleues.

Judy lui asséna une tape dans l’épaule droite et il la contempla comme s’il y avait à douter de sa santé mentale. Mais l’attention de Judy s’était déjà posée ailleurs, et il se retourna en suivant son regard et en se frottant le bras.

— Lui, c'est Mark Forest... un copain, l’informa-t-il. Il est très sérieux et… oui, assez narquois.

— Narquois ?

Sans réfléchir, Judy alla se planter devant Mark, en reproduisant le geste avenant de Jonathann, la main en l’air.

— Je m'appelle Judy.

Mark leva les yeux de son livre, étonné. Un de ses sourcils s’abaissa, signe d’un léger agacement.

— Moi c’est Mark, murmura-t-il, mais je suppose que Jonathann te l'a déjà dit.

Un voile gris occulta les contours du visage de Mark. Judy cilla. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, assez, pourtant, pour qu'elle s'en souvienne :

« Étrange. Pourtant, une jeune fille devait nous rejoindre ainsi que deux garçons, arrivés chez les Snowly, avant-hier. Jonathann et Mark, je crois... », avait dit Lunaé.

Mark considéra la main tendue de Judy, puis la saisit précipitamment. Judy sortit de sa torpeur avec un sourire méditatif. Un sentiment tenace lui disait qu’elle allait bien s’entendre avec eux.

 

 

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sifriane
Posté le 16/11/2020
Salut Prudence
Alors, comment dire, je trouve ce chapitre un peu brouillon, ou bien c'est parce que pleins de petites choses m'ont interpellés qui me fait dire ça.
D'abord je trouve Judy un peu ingrate, Lunaé n'a pas l'air de rouler sur l'or et elle n'est pas très reconnaissante, en même c'est une ado et ils sont comme ça...
A un moment Judy court dans la rue comme une enfant mais elle a treize ans quand même..
Ensuite la rencontre avec Jonathann et Mark. Le foot, pourquoi pas, mais j'ai pas vraiment accroché même si j'ai bien aimé la démonstration du don de Jonathann et les explications qui vont avec.
De manière générale cela mériterait peut-être une réécriture, mais encore une fois cela n'engage que moi
En tout cas j'ai hâte que Judy fasse sa rentrée.
Prudence
Posté le 16/11/2020
Mmm... Je prends tout cela en note. Ce chapitre ne me satisfait pas, et tu me donnes là les points à retravailler que je ne réussissais pas à cerner. Je trouve également mes personnages trop "puérils", je me demandais si les lecteurs le sentaient aussi...
Pour le football, je n'ai pas trouvé mieux, haha. Bon, ce chapitre va être retravaillé et les réactions des personnages également (tu es la première personne qui le lit en commentant vraiment). Encore merci pour ta lecture et tes remarques, ça m'aide énormément. ^^
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