3. Drôle de petit déjeuner

Autant vous le dire tout de suite, l’ambiance du petit déjeuner le lendemain matin fut des plus étranges. La raison ?

Je ne savais pas vraiment.

Personnellement, depuis qu’on m’avait ramené dans ma chambre après ma petite tentative de cambriolage, des questions tournillaient en boucle dans ma tête.

Pourquoi Mathéo m’avait-il abandonné hier soir ?

Les jumeaux m’en voulaient-ils d’avoir été punis par leur père à cause de moi ?

Et enfin qu’était ce médaillon avec mon prénom écrit dessus ?

J’avais donc voulu les leur poser au petit déjeuner mais malheureusement cela avait été impossible à cause de Mégane qui mangeait ses céréales avec une lenteur absolue à côté. Aussi, impatiente, je triturais ma mèche blanche. Je ne devais d’ailleurs pas être la seule : Mathéo tapait son pied contre celui de la table, Aïdan jouait avec sa toupie et Sarah griffonnait autour d’une tâche de confiture qu’elle avait fait tomber sur une feuille.

Finissant par se lever, son bol à la main, Mégane déclara :

— Vous êtes trop bizarres, ce matin !

Elle partit ensuite vers le salon et malgré ça, nous restâmes encore plusieurs secondes sans parler. Ce fut finalement mon cousin qui prit la parole :

— On peut ravoir une chance ?

La question était bien évidement destiné aux jumeaux mais je ne leur laissais pas le temps de répondre et demandais :

— Pourquoi ? Tu n’as rien ramené ?

— Non comm… répondit Aïdan avant de s’interrompre pour se tourner vers son cousin, Attends ? Quand est-ce que t’es revenu si t’es pas rentrer avant Cindy et mon père, ni avec eux ?

Mathéo mit quelques secondes à assimiler la question avant de répondre en se grattant la tête :

— Eh bien après… J’ai attendu que tout le monde soit de nouveau endormi pour repartir dans ma chambre… Je m’suis caché en attendant votre père vous gronder.

Son cousin allait lui poser une autre question mais je l’en empêchais :

— D’ailleurs en parlant de ça, vous nous en voulez pas ? Si on n’avait pas mis autant de temps…

— Mais non, t’inquiète, me répondit Sarah. C’est toi qu’a dû être la plus punie.

Je fronçais alors les sourcils car à vrai dire je ne m’en rappelais plus. Je me souvenais très clairement de tante Elise rentrant fulminante de colère dans son bureau à Paris. Je me souvenais aussi très bien du père des jumeaux me raccompagnant jusqu’à la porte de ma chambre. Mais ce qui y avait eu entre les deux évènements semblait s’être perdu dans les limbes de mon esprit. J’aurai peut-être dû accorder plus d’importance à ce drôle de trou de mémoire mais il devait certainement avoir été causé par les émotions et la fatigue. Aussi, je reportais rapidement mon attention sur Mathéo qui redemandait :

— Alors, on peut réessayer ?

— J’avoue que me faire punir une fois à cause de vous, ça m’a suffi, marmonna Aïdan qui comme je pouvais m’en doutait n’était pas aussi enclin à nous pardonner que sa sœur.

— Allez, répliquai-je. On a déjà fait du repérage, on sait ce qu’on va prendre.

— Parce que tu crois sérieusement que ta tante va te laisser pouvoir y retourner après t’avoir surprise dans son bureau de Paris ?

— Elle va tout de même pas fermer la trappe pour chat !

Comme pour me contredire, Mysterem cracha dans ma direction.

Apparemment le mal était déjà fait !

— De toute façon, on ne peut plus faire ça, déclara Sarah en finissant son dessin. Demain, on part tous à Sterrafanto et…

— Justement, on part que demain, l’interrompis Mathéo. Qu’est-ce qui nous empêche de retenter notre chance, ce soir.

— Mais laisse-moi finir ! riposta sa cousine. J’allais dire qu’on pouvait pas car aujourd’hui y a la réunion.

La réunion ! Mince, ce truc m’était totalement sortie de la tête !

Tournant la tête vers le frigo, je pus voir qu’en effet, le mot « Réunion » était inscrit sur un planning magnétique. Quelqu’un l’avait même souligné d’un trait de Velléda.

Et crotte !

Théoriquement, cette réunion n’aurait pas dû nous déranger : le représentant de l’E.T.E et Arown Fendrac venaient à la maison, on mangeait très bien car il y avait des invités et ensuite les adultes s’enfermaient deux heures dans une pièce pour parler de trucs importants et secrets.

Pendant des années, cela s’était passés comme ça. Pendant des années, ça avait été super repas avant d’enchainer avec deux heures de liberté casi complète.

Puis un jour sans criait garde Arown Fendrac avait invité ses deux neveux à venir car l’aîné, Ethan était devenu le meilleur ami de Mégane à Sterrafanto.

Quelle mauvaise idée !

Enfin, j’étais mauvaise langue. Ethan était tout simplement le meilleur ami que je pouvais rêver pour ma cousine. Gentil avec les jumeaux, Mathéo et moi, il nous avait toujours considérer comme des grands, n’avait jamais rechigné à jouer avec nous, prenait sans cesse notre défense. Tout le contraire de Mégane en somme.

Pour conclure, à part Mathéo bien sûr, nous avions tous dû avoir à un moment donné ou à un autre, un crush pour l’adolescent et pour les magnifiques fossettes qui accompagné chacun de ses sourires.

Non, le problème n’était clairement pas Ethan ou même l’amitié qui le reliait à ma peste de cousine.

Non, le vrai problème était plus petit et avait cassé deux ans auparavant une de mes poupées avant de me dénoncer quand par vengeance je l’avais frappé. Châtain avec des yeux verts, il avait aussi un horrible grain de beauté sur la joue gauche qui soulignait tous ses rictus idiots. Pour finir, il s’appelait Elias Moretty, avait onze ans comme Mathéo et moi et comme nous il irait bientôt à Sterrafanto.

L’enfer !

— Peut-être qu’ils viendront pas, tentai-je pleine d’espoir en vidant les miettes de mon assiette dans la poubelle. L’année dernière, ils sont pas venus !

— L’année dernière Ethan s’était cassé le tibia à la Cervan, me rappela Sarah. Et cette année, Elias doit venir avec nous à Sterrafanto.

— Rhaa ! me plaignis-je.

— Ça pourrait être pire, commenta mon cousin. Il pourrait venir avec Slem comme en avril.

— Pour le coup, ça serait pour eux que je m’inquiéterais, déclara Aïdan en me lançant un regard entendu avant de boire une gorgé de son chocolat chaud.

Comme pour approuvés, Mathéo et Sarah ricanèrent.

Merci du soutient !

— Je ne l’avais pas fait exprès ! répliquai-je, amère. La maga s’était emballée, c’était pas ma faute !

— De toute façon, Slem viendra pas, intervint Sarah en finissant sa tartine.

— Comment tu sais ça, toi ! demanda son frère qui avait l’air presque déçu par la nouvelle. J’avais trouvé ça drôle, moi.

— Merci, c’est gentil ! marmonnai-je.

— Je l’ai vu au Baz Mag ! lui répondit en même temps Sarah. Il semblait bien décidé à harceler ses oncles tout l’été afin d’obtenir un petit boulot pour après les cours dans la boutique.

— Genre, il pense vraiment pouvoir avec les horaires changeant de Sterranfanto ? demanda Aïdan.

Il eut ensuite un long sifflement à mi-chemin entre l’admiration et la moquerie qui s’interrompit quand je m’exclamai :

— Il a pas le droit !

Aussitôt le silence s’abattit sur la cuisine.

Mince, j’ai dit ça à voix haute !

Je fermais alors les yeux. Peut-être quand les rouvrant, je trouverais dans une dimension où ma bouche avait su se taire.

Perdu, je ne les avais même pas encore complétement rouverts que Mathéo me demanda :

— Pas le droit de quoi ? Qui ?

— Slem, commençai-je à reculons. On va déjà devoir supporter Elias. Pourquoi il faut en plus qu’on se farcisse Slem ?

— J’avoue, concéda mon cousin.

— Techniquement, c’est lui qui va devoir vous supporter, intervint Aïdan qui apparemment ne pouvait pas s’empêcher de mettre son grain de sel. Il a un an de plus que vous.

— En plus, rajouta Sarah. Il a plus de raison d’être à Sterrafanto que nous, ses oncles travaillent à côté.

Dans ce cas, en effet il était plus légitime que nous à aller à Sterrafanto… Mais ça n’en restait pas moins agaçant.

Cette obsession pour savoir qui était digne ou pas d’aller dans cette école était peut-être pathétique et puéril… non pas “peut-être“, il fallait être lucide, elle l’était sans aucun doute possible. Mais contrairement à ce qu’on pouvait croire vu de l’extérieur, elle avait une réelle raison d’exister : Sterrafanto était loin très loin. A peu près huit heures de dirigeable depuis l’aérodrome près chez mes grands-mères. De tête, je connaissais au moins cinq écoles à Avamaga plus proche et prestigieuse mais pour une raison qui m’échapper nous devions quand même aller nous perdre à Sterrafanto, au milieu des montagnes et du froid. Bon, je dramatisais : j’aimais bien la montagne et d’après les jumeaux, le temps n’était pas aussi horrible que ce que je pouvais m’imaginer.

N’empêche, pourquoi fallait-il que les deux personnes que j’aimais le moins au monde, viennent étudier dans le même bahut paumé que moi ?

Sidérant !

Je devais faire au bas mot une tête de six pieds longs car Aïdan tenta à sa façon de me réconforter :

— Bon allez, on vous redonne une chance !

— Une chance de quoi ? questionnai-je sans comprendre

— De récupérer un truc chez les adultes. C’est bien ça que tu voulais ?

Relevant la tête, j’allais lui faire remarquer que c’était surtout Mathéo qui voulait qu’on recommence mais j’en fut empêché par Sarah qui intervint :

— Je croyais que tu voulais plus être puni ?

— C’est toujours le cas, j’ai un plan pour rentrer dans le bureau de papa, répondit son frère avant de se justifier en voyant qu’on le regarder. Ben quoi ? C’est pour remonter le moral de Cindy !

Là encore, j’allais faire remarquer que je me fichais pas mal de retourner chercher quelque chose chez les adultes s’il ne s’agissait pas d’un médaillon avec mon prénom dessus. Là encore, j’en fus empêcher par Sarah.

— C’est ça ! répliqua-t-elle avec sarcasme en pinçant la joue de son frère, Dis plutôt qu’en petit prince des ténèbres, tu veux montrer à tout le monde à quel point ton idée est génial.

— Et en quoi est-ce mal ? demanda-il en déposant sa tasse dans l’évier avant de commencer à partir vers le couloir. Alors vous venez, mon plan n’est valide que jusqu’à midi ?

Aussitôt, sa sœur et Mathéo lâchèrent leurs restes de petit-déjeuner pour le suivre en me laissant dans la cuisine seule et fulminante.

Quelle injustice !

Enervée, je me pinçais la lèvre. Là aussi, il n’y avait pas vraiment de raisons apparentes mais je nous avais toujours considéré comme un carré magique. Oui cette sorte de petit problème que le maître donne aux élèves les plus rapide en math. Pour ceux qui ne voient toujours pas allez sur internet ou demandez à quelqu’un de vous expliquer, s’il vous plait. Je n’ai moi-même jamais était assez forte en math pour avoir le temps d’y jouer et ce que je désigne comme était le carré magique que je formais avec mes cousins n’a peut-être que très peu de points communs avec le vrai jeu. N’empêche, je nous désignais comme un carré et ceux pour une bonne raison :

Côté ligne, nous étions deux filles et deux garçons.

Côté colonne Mathéo et moi avions tous les deux onze ans et fallait-il vraiment que je précise que les jumeaux avaient le même âge ?

Côté diagonale Sarah et Mathéo était les extraverties de la bande, là où Aïdan et moi faisions preuve de défiance.

Ainsi les résultats pouvaient se résumer à ceci : 2,2,2,2,2 et 2.

Autant dire que quand une décision devait être prise pour le groupe soit nous étions tous d’accord, soit nous nous étions bien divisés.

Comment se faisait-il alors que je me retrouve toute seule ?

S’en était très énervant au point qu’un léger sourire passa sur mon visage quand tante Elise nous demanda de venir au salon pour saluer les premiers invités annulant au passage le plan d’Aidan.

Finalement, Elias n’était peut-être pas si inutile que ça !

 

 

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Edouard PArle
Posté le 18/10/2021
Coucou !
Le personnage d'Elias m'intrigue, j'espère qu'on en apprendra plus à son sujet dans les prochains chapitres.
Un peu dommage de ne pas avoir vu la scène de la confrontation avec la tante xD Ca m'aurait amusé. Après ce petit bond dans le temps n'est pas inintéressant.
Envie de lire la suite !
Quelques remarques :
"Théo m’avait-il abandonné hier soir ?" -> abandonnée
"je ne leur laissais pas le temps de répondre et demandais :" -> demandai
"si t’es pas rentrer avant Cindy" -> rentré
"qui comme je pouvais m’en doutait" -> douter
"de retenter notre chance, ce soir." -> ce soir ?
"ce truc m’était totalement sortie de la tête" -> sorti
"cela s’était passés comme ça." -> passé
"avec deux heures de liberté casi complète." -> quasi
"il nous avait toujours considérer" -> considérés
"qui accompagné chacun de ses sourires." -> accompagnaient
"Pour finir, il s’appelait Elias Moretty," j'enlèverais le pour finir, un peu en trop "Comme pour approuvés, Mathéo et Sarah" -> approuver
"Merci du soutient !" -> soutien
" j’en fus empêcher" -> empêchée
"à quel point ton idée est génial." -> géniale
"fallait-il vraiment que je précise que les jumeaux avaient le même âge ?" tu m'as fait sourire xD
Toujours un plaisir,
A très bientôt (=
Katsia2003
Posté le 18/10/2021
Merci pour ce commentaire. Pour la dispute avec tante Elise, il y a une bonne raison de pourquoi on ne la vois pas.
J'espère que les prochains chapitres te plairont
Edouard PArle
Posté le 19/10/2021
j'imagine, peut-être aurais-je droit à un flashback ^^ On verra bien.
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