29/11/22 - Gentil chien

Par AliceH
Notes de l’auteur : (chapitre écrit sous l'impulsion et sous les larmes)

Ma santé mentale part de plus en plus en vrille. Déjà que c'était pas glorieux. Mais la mort de ma chienne m'a donné l'impression d'être les quilles d'un jeu de bowling que mon deuil vient striker les unes après les autres sans émotion. Ce qui me vexe le plus dans tout ça, c'est cette question qui, étonnamment, m'a également été posée à propos de ma grand-mère, morte début octobre :

« Est-ce qu'elle était vieille ? »

Oui, ma chienne était vieille. Presque 17 ans. 86 ans en âge humain.

Ma grand-mère était vieille. 86 ans. Presque 17 ans en âge chien.

Je trouve cette question plus que stupide concernant ma grand-mère : mec, tu parles de ma mamie. La mère de mon père. Tu crois qu'elle avait quoi, 34 ans ?

J'ai droit aussi au fameux :

« Est-ce qu'elle était malade ? »

Oui. Je l'ai appris la veille de sa mort, quelques minutes avant de devoir m'en séparer pour la dernière fois et à tout jamais. Putain. C'est ça aussi qui me rend malade. Avoir été celle qui l'a confiée à des médecins qui n'ont pas pu la sauver. Être celle qui a pris trop tard la décision de la faire soigner. Être celle qui ne lui a pas assez dit « je t'aime » pour la énième mais dernière fois..

Cette question.Comme si la mort de ma chienne vieille et malade et donc prévisible, devait me faire moins mal. Comme si celle de ma grand-mère gravement atteinte d'Alzheimer et de problèmes cardiaques n'était qu'un mauvais cap à passer.

C'est ce que je me dis, vous savez ? Ça va passer. C'est qu'un mauvais moment. Mais j'y crois pas. Je continue à vivre, et je vais bien, mais, en même temps, je ne vais pas bien du tout. Je sors, je travaille, je fais du sport, je fais même des rencontres, mais rien de tout ça n'a de sens car j'ai passé presque dix-sept ans de ma vie à penser à mon chien chaque jour. J'étais toujours heureuse de rentrer chez mes parents car je savais qu'elle serait là. Je n'étais jamais seule car elle était là. Je souffrais le martyre à cause de ma maladie mais ça ne comptait pas puisqu'elle était là.

D'ailleurs, j'avais souhaité, il y a plus d'un an, que ma chienne puisse me voir en bonne santé avant de nous quitter. C'était un très bon chien. Elle a attendu que je sache faire des équilibres au roller derby (alors que ça fait quatre ans que j'essaie sans le moindre succès), monter et descendre des escaliers sans me tenir aux barres et que je fête mes trente ans avant partir.

Mais pour être sincère, j'aurais préféré cent fois dix nouvelles années de douleur que de subir un nouveau jour sans elle. Ma douleur est partie et une autre la remplace, je suppose que c'est l'équilibre de toutes choses qui veut ça. On peut penser que ça s'annule, peut-être. Si on pousse un peu cette manière de considérer le monde alors ouais, je vais super bien.

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Altaïr
Posté le 30/11/2022
Les fameuses maladresses face au malheur d'autrui, lorsqu'on tente d'aborder délicatement une personne endeuillée avec des banalités dont on sourit une fois la douleur estompée (car elle ne s'efface jamais complètement, n'est-ce pas ...).

"Ma douleur est partie et une autre la remplace, je suppose que c'est l'équilibre de toutes choses qui veut ça."
Ce passage est tristement beau, et j'ose croire que tu te trompes, je l'espère même, car si les bonnes ont une fin, et bien qu'il en soit de même pour les mauvaises, là devrait-il être le véritable équilibre.
Courage à toi.
AliceH
Posté le 26/12/2022
Merci beaucoup ♥
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