26. Introspection

Par tiyphe
Notes de l’auteur : Encore désolée pour la longue attente !! Je ne suis pas au top de ma motivation pour écrire en ce moment, je me mets beaucoup de pression pour que tout soit parfait dès le premier jet, ce qui est impossible xD
Bref, profitez de ce nouveau chapitre !

Lucas

Lucas pleurait à chaudes larmes, il était dévasté. Sa respiration saccadée ne l’aidait pas à se calmer, tout comme sa vision trouble. Roulé en boule au milieu du lit de Louise, il n’arrivait plus à arrêter les hoquets qui le secouaient. Tout son monde s’écroulait une nouvelle fois et il était incapable de s’en sortir. Il n’avait pas les épaules pour tout ceci. Et comment cela se faisait-il que les draps puissent sentir son odeur ? Son amie s’allongeait-elle dans ces tissus lorsqu’elle s’isolait ? Le jeune homme était si perdu, que tout se mélangeait. Il n’arrivait pas à mettre une priorité sur ce qu’il fallait gérer en premier.

Sept jours s’étaient écoulés depuis la disparition de Louise. Lucas ne réalisait toujours pas. Il avait l’impression que c’était hier, non une heure auparavant, cinq minutes. L’image était gravée sur ses paupières fermées. La douleur était si forte. C’était comme perdre de nouveau Tom. C’était comme revoir Sibylle se faire engloutir par la matière opaque de Jacques. C’était comme observer Mia et Irinushka disparaître durant la Grande Bataille. Pourquoi vivait-il autant d’horreurs ? Pourquoi toutes les femmes qu’il aimait se sacrifiaient-elles pour lui ? Pourquoi étaient-ils le Sauveur alors qu’il était incapable de sauver qui que ce soit ? Il ne méritait ni les amitiés, ni les sentiments, ni l’admiration qu’on lui portait.

Un nouveau sanglot le fit tressaillir. Son assurance qui l’avait suivi si longtemps semblait n’être plus qu’un lointain souvenir. Qu’est-ce que ses parents penseraient de lui en le voyant ? Seraient-ils déçus de celui qu’il était devenu ?

Lucas...

Non. Ce n’était pas le moment pour une conversation avec son ancêtre. Lucas se sentait seul et voulait le rester. La voix dans son ventre n’ajouta rien et le jeune homme espéra que son cohabitant comprenait la situation. Il lui promit intérieurement d’en discuter lorsqu’il serait calmé et le silence lui répondit de nouveau. Cela faisait sept jours qu’il repoussait le dialogue et étonnamment, Conan n’insistait pas.

Lucas s’allongea sur le dos en écartant légèrement ses ailes pour ne pas les écraser. Le regard vide dirigé vers le plafond, il se concentra sur sa respiration comme Gabie lui avait appris. De ses doigts, il chercha le bout des plumes basses qu’il avait l’habitude de triturer ou caresser selon son humeur. Cela l’apaisait de sentir la douceur de cette texture si particulière. Une vague de calme s’installa alors en lui. Même temporaire, il en profita le plus possible. Il ferma ses yeux douloureux et tenta de repousser toutes les idées négatives qui cherchaient à briser sa sérénité.

Il y en avait tellement. Maintenant qu’il n’y avait plus Jacques, Jeanne et Louise, qui était censé être aux commandes ? Les Grands Occupants ? Isabella et Roan ? Lui-même ? Lucas n’était même pas sûr d’avoir la possibilité de trouver la réponse à cette question. Il regrettait à présent de ne pas avoir lié plus d’amitiés avec les habitants du château ou de ce monde, avec ses anciens compagnons de l’expédition ou ceux du conseil. Pouvait-il demander de l’aide à Gabie ? Ce n’était pas son rôle. Mais lui, quel était le sien ?

Roan lui avait parlé d’un jugement concernant Chloé. Peut-être qu’il pourrait se concentrer là-dessus dans un premier temps, se dit-il en se redressant. Lucas laissa pendre ses jambes au bord du lit surélevé de plusieurs matelas. Il se frotta le visage pour effacer les traces de son chagrin. La jeune fille devait comparaître devant un tribunal. Mais quelle punition donner à une terroriste dans le monde de la Mort ? La perpétuité ne pouvait être envisagée, il s’agissait de l’éternité. La peine capitale était inutile et bien trop barbare. L’accusée méritait une défense, au moins.

Non, elle mérite d’être enfermée pendant mille ans, fit Conan dans son estomac.

Lucas décela une pointe de colère dans la voix de son ancêtre. Le Créateur préféra ignorer son logeur, ne désirant toujours pas discuter avec lui. Il lui en voulait encore pour la prise de contrôle. Y repenser l’angoissa. Devenir spectateur de son corps avait été une expérience affreuse. Il espérait ne jamais recommencer. Cela avait été comme une entrave. Il avait eu envie de hurler, de se débattre, de retrouver la maîtrise. Mais il n’avait rien pu faire de tout cela jusqu’à son retour aux commandes. Il avait eu l’impression d’être en apnée, sans être capable de reprendre son souffle, car ce n’était plus lui qui respirait.

Je suis vraiment désolé, se répéta le coupable de ce terrible épisode.

Tripotant ses plumes noires, le jeune homme se leva sans répondre. Il devait se dégourdir les jambes et l’esprit. Cela faisait un petit moment qu’il se trouvait sur le lit de Louise, plusieurs heures, peut-être même plusieurs jours. Il avait perdu la notion du temps. C’était Conan qui lui signalait les dates et les minutes, telle une horloge parlante. Sans doute qu’il essayait d’une manière ou d’une autre de le réveiller de sa léthargie. Il lui avait annoncé le 2 novembre ce matin, ou était-ce hier ? Sept jours, c’est ce que Lucas avait retenu. Sept jours que le vide le grignotait peu à peu.

Le garçon se déplaça dans la chambre de son amie en soupirant. Il se rapprocha d’un mur et observa les tableaux. La Créatrice avait du talent. Qu’elle les ait peints à la main ou avec son imagination, ils étaient magnifiques. Regarder ces œuvres donna du répit à son cerveau. Lucas se focalisa sur les lignes, les courbes, les paysages. Sa respiration redevint plus régulière. Il laissa ses doigts se balader sur la paroi, puis sur l’imposante tapisserie qu’il n’admirait pas autant que les toiles.

À sa grande surprise, la broderie s’enfonça comme si elle n’était posée sur aucun support. Intrigué, Lucas appuya sur le tissu. Rien. Il ne trouvait pas de mur. Le garçon tira alors dessus. Une entrée se dévoila sur un lieu sombre. Il s’avança, de plus en plus curieux. Le jeune homme ailé ne s’attendit pas à découvrir un bassin dans cette partie du château. Il y avait pourtant bien des piscines, des bains, des saunas ou des jacuzzis un peu partout dans l’Entre-Deux, alors celui-ci n’aurait pas dû le surprendre.

Il s’avança jusqu’aux quelques marches qui s’immergeaient dans le liquide translucide. Le garçon avait terriblement envie d’y plonger, de nager, de sauter dans l’eau paisible. Mais quelque chose le retenait. Si ce lieu était caché par une tapisserie et que Louise ne lui en avait jamais parlé, même lors de leurs moments d’intimité, il devait bien y avoir une raison. Et Lucas pensait la connaître. C’était ici le monde de la Créatrice, son sanctuaire. Alors le jeune homme rebroussa chemin et sortit de la chambre. 

Il déambula sans but dans les couloirs chargés d’autres œuvres d’art de Louise, de Jeanne ou d’Occupants. Il se croyait dans un musée et agissait comme tel, s’arrêtant devant une sculpture et la regardant sans vraiment la regarder. Il philosophait sur les intentions de l’artiste sans totalement comprendre ce qu’il se racontait. Mais cela avait l’avantage de lui occuper l’esprit.

— Bonjour Lucas, fit une petite voix près de lui, le sortant de sa torpeur.

Cacilda se tenait à une distance raisonnable ce qui lui permit d’éviter le coup d’aile qu’elle aurait pris si elle avait été plus près. Le Créateur s’était retourné précipitamment, surpris et avait manqué de renverser un somptueux vase fabriqué par un ancien potier russe. La jeune fille avait un grand sourire sur les lèvres comme chaque fois qu’elle se présentait à lui. Ses traits fins d’enfant étaient rassurants et une vague d’apaisement envahit Lucas.

— Je ne te dérange pas, j’espère, continua-t-elle.

— Non… non, tu as besoin de quelque chose ? demanda-t-il, pas complètement certain d’être en état de l’aider pour quoi que ce soit.

— Je suis venue voir comment tu allais, annonça-t-elle tout naturellement.

Lucas ne s’attendit pas à cela. Il resta un instant pantois face à la fille des dirigeants des souterrains. Cette information tourna une fois de plus dans sa tête et ce fut sans réfléchir qu’il tenta de bomber le torse afin de se donner du courage et une prestance. Il étira sa bouche dans un rictus peu convaincant et s’apprêta à remercier cette petite. 

— Avant de me dire que tout va bien et que tu peux tout gérer seul, l’interrompit-elle dans son élan. Je te propose que nous fassions un pacte.

Les épaules du garçon s’affaissèrent. Elle venait de lui couper l’herbe sous le pied. Devant son air médusé, Cacilda émit un petit rire dénué de moquerie.

— Comment ça, un pacte ? osa-t-il demander.

— Je t’aime bien Lucas, annonça l’enfant. Pas sentimentalement parlant, précisa-t-elle en remarquant les yeux ronds du garçon. En tant que personne. Je pense que tu as beaucoup à offrir et tant à apprendre. Je vois que tu ne vas pas bien, je t’ai simplement posé la question par politesse.

Elle fit une pause, mais Lucas n’osa pas l’interrompre. Il ne savait pas vraiment quoi répondre à cela. Son cerveau était entre l’arrêt inopiné et le redémarrage. Qu’était-il en train de se passer ? Inconsciente de ce trouble, Cacilda poursuivit :

— Si tu avais quelqu’un à qui parler, tu l’aurais déjà fait. Mais ça fait sept jours que tu erres entre la chambre de Louise et ta Salle de Création. Personne ne mérite d’être seul dans un moment pareil, alors je serai là pour toi si tu l’acceptes. 

« Je ne suis pas seul », eut-il envie de lui répondre. Mais il n’était pas question d’évoquer Conan. D’une, parce qu’il ne voulait pas passer pour un fou et puis Lucas repoussait tellement son ancêtre que finalement si, il se sentait isolé. 

« Ne dis rien, s’il te plaît », pensa le garçon à l’intention de son cohabitant.

— Quel est le pacte ? fit alors le Créateur, aussi curieux que méfiant.

Cacilda sourit de nouveau. Elle pencha la tête sur le côté et annonça : 

— Soyons honnêtes l’un envers l’autre.

Lucas leva un sourcil, perplexe. 

— Qu’est-ce que tu y gagnes ? lâcha-t-il un peu trop sèchement.

Son interlocutrice ne s’en formalisa pas et tendit une main devant elle :

— Un allié, un ami.

Même avec ce geste et ces paroles, Lucas était désemparé et suspicieux. C’était complètement inattendu. Avait-elle l’intention de se servir de lui ou était-elle sincère ? Le visage enfantin de Cacilda laissait peu d’indices quant à ses motivations. Il avait un air innocent, mais également espiègle. La petite ne l’était qu’en apparence. C’était impossible d’être encore si candide après plus de trois siècles d’existence, pensa le jeune homme.

— Qu’est-ce que tu y gagnes ? répéta ce dernier, pas convaincu.

Une lueur de déception et d’impatience passa dans les yeux mordorés de la fillette. Elle laissa retomber son bras le long de son corps. Son sourire, lui, n’avait pas bougé. Un silence se fit entre les deux jeunes au milieu du couloir vide. Ils se défiaient du regard. Cacilda lâcha la première au bout de quelques secondes. Elle soupira, capitulant.

— Je doute des intentions de mes parents, se livra-t-elle alors. J’ai besoin d’avoir un avis sur ce que j’ai vu et entendu. Je ne peux pas en parler à mes amis qui sont tous des souterrains, ils ont une confiance aveugle en Roan et Isa. Quant aux Grands Occupants, c’est moi qui ne leur fais pas confiance.

Elle reprit son souffle avant de poursuivre :

— Je te l’ai dit, Lucas. Je t’apprécie. J’ai une bonne intuition te concernant, développa l’enfant. J’ai envie de t’aider pour l’Entre-Deux, mais aussi pour retrouver Louise et les Occupants disparus. Si je dois m’éloigner de mes parents pour cela, je le ferai.

Une multitude d’informations tournaient dans la tête de Lucas. Cela ressemblait à la tempête des plaines vides lui apportant des doutes, de la peur, de l’impuissance. Et surtout, beaucoup de questions. Cependant, Lucas n’avait plus envie de réfléchir. Réfléchir, cela voulait dire penser à Louise, à Chloé, à Conan, à l’Entre-Deux. Il s’était fait une liste des problèmes qu’il rencontrait et jamais elle ne diminuait.

— Je… je ne suis pas en état de t’aider pour le moment, finit-il par murmurer.

— Je comprends ton deuil, répondit la jeune fille à la surprise du garçon. J’ai perdu deux petites sœurs il y a trois cents ans. Elles ne sont pas mortes, c’est moi qui le suis et elles ne nous ont jamais rejoints. Je sais que des décennies, des siècles se sont écoulés depuis, mais la douleur est toujours présente. Je me sens responsable. Si je n’avais pas fait de cauchemar cette nuit-là, si je n’avais pas été me blottir dans le lit de ma mère, si…

L’émotion était visible dans les yeux de Cacilda. Avec cette expression, elle ressemblait vraiment à une enfant. Lucas avait envie de la consoler, de la prendre dans ses bras, de pleurer avec elle.

— Alors, même après tout ce temps, la culpabilité reste ? interrogea-t-il, la gorge serrée.

Cacilda renifla bruyamment pour retenir ses larmes.

— Le chagrin, le deuil, la culpabilité, énonça-t-elle. Ces émotions, nous apprenons à vivre avec, elles sont toujours présentes dans nos cœurs. Certains jours, elles sont loin, comme oubliées. Tandis que parfois, elles nous brûlent de l’intérieur.

Lucas médita un instant sur ces paroles. Il avait envie de se laisser emporter par l’incendie de ses sentiments, mourir avec eux. Il ne remarqua pas Cacilda qui posa une main sur son oreille. La jeune fille releva la tête vers lui, le visage redevenu sérieux, adulte.

— C’est vrai, je ne suis pas venue uniquement pour ça, annonça-t-elle. 

Lucas qui s’était imaginé retourner tranquillement vaquer à son chagrin s’arrêta dans son élan, inquiet.

— C’est-à-dire ? voulut-il savoir.

Enfin, le voulait-il vraiment ? L’enfant se tourna en direction des escaliers et l’invita à avancer avec elle.

— Nous devons discuter de Chloé.

Le moment qu’il redoutait était sur le point d’arriver et sa première pensée fut de fuir à l’opposé. Cependant, ses pieds ne lui obéirent pas et ils emboitèrent le pas de la fillette. Pendant tout le trajet, Lucas l’écouta parler du jugement de la prisonnière. Il lui fallait une défense, des jurés, un juge. Cacilda s’était renseignée sur les tribunaux mis en place ces derniers siècles et dans les différents pays.

— Mais avant tout ça, conclut-elle alors qu’ils arrivaient dans les cachots. Nous nous trouvons face à un problème.

— Lequel ? s’inquiéta Lucas.

— Chloé ne s’est pas réveillée.

La petite fille s’arrêta devant une porte de bois. De solides barreaux permettaient d’apercevoir une pièce peu éclairée. Cacilda s’adressa à la femme qui gardait l’accès :

— Du nouveau ?

— Rien, répondit la vigie. Je vous fais entrer ?

L’enfant hocha la tête et laissa passer son interlocutrice. Cette dernière ouvrit le battant avant de s’effacer dans le couloir. S’ils avaient besoin d’elle, elle était avec ses collègues. Lucas ne comprenait toujours pas après presque trois ans dans l’Entre-Deux comment des Occupants pouvaient choisir de devenir gardes dans les cachots. L’endroit n’était pas horrible, mais il y avait tant à faire dans l’éternité que de rester devant une porte.

Le Créateur rejeta ces nouvelles pensées inutiles et suivit Cacilda à l’intérieur de la cellule. Il s’était imaginé un lieu froid et morbide, comme celle où avait été enfermée Sibylle après leur retour des plaines vides. Il avait découvert le mur éventré et éclaboussé du sang de son amie. Il n’avait jamais compris comment elle avait réussi à s’échapper, comment elle avait pu détruire une paroi si solide. Il ne le saurait peut-être jamais.

La pièce était circulaire et colorée. Un puits de lumière venant du plafond apportait des nuances chaudes sur les murs aux teintes pastel. Un lit en apparence confortable meublait principalement l’espace. Au fond, un bureau arrondi et une chaise s’effaçaient dans la pénombre. Si l’endroit ne semblait pas si triste, une ambiance étrange régnait. L’air y était étouffant, presque nauséabond. Lucas n’arrivait pas à mettre de mot sur cette odeur, cela sentait... la Mort ?

Chloé était allongée au milieu du matelas, au milieu de sa prison. Elle paraissait endormie, inconsciente, morte. Immobile. Sa peau translucide laissait apparaître ses veines noires, comme si le sang ne circulait plus. Aucun mouvement ne trahissait une simple respiration. Seuls ses cheveux se mouvaient. Seule chose vivante. Ils voletaient autour de son visage impassible dans une danse répétitive et lente, comme des algues flottant sur une mer calme, comme les rameaux d’un saule pleureur agités par une douce brise. Insensibles à l’attraction du sol, ils entouraient la jeune femme comme un bouclier d’ivoire.

— Depuis quand est-elle comme ça ? demanda Lucas qui ne pensait plus à tous ses malheurs.

La situation était beaucoup trop surprenante et alarmante pour s’épancher sur tous ses problèmes. La priorité s’était faite d’elle-même et à présent le garçon ne voyait qu’une chose : un nouveau mystère qu’il voulait résoudre.

— Depuis que nous l’avons enfermée, répondit Cacilda. Dès que nous essayons de l’approcher, ses cheveux semblent la protéger davantage. 

Pour illustrer ses propos, l’enfant s’avança vers la prisonnière. Là où elle tendait la main, les mèches se rassemblèrent les unes aux autres empêchant la jeune fille de passer ses doigts jusqu’au corps inanimé. Ils formaient comme un mur blanc infranchissable. Cacilda retira son bras et les fins tentacules pâles reprirent leur chorégraphie en se séparant. L’enfant se tourna vers Lucas en haussant les épaules.

— Nous avons seulement réussi à la porter ici, raconta-t-elle. À présent, nous ne pouvons ni la toucher ni la réveiller.

Hypnotisé par le jeu, les tourbillons, la lévitation, Lucas s’approcha à son tour. Il n’entendit pas Cacilda lui dire que c’était inutile, le résultat était toujours le même. Il observa les traits sereins de l’adolescente. Aucune douleur ne l’emprisonnait, seulement la Mort et ce qui la possédait. Il voulut avancer sa main comme la petite avant lui, mais pour quoi faire ? Chloé ne se réveillerait jamais. Il en était persuadé.

Alors il ne comprit pas lorsque ses ailes se déployèrent. Ce n’était pas Conan puisque l’ancêtre fut tout aussi surpris que lui, c’était plus que cela. Les plumes ébène s’agitèrent, se frictionnèrent entre elles. Sans avoir le contrôle, Lucas générait une puissante tempête qu’il dirigeait sur la chevelure d’argent. Cette dernière se protégea, riposta. Des mèches blanches s’élancèrent vers les plumes noires. Le vent était plus fort. Cacilda s’était cachée derrière le Créateur, incapable d’intervenir. Elle observait, désarmée, la bataille.

Une substance sombre commença alors à s’échapper de la crinière. Ce n’était ni liquide ni gazeux, c’était étrange. Lucas crut revoir une des ombres de l’obscurité. La matière se regroupait en un point au-dessus du bureau, elle était éjectée vers le mur, poussée par les rafales. Et lorsque la dernière goutte de cette essence s’arracha finalement à Chloé, le tout s’écrasa sur la paroi comme une tache d’encre. Cela grouilla avant de s’enfuir par le puits de lumière tel un insecte attiré par le soleil.

Les ailes s’arrêtèrent alors de battre. Lucas s’effondra à genoux, vidé de ses forces. Si l’expérience de Conan s’emparant de son corps avait été terrible, celle-ci l’était plus encore. Le jeune homme suffoquait, essayant de retrouver un rythme cardiaque viable. Des nausées se mélangeaient aux tournis et aux migraines frappant son crâne avec des enclumes. Il sentit à peine Cacilda poser une main sur son épaule et l’aider à s’allonger. Le sol était frais, cela lui fit du bien entre deux convulsions.

Il lui fallut plusieurs longues minutes pour s’en remettre. Lorsque son corps accepta enfin les inspirations, Lucas put s’asseoir en tailleur sur la pierre. Ses vêtements étaient trempés de sa transpiration et quelques mèches blondes collaient à son front et dans sa nuque. Le jeune homme leva alors les yeux vers Chloé. « Comment va-t-elle ? », voulut-il demander, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge.

L’adolescente était assise sur le lit, le regard perdu. Ses mains étaient crispées sur le bord du matelas, comme si elle avait peur de basculer en arrière. Sa peau avait retrouvé quelques couleurs, la Vie était de nouveau en elle, s’il était possible de penser à cela dans le monde de la Mort. Sa poitrine se soulevait régulièrement, ses yeux observaient autour d’elle, ses orteils tâtaient la roche, Chloé était réveillée. La seule différence était sa chevelure argentée. Comme lors des attaques, elle avait disparu. Il ne restait qu’un crâne vierge, nu et brun, brûlé.

***

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Sorryf
Posté le 02/11/2020
"C’était comme perdre de nouveau Tom. C’était comme revoir Sibylle se faire engloutir par la matière opaque de Jacques." oh non les feels ;_;

Tu as super bien réussi l'introspection ! Très bien dosé !! Je suis très contente de cette alliance avec Cacilda, je pense que Lucas en a bien besoin, et je lui fait plutôt confiance !
Chloé a été exorcisée !! j'espère qu'ils vont pas être trop durs avec elle, c'est vrai que 1000ans enfermé ça fait beaucoup xD ! mais déjà elle a perdu tous ses cheveux c'est bon, on peut dire qu'elle a été assez punie xDD (je décoooonne)(enfin...)
C'est vrai que c'est une drole d'idée de vouloir être gardien de prison dans l'entre deux !!
j'espère que tu vas profiter du confinement pour bien avancer la suite ! courage !
tiyphe
Posté le 02/11/2020
Olala merci ! ça me rassure beaucoup si tu trouves l'introspection réussie ! J'avais peur d'être lourde à force sur le fait que Lucas n'arrête pas de se plaindre et d'être au bout de sa vie xD Mais en même temps je pense que c'est assez réaliste !
Sa relation avec Cacilda et Chloé va le secouer un peu normalement ^^

On est d'accord perdre ses cheveux c'est affreux ! xD

J'espère aussi pouvoir avancer ! Merci encore <3
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