25. Le fossa de Madagascar

Par tiyphe
Notes de l’auteur : Coucou mes petits lecteurs !
Un petit message pour vous remercier déjà de suivre les aventures de mes personnages dans les mondes de la Mort !
Et je tenais également à m'excuser pour le temps passé entre chaque chapitre... C'est sûr que lorsque je ne suis pas en retraite littéraire, j'ai beaucoup moins de temps pour écrire ahah ! Mais ne vous inquiétez pas, ce projet aboutira pour sûr !
Pleins de bisous !

Maleine

Dans un des nombreux salons de la Pyramide, les Occupants patientaient chacun plus ou moins sereinement. L’espace était dirigé vers l’immense jungle de l’Anti-Chambre encore plus sombre et effrayante de nuit. Cependant, personne n’y faisait attention. Pakhémetnou les avait réunis dans cette pièce sans leur donner plus de détails que « Ouadjet a une surprise pour vous. ». Puis il avait disparu dans le but de quérir Andjety avec un sourire étrange sur le visage. Maleine ne savait pas quoi en penser et commençait à appréhender ce qui allait suivre.

Ezéchiel, le moins angoissé de tous, découvrait de nouveaux hiéroglyphes au plafond comme sur les murs et en faisait la traduction à Imad. Le garçon de 13 ans en apparence semblait intéressé par l’instruction de l’ancien historien et lui posait des questions sur la signification précise de tel ou tel dessin. À moins que ce soit dans le but de penser à autre chose, se demanda la Néerlandaise qui observait ses compagnons et leurs comportements.

Assise en tailleur sur une banquette individuelle, Maleine assista alors à un spectacle plutôt intrigant et cocasse. Le bébé nommé Esther grimpait à califourchon sur un des genoux de Gaum. L’homme était si stressé qu’il faisait trembler sa jambe assez rapidement et l’enfant semblait en profiter pour vivre un de ses meilleurs moments de sa mort. L’ancien vétérinaire ne remarquait rien tandis que le bambin gazouillait de plaisir.

Ce tableau atténua les craintes de Maleine qui sourit franchement avant de mêler son rire feutré à celui rocailleux de Kahsha. La fillette se leva de son siège et vint attraper les petits doigts d’Esther afin de la faire sauter plus haut. Gaum réalisa enfin ce qu’il se passait et se figea d’incompréhension. La vue du bébé enjoué et de la jeune Inuite qui s’amusaient candidement l’attendrit instantanément. Il posa ses mains sur les hanches du nourrisson et le fit rebondir de plus belle tout en entonnant un chant malgache.

La pression était redescendue et l’harmonie qui englobait ces Occupants exilés fit fondre l’émotive Maleine. Ce simple moment de bonheur lui permit d’oublier un instant son envie de retrouver l’Entre-Deux. Et pourtant, elle espérait vraiment pouvoir traverser les montagnes blanches jusque dans ce monde qui l’avait accueilli. Ezéchiel lui avait un jour demandé ce qui la poussait à tant retourner dans un lieu sans couleur, sans faune, sans flore. Qu’est-ce qui pouvait bien lui manquer tant ? l’avait-il interrogée.

La réponse avait été difficile à formuler. La septuagénaire n’avait presque connu que son mari violent de toute sa vie. Il l’avait éloignée de toutes ses relations d’enfances et jusqu’à leurs propres fils. Il l’avait empêchée de faire des études, prétendant pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. Mais lorsqu’il avait fallu payer celles des quatre garçons, il lui avait reproché d’avoir dépensé son argent, à lui, de n’avoir rien économisé.

Maleine avait soupiré face à Ezéchiel. La Néerlandaise souhaitait rentrer parce qu’elle avait enfin pu s’échapper de sa prison. Libérée de son mari, elle avait rencontré de belles personnes qui l’aidaient à surmonter son traumatisme. Ils étaient un moteur dans sa nouvelle existence et elle ne voulait pas qu’ils lui soient enlevés eux aussi. Cela, l’ancien libraire ne pouvait pas comprendre. Aucun des Occupants présents dans l’Anti-Chambre n’était susceptible de saisir, se disait-elle sans vraiment avoir essayé de s’expliquer.

Alors incapable de révéler son lourd passé au quarantenaire, Maleine ne lui avait pas tout dit sans pour autant lui mentir. Ses amis lui manquaient et elle souhaitait les revoir. À cela, l’Israélien avait haussé les épaules, sûrement peu convaincu, et était retourné à son activité. La femme aux mèches bleues ébouriffées avait envie de se confier, mais elle ne s’en sentait pas encore capable. Elle ne voulait pas fondre en larmes devant des inconnus.

Dans ce grand salon de la Pyramide, la septuagénaire déplia ses jambes devant elle. Elle commençait à trouver le temps long. Ils attendaient le retour de Pakhémetnou et des autres depuis un bon moment lorsqu’Ouadjet se présenta enfin à l’entrée de la pièce. La Scribe laissa Luciana passer en première. Maleine remarqua que quelque chose avait changé sur le visage de la jeune rousse. Elle rayonnait et semblait ravie. La Néerlandaise ne la côtoyait que depuis un petit mois, mais elle ne l’avait jamais vue comme cela, aussi belle. Qu’est-ce qui pouvait bien la rendre si heureuse ? 

Comme pour répondre à sa question muette, une figure bien connue des Occupants s’avança dans le salon. Elle n’avait pas sa prestance habituelle de Princesse, mais Louise se trouvait bien dans l’Anti-Chambre. Elle portait une longue robe de cérémonie d’un vert empire profond dont les épaisses bretelles tombaient délicatement au bas de ses épaules. Sans le tissu déchiré et les taches de sang au niveau de la poitrine, elle aurait été sublime aux yeux de la femme âgée. Mais l’apparence de son vêtement associé à une posture ébranlée n’était pas à son avantage.

Les réactions ne se firent pas attendre dans la salle. Kahsha lâcha les petits doigts d’Esther et vint se cacher derrière Maleine qui s’était redressée. Gaum se leva à son tour, le bébé dans ses bras. Ezéchiel voulut s’approcher de leur dirigeante, mais il se cogna dans un guéridon. L’homme étouffa un cri de douleur dans son coude avant de s’empourprer de honte. Imad lui demanda si ça allait après avoir adressé un hochement de tête respectueux aux deux femmes importantes.

— Que… comment ? s’étrangla Gaum qui peinait à rester assez solide pour tenir Esther dans ses bras en plus de sa propre personne debout.

N’en pouvant plus, il se rassit et laissa le bébé se glisser au sol et se diriger vers Louise. Tout le monde observa alors en silence le bambin se déplacer avec difficultés sur ses jambes minuscules jusqu’à la Créatrice.

— Louise ! s’exclama la petite après être tombée sur ses fesses devant la concernée. Je ne saurais dire si c’est un plaisir ou non de te voir.

Maleine n’en était pas sûre, mais elle crut apercevoir le nourrisson faire un clin d’œil. La dirigeante semblait encore déroutée après la pesée du cœur puisqu’elle ne répondit pas. 

— Assieds-toi, Louise, l’invita Ouadjet en lui désignant un fauteuil confortable. Mes frères ne devraient plus tarder.

Les trois femmes qui venaient d’arriver s’installèrent, suivies des Occupants qui les imitèrent. Ezéchiel était particulièrement silencieux pour quelqu’un qui ne s’arrêtait que pour récupérer son souffle lorsque la Scribe se trouvait dans la même pièce. La Créatrice reprenait progressivement des couleurs sous le regard tendre et empathique de Luciana. C’était donc cela des yeux amoureux, remplis de douceur et de désir. Maleine en était quasiment persuadée pour l’avoir souvent observé dans les films.

— Merci, ça va mieux, prononça Louise d’une voix pâteuse. Que m’avez-vous fait ? poursuivit-elle à l’intention d’Ouadjet.

La Scribe posa sa haute couronne rouge sur l’accoudoir de son siège avant de répondre. Maleine remarqua comme de l’hésitation dans les traits de son visage ce qui était inhabituel chez elle, tout du moins depuis qu’ils étaient arrivés. L’adolescente en apparence semblait si inébranlable et si confiante, comme leur dirigeante de l’Entre-Deux finalement, pensa la Néerlandaise.

— Cette étape se nomme la pesée du cœur, expliqua alors la reine de l’Anti-Chambre. Chaque Âme qui se rend dans notre monde doit passer cette épreuve.

— Que faites-vous de ceux qui ne la réussissent pas ? osa demander Luciana qui devait repenser à la longue expectation avant l’équilibre parfait.

Les Occupants se posaient cette question depuis leur arrivée et la septuagénaire vit que ses compagnons attendaient autant qu’elle la réponse de la Scribe.

— Nous les exilons, affirma Ouadjet à présent plus sûre d’elle. Selon le poids de leur cœur, nous les offrons au Bien ou au Mal.

Ezéchiel lâcha un cri de surprise et la frayeur se lisait sur beaucoup de visages. Un tapotement sur son bras fit se retourner Maleine. Kahsha avait de grands yeux, voulant lui demander quelque chose. Elle semblait alors plus curieuse que craintive. La fillette mut doucement ses mains afin de poser sa question à la femme qui était la seule à la comprendre dans cette pièce.

— Est-ce souvent arrivé ? traduisit la septuagénaire pour le reste des Occupants et la Scribe.

— Non, les rassura Ouadjet. Le travail fait aux Barrières de la Mort est rarement remis en question. Mais nous avons eu quelques cas.

Un silence s’établit au sein du groupe après cette dernière révélation. Personne n’osait vraiment en demander davantage de peur de découvrir des choses inattendues peut-être. Maleine laissa Kahsha s’installer sur ses genoux. La petite était un peu lourde, mais elle semblait avoir besoin de sa présence. Ce fut alors que contre toute attente, Gaum prit la parole :

— Que s’est-il passé, Mademoiselle Louise ? fit-il d’une faible voix. Que devient l’Entre-Deux depuis notre départ ? Est-ce que Gabie va bien ?

Tout le monde fut surpris par son intervention, mais son regard était si implorant que personne ne fit de commentaire. Louise se redressa dans son siège, paraissant rassembler tous ses souvenirs. Le temps s’écoulait gravement rendant le suspense insoutenable. Maleine désirait également avoir des nouvelles de ses amis et de leur monde. Alors qu’une lourde larme forçait son chemin sur la peau de la jeune femme, cette dernière releva un visage tordu par la tristesse et la culpabilité.

— Cela fait un peu moins d’un mois que vous avez disparu, annonça-t-elle aux Occupants. Il y a eu deux attaques en deux jours, une dans les souterrains et une au dortoir. Nous avons répertorié huit victimes. Je suis en outre soulagée de constater que vous êtes tous présents dans ce monde et en bonne santé, avoua-t-elle.

Louise fit une pause où elle essuya sa joue avant de reprendre :

— Nous avons fait des recherches afin de retrouver la personne derrière tout cela alors qu’il n’y avait aucun indice. Hormis ces longs fils argentés qui se volatilisent après la libération des victimes, nous n’avions rien. Avec la surpopulation des nouveaux Occupants qui ne veulent être logés ni au dortoir ni dans les souterrains et la Grande Compétition qui devait commencer demain matin… Enfin, nous avons beaucoup pataugé, je n’étais pas très présente… Et puis, Lucas a eu de sérieux problèmes.

La voix de la dirigeante tremblait de plus en plus. Elle cherchait ses mots, des excuses, comme si elle voulait se justifier d’un crime qu’elle n’avait pas commis. Elle semblait en avoir gros sur le cœur, pensa Maleine qui avait de l’empathie pour cette femme qu’elle connaissait peu. La Néerlandaise constatait que leur Princesse était bien plus humaine que l’image qu’elle s’était faite à partir des commentaires de ses amis ou d’inconnus.

— Gabie va bien, sourit doucement Louise pour changer de sujet en s’adressant à l’ancien vétérinaire. Elle aide Lucas à trouver un moyen pour communiquer avec vous, tu serais fière d’elle. Je crois même qu’ils avaient presque réussi juste avant la troisième attaque.

— Comment ça une troisième attaque ? s’étonna Ezéchiel avant de comprendre la bêtise de sa question.

— Savez-vous qui est derrière ces attentats ? interrogea Imad. 

— Allons-nous pouvoir rentrer chez nous ? souffla avec espoir Maleine. 

— Alors j’ai bien entendu Gabie lorsque je… j’étais avec… ? s’empourpra Gaum.

Louise ne savait plus où donner de la tête avec toutes les questions qui fusaient à son intention. Maleine aperçut alors Ouadjet qui était un peu à l’écart. La jeune fille semblait particulièrement amusée et ne comptait apparemment pas aider la Créatrice. Non concernée par les affaires de l’Entre-Deux, l’Égyptienne aurait dû être ennuyée, pourtant elle souriait et paraissait vouloir entendre les détails de chaque situation.

— Effectivement, nous avons connaissance de la responsable de ces agressions, réussit à placer Louise entre deux exclamations. Il s’agit de…

Ces mots suspendirent instantanément le flux de paroles. De nouveau attentif, le groupe venant de l’Entre-Deux attendait la réponse, tout aussi curieux que perplexe. La Princesse marqua un temps de pause, hésitante. 

— Qui est-ce ? s’inquiéta Luciana. On la connaît ?

C’était également la crainte de Maleine. Était-ce une de ses amies ? Une célébrité ? Une Grande Occupante ? Après une longue inspiration, Louise reprit :

— Je ne pense pas, confia-t-elle. Il s’agit d’une adolescente qui est décédée depuis un peu moins de trois ans, Chloé Janssens. C’est une gamine inoffensive qui a tant à découvrir et à partager...

L’émotion ressurgit alors à travers un hoquet que la jeune femme ne réussit pas à dissimuler. De nouvelles larmes douloureuses fuirent ses yeux tandis qu’elle baissait le visage sur ses genoux. Luciana se leva et prit son amie dans ses bras. Elle lui caressa les cheveux pendant que Louise laissait exprimer son chagrin. Personne n’en comprenait cependant la raison.

— Inoffensive ? chuchota Ezéchiel à son voisin. Si c’était le cas, nous ne serions pas là.

— Donne-lui du temps, intervint Esther qui s’était approchée d’Imad en gambadant sur ses petites jambes.

L’enfant observa le bébé et un échange de regards se fit entre eux ou peut-être via leur oreillette. Le garçon hocha finalement la tête et aida Esther à s’asseoir sur la banquette à côté de lui avant de se concentrer de nouveau sur les autres Occupants. De quoi avaient-ils bien pu parler ? se demanda Maleine. Elle allait leur poser la question lorsque Gaum se leva prestement.

À l’entrée du salon se trouvait Pakhémetnou en compagnie d’Andjety. Ce dernier portait une longue robe couleur abricot évasée largement à ses pieds. L’encolure brodée de fils aux teintes de cuivre et de perles corail laissait apparaître les clavicules et le haut des épaules du jeune homme. S’il avait accueilli les Occupants dans un peignoir taché de peinture, il était clair que le Scribe s’était apprêté pour la Princesse de l’Entre-Deux.

Ses cheveux lavés et tressés étaient tirés en arrière, laissant apparaître un front décoré de paillettes de bronze. Un incroyable travail de maquillage rendait son visage lisse et moins désordonné. Andjety s’avança dans la pièce. Il allait certainement saluer Ouadjet puis Louise, imagina Maleine qui restait bouche bée face à tant de prestance et de transformation. Mais à sa surprise, l’Égyptien s’arrêta devant Gaum et fit une courbette.

— Prête-moi ta tablette, requit-il à l’intention de sa sœur tout en gardant ses yeux gris plantés dans ceux du Malgache.

Ce dernier ne savait plus où se mettre. Il s’était rassis au ralenti, comme écrasé par le regard du Scribe. Pourtant, Maleine n’y voyait pas de domination, mais bien la même chose que dans celui de Luciana qui tenait toujours Louise contre elle. Ouadjet grogna avant de tendre son outil au demandeur. Le teint de Gaum devenait vert tant il semblait tétanisé. Tout le monde retenait son souffle dans l’attente de découvrir ce qu’Andjety allait faire. 

***

Louise

Louise ne bougeait plus, trouvant un certain réconfort dans l’étreinte de Luciana. Cela ne lui ressemblait pas de craquer en public, mais elle était à bout. Son trop-plein d’émotions l’empêchait de savoir si elle devait avoir honte d’avoir fondu en larmes devant des inconnus haut placés ou si elle devait plutôt s’inquiéter du fait de ne plus être dans l’Entre-Deux. Qu’était-ce encore que ces histoires d’Anti-Chambre, de Scribes et de pesée du cœur ? Par quelle magie les animaux pouvaient-ils exister dans ce monde ?

La jeune femme se souvint de l’aquarium au sommet de l’Édifice dans l’Autre-Part. Cependant, il était clair que les poissons n’étaient pas vivants, mais seulement des automates faits de pierres précieuses et de tissus luxueux. Tout ce qu’elle connaissait et qui lui avait été appris par les Êtres Supérieurs à son arrivée était remis en question. Louise avait déjà difficilement accepté le fait qu’elle était à présent douée de capacité surnaturelle. Alors concevoir que les divinités aient pu lui mentir était impensable. C’était tout du moins ainsi qu’elle le ressentait à cet instant.

À tout cela s’ajoutait la révélation concernant Chloé. Cette petite avec qui elle avait développé rapidement une amitié se trouvait être la responsable des attaques. Et Louise avait du mal à y croire. Elle essayait de comprendre comment l’adolescente avait pu en arriver là. Quel était l’élément déclencheur de cette colère qui semblait l’habiter ? Était-elle naturelle ou originaire d’une puissance céleste ? La Créatrice repensa à Jacques. Sans lui avoir pardonné, elle avait relativisé ses actes de démences. Il n’avait pas été le seul instigateur de ses agissements, uniquement de ses choix. Était-ce la même chose pour Chloé ?

Une ambiance étrange sortit Louise de ses pensées. Elle repoussa doucement les bras de son amie et tenta tant bien que mal de se redresser convenablement. L’air était chargé d’électricité statique. La Princesse crut voir la pièce onduler devant ses yeux, sans être certaine que ce n’était pas plutôt ses larmes qui brouillaient sa vision. Le temps semblait en suspens alors que tout le monde avait le regard rivé sur l’homme qui venait d’entrer. 

Le prénommé Andjety était de dos et toute l’énergie convergeait vers ce qu’il tenait dans les mains. En se penchant un peu, Louise vit qu’il traçait un dessin de son pinceau sur une tablette faite de marbre. Mais que faisait-il ? se demanda la Créatrice. De son siège, elle n’apercevait pas l’esquisse et attendait comme tout le monde, bêtement. Lorsque le courant invisible qui imprégnait la pièce fut complètement aspiré par l’instrument en pierre lisse, le Scribe posa ce dernier sur un guéridon. Il plaça ses mains devant lui et se retrouva avec un petit animal entre les doigts. 

De la forme d’un jeune félin, Louise ne reconnaissait pas son espèce. Ses grandes oreilles gigotèrent alors qu’il approchait une truffe humide et curieuse vers Gaum. L’homme était passé de la terreur à une touchante affection. Ému et les yeux embués, il observait tour à tour Andjety et le mammifère. Le Scribe lui tendit sa création, incitant le trentenaire à le prendre.

— Voici Procta, présenta l’Égyptien qui s’écarta un peu de l’Occupant après lui avoir donné l’animal.

Ce dernier semblait aimer les bras de Gaum. Il se recroquevilla dans le cou de l’homme avant de se rouler en boule sur ses genoux.

— Procta, s’amusa l’ancien vétérinaire. Comment as-tu su que le fossa est mon mammifère préféré ?

Gaum releva un visage doux vers le Scribe qui lui rendit son regard rempli de tendresse et de désir. Ils semblaient être seuls dans la pièce et si Ouadjet ne s’était pas raclé la gorge pour attirer leur attention, ils se seraient dévorés des yeux encore longtemps. Quant à Louise, elle était abasourdie. Elle n’arrivait pas à se détacher du petit animal. Procta observait son nouvel environnement tout en laissant sa longue queue se balancer lentement. Andjety venait de lui donner la vie et la Créatrice ne réalisait pas.

— Impossible, ne put-elle s’empêcher de lâcher à voix haute.

Le dirigeant de l’Anti-Chambre se tourna alors vers elle, tout comme les Occupants. Ouadjet s’était levée et récupérait ses outils de dessin. Elle les attacha de nouveau à sa ceinture dorée avant de s’adresser à la jeune femme déboussolée :

— Je te présente Andjety, mon frère aîné. Il y a bien longtemps que ce garçon a perdu les bienséances à adopter.

Toujours interdite, Louise ne répondit pas. Elle laissait son regard divaguer entre les deux Scribes, le fossa et les Occupants. Que s’était-il passé tout ce temps ?

— Tu viens d’être témoin d’une Esquisse, poursuivit l’adolescente de plusieurs millénaires. Notre aptitude nous permet de matérialiser ce que nous souhaitons en dessinant à l’aide d’un pinceau particulier sur un support précis. Les Êtres Supérieurs nous ont donné la faculté de créer la vie, mais ce n’est pas propre à l’Anti-Chambre. D’autres mondes en sont capables alors que certains n’en ont pas encore la connaissance.

— La connaissance ? s’étonna Maleine.

— Bien sûr, affirma Andjety qui s’était installé sur le large accoudoir du fauteuil de Gaum. 

Le Scribe fit une pause tandis que son regard s’attardait sur le visage attendri de l’ancien vétérinaire concentré à caresser le fossa. Personne n’osait répliquer quoique ce soit, espérant que l’Égyptien continuât ses explications. Celui-ci releva la tête vers Louise.

— Nous sommes des Thaumas, dévoila-t-il alors. Ce terme vient du mot thaumaturge. Ezéchiel, je te laisse le plaisir de préciser l’étymologie, ajouta Andjety avec un clin d’œil pour l’intéressé. 

Le concerné se redressa dans son siège. Il était facile de deviner la fierté qu’avait l’ancien libraire de pouvoir partager son savoir.

— Thaumaturge vient du grec thaumatourgós qui signifie « faiseur de miracles », relata-t-il en faisant de grands gestes de ses bras. C’est un joli et juste mot pour vous représenter. Par ailleurs, thaûma seul veut dire « merveille » et la terminaison érgon désigne le « travail », la « production ». Je valide donc complètement cette appellation ! conclut-il avec un immense sourire.

— Tu es toi-même une Thauma, Louise, reprit Andjety d’un air très sérieux qui ne laissait pas de doute quant à la sincérité de ses propos. Nous possédons un don magnifique, différent selon notre monde d’origine et nous permettant de modeler à notre guise le lieu qui nous a été offert par les deux divinités. 

Le jeune homme sembla observer la réaction de son interlocutrice. Cependant, Louise était plus perdue que jamais. Au-delà de l’existence d’autres mondes de la Mort, d’autres pouvoirs, elle se sentait démunie face à toutes ces informations dont elle n’avait pas connaissance. Elle avait le sentiment d’avoir vécu près de 475 ans dans l’ignorance totale tandis qu’il lui avait été assuré le contraire. Le Bien et le Mal avaient pourtant déclaré à Jeanne et Louise qu’elles avaient tout le savoir en leur possession. 

Inconsciente des interrogations de la Créatrice, Ouadjet ajouta alors :

— Être un Thauma nous donne la capacité d’enseigner notre don aux autres Thaumas. C’est là que ta présence devient intéressante, car tu es la première que nous rencontrons.

***

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Sorryf
Posté le 02/11/2020
Tu m'as fait revenir sur PA avec ta fic, alors j'enchaine avec l'entre-deux !!
Louise va apprendre a créer la vie ? Olala ça me donne des frissons ! et je suis un peu dégoutée pour elle d'apprendre qu'elle aurait pu le faire depuis longtemps mais elle ne savait pas ! Je sais pas à quoi ont joué le Bien et le Mal mais ça se fait pas xD

Je suis encore un peu perdue dans tous ces personnages, je pense que c'est a cause du temps entre les chapitres, j'ai du mal a resituer qui est qui, du coup j'ai peur de mal comprendre x.x
Mais passons aux choses sérieuses ! il y a de la romance dans l'air, on dirait !! ça me plait ! Mais il y a une petite répétition :
"C’était donc cela des yeux amoureux, remplis de douceur et de désir."
"Gaum releva un visage doux vers le Scribe qui lui rendit son regard rempli de tendresse et de désir. " -> les expressions se ressemblent beaucoup, et deux fois dans le meme chapitre ça se remarque ! essaie d'en modifier une !

Trop émouvant quand le bestiau apparait ! (je connaissais pas les Fossa, j'ai cherché sur internet du coup) en plus d'un coup de pinceau, j'adore l'idée !!

Aussi, c'était tout chou au début le bébé qui grimpe sur la jambe de Gaum en train de stresser !!
tiyphe
Posté le 02/11/2020
"Tu m'as fait revenir sur PA avec ta fic, alors j'enchaine avec l'entre-deux !!" -> Ouiiiii !

Le Bien et le Mal jouent aux Sims xD ou alors c'est moi ou peut-être bien les deux ;)

Je note pour ta remarque sur les personnages, comme ce n'est pas la première fois que tu me le dis, je pense qu'en effet il y a peut-être un travail à faire là-dessus. J'envisage de peut-être supprimé quelques personnages qui vont dans l'Anti-Chambre s'il y en a trop, même si ça me rendrait triste x)

Ouiiii vive la romance ! xD Je lis trop de Webtoon en ce moment, ça déteint sur mes romans ahah
Je note la répétition merci ! En effet, c'est pas ouf x)

Merci boucoup pour ton commentaire <3
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