22. La cérémonie d'ouverture

Par tiyphe

Louise

Un sourire satisfait sur les lèvres, Louise admirait le résultat de son travail fini. La cour du château avait été décorée spécialement pour la cérémonie d’ouverture de la Grande Compétition. Une estrade installée au centre du vaste espace était sa plus belle œuvre. Quelques marches de bois clair s’enroulaient autour de la surface foncée et ronde pour y grimper. Un dessin en spirale noir et blanc venait habiller les planches découpées dans ce même schéma.

Pour l’occasion, Louise avait demandé l’aide d’anciens pyrotechniciens afin de proposer un feu d’artifice des plus spectaculaires. Les rosaces devaient exploser au-dessus de leurs têtes en toute sécurité, créant un dôme de paillettes tandis que les hautes tours et la façade du château étaient bombardées de couleurs. La répétition de la veille donnait encore des frissons à la jeune femme tellement elle avait trouvé cela magnifique.

La Princesse avança près du mur d’enceinte, caressant les pierres qui avaient été peintes pour l’occasion. Des artistes avaient laissé cours à leur imagination pour agrémenter les remparts aux couleurs des candidats. Dans l’Entre-Deux, la compétition ne se faisait pas par pays ou par région, comme sur Terre d’après les dires de Lucas, mais par époques. Les participants du XVIe au XIXe se voyaient groupés par siècle, tandis que les autres étaient divisés par décennies tant ils étaient nombreux depuis un peu plus de cent ans.

De ce fait, les seize équipes avaient approximativement autant de sportifs et chacune d’elle pouvait proposer une ou plusieurs activités propres à leur époque qui étaient par la suite acceptées ou non par le comité. Par principe, Louise et Jeanne avaient toujours supporté le petit groupe du XVIe siècle. Peu, les compétiteurs donnaient leur maximum afin de démontrer qu’ils étaient tout de même motivés.

La Créatrice continuait tranquillement de contempler la fresque colorée dans un dégradé de différents bleus allant jusqu’au lilas de son équipe fétiche. Le nombre seize avait été dessiné en chiffre romain au milieu du pan de mur dans des tons chauds. Une présence la fit alors sortir de ses pensées. Chloé lui fit ce regard un peu gêné comme chaque fois qu’elle croyait la déranger. Louise lui envoya un grand sourire pour la rassurer, elle était si heureuse de voir la jeune fille.

— Chloé, s’exclama la Princesse. Te sens-tu prête pour ce soir ?

Les épaules de la concernée s’avachirent aussitôt, chassant la joie sur le visage de la dirigeante.

— Qu’y a-t-il ? s’inquiéta Louise.

— Rien, c’est juste que ça me met la pression ce genre de question, répondit la cadette.

— Oh, il ne faut pas, tu vas être merveilleuse, s’enjoua la Créatrice.

L’aînée posa une main encourageante sur l’épaule de son amie. Les deux jeunes femmes s’étaient beaucoup rapprochées pendant ces dernières semaines. Chloé devant un morceau à la Princesse, elle avait dû revenir au château et Louise ne l’avait pas laissée repartir, prétextant avoir besoin d’elle. En effet, sa présence apaisait la dirigeante qui trouvait du réconfort dans la franchise et l’honnêteté de l’adolescente.

Louise avait tellement adoré entendre Chloé jouer de l’alto, qu’elle l’avait presque obligée à participer à la cérémonie d’ouverture. La petite avait beaucoup de talent et avec de l’entraînement, elle était absolument prête à monter sur scène devant une grande partie des Occupants de l’Entre-Deux. Peu d’individus avaient cette opportunité, c’est ce que la Créatrice avait donné comme argument pour convaincre la jeune fille.

— Je ne suis pas sûre que tu te rendes compte du nombre de personnes qui vont assister au concert, avait répondu l’altiste. J’ai passé une grande partie de ma vie dans un lit d’hôpital avec seulement mes parents et mes frères comme public. Je ne suis pas préparée à participer à un orchestre de cette ampleur.

Cependant, l’adolescente avait tout de même accepté de jouer. Louise ne savait pas trop ce qui l’avait décidée, mais elle était heureuse de pouvoir partager avec son peuple la jeune virtuose à son niveau. La musicienne avait juste besoin de le réaliser d’elle-même. Tout se passait très bien, cette soirée allait être sensationnelle.

— Qu’est-ce qui t’amène ici ? demanda la Princesse.

Chloé se dandina un instant, les joues roses. Elle enroula une longue mèche blanche autour de son doigt avant de relever son regard noisette.

— Je cherche Lucas, finit-elle par prononcer d’une petite voix.

Louise fut alors étonnée de la timidité de son amie. Peut-être que le garçon impressionnait la jeune fille, à moins qu’il ne l’attire ? C’était possible, ils avaient approximativement le même âge et venaient de la même époque. Sûrement que sa protégée avait des sentiments pour le Créateur. Pensant avoir tout bon, Louise se promit alors d’aider l’adolescente qui n’avait rien demandé.

« Louise ! Où es-tu ? », fit une voix bien connue dans sa tête.

— Quand on parle du loup, s’amusa la dirigeante. Lucas me cherche, je vais lui dire de nous rejoindre, s’adressa-t-elle à Chloé.

Cette dernière eut un air surpris avant de se ressaisir. Elle patienta dans le silence le temps que son amie fasse la correspondance.

— C’est réglé, sourit Louise. Dirigeons-nous vers la scène, je lui ai donné rendez-vous.

Sans attendre une réponse de la part de Chloé, elle s’avança d’un bon pas avec un air espiègle dans les yeux. La Cupidon cherchait plusieurs moyens de rapprocher ces jeunes gens lorsqu’elles arrivèrent près de l’estrade. Lucas les rejoignit presque en même temps. Il ne fit aucun cas de l’adolescente, apparemment pressé de parler à la dirigeante. Cette dernière le remarqua et ferma son visage. Quelle était la mauvaise nouvelle qu’il allait encore lui annoncer ?

— Comment as-tu pu me causer à travers mon oreillette ? demanda-t-elle à la place, surprise de ne rien voir dans le conduit auditif du garçon.

— Avec toutes les machines de la Salle de la Création, je peux te joindre et entendre ta réponse comme si j’avais une bille de télépathie, expliqua-t-il avec un faible sourire. Il faut absolument que je te parle en privé, Louise, enchaîna-t-il.

C’était là que commençaient les problèmes. La Princesse n’avait aucunement envie d’être rattrapée par des expériences ayant mal tourné ou la demande un peu trop étrange d’un Occupant dans la Salle des Doléances. Elle se rappela alors la présence de Chloé qui s’était mise en retrait et observait avec beaucoup trop d’attention la pointe de ses cheveux.

— Je suis sûre que ça peut attendre, répondit finalement la dirigeante. Je te présente mon amie Chloé, elle te demandait.

Sans la concerter, Louise prit la jeune fille par les épaules et l’avança devant elle face à Lucas pour qu’il puisse bien la voir. La Princesse commença à chercher de l’admiration briller dans les yeux clairs du garçon. Elle était persuadée qu’une simple introduction les ferait tomber amoureux l’un de l’autre. À sa grande surprise, Lucas leva les sourcils devant Chloé avant de reporter son regard sur la Créatrice.

— Je suis désolée, mais c’est important, insista-t-il. Nous avons réussi à entendre les Occupants qui ont disparu.

— Je vais vous laisser, lâcha alors Chloé en se dégageant doucement des mains de Louise. Je vais me préparer pour tout à l’heure. Je trouverai quelqu’un d’autre pour faire les balances de son sur scène.

Et sans un regard de plus, elle s’enfuit dans une grande foulée jusqu’au château. La Princesse soupira. Le soleil était parti et sa bonne humeur avec. C’est avec un air blasé qu’elle se tourna de nouveau vers le jeune homme après avoir vu la chevelure argentée passer la grande porte boisée. Elle remarqua alors que Lucas n’avait pas du tout fait attention au départ de Chloé et qu’il avait continué de raconter leur découverte.

—… entendu Gaum, expliquait-il avec enthousiasme. C’est incroyable ! Je vais devoir te laisser pour ce soir. Je voulais te prévenir en personne. Nous avons pas mal de réglages à faire pour entrer en contact avec les Occupants. Ça risque d’être assez long et puis…

Le garçon s’arrêta dans sa lancée comme s’il avait été interrompu par quelqu’un avant que Louise ne le fasse. Ce moment de surprise calma la jeune femme qui commençait à fulminer de colère. Intriguée, elle observa son interlocuteur qui semblait mal à l’aise tout à coup. Lucas avait l’air en plein combat intérieur, il ne respirait même plus et tripotait nerveusement les plumes basses de ses ailes.

— Tout va bien ? s’inquiéta-t-elle.

— Hein ? Comment ça ? Oui, oui, ça va, répondit le Créateur en fuyant son regard.

C’était peut-être son imagination, mais elle avait cru que le garçon avait eu un moment d’absence. Il était devenu de plus en plus étrange depuis les attaques. Sûrement que cela l’atteignait et le perturbait plus qu’il ne le laissait paraître puisqu’il avait perdu son petit frère, se dit-elle sans grande conviction.

— Je suis désolée, Lucas, commença Louise en prenant son ton de dirigeante qui ne pouvait être contredit. Tu es le parrain de cette édition, tu l’as toi-même voulu. Tu ne peux pas échapper à tes responsabilités. Si urgence il y a, demande à Gabie et aux Occupants qui travaillent avec vous de gérer la situation jusqu’à ton retour. Mais tu dois te présenter à la cérémonie d’ouverture pour ton discours.

Le jeune homme parut dépité au rappel de l’allocution qui l’attendait. Il frotta le haut de ses ailes l’une contre l’autre avant de soupirer. La Princesse savait que Lucas comprenait ce qu’elle lui demandait. Il était intelligent et prenait les bonnes décisions. Elle ne culpabilisait pas d’avoir été aussi dure dans ses propos. Le garçon semblait oublier ces derniers temps qu’il devait l’aider et la suppléer dans son travail. Si les deux Créateurs abandonnaient leur poste, il n’allait plus rester grand-chose de l’Entre-Deux, déplora la dirigeante pour elle-même.

— OK pour la cérémonie, capitula-t-il alors à la surprise de son interlocutrice. Mais dès la fin, je retourne les aider et nous aurons sûrement besoin de toi.

Louise acquiesça d’un signe de tête avant de le laisser partir prévenir Gabie. La Princesse avait de l’empathie pour l’ingénieure, elle méritait comme tous les Occupants de venir voir le spectacle qui allait être grandiose. Est-ce que la communication ne pouvait pas attendre ? Puis Louise se reprit. Ceux qui avaient disparu étaient tout aussi importants que ceux présents dans l’Entre-Deux. Peut-être qu’ils souffraient et qu’ils avaient besoin d’être sauvés. La Créatrice préféra ne pas y penser.

***

Chloé

Chloé accordait pour la vingt-deuxième fois son alto. Stressée de devoir monter sur scène devant tout ce monde, elle s’occupait comme elle pouvait avant le début du défilé. L’obscurité avait pratiquement recouvert tout le paysage et n’était éloignée au château que par les hauts spots lumineux qui diffusaient de douces couleurs sur la cour. La place était pleine à craquer, presque tout l’Entre-Deux s’était réuni pour se divertir après les difficultés du mois précédent.

Sur le rempart, les musiciens se préparaient avant d’aller jouer sur l’estrade, tandis que les danseurs et acrobates finissaient leurs maquillages, coiffures et échauffements. Une grande et large femme travaillait les différents timbres de sa voix du grave vers l’aigu. La cantatrice émerveillait Chloé, ce qui eut pour effet d’ajouter de la pression supplémentaire sur les épaules de l’adolescente. Cette dernière allait accompagner la diva avec son instrument et son petit niveau ne la rassurait pas du tout.

— Tu t’es entraînée dur, l’encouragea la soliste qui avait remarqué son regard affolé. Tout se passera très bien. Si tu fais une fausse note, je la cacherai avec ma voix, finit-elle avec un clin d’œil avant de retourner faire des exercices de respiration.

Quelque peu rassurée, la jeune fille reporta son attention sur la cour du château. La cérémonie commençait enfin. Autour de la scène, un large espace avait été laissé libre, puis de nombreux gradins entouraient le tout. De là où elle se trouvait, Chloé avait l’impression de voir un immense stade vingt fois plus grand que ceux qu’elle avait connus de son vivant.

Les danseurs commencèrent à affluer autour de l’estrade. Ils tournoyaient, sautaient, effectuaient des gestes compliqués pour l’altiste qui ne savait pas suivre un rythme avec son corps, à part ses mains sur les cordes et l’archer. Des lumières les accompagnaient parfaitement au son d’une musique moderne. Des hologrammes venaient compléter le tout, parfois doublant les mouvements des acrobates, parfois créant un décor temporaire habillant le sol aussi noir que le ciel.

Comment Chloé allait-elle faire pour être à la hauteur ? Comment Louise avait-elle fait pour lui demander une telle chose ? Lui faisait-elle confiance à ce point ? Ces personnes étaient des professionnels, pas elle. Ils étaient artistes dans leur ancienne vie, pas patiente d’un hôpital à cause d’une tumeur aussi grosse qu’une pêche.

— C’est à nous, l’informa la cantatrice qui avait fini ses exercices et laissait un homme la repoudrer.

La jeune fille souffla. Elle devait rester calme et ne pas penser aux gens présents autour. Louise lui avait dit de la trouver dans la foule et de ne se focaliser que sur elle. Avec ce plan en tête, l’adolescente descendit plus sereinement les marches qui menaient à la cour. Elle traversa le chemin entre deux gradins pendant que les danseurs continuaient d’attirer l’attention générale.

Puis ce fut le noir complet. La musique s’arrêta doucement tandis que des Occupants s’exclamaient de peur et d’excitation. Une explosion de lumière retentit sur scène, éblouissant tout le public. L’instant suivant, Chloé était au centre de l’estrade sur une chaise mise au milieu de tous les autres musiciens qui étaient disposés en spirale, copiant le dessin au sol. La cantatrice se tenait face à elle, imposante. Deux immenses sourires détendus accompagnèrent les premières notes.

La jeune fille se sentait bien à présent. Elle allait commencer à jouer et elle était prête. L’archer se posa délicatement sur les cordes tandis que l’alto se calait parfaitement entre le menton de la musicienne et son épaule droite. De sa main gauche, Chloé entama des mouvements qu’elle avait longuement répétés. La mélodie se lia à l’extraordinaire voix de la diva. Un faisceau de lumière indigo passa au-dessus des deux femmes, puis magenta, orange, rose, pourpre. Les différentes couleurs s’enlacèrent aussi bien que la musique fusionnait avec le chant.

Emplie d’euphorie, l’altiste détendit ses muscles tandis qu’elle reposait son instrument sur ses genoux. Elle ne jouait pas pendant ce passage et pouvait alors apprécier le spectacle autour d’elle. Les danseurs avaient changé de costumes et semblaient se mouvoir en rythme avec les rayonnements de différents drones qui suivaient leurs pas dans les airs. Lucas avait encore fait un incroyable travail de technologie.

Penser à lui rappela à Chloé le moment gênant de l’après-midi. Elle aperçut alors le Créateur dans le public à côté de Louise. Cette dernière happa le regard de la musicienne et étira ses lèvres au maximum pour l’encourager. Décidément, que pouvait-il mal se passer ? se demanda l’adolescente. Un ensemble de notes ramena rapidement la jeune fille dans le morceau. Elle replaça son alto sur son épaule et reprit la mélodie.

Cependant, Chloé n’était plus aussi bien concentrée. Elle se trompa quelques fois dans les croches, rattrapée comme promis par la cantatrice qui lui lança un regard interrogateur. La fautive lui répondit d’un air désolé et tenta de se focaliser sur sa partition. Pourtant, elle n’arrivait pas à détacher ses yeux de Lucas. Le garçon faisait des messes basses à sa voisine, l’empêchant de profiter du concert.

Une pointe de colère grandissait en Chloé alors que sa crinière s’élevait doucement, comme soulevée par un vent invisible. Le spectacle continuait, mais la jeune fille avait le sentiment d’avoir suspendu le temps. Ses bras se mouvaient dans des gestes devenus automatiques tandis qu’elle fusillait du regard le Créateur. Celui-ci dut le ressentir puisqu’il porta enfin ses yeux clairs sur l’altiste qui fulminait.

Chloé se mit debout, toujours en jouant merveilleusement de son instrument sans le réaliser. Son action surprit les musiciens et la chanteuse, qui continuèrent pourtant comme si de rien n’était. Une puissance inconnue vibrait au rythme de la mélodie à l’intérieur de l’adolescente dont les yeux s’étaient teintés entièrement de noir. La chevelure pâle tourbillonnait autour d’elle comme prise dans de violentes bourrasques.

Alors que la cantatrice atteignait les notes les plus aiguës de la partition, Chloé se laissa complètement aller. Elle observa les filaments irisés transpercer un Occupant dans le public, puis un second et prestement plusieurs dizaines de personnes furent empalées dans les airs. Lucas comprit rapidement ce qui était en train de se passer, mais enivrer par le pouvoir, la jeune fille dirigea l’attaque vers le garçon.

Elle détestait tout chez lui : son arrogance, son indifférence, sa fierté. Il n’était le Sauveur de rien du tout. Comment pouvait-il prétendre à un tel nom, alors qu’il n’avait pas été capable de garder son frère auprès de lui une seule soirée ? Deux jours après son arrivée, il avait perdu son cadet, perdu ! Tout cela pour passer la nuit avec une fille. Il la dégoûtait. Les hommes étaient tous les mêmes.

Le garçon avait laissé Sibylle entraîner une Louise et trois Occupants dans un désert inconnu pour finalement revenir bredouille et avec la moitié de l’équipe traumatisée. Il n’avait même pas sauvé celle qu’il disait aimer, à cause d’une histoire de trahison. Mais s’il n’avait pas fait confiance à la jeune femme rousse dès le départ, tout le monde s’en serait mieux porté, n’est-ce pas ? Et Jeanne ? Comment avait-il pu la laisser partir ? Il aurait dû prendre sa place. Il ne méritait pas ce rôle de Créateur, de Sauveur. Il ne ressemblait qu’à un ange déchu avec ses grandes ailes noires.

Ce fut avec toute cette rage accumulée au long de ces deux dernières années que Chloé envoya consciemment ses cheveux blesser l’homme qu’elle haïssait. Elle visait le cœur, afin de le voir disparaître. À présent, elle se souvenait des autres attaques. Elle en était également responsable. L’adolescente ne se demandait même pas pourquoi sa colère était injustifiée, pour elle, elle ne l’était pas. La pièce de théâtre lui avait rappelé que des promesses n’avaient pas été tenues. Les cris des bébés lui avaient remémoré qu’elle n’avait pas eu d’enfance. 

Un lien irisé vint traverser l’épaule et l’aile du jeune homme, puis un second se ficha dans son pied opposé, l’immobilisant. Il ne suffisait que d’un troisième pour le voir s’évaporer à jamais. Peu importait le lieu où il finissait, elle le voulait le plus loin d’elle et de Louise. Alors Chloé visa. Elle savait que la pointe blanchâtre atteindrait son objectif. Ce qu’elle n’envisagea pas, ce fut la réaction de la Créatrice.

Cette dernière se jeta devant son ami et prit le projectile à sa place. En plein cœur. Le temps sembla ralentir jusqu’à s’arrêter. Plusieurs émotions passèrent sur le visage de Louise : tout d’abord la surprise, puis la déception qui se transforma en colère. Le nez retroussé de la Princesse se fronça alors que ses sourcils se rapprochaient. Elle ouvrit la bouche comme pour hurler avec férocité, mais aucun son n’en sortit.

Il n’y avait plus de musique, les Occupants fuyaient alors que Louise et Chloé se défiaient du regard. La cantatrice, toujours sur scène, s’était recroquevillée au sol et pleurait à chaudes larmes à côté de l’adolescente qui n’était plus elle-même. Les contours de la dirigeante se firent de plus en plus flous, elle commençait à s’effacer de l’Entre-Deux.

À cet instant-là, Chloé réalisa la situation. Elle sembla soudain se réveiller d’une possession. Ses yeux reprirent leur teinte noisette tandis que les mèches blanches retombaient sur ses mollets. Elle observa alors avec atrocité son amie disparaître. Il ne restait plus qu’un long cheveu pâle planté dans le sol avec une trace de sang là où s’était tenue Louise l’instant d’avant.

— Qu’ai-je fait ? déplora la jeune fille.

La culpabilité et la frayeur l’envahirent comme la vague d’un tsunami. Elle s’écroula à genoux face à la scène d’horreur qui se présentait à elle. Des danseurs, des musiciens, des spectateurs étaient suspendus, empalés de fins liens qui s’étaient décrochés de son crâne pour traverser les murs, le sol et peut-être même le plafond de ce monde. Une pression insoutenable s’installa dans la tête de l’assaillante qui s’écroula alors inconsciente au milieu d’une spirale noir et blanc tachetée de rouge.

***

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Draguel
Posté le 19/08/2020
J'ai repéré une petite coquille quand la soliste parle elle dit "Tout se passa très bien" alors que ce devrait être du futur ^^

Cette révélation :D Celle du dernier chapitre était sympa mais celle-ci est génial ! On sait maintenant à cause de qui ces étranges événements ce sont produits :D Maintenant je suis curieux de voir comment elle peut faire cela parce que son pouvoir est assez différent de ce qu'on a vu dans les mondes après la mort :D
tiyphe
Posté le 19/08/2020
Coucou Draguel !!
Merci pour la coquille ! Je vais corriger ça !

Contente que la révélation te plaise ! Tu as donc été surpris ?! J'ai laissé quelques indices, mais j'espère avoir réussi mon effet de surprise :D
J'essaierai de détailler plus son pouvoir alors, j'avoue qu'en le mettant en pratique je me suis dit que c'était un peu chelou les cheveux qui se détachent du crane pour se tendre d'un endroit à un autre xDD Mais j'vais réussir à m'en sortir ^^
Draguel
Posté le 19/08/2020
Oui j'ai été surpris et durant la scène je me suis remémoré les fois où tu as parlé de ses cheveux argentés :D Je ne sais plus par contre si elle était dans les scènes du dortoir des enfants ou dans le théâtre sous-terrain ^^'
C'est le moment de révélation c'est normal qu'on n'en sache pas beaucoup non plus ^^ C'est juste que d'habitude les autres pouvoirs ce sont des pouvoirs de création par la pensée ou pour le dessin mais de création tout de même c'est pour ça que je suis curieux d'en savoir plus sur l'origine de ce pouvoir dans la suite :D
Les cheveux qui se détachent ce n'est pas la première fois que je rencontre ce genre d'imagerie alors ça ne me paraît pas extrêmement étrange :p
tiyphe
Posté le 20/08/2020
Cool si tu as été surpris :D Je ne l'ai pas trop fait apparaître dans la scène du théâtre, mais pour le dortoir il y a un indice à la toute fin du chapitre 6 et ensuite au début du 13ème !

Oulala cette pression, mes réponses ont intérêt à être à la hauteur ahah !

Encore merci pour tes commentaires, c'est motivant :D
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