20- Week-end à Bordeaux

Après une séance de cinéma avec mes amis retrouvés, je ne peux pas me retirer l’image de Léonys ou la sensation de sa chaleur enveloppant mon corps. Je me replonge dans ce jeudi soir, devant l’écran, me rappelle son bras s’appuyant contre le miens et de la fulgurant brûlure qui a envahie mon être en un clin d’œil. Je suis presque certain que c’est la première fois de ma vie qu’une personne me fait ressentir de telles émotions.

Jamais aucune fille avec qui je suis sortie, n’a impulsé autant d’intensité en moi.

Est-ce parce qu’il est un homme ? Parce qu’il est immense ? Parce qu’il brasse plus de chaleur qu’une personne de taille moyenne ?  Je n’arrive pas à définir mon état émotionnel. Je crois qu’il me chamboule les pensées. Je commence à me l’imaginer autrement que comme un étudiant. Moins comme un ami ou un voisin sympathique, mais bien comme une personne qui pourrait me voler mon cœur. Et pour être honnête, ça ne me plait pas.

Je n’ai pas assez confiance en moi pour qu’il devienne un partenaire.

Les mots me brûlent la langue quand j’essaie d’imaginer Léonys autrement que comme un gars qui pourrait me laisser croire en l’amour.

L’amour ?

Je n’ai aucun respect pour ce mot, pour ce qu’il m’a fait croire, il y a trop longtemps.

Il a beau être varié, je ne lui trouve aucun charme. Juste un glaçage de malentendus.

- Titi, la serveuse attend ta commande ? lance Hermes, mon ancien collègue, et très bon ami.

Nous nous parlons souvent sur internet.

Je sors de ma bulle, avise rapidement le menu et commande :

- Menu hold up, s’il vous plaît ! Avec du riz en accompagnement, une sauce roquefort et une sauce à l’échalotte. Merci.

Je ne compte embrasser personne.

- Se sera tout. Pas de boisson.

- Non, de l’eau plate, je vous prie.

- Bien, bonne continuation.

La serveuse décroche son regard gêné de mon visage et par vaquer à ses occupations. Je n’en fais pas une maladie et me tourne vers mes amis. Ericka me fixe de ses petits yeux bruns, je pressens la question qu’elle va poser. Pas franchement regardante, elle m’a toujours considéré « normal », pour elle, si tu as quatre pattes, un œil qui part de travers ou une fesse à la place du visage, elle s’en moquera comme de son premier lange.

- Je sens une histoire d’amour s’écrit dans tes yeux, mon ami !

Et voilà ! Ça recommence avec ses commérages. Évidemment, les cinq autres se retournent, les oreilles grandes ouvertes. Je capte toute l’attention.

- Tu te trompes.

- Moi ? Me tromper ? LOL ! J’ai trois mecs à la maison et une nénette, je reconnais la flamme du désir.

Elle le dit théâtralement, déclenchant mon rire et ceux des autres.

- Un mois que je suis parti et tu es toujours aussi folle !

- Oui, ça se travaille. Quand tu reviendras pour les vacances, je le serais encore plus.

- C’est une promesse ?

- Carrément.

Ericka pose le menton sur ses mains qu’elle a liées l’une à l’autre et patiente, comme les cinq paires d’yeux braqués sur moi.

- Bon, tu accouches ? lance Hermès. Elle est comment ?

- Particulière, murmuré-je.

- Tu oses pigeonner tes potes ? C’est trop vague, explique ! boudine Lucie, assise à côté de moi.

Une fille plutôt mignonne, mat de peau, les cheveux court pour ne pas dire rasé. Au début, elle ne m’appréciait pas beaucoup, mais avec le temps on a su s’apprivoiser.

- Disons que ce n’est pas mon genre habituel.

- Tu es amoureux ?

Ericka gratte des informations en sirotant sa limonade.

- Amoureux… Je n’en suis pas là…

- Mais, ça ne va pas tarder ! raille Hermès. 

- Je n’en sais rien.

- Mah ! Pourquoi ? Qu’est-ce qu’elle a cette fille ?

- Un pénis, osé-je dire.

Ericka se met à rire, Lucie ouvre en grand la bouche faussement choqué, Hermès s’étouffe avec sa boisons. Anick et Shelly sourient.

- Alors, celle-là ! Si tu ne me l’avais pas dit, je serais encore en train de la deviner ! Tu m’as tué ! clame Ericka.

- J’ai failli y passer aussi, ajoute mon ami en épongeant son set en papier.

- Et, il est comment, ce garçon ? demande Shelly, les yeux pétillants de sous-entendus.

- Trop beau pour être réel.

- Mais encore ? pinaille Lucie. Dis en plus !

Je trifouille le couteau et le fais tourner dans mes doigts.

- Comme un dieu. Un sourire divin, des yeux noisette éclaté de miel et de vert, il doit frôler le mètre quatre-vingt-dix. Son corps est musclé, ni trop, ni pas assez. Et il pose sur moi, un regard plutôt déconcertant.

- C’est-à-dire ? s’intéresse Hermès.

- C’est comme s’il ne s’apercevait pas de ma différence.

- Arh ! Encore avec ça ! Arrête de te focaliser sur ton visage ! Sérieux, même moi je te le dis que tu es mignon.

- Oui, mais tu es mon ami.

Il gonfle ses joues, puis fait trembler ses lèvres.

- Ça ne retire pas ma sincérité.

Il affiche une moue boudeuse sur son visage de cinquantenaire. Un vrai gamin depuis qu’il a divorcé. C’est bon de le voir comme ça, détendu, plus soumis au stress de son ex.

            Lucie s’approche de moi. Ses grands yeux noirs me transpercent.

- Il t’a demandé de sortir avec lui ?

- Non ! Il m’a fait clairement comprendre que je l’intéressai, voilà tout.

- Il a dit quoi ?

- Tu m’attire !

- Ah, bha, alors lui, il est direct ! s’esclaffe Ericka. Je l’aime bien ce mec. Son nom et son âge. J‘ai peut-être mes chances.

- Faudrait-il encore que tu aies un « pénis », se moque Anick en reprenant mes mots.

Ça me fait un bien fou de les retrouver, eux, et nos conversations légères, quelque peu délurées.

- Léonys est plutôt jeune. Il a vingt-et-un ans.

- Wahoo ! Tu tape dans les jeunots. Bravo ! Je ne te félicite pas, me taquine Shelly.

- Et sinon, plus sérieusement, tu en pense quoi toi ?

Ericka me fixe derrière ses fines lunettes.

- C’est assez inattendu. J’ai peur de me raconter des histoires. Je n’ai jamais cru qu’un homme s’intéresserai à moi. Encore moin, une telle beauté. Pour être honnête, je mentirais si je disais qu’il ne me plaisait pas. Il a de la conversation, il est charmant, attentionné.

- Demande-le en mariage ! Des gars comme lui, c’est rarissime.

- Oui, c’est bien le problème. Et s’il se moquait de moi ?

- Toujours pas réglé ton problème de confiance en toi, intervient Hermès.

- En un mois, c’est juste.

Le temps m’a appris à leur révéler mes pensées. Enfin, Ericka m’avait demandé de le faire parce qu’elle ne savait jamais ce qu’il se tramait dans ma tête. Du jour où j’avais expérimenté la « parole libéré », j’ai tissé des liens forts avec eux. La dernière conversation de ce genre remonte à un petit moment, c’était pour me rassurer sur la véracité des sentiments de mon ex-copine, qui se trouvait être intéressée par mon argent.

- Je peux voir sa photo ? demande-t-elle.

- Je n’en ai pas, mais tu peux regarder sur ton portable son profil, tape Léonys tiret du haut Nysi.

Tout le monde sort son portable. Pourquoi, je m’y attendais ?

- C’est lui ? lance Lucie en me le montrant.

- Oui.

- La vache !!! Mais il n’est pas divin ! C’est… C’est… Est-ce qu’un mot seulement pourrait le définir, dit-elle, la main posée sur sa poitrine.

- Ah, ouais ! C’est du lourd ! commente Ericka en retirant ses lunettes. Et il sait que tu es riche ?

- Il l’imagine peut-être. Disons, que je soupçonne qui le sache, mais ne soit pas au courant, que je suis l’héritier de la trois-centième fortune de France. En soi, il ne sait pas que je possède deux vignobles et que ma mère travaille dans la mode.

- Deux vignobles ?

- Oui, je les ai hérités à la mort de mon grand-père.

- Ah, oui ! C’est vrai. Et tu comptes un jour, t’en occuper pleinement.

- Lorsque je serais à la retraite. Pour le moment Xavier s’occupe bien de mes domaines. Je lui rends cinq visites surprises par an. Tout est toujours nickel.

- Wahoo ! J’adore quand tu parles avec professionnalisme, me raille Hermès.

- T’es bête.

Je ris, lorsque la serveuse revient avec mon assiette, celle d’Annick et de Lucie.

- Pardon de faire ma « conasse », commence Shelly, mais ce genre de gars peut avoir n’importe qui d’un claquement de doigt, riche, pauvre, donc, c’est quoi son problème, tente-t-elle de dire sans m’offenser.

- Il en a marre qu’on s’intéresse à lui pour son physique. Et je peux comprendre. C’est un chic type… Enfin, quand je parle avec lui, c’est super naturel. Limite plus lisse qu’avec vous.

- Et alors, tu lui fais ta demande quand ?

Ericka revient à la charge avec un sourire de petite fille tout excitée. Elle éclipse les doutes de Shelly.

- Le mariage n’est pas palpitant. Les gens oublient de faire des efforts quand la bague est passé aux doigts, argumente Hermès en trifouillant son lobe d’oreille.

Tiens ? Il est nerveux.

- Je ne suis pas intéressé de toute façon par le mariage. Déjà, si j’arrive à trouver quelqu’un qui m’accepte et qui souhaite faire un bout de chemin avec moi, se sera bien.

- Bah, ton Léonys semble enclin à cela, fonce. À fond les bananes ! poursuit Ericka.

- C’est quoi ces expressions de taties ! s’offusque faussement Lucie.

Les rires redoublent autour de la table, alors que nous débutons notre repas de retrouvaille.

Devrais-je songer à Léonys avec plus de sérieux ou juste me laisser séduire sans rien attendre de cette aventure ? Juste goûter à une nouveauté, pour ne pas mourir idiot ?

Mais en soi, puis-je accepter de sortir avec un garçon ? Est-ce que je peux l’aimer à ce point, et oublier mon attirance pour les femmes ?

Je me sens à côté de mes pompes.

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_HP_
Posté le 24/05/2020
Hey !!

Mais en fait tes personnages ont juste des amis trop cool ! xD J'ai ri aussi plusieurs fois xD
Ils sont top, ça se voit qu'ils aiment vraiment Gauthier et c'est super qu'il puisse se sentir soutenu ! Et s'ils arrivaient à le convaincre de foncer... J'aide UnePasseMiroir à ériger l'autel 😝😂

On en apprend toujours plus sur Gauthier... J'aurais jamais pensé qu'il soit si riche ^-^
Breff, hâte de continuer (et surtout qu'ils se mettent enseeeeeemble 😄) <3

Pitites choses ^^

• "son bras s’appuyant contre le miens et de la fulgurant brûlure qui a envahie mon être" → mien / envahi
• "Jamais aucune fille avec qui je suis sortie, n’a impulsé" → sorti
• "Se sera tout. Pas de boisson" → Ce (c'est peut-être des questions, non ?)
• "Je sens une histoire d’amour s’écrit dans tes yeux, mon ami" → s'écrire
• "mat de peau, les cheveux court pour ne pas dire rasé" → courts / rasés
• "faussement choqué, Hermès s’étouffe avec sa boisons" → choquée / boisson
• "Tu m’as tué ! clame Ericka" → tuée
• "des yeux noisette éclaté de miel et de vert, il doit frôler le mètre" → éclatée
• "Il m’a fait clairement comprendre que je l’intéressai, voilà tout" → intéressais
• "Tu m’attire !" → attires
• "Et sinon, plus sérieusement, tu en pense quoi toi" → penses
• "qu’un homme s’intéresserai à moi. Encore moin, une telle beauté" → s'intéresserait / moins
• "Du jour où j’avais expérimenté la « parole libéré »" → libérée
• "Pardon de faire ma « conasse », commence Shelly" → connasse
• "souhaite faire un bout de chemin avec moi, se sera bien" → ce sera
NM Lysias
Posté le 24/05/2020
Les mettre ensemble... Je ne sais pas... je vais y réfléchir.
UnePasseMiroir
Posté le 23/05/2020
Oh ! Je kiffe les amis de Gauthier, il a de la chance d'en avoir des comme ça !!! Ce chapitre était juste délicieux à lire et hyper drôle (j'ai explosé de rire à plusieurs reprises, notamment "Tout le monde sort son portable. Pourquoi, je m’y attendais ?" xDD). J'avais limite l'impression d'y être et c'était vraiment génial ! ça fait plaisir de voir Gauthier s'éclater, et eux se soucier sincèrement de lui ! S'ils pouvaient persuader Gauthier que OUIII il faut tenter sa chance, je leur élèverai un autel.

Alors comme ça notre bon Gauthier est riche ? tranquille le mec xD en tout cas c'est clair qu'il ne s'en vante pas...

Juste, au début du chapitre il y a eu un truc avec la ponctuation qui m'a dérangée :
"- Titi, la serveuse attend ta commande ?" je ne crois pas que le point d'interrogation soit nécessaire.
"- Se sera tout. Pas de boisson." => ce sera tout, et je pense que là par contre il serait judicieux de mettre des points d'interrogation vu que c'est la serveuse qui demande ça.
NM Lysias
Posté le 23/05/2020
XD, en me relisant , j'ai ri aussi.
Oui, je rie de ce que j'ai écris. C'est magique.
Merci d'être revenue.
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