20 Août 7h40

Par Hylm
Notes de l’auteur : Une créature sanguinaire écrivaine à ses heures perdues dit un jour ''Le thé n'est jamais autant apprécié qu'entre monstres", ainsi que "Si mon lecteur ne prend pas la peine de réfléchir, je ne veux pas qu'il lise mon histoire". Je ne suis pas d'accord avec elle mais ça me ferait quand même plaisir dans les deux cas.

20 Août 7h40

 

« Vous avez réellement passé huit heures à attendre dehors ?

-Non, j’ai trouvé un abri, et je ne m’en suis fait virer qu’une heure plus tard par des clodos. Ça fait sept heures du coup. »

De larges cernes sous ses yeux, Sam garde les yeux plongés dans sa quatrième tasse de café. La veille, après avoir noté tous les arrivants et avoir fait son rapport à Itès, elle l’avait jeté dehors. Littéralement, par la fenêtre. Elle était un peu de mauvais poil car elle dormait déjà quand il avait frappé à la porte.

« Mon dieu, mais vous auriez pu tomber sur des gens dangereux dehors ! Pourquoi n’avez-vous pas pensé à utiliser l’interphone pour appeler votre compagne et rentrer ?

-Ah, je n’y avais pas réfléchi, maintenant que vous me le dites ça m’aurait sauvé la vie. »

Encore un mensonge donc. Les types dangereux de dehors ne le sont pas tellement comparés à la personne dangereuse de dedans. Appeler Itès et la réveiller une seconde fois lui aurait assuré un repos éternel. Il avait donc passé la majorité de la nuit à grelotter et à arpenter le port. Il avait croisé des gens louches et des mouettes. Surtout des gens louches.

« Et personne n’est rentré tard et aurait pu vous ouvrir la porte ?

-Non, je n’ai vu personne rentrer. »

Le mensonge était plus qu’une habitude chez lui, c’était une manie. Il avait aperçu la jeune femme en manteau de la veille mais elle s’était dépêchée de rentrer et lui avait fermé la porte au nez avant qu’il ne puisse lui demander de la garder ouverte. Il n’avait pas particulièrement prévu de le cacher des Vincent, mais il aimait garder ses infos pour lui.

« Miséricorde, au moins vous penserez à prendre vos clefs avec vous la prochaine fois.

-Pour ça, pas de soucis à vous faire… »

Encore aurait-il fallu qu’il ait des clefs à oublier. Un jeu est dans la poche d’Itès, et l’autre y est sûrement aussi.

Finalement, M. Vincent en retourne à son croissant. Sam mord dans son pain au chocolat en regardant la fillette s’enduire le visage du beurre de ses tartines. La mère, trop occupée à se demander à quel moment sa vie était partie en vrille, touille depuis dix minutes le même morceau de sucre dans son café. Un soudain bruit de porte qui claque se fait entendre et les deux hommes de la veille font leur entrée.

« Bonjour, bonjour ! Vous permettez ? »

Sam lève les yeux et sa tasse vers eux alors que sans attendre de réponse, le plus grand des deux s’assied à côté de M. Vincent pendant que l’autre va remplir des assiettes de viennoiseries.

« Arthur Kraft, enchanté ! Et là-bas, à la machine à café c’est Oscar Richard, nous sommes des habitués de l’hôtel.

-Ravi de faire votre connaissance, voici ma fille Evelyne, ma femme Sara, et moi-même, Abel Vincent.

-Je crois que nous connaissons déjà un peu votre fille, nous l’avons croisé dans les couloirs hier.

-C’est donc vous qui l’avez ramené à la chambre de ma femme ? Merci encore messieurs ! »

Ils s’étaient serré la main pour se saluer, et maintenant, ils se serraient la main pour se remercier.

« Si vous êtes des habitués de cet hôtel, peut-être connaitriez-vous les lieux à visiter de Marseille ? Nous sommes en voyage mais nous n’avons pas prévu de visites pour aujourd’hui.

-C’est votre jour de chance, Oscar ici présent est guide de la ville, il peut vous faire visiter, et si vous nous offrez le déjeuner, ce sera même gratuitement.

-Vraiment ?

-Bien sûr, nous devons juste être rentrés avant dix-neuf heures.

-Entendu, marché conclu. »

Et voilà une troisième poignée de main. Sam, par instinct, demande :

« Pardon, auriez-vous encore de la place pour un visiteur de plus ? J’ai un peu eu l’occasion de visiter le port, mais de nuit on ne voit pas grand-chose. »

Les deux compères se dévisagent, puis acquiescent avec un sourire.

« Ce sera cinquante euros dans ce cas. »

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Vous lisez