2 - Mentir

Par Seja

La soirée est en train de tomber. Thomas scrute les ténèbres naissantes, raffermit la prise sur son fusil. Ca ne fait que quelques jours qu’ils sont là, peut-être que leur localisation a déjà filtré.

Soudain, il voit du mouvement. Son coeur bondit et il lève le fusil, plisse les yeux. Avec ce crépuscule, on n’y voit que dalle.

Les deux silhouettes s’arrêtent, comme si elles attendaient quelque chose. Et tout à coup, il les reconnait. Il attrape son talkie, lance l’alerte. Puis, il balance le fusil sur son épaule et descend vers elles. Comme il approche, il regarde autour de lui, il cherche quelqu’un.

—  Où est Pierre ?

Elisa a l’air fatiguée, à bout. Charlie aussi est blême, il la voit trembler.

—  Ils l’ont eu.

Il fronce les sourcils.

—  Ils l’ont embarqué ?

—  Non.

Ces mots ont du mal à se frayer un chemin jusqu’à son cerveau. Puis, il hoche la tête. Ce n’est ni le lieu, ni l’endroit pour parler de ça.

Ils remontent, une nouvelle sentinelle est venue remplacer Thomas.

—  Il faut que vous…

—  Je sais ce que j’ai à faire, coupe Elisa.

Il ne rajoute rien de plus. Il ne sait pas ce qu’elles ont vécu ces derniers jours.

—  Tu peux t’occuper d’elle ? rajoute-t-elle en désignant Charlie qui les suit à distance.

Il hoche la tête et regarde Elisa s’éloigner.

Puis, il se tourne vers Charlie. Elle a le regard fuyant, il ne l’a jamais vue comme ça.

—  Qu’est-ce qui s’est passé ?

Ils ont pris abri du froid, il lui a jeté une couverture sur les épaules. Elle commence à retrouver un peu de couleurs. Mais cette question la fait blêmir. Il voit ses lèvres trembler et ses doigts se crisper autour de la tasse qu’elle tient.

—  Ils l’ont exécuté, murmure-t-elle. Juste comme ça. Puis… puis, ils l’ont laissé là, sur la route. Ils… Ils… Et nous aussi, on l’a laissé. C’est Lise, elle a dit que… que…

Il a mal à la voir comme ça. Ca ne fait pas longtemps qu’elle les a rejoints et il ne sait pas trop pourquoi elle l’a fait. Sûrement qu’elle n’a pas eu le choix, comme beaucoup d’autres. Elisa doit le savoir, elle, pourquoi une gamine de seize ans est chassée par les soldats.

—  C’était pas de votre faute, dit-il.

Elle serre les lèvres, ne répond pas. Leur groupe a été séparé il y a quelques jours quand des soldats ont organisé un raid sur leur planque. Les survivants sont venus ici.

—  Tom ? C’est sûr ici ?

—  Pour l’instant, oui.

L’autre planque aussi devait être sûre. Il ne le dit pas, mais elle le comprend quand même. Elle hoche la tête.

—  Ca va se finir comment ?

—  Tu devrais te reposer.

Il n’a plus le courage de soutenir cette conversation. Parce que c’est du mensonge tout ça. C’est du mensonge de lui dire que tout va s’arranger, qu’ils vont survivre. C’est du mensonge et il n’a pas envie de lui mentir.

Il lui sourit, se lève et quitte l’abri. Il sent son regard sur lui.

La nuit est définitivement tombée. Il s’assoit sur un muret, inspire l’air glacial.

Il ne sait pas trop ce que c’était avant, ces ruines. Elles doivent dater de bien avant le conflit. Et tôt ou tard, on finira par les découvrir. Tôt ou tard, on finira par les repérer.

Alors, il y aura de nouveau des soldats, des coups de feu, des morts.

Il y aura de nouveau la peur, la douleur, la fuite.

Il baisse les yeux sur ses mains. Elles tremblent. Il en détourne le regard. Il ne peut pas montrer qu’il a peur. Il ne peut pas. Ce n’est pas en ayant peur qu’on survit.

Et lui, il a envie de survivre.

Très envie.

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Léthé
Posté le 21/09/2019
IIIIHHHHH ! Thomas est mon nouveau Meero XD
J’ai beaucoup aimé ce chapitre, parce que j’ai senti que tu étais encore plus proche de tes personnages. J’adore ça ! J’ai l’impression d’être vraiment dans leurs têtes et de les comprendre, malgré le fait qu’il me manque beaucoup d’informations (toujours pareil : pourquoi ils se font attaquer par les soldats ? Que se passe-t-il ?)

J’ai relevé un truc, c’est que tu utilisais les verbes « voir » et « sentir » vachement souvent (je sais que ça revient dans toutes tes histoires :p). Genre ici : « Il voit ses lèvres trembler et ses doigts se crisper autour de la tasse qu’elle tient », pourquoi pas « Ses lèvres tremblent et ses doigts se crispent autour de la tasse qu’elle tient » ? Ça n’enlève rien au sens x)

À part ça c’est fluide ! Ça me fait rire que les noms des filles soient en fait des surnoms !
Seja Administratrice
Posté le 18/04/2020
Il n'en a pas fallu de beaucoup pour le remplacer :p
Bawi, j'arrive bien à me mettre à la place des persos qui sont chassés, rapport au vécu (trololol).
Pour les voir et sentir, ouais, je sais. J'essaie de corriger ces tics d'écriture à la correction en général x) Mais merci de les avoir relevés !
Dédé
Posté le 26/08/2019
Quelle belle odeur de désespoir qui se dégage de ce chapitre…. De quoi redonner du baume au cœur, vraiment. NON. Cruelle grenouille, cruelle ! J'ai l'impression d'avoir été propulsé dans un club de lecture pour dépressif. Heureusement que ta plume sait m'embarquer parce que je pourrais pas enchainer les chapitres, autrement.

Sympa de faire la connaissance de Pierre. Qui fait vraiment mal au coeur. Le voir aussi défaitiste. Le voir luttant malgré tout pour survivre. Sous ta plume, sur un malentendu, la survie peut arriver... On sait jamais.

J'ai quand même envie d'en savoir plus. D'espérer. C'est autorisé l'espoir, hein ? Il y a de l'espoir, n'est-ce pas ? :(
Seja Administratrice
Posté le 26/08/2019
On est très bien, dans le club de lecture pour dépressifs. On a des cookies au verre pilé et tout.
De Thomas ? :P Pierre est mort, je te rappelle. Je miserais pas trop sur la survie quand même. Mais eh, on sait jamais.
Dédé
Posté le 27/08/2019
Je n'arrive pas à oublier Pierre. Tu m'as traumatisé avec Pierre. Si bien que maintenant, pour moi, tout le monde est Pierre. C'est ta faute !
Ils ont l'air sympa les cocktails, peut-être que je viendrais !
Seja Administratrice
Posté le 27/08/2019
#jesuispierre
Jupsy
Posté le 25/08/2019
Coucou Seja,

J'ai donc continuer et on va pas se mentir, c'est pas joyeux tout ça. L'ambiance n'est clairement pas à la fête, mais c'est encore pire que ce je pensais. D'ailleurs, c'est sympa de laisser Thomas parler à Charlie. Bon tu me diras, qu'est-ce que tu peux bien dire pour réconforter dans ce genre de circonstances ? Pas grand chose.

Puis pauvre Thomas dont les mains tremblent à la fin et qui veut survivre. C'est horrible parce qu'il sait que ça risque de recommencer, qu'il a peur mais qu'il peut pas se le permettre sinon il risque de mourir. C'est d'une horreur ton histoire... Rah mais pourquoi je lis ça alors que j'ai pas un moral d'acier en ce moment !

Bon chapitre sinon.

Rendez-vous sur le suivant !
Seja Administratrice
Posté le 25/08/2019
Oui, je trouve aussi que c'est très rigolo, tout ça. A lire uniquement quand tu vas pas très fort pour remonter le moral ♥

Allons, Ju, tu vas finir par me donner mauvaise conscience. Et on écrit mal quand on a mauvaise conscience, on commence à avoir pitié pour les personnages, toussa.
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