2. La salle solaire

Par Visaen

Je m’évadais en rêverie sous les fresques de la voûte de l’autel éclairées par les chandelles. Je les imaginais prendre vie, que l’histoire mythique s’anime sous mes yeux, pleine de grandeur et de liberté. L’immortelle statue de Khalas n’avait pas perdu de sa superbe, magnifique et intemporelle malgré les années. Depuis que je m’étais rendue complice de meurtre avec le grinier de la crypte, aucun guerrier comme Khalas n’était apparu. Mon ancêtre Khalas Grinden, celui qui, jadis, à la création de Khalys, avait réunifié le Royaume.

Il m’arrivait encore de me demander si j’avais fait le bon choix. Le chancelier mort, un autre avait pris sa place. Les adeptes des abysses revêtent bien des formes, m’avait dit Jaren. Il avait raison. Ils étaient partout, et il ne fallait pas se fier à leurs peaux, leurs costumes... ou leurs fourrures. On reconnaissait une créature des abysses à l’œil, mais les abysses peuvent même corrompre les justes, récitais-je en illuminant un second cierge à l’aide de la flammèche déclinante d’un premier.

Si à l’époque les créatures des abysses se faisaient rares, leur conquête du Royaume avait progressé à une vitesse vertigineuse dans les provinces.

Après notre épopée meurtrière, le Général Gidéon devint héros de la capitale et obtint le glorieux titre de Tueur de monstre. A sa demande officieuse, une statue fut érigée sur la grand place en son honneur. Puis, trois mois plus tard, mon père le Roi, alors âgé de vingt-cinq ans, mourut subitement d’une maladie mystérieuse ; une maladie incurable qu’aucune médecine ou prière ne pouvaient guérir à en croire les médecins du palais, qui jugèrent alors inutile de faire venir un prêtre.

Ce diagnostic ne me convainquit guère et m’incita à penser malgré mon jeune âge à l’implication du Général Gidéon dans le décès de mon père. J’étais naïve de croire que le peuple parviendrait au même raisonnement que moi. Trop heureux de voir son nouveau héros reprendre les rênes du palais royal et prendre siège sur le trône, il eut tôt fait d’oublier son bon Roi quoique faible et lâche, pour célébrer le couronnement du Roi-guerrier. 

 

Ironiquement, dix-neuf années passèrent, et le peuple attendait toujours que le Tueur de monstre débarrasse Khalys d’une invasion monstrueuse qu’il encourageait en secret.

Orpheline et sans preuve, je m’étais retrouvée impuissante. Ma situation fut délicate. Loin de suspecter ma culpabilité dans le meurtre du chancelier Dorf, avoir été retrouvée éplorée entre les griffes du grinier me mit dans la position de faible princesse à protéger. On eut tôt dit que la bête avait enlevé la princesse, et pour assurer ma protection, mon père formula avant de mourir les vœux de me marier quand mon âge serait raisonnable. Quinze ans, disait-il, mais Gidéon, premier prétendant sur la liste, pensait huit, et il prévoyait déjà nos fiançailles pour assurer son emprise sur la Royauté.

Ainsi le Roi-guerrier devint mon régent et mon protecteur.

Dès lors furent scellés ma liberté et mon destin. 

Et ma cage dorée devint ma geôle en or massif.

Alors je pris une autre décision, et sans doute la meilleure de ma vie : je m’enrôlais en prêtresse, faisant fi de mes devoirs de princesse. Quand bien même l’oisiveté et le libertinage étaient l’apparat des nobles et que ma vie de prêtresse me promettait l’austérité, aucun n’avait eu à en redire, et même pas le Roi, car le mythe de Khalys relevait du sacré. Je pus dès lors échapper à l’union avec Gidéon, tout en sachant pertinemment que ce dernier s’arrangerait tôt ou tard pour ouvrir le mariage aux prêtresses afin de consolider sa légitimité royale. Mais pour le moment, je me réfugiais dans la crypte et m’épargnais sa présence au maximum.

Je quittai mon siège pour m’asseoir sur les dalles froides du sol, à l’emplacement précis où Jaren m’avait parlé cette journée si particulière. Jaren Hou. Ce grinier terrible qui me confia son dernier souffle et ses derniers battements de cœur. Un douloureux souvenir qui précipita ma cage thoracique dans d’amples mouvements et humecta mes paupières. Je les clos, inspirais profondément et lui adressais une prière. Lorsque j’avais eu l’âge d’accéder aux affaires d’État, j’avais cherché son nom dans le registre des exécutions.

Jaren Hou avait été exécuté pour rébellion lors de la dernière révolution quarante ans plus tôt. Sa sentence avait été prononcée par le chancelier Thomas Dorf. 

J’avais toujours su que Jaren avait été humain. 

Un damné.

— Princesse. Le Roi-guerrier vous attend, clama un garde depuis l’entrée de la crypte, et les réverbérations de sa voix troublèrent le silence mortuaire.

— J’arrive, répondis-je dans un grincement des dents.

Je n’étais pas certaine qu’il m’ait entendu ; je ne criais pas dans les lieux saints. Même si j’appréciais que les gardes aient la décence de ne pas venir me chercher jusqu’à l’autel, je le maudissais intérieurement, lui et le Roi.

Le titre de Roi ne suffisait d’ailleurs pas au Seigneur Gidéon. Il fallait l’appeler Roi-guerrier, afin que nul n’oublie sa victoire glorieuse face à la bête. Une bête de dos, un enfant sur le dos, ironisai-je en secret.

Mais pouvais-je lui reprocher sa victoire ? N’était-ce pas hypocrite de lui reprocher son manque d’honneur dans un combat contre une créature de douze fois son poids ? Si, mais tout de même...

Une larme perla sur ma joue.

 

La mort de Jaren fut le deuil le plus lourd que j’eus à porter. Même le suicide de ma mère fut plus léger à mon cœur. Elle n’avait pas supporté de découvrir le traitement des prisonniers dans les cachots. Les images de torture l’avaient hantée, et elle ne s’en était jamais remise. Je l’avais appris par ma servante, Giline. C’était un secret de polichinelle. Personne ne savait exactement ce que faisait le chancelier Dorf sous les cachots, ni ce que faisait son remplaçant désormais, et tous préféraient l’ignorer et agir comme si cette rumeur n’avait aucun fondement.

La dépression de ma mère n’avait porté aucune espérance. Mon père, mort sans accomplissement notable, non plus. Mais Jaren portait l’espoir que je n’avais trouvé chez aucun autre. Peut-être m’étais-je trompée, mais cette minuscule révolution m’avait donné l’impression d’agir de façon juste pour la première fois de ma vie. Depuis que Jaren s’était effondré, je n’avais plus jamais ressenti cet espoir.

Depuis, aucun guerrier n’était réapparu. Ni comme Jaren, ni comme Khalas.

— Princesse, le Roi-guerrier n’attend pas, insista le garde.

Je balayai mes larmes d’un revers de main et soufflai sur le cierge.

Jaren avait raison, il n’y avait nulle âme dans cette crypte. Son silence n’abritait aucune énergie céleste, aucune inspiration spirituelle pour me guider. 

Le garde m’attendait dans la crypte, à quelques mètres devant l’entrée, anonyme sous son casque à aigrette rouge. Il se tenait aussi droit que le pilier de marbre au côté duquel il patientait. D’ordinaire, les gardes n’entraient pas dans la crypte et je vécus cette intrusion comme une violation de ma vie privée. Les gardes obéissaient aux ordres du Roi-guerrier, et chacun d’eux m’apparaissait désormais comme une extension de son emprise sur moi.

Il me vit approcher et fit volte-face sans mot dire. Je le suivis à distance vers la sortie et m’arrêtais entre les deux gardes en poste sous le porche.

— Que veut-il ? m’enquis-je.

— Je ne sais pas, Princesse.

Si je me refusais à l’appeler Roi-guerrier, je détestais aussi que l’on m’appelle par mon titre, ce qui m’arrivait des dizaines de fois par jour. Il m’empêchait d’oublier mon statut princier et les devoirs qu’il impliquait.

Il n’y avait que dans le silence de la crypte que je pouvais me laisser porter par les songes et m’apaiser sans penser aux contraintes extérieures. Mais Gidéon ne tardait jamais à me ramener à mes fonctions.

Je resserrai le poing. De toutes les façons possibles, cet imposteur me rappelait qu’à ses yeux, mon devoir princier passait avant mon titre de prêtresse. Aussi longtemps que je le fuirai, il n’aura de cesse de me le rappeler.

Nous remontions l’allée sous un soleil voilé. Les arbres en bordure verdoyaient en ce début d’été mais j’étais incapable d’en profiter. Comme à chaque fois qu’il me faisait escorter, je sentais se profiler ma sentence à l’horizon.

Arrivée sur la grand place au centre du jardin royal, je lorgnais avec dégoût la majestueuse statue qui s’y dressait sur un socle : Gidéon l'ivrogne perforant de sa grande épée le cœur du monstre. Personne ne s’était questionné sur la métamorphose de la lance en épée et sur la taille improbable de son arme, qui faisait quatre fois l’épaisseur du bras de Gidéon. Les gens voulaient du sensationnel et voulaient surtout y croire. Je détournai le visage pour ne pas voir le grinier de front. À chaque fois que j’y repensais, malgré les années, mon cœur en saignait encore.

Nous entrâmes dans le palais bien gardé - doublement plus gardé qu’il ne le fut avant l’intrusion du grinier - et le garde m’escorta jusqu'à la chambre de parade au deuxième étage. Intriguée, je le questionnai du regard, mais il se contenta d’ouvrir la porte, et de la refermer derrière moi.

La chambre de parade recevait rarement. Ses drapés fuchsia le long des murs, dans les mêmes tons que les tapisseries et les fauteuils, n’étaient nettoyés que pour recevoir d’éventuels invités. Dans un coin de la pièce, un immense lit à baldaquin de brocart rouge à fleurs argentées donnait un aspect sensuel à la pièce qui ne me plaisait pas. Pas du tout. D’autant plus que jamais le Roi ne m’avait conviée ici. 

— J’ai failli attendre.

Gidéon était assis sur un fauteuil en soie capitonné autour d’une table basse où était dressé un service à thé, juste en face de l’entrée. Il déposa sa tasse et se leva, un sourire aux lèvres. Je reculai d’un pas. À voir son expression éméchée, je jurai que la théière contenait tout sauf du thé. Malgré sa présentation soignée, son corps athlétique et ses yeux clairs aux allures angéliques, rien n’y faisait, il me répugnait. Il s’avançait vers moi, ivre au point de tituber.

— J'espérais que vous seriez présentable vu l’attente.

— Vous saviez pourtant que j’étais à la crypte, répondis-je d’une voix égale.

A peine avais-je fini ma phrase qu’il m’avait plaquée au mur, une main me coupant toute retraite et l’autre enserrant mon cou.

— Je n’ai pas entendu.

— Roi-guerrier, corrigeai-je dans un râle.

— Bien, souffla-t-il avec satisfaction en relâchant sa prise sur mon cou. Ne suis-je pas assez beau pour vous ?

— Ce n’est pas l’apparence qui importe, répondis-je le souffle court.

Il me lorgna libidineusement.

— Je peux t’assurer que si. 

Il eut un petit rire aux relents de liqueur. Je relevai la tête, mal à l’aise.

— Vous êtes ivre…

— Non, nia le Roi. Tu ne vois pas la théière sur la table basse. À cause de toi, le thé a refroidi.

Je glissais ma main dans mon cou endolori.

— J’ignorais que vous aimiez prendre le thé.

— Vous avez bien des choses à découvrir sur moi, petite souillon, rétorqua-t-il en promenant sa main sur moi, puis il agrippa ma jupe et tira dessus si fort qu’il parvint à la déchirer. Vous allez devoir vous changer, ajouta-il en retirant son bras du mur et je m’éloignais aussitôt en direction de la sortie.

— Et cachez-moi ça aussi, lança-t-il en désignant son propre cou avant que je ne la franchisse.

Je m’abstins de claquer la porte, ce qui me vaudrait une énième saute d’humeur de Gidéon et me dirigeais à grandes enjambées jusqu'à ma chambre, tenant d’une main le pan déchiré de ma jupe.

Une fois dans ma chambre, je m’adossai à la porte, excédée.

La teinte crème du mobilier m'apaisa et mit un peu de quiétude dans mon âme. Le contact de Gidéon éveillait en moi les pires instincts, ce qui s’avérait être une expérience désagréable en plus de constituer un délit pour une prêtresse.

Je devais souffler. Et c’est ce que je fis.

On frappa à la porte.

— Oui ? 

— Le Roi guerrier m'a ordonnée de vous aider à vous préparer afin de recevoir nos invités en temps en heure, répondit Giline derrière la porte.

J’ouvris la porte à la hâte et lorsque ma servante fut entrée, la refermai.

— Qui et quand ? chuchotais-je, ma curiosité piquée à vif.

— Je ne sais pas, Mademoiselle. Mais la cuisine n’a pas reçu de consignes. S'il s'agissait de votre union, il aurait exigé des préparations.

— A moins qu'il craigne que je ne m'enfuis en l'apprenant.

— Je dois insister, me pressa t-elle. Le Roi-guerrier a dit que si on tardait, il viendrait lui-même et…

Je la fis taire d'un geste de la main et m'installai à ma coiffeuse.

— Je te laisse choisir, Giline.

Ôter une robe modeste pour en revêtir une qui soit attrayante aux yeux du Roi me débectait.

— Il peut être agréable de porter de beaux habits… Salye, dit-elle dans un souffle.

Je lui lançai un regard lumineux depuis mon reflet dans le miroir. Je savais qu'il lui en coûtait de faire preuve de familiarité avec moi, et les risques auxquels elle s'exposait si Gidéon l'entendait. Pour autant, elle l'avait fait pour me faire plaisir et je lui en étais reconnaissante.

— Vous savez ce qui me fait peur ? continua Giline sans hausser la voix de crainte d’être entendue même si nous étions seules dans la pièce.

Mes yeux verts de gris interrogèrent son reflet dans le miroir.

— C’est qu’il réussisse. Il en est capable, il n’a peur de rien et réussit tout ce qu’il entreprend. 

Elle me tendit une robe vert opale. Je me levai et la laissais faire à sa guise. Elle entreprit  de me dévêtir.

— Je ne le laisserai pas faire.

— Mais il va pactiser avec…

— Chut, l’interrompis-je. Ne dis pas ce mot ici.

— Oui Maîtresse. 

Je tressaillis, certaine que prononcer le nom des abysses suffisait à les invoquer. Je craignais alors que les ombres tapies dans les cachots ressurgissent jusqu’à ma chambre. Cette simple pensée me terrorisait.

— Les mots sont porteurs de sens, énonçais-je comme un mantra.

Elle opina d’un signe de tête alors qu’elle nouait le ruban ceinturant ma taille. Je serrai le ventre et souffla longuement.

— Il vous veut et n’abandonnera jamais. Vous le savez. Nous le savons tous ici. Beaucoup veulent fuir le Palais mais aucun endroit n’est plus sûr. On dit que même les nobles s’adonnent à de drôles de rituels, c’est Merry qui me l’a dit. Sa sœur travaille chez les Duberrier, et ce n’est pas beau non plus. Dans le royaume, les villageois sont sans arrêt attaqués par les absyans ! On n’a pas le choix que de rester ici et lui obéir.

— J’en suis consciente, me désolai-je en me laissant choir sur la chaise devant ma coiffeuse.

Giline entreprit d’apprivoiser mes lourds cheveux châtains à l’aide d’une broche et d’épingles. En regardant mon reflet dans le miroir, j’eus envie de le briser, de me briser moi-même. Comme si me balafrer le visage repousserait les avances de ce sale type. Je plissai les yeux, fusillant mon reflet en même temps. Il serait capable de le prendre comme un affront et d’accélérer notre union.

Que faire ? Et si c’était mon indifférence toutes ces années qui avait attisé son désir ? Gidéon avait réussi l’exploit d’être considéré comme le meilleur parti du Royaume. Il avait toutes les femmes à ses pieds. Toutes, hormis celles qui savaient à qui elles avaient à faire.

Et si je faisais bonne figure et me montrait docile ? Pour sûr, il voulait quand même consolider son pouvoir et avoir un héritier. Il serait peut-être juste moins violent avec moi une fois ses instincts de prédateur émoussés.

Giline acheva la longue tresse alambiquée et voyant mon expression, me dit : 

— J’ai terminé. Un sourire ?

Le miroir me renvoya ma grimace, et un effort supplémentaire me fit l’ajuster en un sourire amène qui seyait si bien à mon statut altier.

 

Je retrouvai Gidéon dans la fastueuse salle de réception solaire. Une pièce circulaire aux angles voûtés avec, à son plafond, un large soleil en pierre ambrée, auréolé des lumières d’un immense lustre. Une longue frise orangée bordait le mur arrondi de la pièce, au cœur de laquelle des fauteuils aux couleurs chatoyantes étaient disposés en cercle. Gidéon avait vue sur l'entrée, assis face à trois hommes. 

Quand il me vit arriver, il se leva, et je me figeai, stupéfaite. Son regard avait quelque chose d’affable, ses yeux bleus me couvaient du regard.

— Salye, ma chérie, nous vous attendions. Par ici.

Je détestais quand il agissait ainsi. Il était doué dans son rôle de fiancé et dupait quiconque ne le connaissait pas. Ce qui m’inquiétait davantage était la présence de trois hommes. Qui étaient-ils pour que Gidéon s’adonne à ce jeu ridicule et qu’une lueur triomphale luise dans ses prunelles ?

Je m’avançais en affichant mon sourire de façade et vins m’asseoir au siège qu’il me désignait. Il se rassit au fauteuil à côté du mien et rompit le silence.

— Ces messieurs, Salye, dit-il en désignant les trois hommes face à lui de sa main tendue, sont des soldats en provenance du Duché d’Adrajon.

Ils me saluèrent d’une inclinaison de tête. Je les détaillais d’un bref coup d’œil, ne voulant pas paraître impolie. Ils portaient par-dessus leurs armures anthracite un tabard rouge et noir et de courtes épées sur les flancs. Celui à ma gauche devait avoir mon âge, les yeux aussi châtains que ses longs cheveux bruns plaqués en arrière. Face à moi, le plus âgé avait les cheveux coupés courts aux yeux verts. Le troisième me semblait bien jeune, ses cheveux de jais s’éparpillaient sur son front, son regard était noir.

— Il s’avère que mon ami le Grand prêtre Rigliot a appris votre enrôlement dans le culte céleste de Khalys et souhaiterait vous rencontrer pour parler du mythe et de l’avenir du royaume.

— Vous m’avez fait venir pour me parler du mythe ?

J’étais trop étonnée pour m’abstenir de lui poser la question, même si j’évitais autant que  possible de lui adresser la parole. Le faire répéter ou douter de ses allégations avait le don de l’énerver, surtout en public.

— Ne soyez pas déçue. Je prendrai soin de vos autres attentes à votre retour au palais puisque vous le désirez. Il ne s’agit que d’une poignée de jours.

Je ne le contredisais jamais en public. À craindre que la convocation concerne le mariage, je l’avais lancé sur le sujet malgré moi. Il s’agissait seulement de rencontrer un Grand prêtre. Le dernier que j’avais rencontré m’avait sacrée au rang de prêtresse et m’avait justement épargnée le mariage. Le culte céleste était mon allié.

— Le Grand prêtre Inacius m’a enseigné tout…

— Le Grand prêtre Inacius n’a pas donné signe de vie depuis quatre ans. Nous lui devons votre ascension en prêtresse et il a été remercié pour cela. Mais le Grand prêtre Rigliot a envoyé ces hommes pour vous escorter à lui. Allez-vous le lui refuser ?

Les trois hommes n’avaient pas l’air particulièrement ravis.

—  Non.

Il s’adressa aux hommes :

— Ma future épouse attire la jalousie et j'ai, depuis sa plus tendre enfance, veillé à la protéger. C'est la première fois qu'elle va passer la nuit hors du palais et sortira de ma protection. Malheureusement, je ne peux pas l'accompagner moi-même, mes devoirs de souverain m'incombent. Je compte sur vous.

Il se leva.

— À compter d’aujourd’hui, je la veux dans six jours de retour au palais, ordonna-t-il. 

Se dirigeant vers la porte, il m’adressa un sourire mielleux qui attisa mon mauvais pressentiment et se retourna soudain.

— Je précise que personne n’a intérêt à l’enlever. La dernière fois qu’un a essayé, il a fini embroché.

Sa mention du grinier et son engouement m’arrachèrent des larmes alors qu’on m’escortait hors de la lumineuse salle solaire, la préférée de ma mère.

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MariKy
Posté le 30/06/2020
On fait un bond dans le temps pour retrouver Salye devenue adulte et subissant les conséquences de ses actes… Que de tension ! J’aime le personnage du Roi-guerrier, personnage antipathique au possible. J’espère qu’on en saura un peu plus sur lui dans la suite : j’aime quand les méchants ont une histoire ! :)
Tu continues de poser le cadre, avec des infos sur les parents, le royaume… On en apprend davantage sans que ça paraisse trop. Je suis particulièrement intriguée par le mythe, le lien du Royaume avec le ciel ou les abysses… J’ai hâte d’en savoir plus de ce côté !

Sur la forme, quelques remarques :
- quelques verbes à la terminaison erronée : -ais ou -a au lieu de -ai (Je balayai mes larmes d’un revers de main et souffla sur le cierge=soufflai / J’ouvris la porte à la hâte et lorsque ma servante fut entrée, la referma = refermai...)
- Mon ancêtre Khalas Grinden, celui qui, jadis, à la création de Khalys, réunifia le Royaume. = avait réunifié
- une maladie incurable qu’aucune médecine ou prière ne pouvaient sauver à en croire les médecins du palais = « ne pouvaient guérir » plutôt
- Sa sentence fut prononcée par le chancelier Thomas Dorf.  => avait été prononcée
- « La dépression de ma mère n’avait porté aucune espérance »: je ne comprends pas cette phrase, veux-tu dire que la mort de la mère n’avait rien changé aux pratiques de tortures ?
- « Une fois dans ma chambre, je m’adossai à la porte, excédée. »=> excédée me paraît faible au vu de ce qu’elle vient de subir. J’aurais mis quelque chose comme « tremblante de rage »

Voilà, je continuerai la lecture avec plaisir :)
Visaen
Posté le 30/06/2020
Re-Bonsoir
Je crains toujours que l'ellipse déçoive le lecteur qui imagine suivre Salye dans sa jeunesse. Tant mieux si la narration des événements n'a pas été trop lourde.
Concernant l'antagoniste, j'entend deux discours : qu'il ait une histoire ou qu'au contraire, qu'il reste l'indéfectible méchant et qu'il ne soit pas pris en pitié à son dénouement. Je sais déjà ce qu'il va advenir de lui, bien évidemment, et la façon dont ses motivations seront révélées. C'est pour plus tard évidemment : )
Je corrige de si tôt mes erreurs, merci de les relever cette fois encore !
A bientôt !
Visaen
Posté le 30/06/2020
- « La dépression de ma mère n’avait porté aucune espérance »: je ne comprends pas cette phrase, veux-tu dire que la mort de la mère n’avait rien changé aux pratiques de tortures ?

C'est en effet mal formulée. Je voulais dire qu'aucun de ses parents ne lui a apporté de l'espoir. Leurs réactions aux horribles événements n'ont été que passivité, dépression, suicide, et que rien de tout cela n'a eu un changement positif pour le royaume.
Salye n'a eu l'espoir d'un changement qu'avec le grinier.
Je vais trouver une autre formulation.
booksdamadeus
Posté le 26/05/2020
Coucou :)

Me revoilà par ici pour ce nouveau chapitre.

Je l'ai beaucoup apprécié, il nous apprend en quelques mots ce qui s'est passé après l'attaque du grinier et comment s'en est sortie Salye. J'aime bien la tension permanente qui emane de ce chapitre, c'est ce que j'en retiens. Entre ce Roi-guerrier qui est détestable et ce Grand Prêtre qui aimerait en savoir plus sur le culte de Khalys, j'ai hâte de voir comment ton histoire va évoluer (et surtout ce que va devenir Salye et si elle va encore réussir à fuir ce Roi...).

Je voulais aussi souligner tes dialogues que je trouve fluides et très naturels.

Sinon, j'ai vu ces petites choses : 
> Concordance des temps dans la phrase  : "On reconnaissait une créature des abysses à l'oeil, mais les abysses peuvent même corrompre les justes..." 
> "Face à moi, le plus âgé avait les cheveux coupés courts aux yeux verts" >> Je dirais plutôt "Face à moi, le plus âgé avait les cheveux coupés courts et les yeux verts"

Au plaisir de lire la suite !

A très vite
Visaen
Posté le 26/06/2020
Coucou après ce temps d'absence ! Très juste pour la concordances des temps, j'ai du mal à ne pas employer le présent par moment dans la narration. Merci de ton retour. C'est également plus fluide pour la deuxième phrase, je vais la corriger comme tu me l'as indiqué.
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