2. Au grés du vent

Par Lydasa.

Voilà une semaine que nous sommes en mer, une semaine que mon travail consiste seulement à récurer le pont. Ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais en embarquant. Je me voyais devoir affronter des tempêtes, devoir me battre contre des pirates avec force, tirer les voiles. Mais non je suis préposé à récurer le pont toute la journée alors que les dirigeants se tournent les pouces à regarder l’océan.

 

La mer est calme, très calme au point ou le bateau n’avance pas vraiment, car le vent ne souffle pas. Après avoir nettoyé une partie du pont, je rejoins mes amis qui se sont regroupés pour manger leur repas. Je passe prendre le mien avant de m’assoir avec eux. Aujourd’hui purée de poisson, comme la veille et l’avant veille et l’avant encore. Il y a une partie de l’équipage qui veille à pêcher la nourriture alors que des commis en cuisine épluchent les tonnes de patates qui sont en cale. De la viande est stockée dans du sel, mais est réservée pour les membres de l’équipage expérimentés. Les nouveaux recrus comme nous, devons-nous nourrir de patate.

 

Il n’y a pas vraiment une grande possibilité de stocker et préserver la nourriture. À part le fromage, la viande sécher, les patates et le rhum nous n’avons pas grand-chose sur le navire en vivre. J’aurais aimé être affilié à la pêche, mais le capitaine ne fait pas beaucoup de roulement d’équipe.

 

— Vous pensez qu’on va faire du surplace encore longtemps, dis-je la bouche pleine.

— Bah… on dit toujours que c’est le calme avant la tempête, me répond Elias.

— Je veux bien que ça soit calme, mais là ce n’est même pas une tempête qu’on va se prendre.

— Peut-être que demain on va s’amuser un peu, ou dans la nuit, murmure Grégoire.

 

On se fait tous chier, Jacobs lui doit s’occuper de nettoyer régulièrement les canons pour qu’il soit opérationnel. Son travail est légèrement plus intéressant que le nôtre. Mais toujours est-il qu’on s’attendait à plus de mouvement sur le pont. Surtout que l’amiral s’amuse à tous nous martyriser, enfin les nouvelles recrues surtout. Je crois bien que toutes les tâches ingrates ont été donné au bleu, je ne pense pas avoir vu les autres faire quoi que ce soit a par dormir dans leur hamac ou joué aux cartes.

 

— Vous glandez ou je rêve, hurle l’amiral.

 

On sursaute, la bouche pleine, ils nous fusillent du regard. On se goinfre rapidement avant de tous détaler comme des lapins à nos postes. Il ne nous laisse même pas le temps de manger, il veut que le pont brille. Je peux entendre le ricanement des hauts graders qui nous toise de façon malsaine. On est clairement les larbins du navire.

 

Alors que je viens à peine de terminer une partie du pont avec un de mes frères d’armes, je vois deux officiers arriver. Ils nous lancent un regard mauvais, avant de renverser leur assiette de purée sur le sol.

 

— Ce n’est pas très propre tout ça dit donc vous vous fichez de nous ? Et ça se dit marin alors que ce n’est même pas capable d’entretenir un navire.

 

Le ricanement gras de l’un d’eux me donne la nausée. Ils se foutent de nous, j’allais répliquer quand l’amiral arrive. Je m’attendais à ce qu’il les réprimande, car c’était évident que le méfait ne venait pas de nous. Mais à la place, c’est nous qui nous faisons hurler dessus, il nous menace même de nous balancer par-dessus bord au vu de notre incapacité.

 

— Je ne vais cependant pas le faire, vous servirez de chair à canon quand nous attaquerons un navire pirate. Il faut bien que certains d’entre vous se sacrifient.

 

Je sens mon visage blanchir à ses propos. Il n’a aucune considération pour les jeunes recrus, à moins qu’il ne fasse ça pour nous endurcir, mais ses propos sont assez horribles à entendre. Je déglutis baissant la tête, avant de commencer à nettoyer. Mon frère d’armes n’est pas dans un meilleur état que moi, j’ai même l’impression qu’il est plus blanc que moi. Au bout de quelque minute, je l’entends même sangloter.

 

— Merde je ne me suis pas engager pour me faire tuer et humilier, gémit-il.

— Hey, l’amiral ne pense pas ce qu’il dit, tentais-je de le rassurer en posant ma main sur son épaule ;

— Ne me fais pas croire que c’est ce dont tu rêvais, te faire humilier par les plus hauts graders, te faire traiter comme de la merde et rabaissé constamment ? Je pensais que dans l’armée on avait plus de respect pour les autres.

— Il faut qu’on fasse simplement nos preuves.

— En étant de la chair à canon comme a dit l’amiral ? Ça me gave.

 

Il me repousse et va plus loin, frottant férocement le sol avec son balai. Je baisse la tête, la gorge serrée. En soi il n’a pas tort, je ne pense qu’aucun d’entre nous ne s’attendait à ça. Mais après il n’y a aucune animation, nous n’avons croisé aucun navire et nous naviguons sur une mer d’huile. Je lâche un soupire reprenant ma tâche, le cœur lourd.

 

Le soir alors que je regagne ma minuscule cabine que je partage avec mes amis, je me laisse tomber lourdement dans le hamac sans toucher à mon repas. Cela a le don d’inquiéter mes frères d’armes. Il se regroupe tous par-dessus mon hamac et sur le coup j’ai eu peur.

 

— Hey ça ne va pas ? Le mal de mer ? Glousse Jacobs.

— Nan… mais l’amiral ma pourri la gueule aujourd’hui, il a dit que… j’étais bon qu’à être de la chair à canon en première ligne quand nous attaquerons un navire.

— Cela m’étonnerait que tu te fasses tuer aussi facilement, tu es le meilleur tireur de notre promotion. Pas le plus fort, mais l’un des plus intelligents. Va falloir lui rabattre le camembert quand nous aurons notre premier navire en chasse, enchéri Elias.

— Merci les gars.

— Sinon tu ne manges pas ta part, demande en toute innocence Grégoire.

 

Je me redresse et lui prends mon assiette des mains. Cela a le don de faire rire tout le monde, je mange sans grand appétit, mais en pleine mer il ne vaut mieux pas bouder la nourriture. Cette nuit je rêve que je frotte encore le pont, je fais ça à longueur de journée que je ne pense qu’à ça. Mais je finis par divaguer, voyant ma mère cueillir des fleurs avec son magnifique sourire. Je vois au loin un homme, un ombre qui se dessine, mais qui s’éloigne. Ma mère se tourne vers cette ombre et ses larmes se mettent à couler sans s’arrêter jusqu’à ce que finalement le champ devienne un océan de larmes.

 

Je me réveil en sursaut, mais surtout en sueur. Je ne sais pas pourquoi mon rêve a basculé ainsi, mais je devine parfaitement que cette ombre c’était surement mon père. J’inspire un bon coup, mes amis dorment encore, je décide d’aller prendre l’air. Enfilant mon uniforme rapidement, sur le pont il ne semble pas avoir grand monde. Certain aillant trop bu de rhum sont en train de ronflé contre le mat central. Je m’approche de la proue regardant droit devant. La mer semble être légèrement moins calme et un petit vent frais chatouille ma nuque.

 

On ne voit rien, la lune est cachée par des nuages noirs et menaçants. Peut-être que finalement nous allons passer une journée moins calme demain. J’essaie de voir si l’on aperçoit une terre, ou un navire au loin, mais il n’y a absolument rien à l’horizon. Décidant de regagner la cabine je termine enfin ma nuit, cette fois sans aucun rêve. Au réveil on peut sentir que le navire tangue légèrement, quand j’arrive sur le pont. Il y a de légères vagues, les voiles sont entièrement gonflés et nous avons pris pas mal de vitesse. J’espère pouvoir faire autre chose et aider à la voilure, mais le chef d’équipage ne nous donne pas plus de directives.

 

Au loin je peux entendre le grondement sinistre d’un orage en approche. On peut voir la bande de pluie qui semble se rapprocher. Je regarde ce sombre nuage, parfois zébré de lumière, une certaine angoisse au fond de ma poitrine. Jacobs s’approche de moi, regardant lui aussi l’horizon.

 

— Je crois qu’on va se prendre un peu de pluie sur la figure, ricane-t-il.

— Un peu ? Tu as vu comment c’est noir. On va se prendre notre première tempête plutôt, tranchais-je, appuyer sur mon balai.

— Terre en vue, hurle un homme qui se trouve dans le nie de pie en haut du mat principal.

 

Notre but n’est pas d’accoster, nous allons faire le tour de l’île pour voir s’il n’y a pas un port de fortune pour des pirates. Mais la tempête qui approche dangereusement ne va surement pas nous laisser faire notre manœuvre tranquillement. Les vagues sont de plus en plus grandes, l’une d’elles passe même par-dessus la rambarde et viens inonder le pont. Je ne peux retenir un juron, car malgré tout je venais de nettoyer, même si je pense que cela va devenir secondaire. Le maitre d’équipage finit par nous mettre à la voilure pour aider les hommes à replier quelque voile.

 

En quelques heures on découvre ce qu’est la définition de cauchemars. Des vagues gigantesques passent par-dessus les rambardes, emportant presque tout sur le pont. Je suis mouillé jusqu’à l’os, secoué de frisson glacial. Je sens mes muscles se tétaniser sous les efforts que je produis. Nous essayons de replier toutes les voiles pour que le bateau ne soit pas pris dans les rafales. L’une des voiles se déchire sous nos yeux, coupant en deux les armoiries qui y étaient brodées. Des hommes se font emporter par la force de la voilure, accrocher à la corde pour la maintenir ils se font soulever dans les airs comme s’ils ne pesaient rien. Face à la force de la nature, ils ne pèsent effectivement rien. La foudre frappe autour de nous, épargnant pour le moment les mâts du navire.

 

L’amiral s’est réfugié dans la cabine avec ses généraux. Laissant le soin à l’équipage de gérer seul la furie de l’océan. Je suis avec Grégoire à resserrer petit à petit les nœuds des cordes qui maintiennent les voiles fermés. Les vagues nous aspergent à chaque remous, faisant grincer les cordes entre nos mains. J’entends alors un hurlement, une vague plus forte que les autres viennent de faucher plusieurs hommes les projetant contre les rambardes. L’un d’eux passe malheureusement par-dessus bord en hurlant de désespoir, happé par la noirceur des eaux. Je n’ai pas le temps de me sentir crispé que juste devant moi, le taquet en bois se fait arracher par la force de la voile. Celle-ci se déploie dans un claquement sec au même moment que la foudre tombe sur le dernier mat.

 

Des hommes se rue au sol en hurlant de peur, l’amiral sort de sa cabine pour constater par lui-même la catastrophe de la situation. Heureusement le feu ne prend pas, mais un autre coup de foudre tombe sur le mât principal, le faisant exploser de l’intérieur. La grande voile qui venait de se déployer prend feu immédiatement. Le mat se tord dans un bruit sinistre avant de finalement vriller complètement emporter par la voilure en feu. Celui-ci tombe sur le pont écrasant des hommes qui se trouvait là au mauvais moment. Je ne sais pas si les craquements que j’entends sont le bruit du mât ou le bruit des hommes en dessous.

 

Je sens petit à petit la peur me gagner, l’angoisse prenante et que les choses semblent prendre un tournant désastreux. Je cours sur le pont pour aider des hommes qui se battent avec une corde pour qu’un mat ne cède pas sous la voile gonflée. Une vague plus forte bouscule tout le monde qui lâche prise sur la corde. La corde se tend violemment, faisant craquer le pont avant d’arracher le taquet qui la retenait. La foudre frappe de nouveau et le mat vrillé, arrachant toutes les cordes qui le retenait emportant des hommes avec lui par-dessus bord.

 

On peut alors voir le désespoir se dessiner sur le visage des marins qui à présent se batte pour leur survie. Certains tentent de s’accrocher à ce qu’ils peuvent. L’amiral c’est à nouveau reclus dans sa cabine, fermant la porte à clef empêchant aux hommes de s’y réfugier. Grégoire se tient à côté de moi, me retenant d’un bras par la taille alors que de l’autre bras il se tient à une rambarde. Les vagues nous submergent, le dernier mat se fait exploser par un coup de grâce de la foudre, cette fois mettant le feu au pont.

 

Je vois les flammes monter vers le ciel, tourbillonnent avec les coups de vent comme une tornade de feu. J’entends les hurlements de douleur des hommes se faisant dévorés par les flammes. Puis une explosion éventre le bateau sur tribord, le feu ayant atteint la poudre des canons. C’est ensuite une grosse secousse qui bloque complètement le tangage du bateau. Celui-ci s’est approché de l’île trop près et celle-ci possède un récif de roche. Le navire se fait déchiqueter sa coque comme si ce n’était que du beurre. Une vague le décroche des rochers, la mer le tort dans tous les sens avant de le briser en deux.

 

La poigne de Grégoire est toujours autour de ma taille, toujours accrochée à la rambarde du pont. Sauf qu’il ne tient plus, nous nous retrouvons projeter par-dessus bord avec d’autres hommes. L’eau glacer de la mer s’infiltrer partout en moi jusque dans ma bouche. Je tente de me débattre pour remonter à la surface. Mon ami ma lâcher dans la chute. Quand je sors la tête de l’eau, je vois les flemmes dévorer le navire qui ressemble à un amas de bois brisé en tous sens. J’entends le hurlement de mes frères d’armes qui n’ont pas eu la chance d’échapper aux flammes.

 

Je n’ai pas le temps de constater un peu plus le désastre qu’un vague me passe par-dessus la tête, m’entrainant dans le fond. Je me retrouve balader comme une vulgaire poupée de chiffon, j’ai l’impression que je me retrouve écartelé en tous sens. Mon dos vient heurter la roche violemment et je pousse un hurlement de douleur sous l’eau, échappant le peu d’air que j’avais. J’arrive à sortir une nouvelle fois la tête hors de l’eau. J’inspire profondément, ne sachant pas si je vais retourner à nouveau sous l’eau emporter par un vague. Je peux voir que le bateau est en train de sombrer, explosant une nouvelle fois. Des débris volent jusqu’à moi et je sens quelque chose se planter dans mon épaule. Je hurle de douleur avant de me faire emporter par le fond. Ma vision de floue, j’ai mal dans tout mon corps, mais le froid de l’océan me tétanise m’empêchant de me recroqueviller.

 

Je me retrouve projeté sur une grande roche, hors de l’eau, je m’y agrippe avec force, mais mon épaule me tiraille. Je regarde celle-ci et découvre un grand éclat de bois planté, projeté lors de l’explosion. Je l’attrape pour le retirer, me faisant hurler de nouveau de douleur. Une larme coule sur ma joue, se mêlant immédiatement à l’eau de mer.

 

— Raphaël !

 

Je cherche du regarde qui peut m’appeler, plus loin sur un radeau de fortune, je voie Elias. Grâce au feu du bateau et aux éclaires dans le ciel, j’arrive à voir à peu près dans cette nuit sombre. Les vagues sont toujours aussi déchainées et les survivants qui tentent de se raccrocher aux planches à droite et à gauche se retrouvent malmener. J’ai peur qu’il y ait d’autres explosions, et que des éclats s’enfonce encore dans mon corps. Mais je suis tétanisé sur mon rocher à plusieurs mètres du niveau de la mer, parfois touché par des vagues.

 

Je ne sens plus mes muscles, je ne sens plus rien à vrai dire. Ma tête me tourne, je pense avoir perdu beaucoup de sang et retiré le morceau dans mon épaule n’était surement pas une bonne idée. Cela ne fait qu’une semaine, une pauvre petite semaine que nous sommes parties en mer. Avec un navire flambant neuf, mais le pire dans tout ça c’est que ce n’est même pas des pirates qui nous ont coulés. Nous n’avons même pas sur combattre une simple tempête. Nous allons tous mourir, soit noyer, de froid ou de faim. Je sais que tout est perdu, je n’ai même pas pu écrire trois chapitres de mon aventure que je vais déjà mourir.

 

Je pense à ma mère, elle qui ma regarder partir avec fierté. Moi qui lui ai promis de revenir la voir, de revenir avec un souvenir de mon voyage. Tout ce qu’elle aura c’est des marins qui frapperont à sa porte pour annoncer que j’ai disparu, tout comme mon père. Mon nom ne sera même pas entré dans la légende, je serais l’un des nouvelles recrus morts parmi tant d’autres. Je sens mes forces m’abandonné petit à petit, j’essaie de tenir bon. Mais une vague bien plus forte que les autres vient à bout de moi. Mes mains ripent sur le rocher, s’écorchant au passage, je me sens balloté une nouvelle fois sans avoir eu le temps de prendre mon air. À quoi bon se battre après tout, je suis condamné, je n’ai même pas servi de chair à canon comme l’a si bien dit l’amiral.

 

Je vais me noyer, sans plus aucune force pour me battre et survivre. Je ne tente même pas de rejoindre la surface, je sens l’eau saler commencer à emplir ma gorge. Alors que mon esprit commence a sombré dans une spiral oppressante, juste avant que le noir m’engouffre, quelque chose encercle ma taille. Je me sens qu’on me tire vers la surface, par réflexe je me mets a toussé recrachant l’eau de ma bouche, mais instantanément je sombre pour de bon. Je n’ai plus la force de me battre et je ne cherche pas à le faire. Je me suis résigné à mourir ce soir, à mourir à l’âge de vingt ans seulement.

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ManonSeguin
Posté le 17/11/2020
Je quitte un chapitre triste pour continuer ma lecture et je tombe sur un chapitre qui ne m'aide pas ! ;___; Ce n'est plus "Sauver Willy" c'est Sauver Raphaël là... Mais bon, quelque part il a la protection du "héros" donc je sais qu'Elias va le sauver... IL LE FAUT ! Je ne lui laisse guère le choix de toute façon. Sauvons Raphaël, il a encore une tonne d'aventures à vivre et à raconter.
Lydasa.
Posté le 17/11/2020
Mdr j'aime bien cette référence de sauvé Willy. Raphaël a plusieurs héros tu le verras au fils de la lecture. Il est pas la princesse en danger mais presque.
ManonSeguin
Posté le 17/11/2020
La princesse en danger :') Je suis pas la seule à avoir des références ici ! J'ai hâte de pouvoir lire ça !
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