19- Rendez-vous

Notes de l’auteur : Salut, bonne lecture.

Message – 19h

Je suis devant le cinéma. Je t’attends.

Gauthier.

 

Merde ! Je ne suis pas en avance. J’attrape mon sac d’une main et me mets à courir. Mes semelles battent le bitume. Je pousse sur mes jambes, bondis presque. La distance de l’arrêt du bus et du cinéma se réduit. J’arrive devant l’entrée avec une respiration haché et du feu au fond de mes poumons.

Ce n’est pas le moment de se faire une crise d’asthme.

Le regard circulaire, je cherche Gauthier dans la rue, ne le vois pas. Il doit être à l’intérieure.

Le cœur en débandade, plus par ma course que par ce rendez-vous, je pénètre dans le cinéma et fais courir mes yeux sur l’immense hall où arcade, stand à Pop-corn, canapés et bornes m’accueillent.

Gauthier est adossé au mur, près de l’ascenseur. Il avise son portable. Tiens ? Serait-il impatient ?

Il se tourne vers moi, l’air songeur. Il me parait nerveux. Est-ce que je lui inspire ce sentiment ?

- Pardon, je suis un peu à la bourre ? Tu vas bien ?

- Oui, ça va. Je… Je ne t’ai pas vu à la bibliothèque aujourd’hui. Tu as passé une bonne journée ? demande-t-il sur un ton curieux.

Est-ce du manque, que je discerne au fond de sa voix ? Ça me plait bien !

- Une journée normale.

- Pourquoi tu n’es pas venu ? persiste-t-il.

Je ne peux m’empêcher de sourire et de lui faire remarquer, malgré mon envie, qu’il révèle un peu trop ses émotions.

- J’ai commencé à lire le roman que tu m’as conseillé, change-t-il de sujet.

- Ah, vraiment ?

Je garde le mystère sur la journée banale que j’ai vécu. J’aime le savoir curieux et garde un soupçon d’espoir qu’il me regarde autrement que comme un ami nouvellement nait. Je patienterai, le séduirai, pour un jour le faire me désirer.

- Tu en penses quoi ?

- Pour le moment rien de particulier, juste un jeune homme qui semble mal dans ses souliers. Enfin, ça reste mon avis. Je ne me suis pas encore attaqué au chapitre deux. Mais j’imagine que cette romance peut m’atteindre.

- A quel point tu aimes les romances ?

- Plus que la politique et les biographies, rie-t-il.

Ma main se pose au bas de son dos, sur sa chemise blanche et légère, et l’invite à se rendre devant un employé. Je tends mon portable, tout en observant les boucles de Gauthier caresser ses épaules. Il se tient bien droit comme s’il avait une règle dans le dos. Quels genres d’exercices sont professeurs de maintient lui apprenaient-ils pour qu’il reste si droit ? 

Nous montons la première marche de l’escalator, et j’en profite pour zieuter ses lèvres de nouveau entrouvertes. Il les referme en passant le bout de sa langue dessus. Je pense qu’il sent l’air assécher sa bouche, et comme un signal, il s’aperçoit qu’elles sont ouvertes. C’est fascinant de le regarder se forcer à paraître comme un homme lambda. J’imagine qu’il est habitué à toutes ces petites choses que je remarque au fur et à mesure de nos rencontres, de mes regards persistants.

- Je ne t’ai pas demandé, mais qu’allons-nous voir ?

- Heu … Un film.

Je me souviens plus.

- Attends, je vérifie.

Le boulet !

- Un film d’action à l’américaine. Je ne serais pas te dire le nom, sans qu’on se prenne un gros fou rire.

Il hoche la tête, incurve sa bouche dans une mine intéressée.

- Ça fait longtemps que je n’ai pas vu de film d’action.

- Tu n’aimes pas ?

- Si, si… j’apprécie. Enfin, si ça reste raisonnable. Du moment que les actions gardent un minimum de logique oui.

- Je t’ai dit que c’était un film américain ? ironisé-je. 

Il rit. Je souris.

C’est dingue comme il est mignon.

            Direction la salle 1. Nous y pénétrons et nous installons dans le noir. Les publicités viennent tout juste de débuter. Je contemple la pièce. Nous ne sommes pas plus d’une dizaine. Gauthier sort deux barres de céréales, il m’en tend une, je la prends, tout en effleurant le bout de ses doigts. Quel genre de crème utilise-t-il ?

            Les minutes défilent, tout comme les images. L’attente est présente dans la salle. Plusieurs voix se plaignent de « bouffer de la pub à gogos », d’autres trépignent d’impatience. Moi, j’en profite pour respirer le parfum de Gauthier. J’ai faim de lui…

C’est atroce. L’envie de me coller à lui bondit en moi, comme une secousse. Je résiste un temps, puis lorsque le film commence, je m’affale presque sur l’accoudoir, volant toute la place de mon compagnon afin de trouve la chaleur de sa peau.

Il ne se décale pas, ne me repousse pas. Bien au contraire. Plus le film s’écoule, plus il accepte ma présence contre la sienne. Je le sens qui s’appuie désormais contre mon bras.

J’ai limite envie qu’il pose sa tête sur mon épaule, mais là, je rêve !

L’action jaillie sur l’écran, les sons pétardent dans tous les sens. Dans un autre état d’esprit, je me serais rapproché de l’écran. Je me serais écrasé sur moi-même, installant mes coudes sur mes genoux, fixant avec intensité la scène où les mouvements s’agitent dans un combat divertissant et entêtant. Cependant, ma seule préoccupation dans le vrombissement de la salle est Gauthier qui pince sa lèvre inférieure, absorbée par le film.

Wahoo ! Se rend-t-il compte ou non, du désir qu’il instaure en moi ? Peut-être devrais-je arrêter de le contempler ?

Je me refocalise sur le film, en me collant un peu plus à mon voisin. Ce que j’ai envie de l’embrasser !

Tiens, toi bien Nysi ! dit la voix de bon sens dans ma tête. C’est déraisonnable.

Il va falloir que je pense à arrêter de me causer tout seul…

            La fin ne tarde plus. Je me sens déprimer. Nous allons devoir quitter la salle et donc se décoller l’un de l’autre. La barbe ! Je n’ai vraiment pas envie.

La lumière s’allume.

Ah ! Pourquoi ?

Je soupir, sens le poids de Gauthier disparaître de mon bras. Mon cœur se serre, il aimerait lancer ses veines pulmonaires à travers l’espace et ficeler ce petit canon.

Déçu, je m’apprête à me redresser quand la masse de Gauthier revient se nicher contre mon bras.

- Normalement dans ce genre de film, il y a une scène à la fin ? lance-t-il.

Pas du tout…

Je souris, hoche la tête.

- Peut-être.

Est-il en train de faire durer le moment ? J’ai envie de le croire.

Je suis un vrai gamin !

Cette proximité est encore plus violente que lorsqu’on était dans le noir. Sa chaleur soulève en moi encore plus de désir. J’aimerais dire une sensation nouvelle, mélangée à une ancienne.

J’ai déjà eu envie de quelqu’un, mais à cet instant, avec lui, c’est plus que je n’ai vécu avant. C’est un tumulte passionné qui chante une litanie au fond de mes entrailles. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment, toutefois, l’impatience me donne une terrible envie d’attraper ses joues et d’emporter ses lèvres jusqu’aux miennes.

Je crois devenir fou.

Sérieux, je sens mon corps ruisseler…

- Ah ! Bah, il n’y en avait pas en fait. Tant pis, fait-il remarquer avant de se redresse et de me quitter.

En soi ce n’est pas plus mal, parce que me contrôler devient limite. Ça fait si longtemps que je ne me suis pas senti si bien avec une personne, si tenté par elle. À quel point Gauthier va-t-il me faire tomber amoureux de lui ?

Devrai-je courber l’échine, ramper au sol, me dissoudre à ses pieds ?

C’est violent cette sensation qui parcourt mon corps. Elle brûle. Elle irradie mon âme d’une passion inébranlable.

J’ai peur que les jours passent. Peur que je ne sache plus regarder autre part qu’à l’endroit où il se trouve. Peur de me perdre. Peur de souffrir, s’il est incapable de m’offrir le fruit de mon désire : lui.

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UnePasseMiroir
Posté le 22/05/2020
MAIS C'EST TROP MIGNOOOON ! Je me sens débile d'avoir rien d'autre à dire, mais les émotions de Léonys c'est tellement craquant <3 j'arrivais presque à me mettre à sa place tellement tu décris bien ce qu'il ressent, c'est juste magique ^^ les hormones sont on fire mes amis, et le pire c'est que Gautier a l'air réceptif !!
Bon, cette fin laisse un sentiment de frustration maximum pour tout le monde (aahh Gautier attend une "scène de fin hein ?"). Je plussoie totalement ce que dit HP, c'est adorable de les voir tourner l'un autre de l'autre comme ça, même si j'envie de les prendre par le crâne pour le bisouuuu !
_HP_
Posté le 22/05/2020
Hey !

Mais...mais... je pensais que la scène finale qu'attendait Gauthier, c'était... 👨‍❤️‍💋‍👨 😭
C'est intéressant de voir comment Léonys réagit, et pense, maintenant qu'il a accepté ses sentiments !
C'est juste adorable comment ils se "cherchent" tous les deux, ils sont vraiment trop mignooons !! <3
Hâte de continuer :p

"Il va falloir que je pense à arrêter de me causer tout seul…" → juste génial comme phrase xDD


• "J’arrive devant l’entrée avec une respiration haché et du feu" → hachée
• "Il doit être à l’intérieure." → intérieur
• "qu’il me regarde autrement que comme un ami nouvellement nait." → "nouvellement né", je pense ^^
• "Plus que la politique et les biographies, rie-t-il" → rit-il
• "Quels genres d’exercices sont professeurs de maintient lui apprenaient-ils" → ses professeurs / maintien
• "Je ne serais pas te dire le nom, sans qu’on se prenne un gros fou rire" → saurais
• "L’action jaillie sur l’écran, les sons pétardent dans tous les sens" → jaillit
• "est Gauthier qui pince sa lèvre inférieure, absorbée par le film" → absorbé
• "Peur de souffrir, s’il est incapable de m’offrir le fruit de mon désire" → désir
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