19 Août 12h20

Par Hylm
Notes de l’auteur : Présentation des premiers acteurs.

19 Août 12h20

« Pardon monsieur, est-ce que vous connaissez l’hôtel des deux soleils ? »

Interrompu dans sa pause de midi, le vieux marin grogne un instant puis indique avec sa pipe la montée et les palmiers un peu plus loin.

« C’est à droite une fois là-haut. Dites bonjour au gérant c’est un ami à moi. »

Retournant à sa pause entre rien et rien (c’est sympa la retraite), il observe le jeune homme qui vient de lui demander son chemin. Il est brun, cheveux courts, presque un mètre quatre-vingt, environ 25 ans, pas moche mais pas particulièrement beau non plus. Un gars banal quoi. Il est accompagné d’une jeune femme en robe rouge. Elle semble avoir le même âge que son compagnon et tient dans ses mains une carte. Elle fait un signe de la main en remerciement et sourit avant de repartir.

C’est sympa la retraite mais c’est un peu seul. Au moins y’a toujours les goélands à faire chier, pense-t-il avant de jeter un morceau de sardine au milieu d’une foule d’oiseaux.

 

Les personnes qui nous intéressent sont les deux honnêtes gens qui trottinent joyeusement vers leur futur logement. Ils paraissent heureux, et le sont sûrement, mais ils ne sont pas là pour se tourner les pouces, ils sont là pour le travail. Enfin, ils vont se tourner les pouces et bosser un peu entre deux promenades et bains de soleil. En y pensant, Sam se dit qu’il doit y avoir des emplois plus compliqués. Loin de culpabiliser, cela ne fait que lui faire apprécier d’avantage ses vacanc- son travail actuel.

« Quel sera mon job une fois là-bas ?

-Comme toujours, tu te mets dans un transat, tu regardes autour de toi et si j’ai besoin d’aide je te jette un truc pour attirer ton attention. »

La charmante demoiselle qui lui a répondu s’appelle Itès. Elle est son employeur et patron à vie. Ça peut sonner un peu tyrannique dit comme ça mais quand votre espérance de vie ne dépasse pas dix ans ça n’est pas si terrible. Après tout, beaucoup d’hommes honnêtes travaillent pendant plus de dix ans pour la même personne et on ne les plaint pas.

A eux deux, ils forment un duo d’honnêtes gens qui viennent dans le sud, discuter avec des partenaires en affaire (plus ou moins conscients de leur situation) avant de repartir avec plus d’argent qu’ils en avaient au début. Des personnes parfaitement respectables. Itès surveille la ligne des mafias locales, leur demande gentiment un peu d’argent et parfois elles acceptent. Une décision qui peut paraître surprenante de la part d’organisations criminelles, mais qui est souvent à leur avantage. 

 

Ils entrent gaiement en faisant s’ouvrir violemment les portes de l’hôtel. Le gérant, un petit homme rond et à la moustache très bien entretenue sursaute avant de rassembler les papiers qu’il vient d’éparpiller. Il remet ses lunettes en place et se dresse de toute sa hauteur, ce qui ne représente pas grand-chose.

« Vous êtes ?

-Nous avons réservé une chambre pour deux nuits ici.

-Très bien, puis-je avoir vos noms s’il vous plaît ? »

Il entend bien sûr ‘’nom d’usage’’, car des noms, ils en ont à la pelle. Sam n’étant même plus sûr de savoir lequel est le vrai. Et puis ce n’est pas comme s’il pouvait regarder sur sa carte d’identité, c’est lui qui l’y a écrit il y a une semaine. Juste après qu’Itès soit arrivée chez lui, ai pété la porte de sa chambre et son nez avec la crosse de son revolver pour le réveiller.

« C’est bien la chambre avec un lit double et la formule petit-déjeuner ?

-Tout à fait. »

Une bonne et une mauvaise nouvelle pour Sam. Il aura un petit-déjeuner mais le tapis comme matelas pour dormir. Mais bon, on ne peut pas tout avoir, il hausse les épaules et confie les valises à celui qui semble être le garçon de chambre.

« Quelle chambre tonton ?

-Celle de droite au premier étage, la 102, et s’il te plaît Mathéo…

-Oui tonton, je fais gaffe à ce que les valises soient fermées avant de monter les escaliers.

-Il n’y a rien de fragile dedans ne vous inquiétez pas. »

Sam est un menteur compulsif, en voilà un bon exemple. Il aurait pu dire ‘’attention, si tu le secoues trop tu risques de recevoir une balle de 9mm dans le derche’’ mais il avait menti. 

 

« Voilà vos clefs, le petit-déjeuner commence à 7h30 et on range tout à 9h30, la femme de ménage passe le matin entre 9 et 10 heures. »

Sam aurait pu lui dire ‘’ça fait beaucoup de temps pour laver une chambre aussi petite’’, mais ç’aurait été la vérité, c’est pourquoi il répond:

« Merci, je sens qu’on va passer un bon séjour ici. »

Itès appréciera à coup sûr, mais en la voyant étaler ses affaires sur le sol, il comprend qu’il n’aura pas le droit au tapis non plus.

 

Mathéo sort finalement de la pièce, et Itès son matériel de mise sur écoute. Composé de quatorze micros, une station pour recevoir le signal et en envoyer, elle prévoit très clairement d’aller préparer le terrain dans les autres chambres.

« Quelle est la suite du plan ?

-Rien de spécial. Va dans l'entrée et note les nouveaux arrivants.

-Pour les personnes déjà présentes ?

-Il n'y en a pas, j'ai vérifié le registre et surtout cet hôtel vient de rouvrir après une pause, on est les premiers arrivés.

-Ça marche chef. A tout à l'heure. »

Itès ne répond pas, elle est en train de ranger ses vêtements dans la seule armoire de la pièce. Sam sort, met l’étiquette ‘’ne pas déranger’’ et descend à l’accueil en attrapant un journal au passage.

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