18- Retour aux confidences

Notes de l’auteur : Bonne lecture !

Allongé sur une paille de sol, j’attends Léonys près de la haie de Clématite. Les rires de son grand-père et d’autres personnes me parviennent. Qu’est-ce qui les fait rire comme ça ?

Je me demande si « Nysi » est occupé. Le ciel est déjà noir, les étoiles scintillent, la lune observe la vie en contrebas, mais il ne vient toujours pas.

L’aurais-je froissé, tout à l’heure ? Je l’ai abandonné dans le rayonnage et ai rejoint Anabelle. Je m’en veux un peu. Toutefois, ma collègue avait passé un mauvais moment, moi aussi d’ailleurs. Je n’en reviens toujours pas d’être allé témoigner. Je me suis vraiment cru dans un film.

Enfin, c’est fini… Maintenant, je peux reprendre ma vie simple et sans souci… Si je puis le dire. 

            Des pas se font entendre sur le gravier, dans le jardin de mon voisin. Le voilà. Il effleure l’herbe, et murmure :

- Tu es là ?

J’ai la sensation d’un rendez-vous entre deux amants ou entre deux amis de dimensions différentes.

- Je suis là. Tu en as mis du temps. Il s’est passé quelque chose ?

- Rien de particulier. Je n’ai pas vu le temps passé.

- Tu faisais quoi ?

- Terminé un devoir, puis, je me suis mis à lire des textes que j’ai pris en bêta-lecture.

- Ils sont intéressants ?

Voilà que je redeviens bavard. Pourquoi est-ce que je le mitraille de questions ?

- Heu… Oui et non. Il y en a un sur les quatre qui me fait oublier le temps. C’est à cause de lui que je suis en retard.

Il marque une pause, je cherche une autre question à lui lancer, mais il me coupe l’herbe sous le pied.

- Tu as l’air plus réceptif que tout à l’heure, fait-il remarquer.

Alors, je l’ai vraiment vexé ? Ou un truc de ce genre…

- Elle avait quoi Anabelle ?

Tiens ? Il a vu que ça n’allait pas fort…

- Une histoire tirée d’un film, et pourtant si réelle.

- Explique, tu m’intéresses.

- Son ex a pété les plombs, il est venu chez elle. Un gars s’est battu avec lui. Je me suis dirigé avec elle à l’abri, puis les policiers sont intervenus. Enfin, un gros patacaisse.

- Et toi, ça va ?

Son inquiétude me saute dessus.

- Oui, je vais bien. Un peu émoussé, mais ça va.

- Tu es sûr ?

- Oui.

- Ok…

Il ne dit plus rien. Comme j’aimerais voir son visage pour observer ses expressions.

- On peut se voir, demande-t-il soudainement, comme s’il avait entendu ma pensée.

- Si tu veux. Le portique est ouvert. Viens.

Je n’ai pas la sensation d’inviter un inconnu chez moi, mais au contraire, un ami de toujours que j’aurais perdu à travers les âges et les époques.

Le grincement du portique me prévient de son arrivée. Il apparaît à la lueur de l’astre encore entier, pareil à une créature de beauté. Il se dirige vers moi, d’un pas nonchalant. Sa démarche est souple, élégante, masculine. Vêtu d’un simple short, il me laisse admirer son corps taillé dans une pierre dorée ainsi que ses muscles puissants et secs qui roulent sous sa peau.

Je sens subitement ma bouche se dessécher plus que d’habitude. Est-ce qu’elle est encore ouverte ?

Laissant parcourir mes yeux sur son corps, je me demande à quoi lui sert cette musculation si ce n’est pour briller plus sous la voie lactée. Le plus attrayant n’étant pas les méplats de son ventre finement sculptés, mais les creux et les plaines qui ondulent sur ses épaules, sur ses bras, son dos, mais le fait est qu’il ressemble à un léopard courbé sur le sol, prêt à attaquer.

Léonys s’installe près de moi, pas en face, mais sur le côté, comme s’il avait compris mon intention de le regarder un peu plus longtemps.

Je déporte mon regard sur son visage. Un voile d’inquiétude caresse son expression.

- Arrête de me regarder comme ça. Tu vas finir par me désorienter, souffle-t-il dans un fin ralliement.

Il sous-entend quelque chose. Je fais mine de ne pas comprendre et reporte mon attention sur l’herbe du jardin comme lorsqu’il était de l’autre versant de la haie.

 - C’est plus agréable ainsi… Je veux dire, c’est plus intéressant de parler en se voyant. Je ne sais jamais quelles expressions tu revêtes.

- N’en profite pas !

Il sourit joliment. Je pense qu’il ne le fait pas exprès d’être aussi craquant. Il sourit sans arrière-pensée, juste pour me gratifier du sentiment qui l’envahit. Pourtant, quand je croise à nouveau ses yeux noisette éclatés d’or, j’ai la sensation qu’un autre sentiment se juxtapose à celui-ci.

- Tu as commencé à le lire ? demande-t-il, sans que je ne comprenne.

- De quoi ?

- Le livre que tu avais dans les mains, hier ?

- Oh ! Pas vraiment. J’y ai pensé en rentrant du travail, mais je n’ai pas encore tourné une page.

- Je vois.

Il a l’air déçu. Ça le rend encore plus adorable. Est-ce que c’est normal d’avoir ce genre d’expressions ?

- Je dois avouer que j’étais un peu préoccupé. Mais je le commencerai au plutôt.

Il me fixe avec une telle intensité que je commence à me demander si ce n’est pas moi qui aurais dû me mettre dans la pénombre. Ce n’est pas l’air de la nuit qui me fait frissonner, mais bien Léonys avec ses yeux braqués sur moi. J’aimerais croire qu’il s’agit de ma différence qui l’intrigue, mais au fond, j’ai peur de déceler autre chose. Un sentiment plus complexe que je n’ai vu que dans les yeux de mes parents.

De l’affection ?

Non…

De l’admiration ?

Peut-être.

J’hésite à demander. Cependant, je me tais. Pas très envie de passer pour une andouille. Pourquoi un gars comme lui poserait un regard particulier sur moi ? Je me fais des idées à cause de l’atmosphère reposante et nocturne.

- Je compte aller au cinéma demain, ça te dit de mi accompagner ? J’ai une carte Duo, lance-t-il de but en blanc.

Il me drague ou bien, je me raconte des histoires ?

Je pense beaucoup trop.

Il essaie juste d’être gentil… Mais dans quel but ? Oh ! Pourquoi ai-je autant de mal à le cerner ? Ça m’agace. Je voudrais le disséquer pour qu’il ne soit plus un mystère pour moi.

Non ! Mauvaise idée. Ça reviendrait à le tuer. Qui désirait lui faire du mal ? Pas moi !

- Pourquoi pas. Je finis à 18 heures 30.

- Ok, la séance est à 19 heures 10. Le ciné est juste à côté de la place de la Liberté.

-Je sais, j’ai visité la ville ce week-end.

- Ah, vraiment ? Et ça t’as plu ?

- Plutôt. Surtout la crique, un peu plus loin que la plage du Mourillon. Ma mère a apprécié les rues commerçantes.

- Si tu as besoin d’un guide, appelle-moi. D’ailleurs ça me fait remarquer que je ne t’ai pas donné mon numéro. Donne-le-moi.

- Je n’ai pas de papier, ni de stylos.

- Je mémorise assez vite. Dis-le.

Je m’exécute. Répète trois fois mon numéro, jusqu’à ce Léonys me le récite sans faute.

Je confirme, ce garçon n’est pas humain.

- Je t’envoie un message dans la soirée.

J’acquise. Il me sourit, puis poursuit la conversation en me lançant sur un autre sujet.

- Parle-moi de toi, de ton enfance. Qu’est-ce qui te rends heureux ?

Aime-t-il surprendre les gens ? Ses questions vont droit au but. Elles paraissent dire : je veux vraiment te connaître sur le bout des doigts.

- Heu… Je … Ce qui me rend heureux ?

Je cherche quoi lui répondre.

- Les friandises, dis-je bêtement, en déclenchant son rire.

Les traits de son visage se plissent d’une façon qui me fait chavirer le cœur. Il va finir par me tuer. Comment ne pas le faire rire pour ne pas périr ? Ce garçon est un vrai soleil.  Ce qu’il me procure à l’instant est indescriptible. Je sens le feu monter à mes joues. Ah !!! Me voilà bien. Qu’est-ce qu’il va penser de moi, s’il le remarque ?

- Moi aussi ! J’aime les gâteaux, les bonbons… En fait, j’adore manger.

- Vraiment ? Je ne mange pas énormément. Mais j’aime bien le sucrer. Surtout les caramels.

- Au beurre salé… Ça déchire !

Pas autant que ton sourire !

Je me demande si tous les gens qui le regardent ressentent cette même envie qui brûle sous ma peau. J’ai une envie déraisonnable de lui sauter dessus et de lui faire un câlin. C’est complétement fou ! Surtout à mon âge… Mais y a-t-il un âge pour perdre la raison ?

- Quand j’étais petit ma grand-mère faisait des cheesecakes au caramel. Une tuerie, se confie-t-il.

Une tuerie, hein ? Un peu comme son visage…

- La mienne confectionnait des cookies aux éclats de noisettes. Mon grand-père cassait les coques, moi, je broyai les fruits dans le mortier, puis mamie mélangeait les morceaux à la pâte. À l’heure du goûter, j’avais un verre de chocolat chaud et trois cookies. Le reste était mis dans la boîte à biscuit, avoué-je.

Le temps d’une seconde, j’observe Léonys. Il en fait de même. Je ne comprends vraiment pas pourquoi il se sent attirait par moi ? Pourquoi l’intéresse-je tant ? Est-ce parce que je suis qui je suis ou bien, parce qu’il n’a jamais eu d’ami handicapé ? Ce ne serait pas étonnant. Certaines personnes peuvent être bizarres.

Décidément, je n’aime pas ce mot. En le prononçant, j’ai toujours le sentiment qu’il érige un mur entre moi et le monde. Pourtant, lorsqu’il n’occulte pas mes pensées, je me sens normal, libre, prêt à dévoiler celui qui est prisonnier de ce corps.

- Dis-moi d’autres trucs ! Genre tes vacances. Comment étaient-elles ? continu-t-il.

Il me mitraille de questions. Si curieux… Si étourdissant. Et beaucoup moins timide.

Ses lèvres larges et épaisses m’envoûtent. Que veulent-elles de moi ? Un baiser ?

Où, là ! Faut se réveiller mon gars ! Rêver de cette façon n’est pas bon pour la santé.

Je passe ma main sur mon visage.

- Il fait un peu chaud non ?

- Pas spécialement, quoique ?

Il étend ses longues jambes, frôle mon genou et s’invite plus près. Je ne bronche pas, tandis qu’il regarde dans la même direction que moi désormais. Je peux sentir la chaleur de son corps alors que nous ne nous touchons pas. Son odeur musquée parvient à mes narines. Entêtante. Fabuleuse.

Des flammes incendient mon âme. Une vapeur suffocante enveloppe mon corps. Ça devient dangereux de parler avec lui. Je me recroqueville. Léonys suit mon mouvement, il baisse la tête, tort son dos, son cou, afin de me regarder par le bas.

Je suis aux portes de l’évanouissement.

Sans trop savoir quoi faire, je décide de m’allonger et de fermer les yeux. La fraîcheur du sol diminue ma chaleur corporelle, le temps d’une seconde, car je sens la présence de Léonys juste au-dessus de moi. Il me regarde. Sa tête doit être juste en face de la mienne, car son souffle caresse mes lèvres. Il se passe quoi ?

- Alors, quel genre de souvenir de vacances as-tu ?

J’entends sa masse s’affaler à côté de moi. Son bras se colle au mien. C’est super agréable. Peut-être trop. De ma vie, c’est la première fois qu’un garçon…Non, qu’une personne me fait me sentir si mal et si bien à la fois.

- Banal. Des week-ends à la mer.

- Banal ? Et la Polynésie ?

Tiens ? Je lui en ai parlé ?

Mes yeux se rouvrent sur le ciel à peine étoilé.

- Oui, c’est vrai. Mais c’était une exception. En général, on allait au Portugal, en Espagne ou en Italie. Puis il y avait les vacances chez papy et mamie. On restait dans le village. Ils m’apprenaient plein de trucs : pêche, à reconnaître la végétation, la danse… Enfin, je ne m’ennuyai pas. Et toi ?

Il se rapproche, se place sur le flanc, son genou vient se coller au tissu de mon pantalon de nuit.

- Je ne suis pas souvent partie en vacances. Mes parents sont des bourreaux de travails.

- C’est pour ça que tu as atterri ici ?

-Dans un sens.

Quel genre de lien entretient-il avec ses parents ?

Je finis par imiter sa position et lui fais face. N’importe qui nous interromprait se demanderait si nous ne sommes pas amants.

Je n’ai jamais vu un homme comme un potentiel partenaire. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me questionner sur la texture de ses lèvres. C’est déroutant, mais tellement fascinant. Léonys, que cherches tu, en me séduisant ? Car c’est ce que tu fais.

J’ai oublié d’être stupide.

On m’a déjà séduit… Et pas pour les bonnes raisons.

Dois-je me méfier ?

Je n’en ai pas envie. Mais…

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UnePasseMiroir
Posté le 21/05/2020
Même réaction qu’HP en finissant le chapitre : et le bisou bordel ?! tant pis, ça attendra encore un peu… surtout que si Gauthier se met à trop réfléchir ça risque de mal se passer U.U

Ce chapitreee !!! C’est beaucoup trop mignon (et marrant… voir Gauthier galérer comme ça c’est vraiment jouissif, et non je ne suis pas sadique bien sûr ^^)

« Je voudrais le disséquer pour qu’il ne soit plus un mystère pour moi.
Non ! Mauvaise idée. Ça reviendrait à le tuer. » Merci Gauthier, on voit que ton cerveau tourne au ralenti quand Léonys est dans le secteur XDD

Donc il est vraiment en train de comparer Léonys à de la bouffe ? cherche pas plus loin Gauthier t’es amoureux point XDD

« - Il fait un peu chaud non ? » Il s’enfonce un peu plus à chaque ligne… c’est désespérant XD

Maintenant j’ai besoin du point de vue de Léonys là-dessus ! C’est vital !
NM Lysias
Posté le 21/05/2020
Il n'y aura pas de point de vu de Léo... On passe direct au cinéma
_HP_
Posté le 21/05/2020
Mais...Mais...et le bisou ???? 🥺😢

Ils sont teeeeeellement adorables !! 😍
J'aime beaucoup, on apprend à les connaitre en même temps qu'ils apprennent à se connaitre, c'est super intéressant !
Hâte de lire la suite <3

• "Rien de particulier. Je n’ai pas vu le temps passé." → passer
• "Mais je le commencerai au plutôt" → plus tôt
• "aller au cinéma demain, ça te dit de mi accompagner" → m'y accompagner
• "Qui désirait lui faire du mal ?" → désirerait
• "Et ça t’as plu ?" → t'a
• "Qu’est-ce qui te rends heureux ?" → rend
• "Mais j’aime bien le sucrer." → sucré
• "moi, je broyai les fruits dans le mortier" → broyais
• "comprends vraiment pas pourquoi il se sent attirait par moi" → attiré
• "Pourquoi l’intéresse-je tant ?" → l'intéressé-je
• "Comment étaient-elles ? continu-t-il." → continue-t-il
• "Enfin, je ne m’ennuyai pas." → m'ennuyais
• "partie en vacances. Mes parents sont des bourreaux de travails" → parti / travail
NM Lysias
Posté le 21/05/2020
Le bisou viendra plus tard.
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