18. Duo de sabre

Par Lydasa.

Quand l’eau a commencé à s’engouffrer dans la cale, j’ai vraiment cru que ma dernière heure était venue. L’eau a recouvert ma tête de plus en plus vite, jusqu’à ce que je sente que mon air me manquait. Puis il est arrivé, de nulle part, mon sauveur, mon capitaine pirate. Il est venu me sortir d’ici, même étant blessé il a tout fait pour me sortir d’ici. Je n’ai pas pu me retenir de l’embrasser malgré la situation dramatique. Le Navire était en train de se remplir d’eau. C’est la voix de Marvine qui nous sort de notre bulle.

 

— Hey vous baiserez plus tard, faut qu’on se casse de cette barque percée, balance-t-il en ricanant.

 

Nous ne nous faisons pas prier, remontant jusque sur le pont, je remarque le massacre de boyau et de je ne sais quoi au passage. J’attrape un sabre tombé au sol et j’ai le droit à un regard noir.

 

— Tu ne vas pas te battre, me gronde Samuel.

— Je pense que je suis plus valide que toi avec ta hanche de bois, répliquais-je.

 

Je sais me battre et je compte bien lui montrer en faisant ma part de la bataille. Il est venu me sauver, mais je veux lui prouver que je ne suis pas simplement une princesse en détresse. Au moment où nous arrivons sur le pont, trois hommes nous sautent dessus, je me lance en avant, désarmant sans mal mon adversaire. Je pivote sur moi-même et lui entaille le ventre assez pour qu’il tombe au sol en couinant de douleur. C’est un véritable champ de bataille sur le pont, il y a des corps partout, des blessés et des combats acharnés.

 

Je me retrouve dos à dos avec Samuel, me battant en le couvrant par l’arrière et lui de même. Je le sens faiblir et sans le vouloir il s’appuie contre moi. On se bat sans relâche essayant de regagner le tribord du navire et remonter sur le Faucheur. Sauf que devant nous se plantent Liath et son regard de monstre. Ses yeux bleus ne m’inspirent plus de la fascination, mais un dégout profond. Je me mets à grimacer, ce qu’il m’a fait subir la veille me tourne en boucle.

 

Cet enfoiré m’a torturé, me fourrant la bouche avec un chiffon pour que mes hurlements ne se fassent pas entendre. Il a voulu me soustraire des informations, et malgré les fausses que je lui donnais il n’arrêtait pas. Il m’a arraché les ongles, avant de me plonger la tête dans l’eau jusqu’à ce que je m’étouffe. Il a recouvert mes plais de sel, avant de finalement utiliser une lame chauffée à blanc pour cautériser celle-ci. Samuel ne les a par remarqué, il n’a pas vu mon dos ni mes mains. Cet enfoiré a fini par lâcher qu’il me torturait par pur plaisir et rien d’autre. Il m’a laissé inconscient dans la cale, et je me suis éveillé quand j’ai entendu les canons.

 

Je me jette sur lui, il m’esquive et me bouscule. Je viens heurter un des hommes de son équipage qui m’attrape à la gorge avec son bras. J’ai le réflexe de plonger mon sabre dans sa cuisse, ce qui le fait lâcher prise. Samuel est sabre contre sabre avec Liath qui le regarde avec une telle haine. Je me rue à nouveau sur lui, il repousse Samuel pour me bloquer, mais mon capitaine recommence son attaque. Malgré son corps massif, il esquive parfaitement nos attaques alors que nous sommes à deux sur lui. Si Samuel n’était pas blessé, je suis sûr que le combat serait fini depuis longtemps.

 

— Liath, avoue ta défaite, hurle Samuel. Ton navire est en train de coule et les seuls morts qui jonche ton navire sont tes hommes.

 

Je vois le visage de Liath se décomposer, il se crispe, une fraction de seconde avant de reculer d’un pas. Je profite de ce moment, de cette brève seconde. Je balance mon bras et d’un coup sec, la tête de Liath roule sur le sol. Son sang a giclé sur mon visage déformé par la colère. J’attrape celle-ci par les cheveux et la tends à bout de bras.

 

— Baissez les armes, votre capitaine est mort, hurlais-je.

 

Je vois le combat cessé immédiatement et les anciens hommes le Liath jetèrent leur sabre au sol avant de se mettre un genou à terre. Je donne alors la tête à Samuel avec un sourire en coin.

 

— Tu me montreras comment on colle des diamants sur un crâne.

 

Il explose de rire, avant de l’attraper par les cheveux et de se tourner vers ses hommes, donnant l’ordre de regagner le navire en les laissant là. Une fois sur le Faucheur nous coupons les cordages de grappin, libérant ainsi les deux navires qui se séparer sans aucun mal. Samuel reprend sa place à ma barre, la tête toujours dans sa main, à ce moment-là un perroquet vient se poser sur son épaule. Je viens me placer à côté de lui regardant les hommes sur le pont. Ils ont tous combattu pour moi, pour me libérer. Il n’y a eu aucun mort de notre côté, mais quelque blessé tout de même.

 

— Tu les laisses avec leur navire ? Libre et vivant, demandais-je timidement.

— Oui, ils sont en train de couler alors peu importe, s’ils s’en sortent t’en mieux pour eux, mais l’île la plus proche c’est celle du dragon.

 

Il se tourne vers moi, me faisant un de ses plus beaux sourires, avant de s’écrouler dans mes bras. Conrad se précipite sur nous pour voir ce qu’il a. Il est blessé au niveau des côtes et semble avoir perdu pas mal de sang. Il m’aide à le porter jusqu’à sa cabine, je vois Elias et Grégoire débouler eux aussi, me prenant dans leur bras.

 

— Tu es vivant mon dieu… murmure Grégoire.

— Oui, et… vous faite vraiment partir de l’équipage ?

— Oui, le capitaine est blessé ?

 

Conrad est à s’afférer alors que je me sens totalement impuissant. Je n’ai aucune connaissance en médecine. Elias attrape alors les affaires que tenait le second, lui souriant doucement.

 

— Laisse-moi faire Conrad, je vais le soigner, occupe-toi de diriger le navire sur le continent nous aurons besoin de médicament.

 

Conrad lui fait alors un sourire fatigué, lui abandonnant le sort du capitaine. Elias tel un petit chef, commence à nous donner des directives. Nous devons faire bouillir de l’eau et laver des linges pour pouvoir lui nettoyer ses plais. Il commence à prendre une bouteille de rhum, et même si elle semble très chère en déverser un peu sur la blessure. Samuel se réveille immédiatement à cause de la brulure. Nous regardant avec des yeux paniquer avant de voir la bouteille d’alcool.

 

— Putain pas ce rhum bon dieu, il est plus vieux que nous ! Grogne-t-il dans sa barbe juste avant de tourner à nouveau de l’œil.

— C’est bien un pirate, affirme Grégoire en gloussant.

 

Je me mets à ricaner nerveusement, malgré la tragédie du moment, cette réflexion reste drôle. Nous apportons le linge bouilli à Elias si nettoie parfaitement la plais. Avant de s’engager, il s’est formé auprès de son père qui était médecin. Ses qualités ont tout de suite plus au formateur, avoir un soldat qui sait prodiguer les premiers soins est toujours très intéressant. Mon capitaine se retrouve alors bander et soigner. Elias se lève avant de nous regarder avec un grand sourire.

 

— Bon je vais aider à soigner sur le pont, Grégoire laisse donc Raphaël se reposé aussi. Tu as besoin que je te soigne avant ? Me demande Elias.

 

Il m’attrape alors les mains, fronçant des sourcils en voyant l’état de celle-ci. Malheureusement il ne peut pas faire grand-chose. Il me les enroule dans des bandages tout de même avant de me demander de retirer la veste pour voir si j’ai d’autres blessures.

 

— Elles sont dans le même état, Liath me les a infligés avant de mes les cautérisé. Donc… Il n’y a rien à soigner.

 

Il fait alors une grimace de colère, il ne pourra pas botter les fesses de Liath, à moins qu’il ne joue au foot avec sa tête, c’est trop tard pour se venger, je l’ai déjà fait moi-même. Ils finissent par me laisser seul avec mon capitaine. Je retire la veste trempée avant d’enfiler quelque chose de plus sec et chaud. Je fais de même avec Samuel. J’en profite pour passer un linge sur sa peau pour le laver un peu et retirer le sang qui commence à devenir poisseux. Je rêverais d’un bain, mais je pense que je devrais attendre qu’il se réveille au moins. Je finis par me glisser sur son flanc, le prenant dans mes bras et nous recouvrant de la couette. J’ai envie de dormir, je n’en peux plus, Liath m’a tenu éveillé toute la nuit avec la douleur. J’ai envie de me laisser aller.

 

Quand je me réveil, il fait à nouveau jour. Marvine, bandez à pas mal d’endroits, frappe et entre pour nous donner le petit déjeuner. Mais Samuel semble vraiment mal en point, il est transpirant et a de la fière.

 

— Ne t’inquiète pas, nous sommes à quelque heure du continent, me rassure Marvine.

 

Je n’ai pas à m’inquiéter, Samuel est fort, il s’en sortira. Je bois mon thé et dévore mon petit déjeuner sans aucun problème. Je finis par sortir de la cabine, il fait un temps magnifique et le soleil me réchauffe en quelque seconde. Je vois tout le monde s’affairer à tenir le navire malgré les quelque dégas. Ils sont même en train de réparer ce qu’ils peuvent. Je monte au côté de Conrad et Elias qui se trouve à la barre.

 

— Comment va Samuel ? me demande immédiatement Conrad.

— Il a de la fièvre, je pense que ça plais s’est quand même infecté, il va falloir qu’on fasse monter un médecin dès qu’on accoste sur le continent.

— Oui, le vieux Roberto en a besoin aussi, il est dans un sale état lui aussi.

— J’aimerais… dire quelque chose à l’équipage, demandai-je timidement.

 

Conrad me fait un grand sourire avant d’interpeler tout le monde sui se tourne vers moi, me faisant rougir de timidité.

 

— Je voulais… tous vous remercier de m’avoir sauvé. Merci du fond du cœur.

 

J’ai le droit à des ricanements, des derien et des « on recommencera si jamais tu te fais à nouveau enlever ». Un sourire étire mes lèvres j’ai se petit pincement au cœur, celui du plaisir. Celui de me sentir comme chez moi, accepter par tous. En me tournant vers Conrad il lève un pouce en l’aire avec un grand sourire. On entend alors un homme hurler que la terre est en vue, le second déploie sa longue vue et se met à sourire. Cette pause sur le continent pour réparer les dégâts de la bataille ne fera de mal à personne.

 

Je regagne la cabine pour me mettre au chevet de Samuel, qui dort paisiblement, lui épongeant le front avec un linge humide. Au bout de quelque heure, je sens que le navire tourne légèrement et ralentit petit à petit. En regardant par la fenêtre je vois que nous sommes arrivés à quais et que des hommes sont en train d’accosté le bateau. Conrad passe la tête pas la porte de la cabine.

 

— Je cours chercher des médecins, reste ici à le surveiller d’accord ? J’y vais avec Elias, Grégoire est à filer à un coup de main pour réparer le mât.

 

Il me laisse à nouveau seul. Je trouve qu’il est souvent fourré avec Elias, enfin depuis l’attaque je les ai quasiment toujours vus ensemble. Il y a aussi la façon dont mon ami lui a parlé l’autre fois, un peu trop douce. Je me frotte le menton, j’ai l’impression que quelque chose se passe entre eux deux, à moins que je ne me fasse des histoires. Cela ne me dérangerait aucunement, au contraire, si Elias peut passer à autre chose. C’est vrai que tous les deux iraient très bien ensemble. Ils ont presque le même caractère, discret, mais observateur et réfléchi.

 

Le médecin entre enfin dans la cabine, je lui laisse ma place pour qu’il puisse observer Samuel. Il lui nettoie parfaitement la plais, faisant des points et de le bander, avant de lui faire une injection de je ne sais quoi. Il nous laisser une fiole contenant des petits cachets.

 

— Avec ça il devrait être sur pied dans peu de temps, il a juste eu une infection. La plais a bien été nettoyé avant, mais s’il a été au contact avec l’eau de mer, c’est un nid a bactérie et faudra nettoyer régulièrement. Bon il est ou l’autre blessé ?

 

Il sort de la cabine sans donner plus de détail. Il n’est pas vraiment aimable ce médecin, comme si venir nous soigner le dérangeait. Je n’en tiens pas rigueur, Samuel va aller mieux et c’est tout ce qui compte pour moi après tout. Je lui caresse doucement la joue un sourire aux lèvres.

 

Ce n’est que le lendemain qu’il ouvre enfin les yeux, pendant tout ce temps je suis resté auprès de lui. Prenant l’air juste quelque seconde avant de regagner ses côtés. Les rôles étaient inversés, quand j’étais malade c’était lui qui s’occupait de moi. Je n’étais pas intentionné a lui, je lisais un livre, bien installé dans les coussins à côté de lui. Ce livre parlait de cette fameuse légende du Trésor de l’Océan.

 

— Tu sais lire, murmure une voix à côté de moi.

 

Je sursaute, regardant Samuel qui me sourit amuser par ma réaction. Je me penche sur lui et l’embrasse amoureusement avant de me redresser.

 

— Oui je sais lire, ma mère m’a appris quand j’étais tout petit. Pour elle c’était important de savoir lire, je me suis permis, ta bibliothèque est immense.

— Tu peux tous les lire si tu veux.

— J’en ai pour des mois avec tout ça, gloussais-je.

 

Il tente de se redresser, mais je suis obligé de l’aider. Marvine arrive juste à ce moment-là, comme si cet homme avait un sixième sens pour savoir quand les gens se réveillent.

 

— Capitaine, comment te sens-tu ? demande-t-il avec un grand sourire.

— Bien merci… tu as les yeux rouges dis donc Marvine…

 

Effectivement le cuistot a les yeux rouges, comme s’il avait beaucoup pleuré. Il pose un bol de soupe de légume pour Samuel et pour moi sur la petite table.

 

— Oui… les oignons…

 

Il s’en va rapidement sans donner plus de détails. Juste les oignons. Je vois Samuel froncer des sourcils, il tente de se relever, mais je le fusille du regard, l’obligeant à rester allonger.

 

— Repose-toi ! On est accosté à quais sur le continent, alors profite pour te reposer, grondais-je.

— Mais… le comportement de Marvine est bizarre… et on est accosté où ?

 

Je lâche un soupire prenant le bol de soupe pour lui apporter. Étrangement il n’y a aucune odeur d’oignon dans cette soupe.

 

— Je vais aller me renseigner d’accord ? Mange et ne bouge pas, je crois que le médecin ta fait des points de suture sur ta blessure, alors ne les craque pas.

— Merci… je t’aime, murmure-t-il.

 

Je ne peux retenir un sourire, avant de lui voler un baiser et de quitter la cabine pour mener l’enquête. Quand j’arrive sur le pont je remarque quelque chose, le silence, tout le monde a la tête basse. Mais surtout tout le monde est là, personne ne semble être descendu sur le continent. Je regarde si je vois des drapeaux, nous sommes en Irlande, surement les terres les plus proches. Je m’approche de Conrad, Elias lui frotte doucement le dos.

 

— Samuel est réveillé, dis-je.

 

Conrad relève les yeux tremblants vers moi, se mordant la lèvre et secouant la tête.

 

— Je ne peux pas aller le voir tout de suite, couine-t-il.

 

Je fronce des sourcils, ne comprenant pas pourquoi il est dans cet état-là. Puis je comprends quand deux hommes sortent d’une cabine avec une grande caisse de bois. J’ai la gorge qui se serre, Conrad m’avait dit que le vieux Roberto n’allait pas bien lui aussi et le médecin est allé le voir. Elias s’approche de moi.

 

— Il est mort dans la nuit, pendant la bataille il a eu la jambe de couper et… il est mort à cause de l’hémorragie. Pourtant il a tenu bon jusqu’à hier soir, me dit-il d’une voix basse.

 

J’inspire un bon coup, il va falloir que je le dise à Samuel, il va forcément vouloir sortir de la cabine pour aller le voir. Avoir des explications, c’était un membre de son équipage après tout. Il s’est battu pour me sauver, j’ai une larme qui coule sur ma joue.

 

— Elias… vient avec moi, il faut… qu’on le dise à Samuel. Il va vouloir sortir pour le vérifier c’est gros comme une maison.

— Ouais.

 

Nous retournant à la cabine où le capitaine nous regarde étrangement tous les deux. Je m’assois sur le bord du lit et attrape la main de Samuel. Je n’ai pas à le ménager, il doit savoir.

 

— Roberto… est décédé. Lors de la bataille, il a perdu une jambe, il est mort dans la nuit… murmurais-je.

 

Je vois les yeux de Samuel s’embrumer de larme et comme je l’avais prédit, il tente de se lever. On se met alors tous les deux à l’aider pour qu’il se lève, sa hanche semble le faire souffrir pas mal. On arrive sur le pont, s’approchant de cette grande boite de bois. Il pose sa main sur celle-ci, les yeux toujours embrumés de larme.

 

— Merci, Roberto, dit-il assez fort pour que toutes les têtes se relèvent vers lui. Merci d’avoir été fidèle au Faucheur sombre, d’avoir combattu pour son étendard. Merci, mon ami, mon frère, de m’avoir aidé dans cette lutte. Jamais nous ne t’oublierons. Nous allons tenir notre dernière parole. Nous t’amenons sur l’île du crâne, auprès de ta femme.

 

Quand il relève les yeux, tout son équipage est debout, la main sur le cœur. Notre prochain voyage sera celui de respecter la dernière volonté de Roberto. Celui-ci avait une femme du nom de Maria, elle est morte de la tuberculose et a été enterrée sur l’île du crâne, Roberto a toujours voulu retourner à ses côtés après la mort.

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