17 - Paniquer

Par Seja

Maxime jette un coup d’oeil à sa montre, se lève, fait quelques pas dans l’appartement, s’approche de la fenêtre. Nerveux, il se rassoit.

Plusieurs fois.

Quand enfin, il entend les clefs tourner dans la serrure, il se précipite vers la porte.

—  Déjà rentré ?

Anna a l’air surprise de le trouver là, surprise de voir de l’inquiétude sur son visage. Elle se débarrasse de son manteau, de ses bottes, le fixe comme si elle attendait une réponse.

—  Qu’est-ce qu’il y a ?

Son ton est bien trop léger, comme si elle ne comprenait pas.

—  Le couvre-feu est tombé depuis au moins trois heures, Anna.

—  J’étais chez ma mère, dit-elle en passant dans le séjour. Pas vu le temps passer.

Elle s’assoit sur le canapé, grimace. Il sait que ces derniers jours, elle ne se sent pas au mieux. Raison de plus pour ne pas déambuler dehors aussi tard. Il fait taire ces pensées, il est plus soulagé qu’en colère.

—  Tu sais que c’est dangereux dehors, dit-il en s’asseyant à côté d’elle. S’il t’arrivait quelque chose… à toi et au bébé…

Elle plisse les yeux et lui adresse un sourire rempli de douceur.

—  Les soldats patrouillent, non ? Que veux-tu qu’il m’arrive ?

—  Les terroristes pourraient tenter quelque chose.

—  Les terroristes ? Il y a une menace en ce moment ?

Il se mord l’intérieur de la joue. Il n’a pas le droit de divulguer ce genre d’informations, à personne. Même pas à sa femme. Mais elle a besoin d’être plus prudente.

—  Je sais me défendre, dit-elle.

Et il entend dans son ton qu’elle n’a vraiment pas peur. Quelque part, c’est rassurant. Elle était une soldate avant et il sait qu’elle a toujours un pistolet sur elle. Mais elle n’est pas toute seule et il a peur d’imaginer ce qui se passerait si elle tombait sur un de ces terroristes. Il verrait une cible bien trop facile dans une femme enceinte.

—  Arrête de t’inquiéter.

Elle lui passe la main sur la joue, sourit.

—  J’ai croisé vraiment personne en rentrant. Tu te fais du mouron pour rien.

Il hoche la tête.

—  Je suis désolé, dit-il. C’est juste avec toutes ces dernières arrestations… Ces gens sont prêts à aller jusqu’au bout de leurs idées, Anna.

Elle détourne un peu les yeux. Il prend ça pour de l’inquiétude.

—  Vous les avez arrêtés, dit-elle. Il n’y a plus vraiment de menace, pas vrai ?

Il voudrait bien répondre par l’affirmative. Mais il ne sait pas combien sont encore en liberté. En général, ils quittent les villes. Mais peut-être que quelques uns se cachent ici, quelque part. Peut-être qu’ils préparent leur coup.

—  Pas que je sache, dit Maxime. T’as raison, ajoute-t-il. C’est juste moi qui me fais des idées.

Elle sourit plus franchement, se blottit contre lui. Il entend sa respiration paisible et il sent son propre coeur revenir à un rythme normal.

Parce que le fait est qu’il a peur. Constamment. Il a peur pour elle, pour leur enfant. Il a peur du monde dans lequel il va devoir grandir. Un monde où les terroristes peuvent se faire exploser en plein milieu d’une foule. Un monde où les gens vivent dans la terreur.

Alors, il fait ce qu’il a à faire. Il les arrête, il essaie de les faire parler.

Ces derniers jours, ils en ont eu beaucoup. On leur a donné plus de moyens, d’hommes. Et on leur a donné un ordre, les trouver tous. On ne veut apparemment pas que cette menace soit encore là pour les célébrations. Un an depuis l’installation du nouveau régime. Déjà un an.

Il resserre les bras autour d’Anna. Il veut tellement que leur monde redevienne tranquille.

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Jupsy
Posté le 18/04/2020
Honnêtement, je pense que Maxime a raison de s'inquiéter. Par contre, je crois qu'il se trompe d'inquiétude. Il devrait se soucier des fréquentations de sa femme sauf qu'apparemment c'est un homme puisqu'il n'a pas l'air de les contrôler. Peut-être va-t-il le regretter ensuite ? Ou alors, il va se dire... Mouais, j'ai un doute. Il a l'air convaincu d'être dans le bon camp...

Mais qu'est-ce que le bon camp ? Pourquoi doit-on en choisir un ? Ne pourrait-on pas apprendre à se parler, à se comprendre au lieu de se taper sur la figure et tuer des innocents ?

Ah la la... mais ici le pire, c'est que l'ennemi est aussi la mère de son enfant. Je savais que y aurait un truc avec le bébé, mais je pensais pas que tu irais aussi loin (si)...

Cette histoire va tellement mal finir... dire que j'aurais pu lire une histoire de crapaud.
Dédé
Posté le 25/09/2019
J'ai vu qu'Elga avait vu venir pour Anna/Maxime. Et bien pas moi ! Quelle surprise ! C'est juste hyper intéressant de les voir dans des camps opposés. Ce peut être le pivot de ton histoire, où Maxime peut rejoindre les résistants/terroristes pour sauver Anna et son enfant à naitre.

Ce twist (pour moi, c'est un twist) relance davantage l'histoire et j'ai vraiment hâte de voir comment ça peut évoluer. C'est que je vais commencer par être en manque de chapitres… J'ai peur…

A très vite !
Seja Administratrice
Posté le 18/04/2020
Yay, j'ai réussi un twist \o/ Haha, oui, les chapitres commencent à se faire rares à ce niveau x)
Elga
Posté le 02/09/2019
Super, j'adore la façon dont tu tisse ce réseau. J'avais vu le coup venir avec Maxime et Anna, mais ça n'enlève rien du tout au plaisir de lecture, au contraire, ce lien est très riche et te permet de bien flouter les frontières bons méchants. Et là, tu vois, je crois plus en Maxime qu'en Johanna, justement parce qu'il a quelque chose ou plutôt quelqu'un à défendre, son bébé à venir. Disons que ça n'excuse pas son adhésion à une politique didictatoriale mais on y trouve là presque une circonstance atténuante.
Seja Administratrice
Posté le 03/09/2019
J'aime beaucoup tricoter des histoires avec des chapitres qui partent dans tous les sens. NE ME JUGE PAS ♥ Je note pour cette pauvre Joanna xD Je sais pas encore si je reviendrai vers elle, mais si je le fais, je vais essayer de l'arranger un peu, la pauvre x)
Eh, les pires horreurs partout souvent de bonnes intentions x)
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