16 - Un deuxième

Notes de l’auteur : TW : meurtre, drogue et viol

Juillet 2019

Ile d'Aurora Skies, New York.

Liza Sanders Denison fit une erreur.

Le genre d'erreur qui vous coûte la vie.

Elle n'aurait pas dû partir toute seule.

Elle venait de quitter son stupide mari qui flirtait avec cette garce de standardiste. Dès lundi, cette petite conne sera virée séance tenante. Liza marchait vite vers le parking, en direction de sa voiture, les larmes coulaient sur ses joues, massacrant son maquillage. Elle tanguait sur ses Manolo Blahnik, sa mini-jupe remontait à chaque pas sur ses cuisses, dévoilant la naissance de ses fesses. Elle n'aurait pas dû s'autoriser ce dernier rail de coke, cela ne lui réussissait pas, elle était raide défoncée. Elle traversa la forêt, derrière elle la fête battait son plein et le feu d'artifice du quatre juillet explosait au-dessus de sa tête, illuminant le ciel de ses couleurs chatoyantes. Mais, elle s'en foutait. Cœur brouillé, Liza voulait fuir, loin, repartir chez elle en Australie. Elle allait demander le divorce et basta ! Adieu couille molle !

Il était tard, presque trois heures du matin, le soleil s'était déjà couché depuis longtemps et de gros nuages oblitéraient les étoiles. Le parking était à peine éclairé parce que trois des cinq lampadaires étaient hors service et que la mairie ne s'était toujours pas occupée de les remplacer. Il y avait peu de voitures, la plupart des insulaires étaient venus à pied. Liza descendit les quelques marches de béton, ses talons claquaient sonores dans la nuit silencieuse. Au loin, la fête n'était qu'un brouhaha indistinct. Elle chercha de son regard fardé sa Porsche, reniflant, essuyant ses yeux d'une main qui étala son mascara lui donnant l'air d'un panda. Mais, ne la trouva pas.

Putain ! Je suis venu avec la caisse de Rob ! Eh bien, il rentrera avec sa pute ce gros porc !!

Sur le pavage fendillé, elle ralentit le pas. Un véhicule utilitaire de couleur sombre était garé près de sa Lamborghini, côté conducteur. Il n'y était pas tout à l'heure et un début de malaise s'insinua en elle. Liza se mordit la lèvre tandis qu'elle se rapprochait, scrutant l'intérieur obscur de la camionnette. Elle ne vit personne au volant. Une horrible idée traversa son cerveau anesthésié par la drogue. Et si quelqu'un se cachait à l'arrière ? Elle repoussa immédiatement cette pensée. Même avec tout ce qui se passait en ce moment à propos du Boucher à la rose, elle était paranoïaque. Ce n'était qu'une camionnette, et tout le monde était à cran.

— Arrête de faire l'idiote, se dit-elle en se faufilant entre le camion et la voiture.

Devant sa portière, Liza fit glisser sa minuscule pochette devant elle et ouvrit la fermeture Éclair de la poche intérieure pour y prendre ses clés. Et alors elle l'entendit. Le crissement feutré d'une portière qui coulissait derrière elle, métal contre métal, et le temps parut s'arrêter. Elle effleura ses clés du bout des doigts en se tournant sur le côté. Une odeur étrange l'enveloppa et elle ouvrit la bouche pour respirer, mais Liza n'en avait pas eu le temps. Une main rugueuse se plaqua sur ses lèvres glosées de rose. Elle fut tirée en arrière et la peur lui raidit l'échine. Un second bras la ceintura, immobilisant sa main droite. L'étrange odeur amère était partout, s'infiltra dans ses narines et dans sa gorge, et elle s'apprêta à hurler tandis que son cœur se contracta douloureusement dans sa poitrine. Elle leva les jambes pour se débattre, mais c'était trop tard.

Trop tard.

— Laisse-toi faire, lui murmura-t-il à l'oreille. N'essaie pas de me résister. Elle me dit de le faire.

Liza sentit son corps se détendre, le noir l'emporter. Dans un sursaut de son inconscience, elle réalisa qu'elle allait mourir sans avoir pardonné à son mari.

Rob.

Liza se réveilla lentement. Elle avait l'impression d'avoir dormi pendant des jours et il lui fallut du temps pour ouvrir les yeux. La pièce était sombre, si sombre qu'elle ne voyait rien. Pas même à un centimètre devant elle. Elle avait une sensation de papier de verre dans la gorge et un terrible mal de tête. Liza était complètement désorientée. Elle avait froid, trop froid. Elle sentit un courant d'air sur sa peau, sa peau nue. Où était-elle ? Elle essaya de s'asseoir, mais ses bras et ses jambes ne lui obéissaient pas. Son cœur battit plus fort quand elle essaya encore et elle se rendit compte que quelque chose la retenait sur un matelas. Là, elle comprit. La vision de Rob entre trains de baiser avec cette petite peste. Le triste trajet jusqu'à sa voiture. La camionnette. Le bruit de la portière qui coulissait... La panique explosa, lui étreignant la poitrine et la gorge. Elle se débâtit avec les liens. Quelque chose de métallique fit un bruit de ferraille. La douleur lui transperça les poignets et les chevilles, mais elle s'en fichait. Il fallait qu'elle sorte d'ici. Il fallait qu'elle trouve un moyen...

— Tu es réveillée.

Une voix sortit de l'obscurité.

— Je commençais à m'inquiéter.

Elle cessa de respirer, scrutant le néant qui l'entourait. Liza tendit l'oreille quand elle perçut un léger mouvement. Des pas sur un plancher métallique. Ses yeux s'écarquillèrent et son cœur s'affola. Elle était enfermée dans la camionnette. Une main toucha sa joue et elle poussa un hurlement, Liza essaya de reculer, mais elle ne pouvait pas. Son dos heurta violemment la carlingue du véhicule.

Oh non. Non, non, non.

— Ne te débats pas, ordonne-t-il. Je ne veux pas qu'on se dispute. Tout sauf ça. La voix ne veut pas. Elle veut juste que je joue avec toi.

La peur planta ses griffes à l'intérieur de son ventre, la paralysa, et elle ne parvenait qu'à hoqueter un mot d'une voix rauque :

— Pitié.

La main plongea dans ses cheveux, étrangement douce. Approbatrice.

— Là, ma promise. On va jouer tous les deux. Tu ne peux pas fuir. Accepte ton destin. La voix te libéra.

D'une main ferme, il la retourna et se laissa tomber sur elle. Elle hurla de toutes ses forces. Un morceau de tissu crasseux fut placé dans sa bouche. Ses doigts s'enfoncèrent douloureusement dans sa gorge. Elle se débattit et lui griffa les mains pour tenter de le déloger. Peine perdue. Elle souleva son bassin, sans pouvoir le désarçonner. Au contraire, c'était le geste de son erreur. Il maintenait son postérieur en hauteur et se planta en elle avec violence. Elle poussa un cri de douleur. Il la besogna avec force, la sodomisa. Ses larmes coulèrent de nouveau, son hurlement se coinça dans sa gorge, atténué par l'étoffe au relent de vomi. Ses doigts lui serrèrent le cou, elle étouffait. Il poussa un râle et s'affala sur elle. Elle n'osa bouger et pleurait en silence, le cul en feu. Puis, il se retira et elle entendit clairement qu'il se délestait de la capote souillée.

Une bougie s'alluma soudain. Elle put l'apercevoir. Il était nu, avec uniquement une cagoule noire sur la tête, deux fentes pour ses yeux aussi sombres que la nuit et une autre pour le nez. Il était entièrement épilé et son sexe était toujours en érection. Liza comprit dans un sursaut qu'il prenait toutes les précautions pour ne pas laisser de traces ADN.

Il allait la tuer. Dans les films, dès que la victime voyait le tueur, c'était trop tard. Il s'empara d'un long couteau aiguisé et s'approcha d'elle.

— Plus grande est la souffrance... Plus grande est la paix, murmura-t-il comme une litanie.

On aurait dit qu'il était possédé. Elle cria de terreur, se débattant avec acharnement. Le couteau se planta jusqu'à la garde dans son abdomen, juste au-dessus de son pubis. Liza arrêta de bouger, tétanisée par la douleur. Elle regarda la lame qui remontait jusqu'à sa cage thoracique. Elle entendit un bruit humide et un rire de démon.

Une voix de femme ?

Les viscères de Liza se répandirent autour d'elle. Le couteau s'arracha de son corps avec un gargouillis.

— Plus grande est la souffrance...

Liza ne vit pas le deuxième coup venir. Quelque chose lui percuta la tête à plusieurs reprises. Elle sombra dans le néant pour l'éternité. C'était fini de l'erreur de Liza Sanders Denison.

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