16. On échange?

Par Lydasa.

La pleine lune est pour ce soir, nous approchons de l’île du dragon, restant alors quelque peu en retrait pour faire le tour et observer les alentours. Je connais les fourberies de Liath, je sais très bien qu’il préféra me couler avec le navire que de se voir un refus. Mais il n’aura pas le Faucheur sombre et je vais récupérer Raphaël. Au bout de quelque heure, le perroquet qui se trouvait sur mon épaule, commence à s’agiter et à crier. Au loin je peux voir le navire verdâtre et en très mauvais état de l’irlandais. Comment on peut si peu prendre soin de son navire, il va peut-être couler avant d’avoir atteint l’île.

 

Je déploie ma longue vue pour vérifier qu’il s’agit bien de lui, son étendard est reconnaissable entre tous. Un crâne abordant deux diamants à la place des yeux et une fourche. Je pense avoir compris la signification des diamants mais la fourche reste pour certain un mystère. L’irlandais a des gouts douteux. Je regarde Conrad qui observe lui aussi, le silence règne sur le navire comme si nous attentions. Nous avions replié les voiles pour ne pas trop dériver. Finalement je voir le bateau ennemi d’engager dans l’immense grotte qui peuvent abriter au moins quatre navires comme le mien. Je fais signe à l’équipage de se mettre à l’œuvre.

 

Nous mettons cap sur la grotte nous aussi, jusqu’à arriver à la bouche du dragon. Nous nous y engageons avec prudence, toujours dans le même silence de mort que nous tenons depuis le début. Nous venons nous accoster sur un des quais, construit en pierre spécialement pour ce genre de rencontre. L’île au dragon est considérée pour la plupart des pirates comme une île neutre, personne ne doit se battre en ces lieux. Jusqu’à aujourd’hui cela a été respecté. Il n’est pas non plus aisé de fuir rapidement ici au vu des lieux tout de même étroits. Cette île me fait penser un peu à la mienne, il y a une caverne comme celle-ci pour un abrité notre navire.

 

Je finis par mettre pied à terre, suivie de Conrad et de quelques hommes qui me suivent jusqu’à la grande construction en pierre au centre. Je peux voir les hommes de Liath nous observer de loin sur leur propre bateau. Je finis par entrer dans le bâtiment, trouvant Liath assis à une table. À ses côtés se trouvent Ratoune et son sourire hideux, pas de trace de Raphaël. Ils ont tous une chope de bière à la main. Car ce qu’il faut savoir c’est qu’il y a un bar sur cette île, un homme à la musculature monstrueuse est en train de nettoyer des verres dans un coin. Personne n’ose se battre ici en partie à cause de lui qui en une seule baffe peut vous décapiter.

 

Je commande alors une chope pour chacun d’entre nous, m’asseyant en face de mes ennemis. Je pose un regard froid sur Ratoune qui ne se défait pas de ce sourire que j’ai envie d’enfoncer de mon poing.

 

— Pourquoi ne suis-je même pas étonné par cette traitrise de ta part ?

— Parce qu’à force de me traiter comme un moins que rien, vous avez fini par me monter contre vous, réplique-t-il.

— Sache que tes deux petits copains qui-t-on aider se trouve actuellement à sécher sur l’île ou tu y as abandonné Raphaël.

— Ça m’en fait d’une belle jambe. T’en pis ils auraient pu nous donner de précieuse information.

 

Liath se met à tousser, n’attirant pas pour autant mon regard. Ce qui a le don de l’agacer immédiatement, il se racle la gorge et tape sa chope sur la table. Ce n’est pas pour autant que je me tourne vers lui, fixant toujours Ratoune.

 

— Liath, tu as fait vraiment le pire choix de ta vie en décidant de suivre ses informations, lâchais-je.

— Vraiment ? Ne me dis pas que ce petit Raphaël n’a pas d’importance pour toi, sinon tu ne serais jamais venu ici.

— C’est exact, dis-je en tournant enfin les yeux vers lui, sauf que tu te trompes. Il ne possède pas la même valeur que mon navire.

— Oh tu es donc prêt à le sacrifier ?

— Non il vaut bien plus que mon navire à mes yeux. Si tu veux que l’on ait une vraie discussion, il faut que je sois sûr qu’il est en vie et en bonne santé.

— Je me doute bien, toi là, dit-il en désignant l’un de ses hommes, va le chercher.

 

Je porte ma chope à mes lèvres buvant une gorgée avant de m’assoir confortablement dans mon siège. Je me tourne à nouveau vers Ratoune avec un sourire sadique.

 

— Tu as obtenu quoi en l’échange de ce genre d’info ? Une promotion, au lieu de récurer le pont tu récures les pots de chambre ?

— Va te faire foutre Samuel. J’ai le droit d’être traité comme l’un de ses hommes, pas un simple larbin comme tu as pu le faire.

— Tu étais mon larbin en chef pourtant, dis-je avec une ironie non cachée qui fit glousser mes hommes.

— Tu n’es qu’un connard, mais à présent que tu vas perdre ton navire, tu devrais moins faire le malin.

— Soit, tu as peut-être raison, je m’en pisse dessus en sachant ce qui m’attend.

 

Liath tape à nouveau sa chope sur la table, se mettant à grogner.

 

— Cesse de lui parler, parlons entre capitaines. Il est bien moins intéressant.

— Tu as quoi de beau à me raconter dans ce cas ? gloussais-je.

— Tu devrais vraiment penser à ton avenir, tu vas perdre ton navire et ça ne semble pas plus te perturber que ça.

— Je ne pense pas que je vais perdre mon navire.

— Tu désires pourtant récupérer Raphaël ? Je ne te le donnerais que contre le Faucheur sombre.

— J’attends de le voir en vie avant, tranchais-je.

 

Juste à ce moment-là, la porte du bar s’ouvre. Raphaël est entièrement nu, ligoter avec des cordes épaisses au niveau des poignets. Je me lève d’un coup en le voyant et Liath fait de même.

 

— Reste assit Samuel, je t’assure que je n’aurais pas peur de le buté devant tes yeux si tu ne te tiens pas à carreaux.

— Si tu fais ça tu sais parfaitement que je n’hésiterais pas à couler ton navire même ici et de bafoué toutes nos lois de pirate.

— À ce point ? Pour un jeune garçon sortant à peine de la puberté ? Ton petit cœur de pierre est-il devenu aussi moue que du beurre au soleil ?

— Tu ne peux pas comprendre, tu sembles n’avoir qu’un trou béant à la place du cœur en plus de ton cerveau, sifflais-je.

 

Je vois le visage de Liath changer de couleur, devenant rouge de colère il fait assoir de force Raphaël à côté de lui. Mon ange me regarde avec des yeux sereins, il me fait un doux sourire heureux de me revoir. Je me retiens de ne pas lui sourire en retour, ce qui me ferait perdre toute ma crédibilité auprès de Liath. Raphaël semble me faire confiance, il sait que je choisirais ce qui est le mieux.

 

— Bien à présent, demande à tes hommes de quitter de Faucheur sombre, déclare Liath.

— Mais oui bien sûr ! Tu ne voudrais pas une licorne ou un dragon avec ça ?

— Tu te fous de moi ?

— Ce n’est pas assez logique ! En fait je vais poser mes propres conditions. À présent que je sais que Raphaël est bien vivant, et qu’il est bien ici, je n’ai plus besoin de toi. Donc sois-tu me le rends gentiment ou je coule ton navire.

— Au risque de le tuer aussi ? ricane-t-il.

— Je vais te dire une chose Liath… ce gamin ne m’est pas précieux, car je suis amoureux de lui, mais parce qu’il connaît l’emplacement du Trésor de l’océan. La légende de tous les contes.

 

Je vois Liath se figer, me regardant avec des yeux de poisson mort avant de finalement poser les yeux sur le jeune homme.

 

— Pourquoi me dire ça ? Tu sais qu’à présent il y a une chance que je ne te le rende pas ?

— Je sais, mais au moins je suis sûr que tu ne le tueras pas, tranchais-je.

 

Je plante mes yeux dans les siens, je vois parfaitement que je l’ai déstabilisé. Il se met alors à rire d’une façon qui donne la nausée.

 

— C’est pour cela qu’il t’est plus précieux que ton navire. En fait tu as bien ta réputation de cœur de pierre, tu t’en fiches de lui, alors que lui croit en ton amour. Hein ? Mon pauvre petit Raphaël tu voies le vrai visage de ton beau capitaine, ricane-t-il en se tournant vers lui.

 

Raphaël a les yeux écarquillés. Réfléchissant quelque instant avant de comprendre mon plan. Du moins c’est ce que je pense. Il baisse la tête, se retenant un peu de rire avant de finalement jouer dans mon jeu. Se tournant vers moi avec une voix suppliante.

 

— Tu m’as menti, sur joue-t-il les yeux tremblants.

— Tu aurais dû t’en douter, j’ai commencé à vouloir te séduire dès que tu m’as parlé de ce trésor. C’est pour cela que je t’ai sortie de la cale pour te mettre dans mon lit.

— Tu es ignoble, me répond-il un tic de sourire amusé sur les lèvres. Si c’est cela, je le dirais à Liath et pas à toi.

— Hors de question, je te récupérerais avant soit en sur Raphaël.

 

Il me fait alors un grand sourire, articulant de façon muette qu’il me fait confiance. Liath lui a un rire gras, me regardant de ses yeux globuleux, ce qui est énervant c’est qu’il a des yeux magnifiques, mais il n’y a que ça chez lui. Il attrape la nuque de Raphaël et je me retiens de toutes mes forces pour ne pas lui sauter à la gorge immédiatement.

 

— Dans ce cas là… j’aurais les deux, ton navire et le Trésor des Océans, ricane-t-il.

— Ah ! Comment comptes-tu t’y prendre pour mon navire sans que je ne te le donne de moi-même ?

— Dès que tu quitteras la gorge du dragon, je te traquerais, et soit je te coulerais avec ton navire si précieux, ou je le prendrais de force quand je t’aurais égorgé, je mettrais tes jolis yeux dans ma collection.

 

Je lui réponds d’un clin d’œil ce qui le fait grimacer, Conrad se met à trembler. Je le vois à côté de moi, quand je tourne la tête vers lui, il est tout rouge.

 

— Respire…

 

Sauf qu’il explose à ce moment-là, éclatant dans un fou rire incontrôlable à se plier en deux. Son rire est assez communicatif, car mes hommes se mettent à rire eux aussi et moi je ne me retiens plus non plus. Liath s’énerve évidemment, nous postillonnant dessus.

 

— Qu’est-ce qui vous fait rire ? hurle-t-il.

— Bah… haha. Il… enfin…, essais de parler Conrad, ce qui me fait rire à mon tour.

— Parle Bon Dieu ! Pestifère l’irlandais.

— Nan, mais genre, Samuel a de jolis yeux. C’est mignon comme déclaration ça, vous auriez un pincement pour lui. Autant lui déclarer votre amour pas la guerre, vous auriez plus de chance d’obtenir une nuit avec lui que son navire.

 

Je me racle la gorge, essayant de reprendre mon sérieux. Non il n’aurait aucune chance d’avoir une nuit avec moi, ce mec n’est vraiment pas mon genre. Il finit par se lever, le visage rouge de colère, avant de faire signe à tout le monde.

 

— On y va ! Si tu veux récupérer Raphaël sort de la gorge du Dragon je t’attendrais avec mes canons. Demain matin au lever du soleil je te défis de venir m’affronter en mer.

 

Il prend mon ange par la nuque sans délicatesse, l’entrainant avec lui à l’extérieur du bar. Une fois seul Conrad me regarde, toujours amusé.

 

— C’est quoi cette histoire de trésor de l’océan ? me demande-t-il.

— Une légende, comme quoi le plus grand trésor de tous les océans se trouvera dans un endroit bien précis.

— Et ce con t’a cru, au moins tu es sûr qu’il ne va pas le tuer sur un coup de tête.

— J’ai gagné du temps, à présent il faut qu’on se préparer à aller en mer, et a coulé son navire.

— Le problème c’est que Raphaël est toujours dedans, on ne peut pas simplement le couler. Il fait qu’on l’aborde.

— Oui…

 

Je bois le reste de ma bière avant de me lever.

 

— Ce que je ne comprends pas c’est qu’il veut attendre demain matin… murmurais-je.

— Attends-toi à ce qu’il essaie de soutirer les informations à Raphaël, me répond Conrad.

— Il va jouer le jeu, il va surement lui parler de chose fausse pour y parvenir.

— Dans ce cas il veut que le jour soit là pour bien nous voir quand même si c’est la pleine lune, si le ciel se couvre nous ne verrons absolument rien.

— Le soleil reflète aussi sur l’eau ce qui peut éblouir, enchainais-je.

 

Il finit par se lever, me suivant à l’extérieur du bâtiment pour rejoindre notre navire. Quand je tourne les yeux vers celui de Liath, je le vois sur le pont nous observer. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne le sens vraiment pas. J’ai comme le sentiment qu’il va tenter de briser l’une des règles des pirates de cette île. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai cette sensation que nous allons recevoir de la visite dans la nuit. Quand je monte sur mon navire, toutes les têtes se tournent vers moi et je me retrouve avec un attroupement.

 

— Demain matin nous sortirons de la gorge du dragon et nous les attaquerons, déclarais-je.

— C’est tout, interroge Marvine. Pas que je trouve ça bizarre, mais pourquoi demain matin ?

— Je pense qu’il va envoyer des hommes pour nous attaquer justement dans la nuit. Nous allons nous décrocher du quai et jeté l’ancre un peu plus loin, histoire qu’il soit obligé d’y aller au moins en canot.

 

Tout le monde se met immédiatement à la tâche, difficile de faire avancer un navire aussi lourd dans une grotte sans le moindre vent. Nous sommes obligés de réquisitionner les prisonniers pour ramer un peu plus loin. Jetant ainsi l’ancre, les fenêtres de ma cabine donnent droit sur le Navire de Liath. Je reviens sur le pont pour donner mes dernières directives pour la nuit.

 

— Je vais vous demander de dormir tous, de vous reposer pour ce qui nous attend demain. Je sais que vous avez déjà affronter de bataille, parfois dans des conditions bien plus pénibles que celle qui nous attend. Mais je tiens à avoir le meilleur de vous-même. Ce ne sera pas facile, ne sous-estimons pas Liath et son équipage.

— Tu as un plan d’action, demande Conrad.

— Oui, vous voulez que je vous en parle ce soir, demandais-je à tout le monde.

 

J’ai le droit à des oui de partout. Même Elias et Grégoire se sont approchés, je pose les yeux sur eux avant de leur faire un sourire.

 

— Vous voulez participer ? demandais-je aux deux amis.

— Oui, bien sûr, c’est de notre ami dont il s’agit, répond Elias.

— D’accord, Marvine tu pourras leur donner des sabres et des armes a feux ?

— Bien sûr, tu leur fais assez confiance, demande-t-il.

— Oui, car Raphaël leur est tout aussi précieux que pour moi.

 

Je me tourne vers mon équipage qui me regarde tous avec sérieux.

 

— Bien. J’ai fait croire à Liath que Raphaël détenait des informations sur le trésor des océans. Il ne va donc pas le tuer juste pour me faire chanter, il est devenu important pour lui. Demain il sortira de la gorge, s’engageant en plain mer et nous attendra surement les canons armés. Nous devons nous aussi armer nos canons, être suffisamment reposé pour réagir convenablement a ce qui va arriver.

 

Je marque une légère pause, remarquant que le perroquet se tient toujours sur le navire, au niveau du gouvernail.

 

— Nous devons nous attendre à devoir les accoster. Notre but est de les couler, mais nous devons récupérer Raphaël avant cela. Il se trouvera sur leur navire, soit dans la cabine du capitaine ou dans la cale. Nous utiliserons les grappins pour nous accrocher à celui-ci et bloquer les deux navires ensemble. Il y a des chances que le Faucheur est quelque égratignure, mais il a vu bien pire. Et vous… ne mourrez pas je vous l’interdis.

 

Ils se mettent à ricaner, cela détend un peu l’atmosphère qui est très tendue.

 

— Une fois que l’un d’entre nous la récupéré, retour immédiatement sur le navire. C’est quand il est enfermé dans ma cabine qu’on décroche le navire, qu’on tue ceux qui n’ont pas leur place sur le Faucheur et qu’on fait couler Liath.

 

Je sais que cela ne va pas se dérouler aussi parfaitement. Eux aussi le savent, nous avons toujours quelque perte lors d’une bataille. J’ai peur pour le vieux Roberto et le vieux Jakobs. J’ai peur de perdre Conrad, de perdre Marvine. Ils vont donner leur vie pour sauver Raphaël, sauvé un seul homme à cause de mon égoïsme amoureux.

 

— Je suis désolé de vous entrainer là-dedans, murmurais-je.

 

À ce moment-là je me prends une énorme claque derrière la nuque. Me retournant je vois Conrad me faire les yeux sombres.

 

— Ne soit pas désolé, nous sommes ton équipage, tu te bas pour nous depuis longtemps. Tu nous diriges avec cœur, alors c’est normal que nous te rendions l’appareil aujourd’hui. Nous allons nous battre pour toi, pour Raphaël qui fait partie de notre équipage. Alors, ne sois jamais désolé de nous entrainer là-dedans. Je pense que tout le monde est d’accord avec moi, dit-il en se tournant vers les autres.

 

J’ai le droit à des acclamations, des sourires chaleureux, des accolades de mes plus fidèles hommes. Marvine s’approche de moi et pose sa main sur mon épaule.

 

— Comme je te l’ai dit dernièrement, tu as le droit d’avoir un cœur Samuel !

 

Je lui réponds d’un grand sourire, inspirant un bon coup avant de reprendre du poil de la bête. Demain nous allons nous battre pour récupérer Raphaël, nous allons gagner, car le Faucheur sombre n’a jamais perdu une seule bataille.

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