15 - Entre terre et air

Par Elodie

Les mois qui suivirent passèrent en un battement de cils pour Lily qui soutenait un rythme effréné entre ses journées de travail bien remplies et ses recherches acharnées en coulisses. Stimulée par l’avancée qui lui permettait l’aide insoupçonnée de Sam, elle ne vivait plus que pour son projet, y pensait de jour comme de nuit, en mangeant ou en marchant, seule et avec ses collègues, négligeant complètement ses sensations de fatigue, les avertissements jacassant de Sagesse et les tentatives infructueuses de Séraphin pour la faire ralentir. Elle ne fut même pas freinée par les sollicitations incessantes de ses collègues de secteur qui ne lui laissaient définitivement plus une minute de trêve.

Alliant gestion d’équipe et prise en charge de la patientèle, le travail de Lily n’avait jamais été une sinécure mais, ces derniers temps, tous ses membres semblaient s’être mis d’accord pour l’inonder de requêtes et revendications. Son équipe craignait tant Victorine qu’elle se référait à Lily pour la moindre virgule à ajouter dans un rapport. Vigilante à ne rien laisser présumer de ses projets cachés dans son emploi du temps, cette dernière s’évertuait par conséquent à rassurer ses collègues, comme le témoignait la restauration de ses repas avec son équipe durant la pause de midi, sacrifice non négligeable d’une heure par jour de recherche au profit de bavardages insignifiants.

- Je ne sais pas ce que tu en penses Lily mais l’amour a parfois ses raisons que la raison ignore…

Sourire entendu de la tablée. Un point pour le cliché.

- Bien sûr, répondit Lily, lasse.

Elle était bien consciente du sous-entendu.

Depuis ses rencontres bimensuelles avec Sam sous le hêtre, Lily encaissait quotidiennement les commentaires peu futés de ses collègues les plus curieux. Écœurée par les dépréciations portées à Sam, elle avait décidé de s’en servir pour réhabiliter l’image de son désormais ami, « Le Boiteux ».

- Et ce n’est pas la raison qui manque chez Sam, si c’est de lui dont tu veux parler, poursuivit-elle, le regard perdu au loin. Il est si intelligent que ça me donne le vertige. Et puis il est tellement drôle. Je ne passe jamais un aussi bon repas que quand je mange avec lui…

Bon ! Le message tacite était trivial mais il avait bien des chances de manquer la dinde qui cherchait à savoir ce qui l’attirait chez Sam. Qui était-ce d’ailleurs ? Lily ne l’avait jamais vue dans son secteur. Ah oui ! Victorine avait instauré des tournus pour les Thérapeutes en formation. Leur découverte des différents fonctionnements au sein des équipes de la Consultation d’Enfants Prédisposés était son initiative. Sa seule bonne idée depuis son arrivée, en l’occurrence. Sans s’en rendre compte, Lily s’était installée parmi les stagiaires du Cottage dont le Quotient Intellectuel semblait inversement proportionnel à la longueur de leurs cheveux, tous genres confondus. La dinde aux mèches bien trop longues pour sa future fonction répondit à Lily d’un air important.

- Mais oui, tu as raison : l’habit ne fait pas le moine.

Et de deux ! Deux clichés à la une, qui dit mieux ?

- En tous cas, nous on trouve très bien que quelqu’un comme toi s’attache à quelqu’un comme lui.

Hochements de tête unanimes. Lily manqua de justesse de s’étrangler avec son taboulé.

- Quelqu’un comme moi ?

- Oui, insista la stagiaire avec un aplomb qui en disait long sur sa niaiserie, nous avons beaucoup entendu parler de toi au Cottage. Lucien dit que tu es la meilleure !

N’importe quoi. Mais pire encore :

- Et que veux-tu dire par « quelqu’un comme lui » s’il-te-plaît ?

La petite dinde semblait enfin comprendre que ses propos sentaient le roussi.

- Eh bien… enfin… Sam, co-comment dire… vous voyez, quoi !

Ecarquillement des yeux. Balbisme. Passage au vouvoiement.

- Non je ne vois pas du tout, feula Lily le regard noir.

Toute la basse-cour s’était tue. Ses adhérents s’étaient recroquevillés sur leur chaise, se cachant au mieux derrière leurs belles tignasses. Quelle bande de prétentieux ! Qu’ils aillent tous au diable !!

Lily bouillonnait. Les stagiaires, eux, avaient perdu toute leur arrogance. La couleur avait quitté leur visage. Même l’éclat de leur chevelure semblait s’être enfui. La dinde se mit à larmoyer. Son voisin claquait littéralement des dents. Un peu plus loin, un couinement sourd se fit entendre. Hors d’elle, Lily ne réalisait pas qu’elle les martyrisait. Involontairement. Presqu’inconsciemment.

Sagesse si.

D’un coup de bec, le colibri pinça le lobe de l’oreille de Lily. « Aïe ! » La douleur la ramena instantanément à la réalité. Comme sortie d’un mauvais rêve, elle prit soudainement conscience de ce qui se déroulait : elle avait cédé à la colère et la tablée en pâtissait. Cette satanée Dame Colère. Sa pire ennemie. Face au spectacle de la pâleur commune des visages qui lui faisait face, Lily se ressaisit. La voix de sa Petite Furie s’évapora pour laisser place à celles de ses sœurs, Mesdemoiselles Culpabilité et Consternation. Lily soupira, brisée. Comment avait-elle pu se laisser aller pareillement ? Ces derniers temps, son état de fatigue ne lui garantissait plus la totale maîtrise de ses émotions.

Délestée de l’assaut malencontreux de Lily, la stagiaire recouvrit une pointe de contenance, juste assez pour rassembler à la hâte les restes de son repas sur son plateau et conclure :

- Il ne semble a priori pas très attractif, voilà tout !

Elle avait glouglouté cette réponse d’une traite avant de se lever et filer, suivie de près par sa troupe. Lily n’avait définitivement perdu pas que son temps, ce jour-là, à venir se substanter : Sœur Honorabilité s’était fait la malle avec les stagiaires. Elle termina donc son taboulé sans sa dignité, honteuse et en proie à d’innombrables autocritiques. Formidables, ces convives !

Lily se demandait souvent comment Sam gérait ces médisances au quotidien. Lui qui travaillait au Cottage, véritable fourmilière pour commérages intempestifs. Bien heureusement, tous leurs collègues n’étaient pas aussi futiles. La plupart d’entre eux avaient adopté la théorie d’une amourette sans en profiter pour cancaner. Elle-même se sentait tellement chanceuse d’avoir Sam dans sa vie depuis cette rencontre inopinée qu’elle souffrait à l’idée d’être l’origine de la nouvelle vague de moqueries à son encontre. Cette culpabilité devait la tirailler plus que ce qu’elle ne s’imaginait, à en voir la réaction disproportionnée qu’elle avait eu face au commentaire sans intérêt de la dinde écervelée.

Pourtant, les bienfaits de Sam sur Lily ne se limitaient pas à l'avancée de son projet. Au fil de leurs échanges, elle avait développé une sincère affection pour lui. Ne craignant plus de présumés sentiments amoureux de sa part, elle avait appris à mieux le connaître et ne cessait de s’émerveiller de sa vivacité d’esprit et de sa force tranquille. Au-delà d’avancer dans l’étude clandestine qu’ils menaient de concert, ces repas étaient devenus benoîtement d’indispensables bulles d’oxygène qui permettaient à Lily de tenir bon face à l’ampleur de ses devoirs professionnels et desseins souterrains.

Ainsi, les éloges lui venaient spontanément lorsqu’on lui parlait de Sam. Elle ne lui en voulait même plus pour la mission secrète qu’il menait de son côté. Et dont elle en était l’objet. Ils n’en avaient plus reparlé. Sam continuait certainement à l’étudier durant leurs rencontres… et alors ? C’était donnant-donnant. Quand elle serait moins préoccupée par le sort de ses patients, elle prendrait le temps d’en mesurer les incidences mais, pour l’heure, Lily préférait laisser ce problème de côté. Il y avait plus important que sa petite personne.

De fil en aiguille, Sam et elle étaient devenus complices et leurs rencontres sous le hêtre… incontournables. Lorsque Lily en avait parlé à Séraphin, ce dernier, loin d’être surpris, avait mentionné des similitudes entre le tempérament de Sam et celui d’Antoine, le père de Lily. Bien que leurs apparences s’opposassent en tout point – Sam était à l’opulence ce que le père de Lily était à la chétivité – elles n’excluaient pas une même grandeur d’âme. Avec du recul, Lily devait admettre que Sam lui procurait un calme intérieur analogue à celui qui découlait, à l’époque, des lectures prodiguées par son père, le soir, avant de s’endormir. Deux physiques aux antipodes pour un même réconfort.

Ainsi, imperceptiblement mais indubitablement, ces repas partagés avec Sam devinrent tout aussi importants pour Lily que le rituel du coucher instauré par son père alors qu’elle était enfant.

Un jour, alors qu’ils déjeunaient comme le voulait la tradition, Lily lui fit part de ses sentiments.

- Tu sais Sam, je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi… Et je ne parle pas là de l’aide que tu apportes à ma recherche.

Lui prenant la main, elle ajouta affectueusement :

- Je tiens beaucoup à toi.

Face à cette déclaration, son interlocuteur s’était empourpré de la tête aux pieds – visibles grâce à ses affreuses sandales en cuir – criant muettement à Lily sa mécompréhension de la nature de sa confidence.

- Je veux dire, à ton amitié, rectifia-t-elle en lui lâchant la main, embarrassée d’avoir engendré un tel malentendu.

Silence.

Lily n’osait plus lever les yeux de son carnet. Quelle idiote ! Pourquoi lui avoir dit ça ? Il était tout décontenancé maintenant. Et elle aussi, par conséquent. Des années de mutisme et elle était incapable de se taire quand il le fallait ! Elle s’en voulait tant de gâcher ce moment si précieux. Mais quelle idiote !

Pendant qu’elle se sermonnait, Lily sentit une lente caresse évoluer le long de son bras. « Ho non ! Mais que fait-il ? paniqua-t-elle. Et moi je fais quoi maintenant ?? » Elle ne voulait surtout pas le blesser. Confuse, elle n’osa pas retirer son bras.

Elle aurait pourtant dû.

Affairée à chercher une manière respectueuse de se dégager, elle ne réalisa pas que l’étreinte se resserrait. Quand, tout-à-coup, elle entendit hurler au-dessus de sa tête, son bras était bloqué. Et ce n’était pas Sam qui le maintenait. Il était bien trop occupé, là-haut, à s’époumoner.

« Mais ? Qu’est-ce qui se passe ? » fut sa dernière pensée.

Sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait, Lily se trouva projetée, de manière aussi violente qu’imprévisible, contre le tronc épais du solide hêtre qui les abritait, elle et Sam, quelques instants plus tôt. Le souffle coupé, elle tenta de se dégager mais s’aperçut vite qu’elle était totalement immobilisée par des branches enroulées autour de ses bras et chevilles. Celle, plus épaisse, qui l’avait déportée, la plaquait fermement contre l’écorce au niveau de l’abdomen, lui lacérant la peau à travers ses vêtements. Encore sonnée par le choc, elle se débattit avec frénésie. Le bois creusait profondément dans sa chaire. Ses poignets se mirent à saigner. Son ventre la faisait souffrir le martyre. De plus en plus paniquée, elle appela Sam à son secours. Mais où était-il ? Elle l’avait entendu crier…

- En haut… entendit-elle.

Levant son regard, elle découvrit son ami suspendu à une branche par le pied. Ses bras et sa tête pendaient lourdement, presque entièrement engloutis par son sweat-shirt qui s’était retroussé, suivant consciencieusement la loi de la gravité, tout comme sa bedaine imberbe désormais à nu. Lily arrêta enfin de remuer.

- Ho mon dieu, Sam ! Est-ce que ça va ?

- Non, gémit-il en se mettant à gesticuler dans tous les sens pour remonter le vêtement sur son ventre, accès de pudeur totalement futile aux yeux de Lily face au péril dans lequel ils se trouvaient.

Sous le coup de l’adrénaline, ses pensées fusaient. L’arbre ne s’était pas animé de lui-même et seul un Terrien expérimenté pouvait s’en servir avec autant de dextérité. Il fallait à tout prix qu’elle protège son secret.

- Sam ! Mon carnet… SAM !! aboya-t-elle pour capter son attention. Mon carnet, tu arrives à l’attraper ?

Saisissant immédiatement l’allusion, il cessa de se tortiller pour s’étirer de tout son long en direction de la petite table qui se trouvait au-dessous de lui. Lâchant son sweat-shirt, il tendit les deux bras à la pêche au carnet. Bien : Il avait recouvré le sens des priorités ! Pendant ce temps, Lily regardait de toute part à la recherche de leur geôlier.

Mais où était-elle ?

Lily n’apercevait personne dans son champ de vision. Vite, Sam avait encore le temps de cacher l’arme du crime. Lily serrait la mâchoire à se faire grincer les dents. Il y était presque : ses doigts frôlaient la couverture du carnet. Dans un grognement, il donna un ultime coup de rein. La branche qui l’emprisonnait fermement craqua, elle allait céder…

Sam n’en avait cure, il avait réussi ! Victorieux, il se tourna vers Lily pour lui afficher son plus beau sourire lorsqu’une branche feuillue lui gifla violemment la main. Il cria de surprise mais ne lâcha pas son trophée. La branche revint à la charge plusieurs fois, le flagellant jusqu’au sang. Le cri passa de la stupéfaction à la douleur.

Malgré tout, Sam tenait bon.

Face à ce spectacle d’une violence inouïe, Lily appela Sagesse qui volait dans tous les sens en piaillant frénétiquement.

- Va chercher de l’aide, vite !

 Alors que son colibri s’éloignait, elle implora Sam de lâcher son carnet. Elle était en larmes. Elle percevait clairement la ténacité et la souffrance de son faux amant et véritable ami. Fermement attachée au tronc de l’arbre, elle ne pouvait qu’assister impuissante à cet atroce spectacle.

- Sam, s’il-te-plaît, lâche-le…

Il ne l’écoutait pas. Il ne l’entendait plus.

Comme ultime recours, Lily essaya de canaliser ses émotions pour apaiser Sam ou atteindre sa tortionnaire mais elle était trop perturbée pour se concentrer et manquait cruellement d’entraînement. Elle aurait dû écouter Séraphin et apprendre à s’en servir, quelle imbécile !

Au milieu de ses sanglots, Lily ressentit soudainement en elle une certaine jouissance et un sentiment de puissance. Avec dégoût, elle supplia :

- Ça suffit Victorine, ça suffit !

L’arbre se stabilisa. Sam pendait, inconscient, la tête rouge du sang qui s’y était logé, la main lacérée. Le carnet qui rassemblait toutes les notes de Lily sur son travail prolifique de ces derniers mois gisait au sol. Il était en lambeaux. Lily ne savait pas qui de Sam ou de l’arbre s’était acharné à le massacrer mais, au moins, Victorine n’en tirerait plus rien maintenant.

Face à ce constat, cette dernière, qui s’était lentement approchée durant le carnage, haussa des épaules, émit un petit couinement et s’adressa à Lily avec son inséparable ton doucereux.

- Ttttt ! Ma très chère Lily, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de vous ?! Vous êtes une incorrigible tête de mule en plus d’être un importun trublion ! Je me disais bien qu’une fille comme vous ne pouvait s’intéresser à une pareille tête de lard…

Lily se rassura : Sam ne l’avait pas entendue. Elle ne pouvait supporter l’idée de cette ultime humiliation. Elle savait très bien que Victorine cherchait uniquement à la provoquer et se força à rester muette. Pinçant les lèvres, elle soutint le regard de Victorine afin de plonger dans son âme à la recherche d’une faille. Mais avant de pouvoir la sonder, elle reçut une puissante gifle qui la fit hoqueter. Victorine n’avait pas bougé d’un soupçon mais son regard était féroce. Une branche du hêtre se balançait, menaçante, devant le visage de Lily.

- Quelle insolence ! Comment osez-vous me défier ainsi ? Vous, misérable petite… heu… peti… heu… mi – sé – ra – b…

Victorine s’étouffait. Son visage de coutume d’un rose travaillé passa du pâle au rouge puis progressivement au bleu. Sa bouche cherchait de l’air, son front suait, ses mains luttaient contre une force invisible qui semblait l’étrangler. Devant le spectacle de son bourreau en asphyxie, Lily sentit ses liens se libérer. Dans un bruit de craquement monstrueux, Sam s’écroula sur la table en bois qui s’affaissa sous son poids. Lily ne savait que faire, elle voulait courir vers Sam pour s’assurer qu’il n’avait rien de cassé mais son instinct lui dictait d’aller porter secours à Victorine, agonisante. « Elle va mourir ! » pensa-t-elle, terrifiée. Quand elle fût à ses côtés, Victorine ne se débattait plus. Allongée sur le sol, son regard la transperçait pour fixer un point au-dessus de son épaule. Confuse, Lily essaya de la secouer et sursauta lorsqu’elle entendit derrière elle :

- Je ne tolère pas que l’on s’en prenne à mon équipe, est-ce bien clair ?

Voyant Victorine, toujours incapable de respirer, user de ses dernières forces pour hocher vigoureusement de la tête, Lily se releva et recula de quelques pas.

De là, elle assista pétrifiée à la palingénésie de Victorine qui, d’une fois qu’elle eût retrouvé son souffle, se redressa lentement, arrangea minutieusement son chignon hérissé, lissa son insipide jupe à plis avant de jeter un regard hargneux droit en face d’elle. Comme au ralenti, Lily suivit des yeux cette trajectoire pour découvrir son destinataire. Elle cligna plusieurs fois des paupières ne croyant pas ce qu’elle voyait mais l’image resta identique.

Lucien se tenait à sa gauche, stoïque. Son apparence n’avait plus rien de bohème et d’insouciant. Ses mains étaient légèrement écartées de son corps, les muscles de ses bras tendus à l’extrême, laissant apparaître des veines bouillonnantes. Ses yeux, rivés sur Victorine, étaient bleus métalliques d’une froideur brutale. Il émanait de tout son être une colère sourde et une puissance insoupçonnée.

Dans un tremblement sépulcral, des racines se mirent à émerger de terre pour s’enrouler autour des chevilles de Lucien mais avant même qu’elles ne purent l’emprisonner, elles se desséchèrent et tombèrent en poussière. D’autres racines firent surface mais, qu’elles fussent grosses, coriaces, épineuses ou tressées, toutes connurent le même sort. Des monticules de terre commencèrent à s’amasser dangereusement mais furent lestement repoussés par une rafale. Le hêtre s’agitait de plus en plus sérieusement. En face de Lucien, inébranlable, Victorine rageait.

Toujours en état de stupeur, Lily ne sentit pas Sagesse se poser sur son épaule. Elle n’entendit pas non plus lorsque Lucien s’adressa à elle pour lui ordonner de s’en aller. Elle était comme dans un rêve où tous les sons étaient étouffés et sa vision troublée. Ses pensées elles-mêmes l’avaient quittée. Tout en elle était figé.

Alors que Lucien levait lentement ses mains et que Victorine se mit à tourbillonner dangereusement dans les airs, Lily sentit la chaude main meurtrie de Sam la prendre par le bras et détacha enfin son regard du duel qui se déroulait sous ses yeux. Un duel entre deux individus presqu’immobiles et leurs phénomènes en pleine action.

- Viens, Lily. Il faut partir. Lucien veut que nous allions l’attendre dans son bureau. Viens, allez !

Sam dut finalement se résoudre à porter Lily, toujours incapable de se mettre en mouvement. Malgré la douleur que lui provoquaient ses blessures, il la souleva comme si elle ne pesait pas plus lourd qu’un enfant et l’emporta au Cottage.

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