14- Songeur

Notes de l’auteur : Coucou, je ne sais pas si cela est voyant à vos yeux, mais j'aimerais savoir si Gauthier vous paraît être un homme, la tête dans les étoiles. Qu'il a un côté enfantin sous la couverture de sa maturité... Bis !

Devant l’écran de l’ordinateur, j’entre les cotes d’une nouvelle donation de livres avec en mémoire la nuit dernière. Je me repasse la scène, les échanges, cette atmosphère de pur délice. Comment deux inconnus se sont si vite domptés ? Comment me suis-je laissé séduire par Léonys ? Il me parait si facile de parler avec lui. Plus qu’avec n’importe qui d’autre. En l’espace d’une nuit, je me suis ouvert à lui et il en a fait de même. Dois-je conclure que l’obscurité à délier notre langue ou bien que nos âmes soient faites pour s’entendre ? Un peu comme dans un conte merveilleux où la magie unie les cœurs ?

Il me tarde de le retrouver au clair de lune, sous un ciel étoilé ou emplie de nuages. Mettre confier si naturellement à Léonys m’a fait oublier mon visage. Hier soir, je n’étais rien de plus que Gauthier, un homme banal, philosophant avec son voisin. Rien ne m’a paru plus agréable depuis longtemps. Même pas ces fois où je tchatais avec des filles. Lui, il sait comment je suis, pourtant ça ne semble pas le toucher ou lui répugner. Il se dit attirer. Mais de quelle façon ? Est-ce physique ?

Je lâche un rire. George se retourne pour m’aviser.

- Qu’est-ce qui t’amuse ? demande-t-il.

- Rien, une banalité.

- Ah, ok. Je prends ma pause maintenant. Ma femme m’attend au restaurant, je ne veux pas qu’elle s’imagine des choses si je tarde. Je peux te laisser mettre ces livres en rayons ?

-  Hum… pas de soucis. Va.

            Il me salue et part.

Je reprends le fil de ma pensée. Léonys doit s’être intéressé à moi parce qu’il a senti que nous avions des points communs, rien de plus. Comment croire autre chose ? Pourquoi un garçon serait attiré par moi d’une autre façon ? Cet étudiant me laisse songeur de ses pensées profondes. Il y a un quelque chose d’intrigant en lui. Il me donne envie de m’ouvrir. De faire comme si j’étais une personne banale au possible. J’aimerais tisser des liens d’amitié avec lui. Le connaître plus fort, pour savoir ce qu’un type comme lui à affaire avec un gars comme moi.

C’est tellement rare des réactions comme la sienne.

Je tape sur le clavier le titre du bouquin dans ma main : Vingt mille lieues dans tes yeux. Je m’intrigue et repense à ma lecture de Frankenstein : les anges capables de voir les cœurs plutôt que l’apparence. Puis-je croire que Léonys est une sorte d’ange terrestre ?

- À quoi tu penses ?

Une voix derrière moi me surprend. Je quitte l’ouvrage et me tourne vers le comptoir pour aviser la personne. Léonys apparaît et me gratifie d’un sourire à faire tomber les astres. Pourquoi tant de beauté en une seul personne ?  Je me sens envieux. Avec un cil de sa beauté, je serais plus regardant, moins rejeté. Enfin, ce n’est pas comme s’il avait choisi d’être craquant. Ce n’est pas à lui de s’enlaidir pour rassurer les gens comme moi, c’est au monde d’apprendre à ne plus critiquer. Changer ces codes de canons de beauté.

Je repense rapidement à ce que papa avait dit un jour : Tu peux être laid pour un et beau pour l’autre, ne doute pas qu’un jour on te dise, « je te trouve beau ».

Avait-il tort ?  

- À rien en particulier.

Il tend son long cou, caresse du regard le livre que j’ai posé avant de me tourner et sourire.

- Je l’ai lu. J’ai adoré. Tellement tendre que j’ai failli chialer.

- Tu pleurs en lisant.

- Et parfois, je ris. Et celui-ci a bousculé mes émotions. Tu l’as lu ? demande-t-il.

- Non…

- Tu devrais…

- Pourquoi ?

- Nous pourrions en discuter un soir.

Son sourire s’agrandit et déroule dans mon cœur une étrange sensation de flottement. Il me subjugue. Est-il réel ou l’ai-je inventé ? Pourquoi est-ce que mon cœur bat si vite ? À quel point ce garçon me rend déraisonnable ?

- Tu as bien dormi ? revient-il à la charge 

- Heu… Oui. Assez bien. Et toi ?

- J’ai fait un beau rêve. Un que j’espère retrouver dans la vraie vie.

- Quel genre ?

- Genre qu’on n’a pas envie de quitter.

- Il y avait une jolie fille ? raille-je.

- Non. Il n’y avait rien qu’un bonheur extrême sous une ombre que j’ai mal vu.

- Une ombre.

- Oui. Une personne floue. Je n’ai entendu que son souffle et je me suis senti apaisé comme jamais.

- Tu fais des rêves bizarres.

- Et je suis certain que je ne suis pas le seul. Tu as rêvé de quoi, toi ?

Il semblerait que notre conversation nocturne ait déverrouillé les vannes de sa curiosité.

- Je ne me souviens pas de mes rêves… Tu vas étudier.

- Pas ici. Je vais chez Marck ce soir pour réviser deux, trois trucs, puis on se fera une soirée séries d’ados.

- Je vois, amuses toi bien.

Alors, nous ne nous verrons pas sous le ciel nocturne de minuit. Dommage.

- Ça te va si nous parlons demain soir, me surprend-t-il.

- À quel propos ?

- Pas de sujets en particulier, juste comme ça.

- Ok.

Sommes-nous en train de planifier un rendez-vous sous les étoiles ? Est-ce que ce n’est pas bizarre ? Devrais-je me méfier de lui et de son sourire ? Qu’est-ce qui me prend à jouer les adolescents ?

- Alors à demain. Dors bien.

- Heu… Toi aussi !

En plein milieu de la journée ? Ce type me fait dire des âneries.

Il agite sa main, avec ce superbe sourire qui me laisse captif de sa beauté. Est-ce normal de réagir comme ça à mon âge ?

Léonys est un étudiant canon avec de la conversation, un type qui flambe dans un brasier de mystère, un être que je n’aurais pas imaginé en rêve. Je pourrai en tomber amoureux s’il était une femme. Il empile les qualités. A-t-il des défauts ? Sans doute. Personne n’est parfait. D’ailleurs la perfection doit être un peu lassante.

Il s’éloigne et disparaît à l’angle de l’escalier. Son manque surgit contre les battements de mon cœur devenus plus calme. Je pense peut-être trop. S’il était moche, je ne lui donnerais pas autant d’importance.

Je retourne à mon travail, lorsqu’Anabelle retrouve son siège. Depuis ce matin, elle n’a pas l’air dans son assiette. J’ai bien tenté de la faire parler, mais elle persiste à dire qu’il n’y a aucun problème. J’imagine que Séraphin l’a encore ennuyé. Je ne comprends pas pourquoi elle ne porte pas plainte contre lui.

- Je vais chercher à boire. Tu veux quelque chose ? demandé-je.

- Oui, des bonbons, répond-t-elle.

- Ok, je reviens.

Je prends mon badge, appel l’ascenseur, pénètre à l’intérieur et me rend au rez-de-chaussée. J’y retrouve Léonys en pleine rigolade avec Marck. Ces deux-là sont souvent collés ensemble. Je me demande s’ils n’ont pas été un couple à une époque. Enfin, ce n’est pas mes affaires, pourtant, je ne peux empêcher de ressentir une fine jalousie bondir contre mon coeur. Puis, je grimace. Je le constate dans la vitre du distributeur. Je hause les épaules, met les pièces dans la fente et récupère mes collations.

            Devant Anabelle, je soupire et lui tends le paquet de bonbons. Elle s’en saisit d’un mouvement souple, son t-shirt manches longues découvre son poignet sanglé d’un bracelet bleu à même la peau.

- Qu’est-ce que c’est que ça ? m’étonné-je.

- Oh ! Heu… Ce n’est rien. Je me suis fait mal.

- Et comment ?

- Bêtement.

- C’est-à-dire ?

            Elle cherche une excuse de quoi me tromper, mais j’ai oublié d’être idiot.

- Qui est-ce qui t’a fait ça ?

- Ce n’est pas important.

- Tu plaisantes ? Avoue, c’est Séraphin ? Il t’a fait du mal ?

- Non, Séraphin ne m’a pas attendu ce matin.

- Sérieux ?

- Oui.

- Alors c’est qui ?

- Un con dans le bus. Mais c’est réglé, m’assure-t-elle.

Je ne la connais pas depuis longtemps, mais je sens qu’elle est en train de me promener. L’inquiétude qui peint son visage me confirme que rien n’est arrangé. Un type dans le bus qu’elle dit… Je me permets d’en douter.

- Je pense qu’il vaudrait mieux que je t’accompagne aussi le matin. Tu n’as pas l’air bien.

- Je gère, tant fait pas trop pour moi. Je suis une grande fille. Je peux me débrouiller. Tu as déjà la gentillesse de me raccompagner le soir, c’est déjà cool.

- Écoute, je vois bien que ça ne va pas. Tu as l’air toute retourné. Donc si tu as besoin de mon aide, n’hésite pas. Un type comme moi, peut se permettre de venir en aide à une demoiselle en détresse. Je ne suis pas en couple, comme tu le sais.

- C’est une proposition, plaisante-t-elle.

Son sourire illumine son visage marqué par la peur.

- C’est un gars comme toi que je devrais fréquenter.

- Oh ! Les rôles s’inversent. C’est toi qui me dragues, maintenant ?

            Elle rit avec meilleure humeur et se détend. Ça me fait plaisir de la voir plus joyeuse. Une Anabelle triste, ce n’est pas agréable.

 

 

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UnePasseMiroir
Posté le 16/05/2020
Yo ! Je plussoie la réponse d'HP quand à ta question, je n'ai rien à ajouter ^^

Et ce chapitre est trop mignon, comme chaque scène où Léonys et Gauthier sont ensemble ! Les questionnements existentiels de Gauthier sont marrants et touchants à lire ^^ j'ai envie de lui dire mais te prend pas la tête mon coco... et sinon son père je le connais pas mais je l'aime trop : "Tu peux être laid pour un et beau pour l’autre, ne doute pas qu’un jour on te dise, « je te trouve beau »." --> c'est exactement ça !!! La beauté s'est subjectif merde T_T
Sinon j'aime bien l'amitié entre Annabelle et Gauthier, même si je suis un peu inquiète pour elle... si c'est pas son stalkeur préféré qui c'est qui s'en est pris à elle ? j'espère que Gauthier ne va pas s'attirer de trop gros ennuis en essayant de lui venir en aide ^^

Encore une fois bravo pour ce chapitre ! Bisous et à bientôt !
NM Lysias
Posté le 16/05/2020
Des ennuis... Eh bien... Peut-être.
Nous verrons bien.
Merci de ta lecture.
_HP_
Posté le 16/05/2020
Coucou, c't'encore moi ! 😜

Pour répondre à ta question, en effet je trouve que tu décris très bien cet aspect "adulte un peu enfantin, homme la tête dans les étoiles". Je pense qu'il est notamment visible lors du dialogue entre Léonys et Gauthier, où il "se comporte en ado", comme il me semble qu'il le dit.
J'aime toujours autant, et j'ai trèèès hâte que la relation entre les deux se développe ;)

• "Un peu comme dans un conte merveilleux où la magie unie les cœurs" → unit
• "au clair de lune, sous un ciel étoilé ou emplie de nuages" → emplit
• "Mettre confier si naturellement à Léonys m’a fait oublier" → m'être confié
• "Il se dit attirer" → attiré
• "pour savoir ce qu’un type comme lui à affaire avec un gars" → un type comme lui a / je ne sais jamais lequel est bon, mais "a à faire" me parait plus "joli" ^^
• "Je vois, amuses toi bien" → amuse-toi
• "Je pourrai en tomber amoureux s’il était une femme" → pourrais
• "Je prends mon badge, appel l’ascenseur" → appelle
• "Je gère, tant fait pas trop pour moi" → t'en fait
• "Tu as l’air toute retourné" → retournée
NM Lysias
Posté le 16/05/2020
Merci pour ta réponse et d'être revenue ...
Super correctrice !!!! <3
May.nig
Posté le 16/05/2020
Hello !
Je dévore cette histoire, c'est si doux et sincère.
J'aime la sensibilté des personnages et les liens qui les unissent.
Je trouve les dialogues francs, authentique, et très drôle quand il s'agit d'échanges entre Léonys, Cathy et Marck.
Et pour répondre à la question que tu as posé plus haut, je trouve que tu arrives très bien a retranscrire cet aspect "homme la tête dans les nuages" que tu donne à Gauthier. Il reste très sensible et enfantin sous cette couverture d'homme sophistiqué et distingué qu'il renvoie, et c'est ce qui, je trouve, le rend aussi attachant :)
NM Lysias
Posté le 16/05/2020
Bonjour!
Wahoo !
Tu t'es manger les quatorze chapitres d'un coup ?!
Tu as bien digéré j'espère XD.
Je te remercie pour ta lecture et ton retour. Il me fait plaisir.
Oui, les dialogues entre Marck, Cathy et Léo sont plutôt drôles. Ils sont un peu fêlé. ^u^
Bis!!!
May.nig
Posté le 16/05/2020
Hihi oui, très bien digéré même, j’ai hâte de lire la suite 😊
À bientôt !!
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