14. Seul contre tous

Par Lydasa.

J’ai perdu connaissance juste après le départ de mes ravisseurs. Quand j’ouvre à nouveau les yeux, je suis seul et toujours attaché. Je me redresse, les douleurs se font ressentir dans tout mon corps. Ils ne se sont pas retenus pour me frapper sans aucune réelle raison. Je ne sais pas ce qu’il voulait savoir, si je manipulais Samuel, si je jouais avec lui. S’ils ont entendu mes conversations avec Elias et Grégoire c’est normal qu’ils aient pensé à ça. J’essaie de voir si je peux me libérer, je sens que les cordes ne sont pas attachées trop fortement. Je commence à tourner les poignets, sentant la brulure des cordes.

 

J’arrive finalement à me détacher, manquant tout de même de me déboiter le pouce à un moment. Me trainant comme je peux à la sortie de la caverne, je me rends compte que je me trouve sur le flanc de la falaise, à l’opposé du navire. Je peux le voir amarré sur le quai de fortune au loin. J’y voir l’équipage tel des fourmis s’activer a raccroché les voiles. Je regarde autour de moi comment je peux y retourner, mais je me rends compte que le chemin y est très étroit. Je me demande même comment ils ont réussi à m’y amener alors que j’étais inconscient.

 

C’est non sans peine que je commence à m’avancer, les roches y sont glissantes à cause d’algues noires qui s’y est accrochée. Je manque plusieurs fois de dévaler la pente, mais je me retiens avec force à la falaise. Je m’esquinte les doigts les mettant même à sang. J’arrive enfin à rattraper une niche plus grande, soufflant comme pas possible. J’ai la tête qui tourne à cause de l’effort. Regardant au loin, l’activité autour des voiles du navire commence à se calmer et elles semblent même toutes accrocher. J’inspire un bon coup, je sais que Samuel ne partira pas sans moi. Il va se rendre compte de mon absence, il ne va pas croire bêtement ses hommes. Du moins je l’espère.

 

Sauf que ce que je pensais impossible se produit sous mes yeux. Je vois les hommes détacher le navire du quai. Je vois les voiles se déplier en grand avant que le bateau commence à doucement avance.

 

— NON SAMUEL ! hurlais-je à plain poumon.

 

Je commence à me dépêcher, rampant le long de la falaise à m’arracher les ongles. Toujours en hurlant, j’arrive enfin sur le quai, mais le navire est déjà sorti de la crique, commençant à prendre l’aire de la mer je le voie s’engager sur les flots plus rapidement. Je hurle toujours le nom du capitaine, mais je me rends finalement compte qu’ils sont partis sans moi. Je suis seul, sur une île où il n’y a rien, pas d’abri, pas de plantation. À part la pêche il n’y a rien qui pourra m’aider à survivre. Je m’écroule à genoux sur le bois dans un bruit creux. Je regarde le navire s’éloigner de plus en plus, me laissant dans cette infinie solitude.

 

Je reste ainsi pendant plusieurs heures, ne me rendant pas compte du temps qui passe. Je suis tellement anéanti, tellement perdu que je ne sais plus quoi faire, comment réagir. J’ai entendu les trois hommes dirent qu’ils allaient mentir à Samuel, va-t-il les croire ? Que va-t-il penser ? Un sanglot finit enfin par m’échapper, mais un seul, un unique sanglot. C’est le moment, je me lève, sachant qu’ils ne reviendront pas me chercher, je me tourne vers l’escalier. Je vais prendre de la hauteur pour voir s’ils reviendront ou non, et voir s’ils n’ont pas oublié des choses.

 

Quand j’arrive au sommet, j’ai la tête qui tourne, mes mains que je me suis abimées me lancent douloureusement. Je me tourne vers l’océan, voyant le navire comme un petit point au loin. Ils n’ont pas fait demi-tour, ils doivent gagner le continent sinon ils vont manquer de vivre. Je comprends parfaitement, ils ne peuvent pas revenir sur le pas juste pour un seul homme.

 

C’est décider, je commence à explorer les lieux, ils n’ont absolument rien oublié. Il n’y a rien, pas un seul outil pas une canne à pêche, ni même des restes de nourriture à moitié manger. Je sens l’angoisse monter de plus en plus, je n’ai rien pour me fabriquer une canne pour avoir des poissons. Je retourne vers l’escalier, il est bien en bois, je pourrais casser une rambarde pour en fabriquer une. Mais je n’ai pas de quoi faire du fils. Je vais quand même essayer de faire une sorte de lance, peut-être quand attendant je pourrais en pêcher comme ça. J’attrape la rambarde, et tente de la casser, sauf que je n’y arrive pas. Elle est clouée avec d’énormes pique en acier, avec mes mains je n’y arrive pas tellement cela me fait mal.

 

Je commence réellement a paniqué, commençant à faire le tour de l’île plus minutieusement. Je ne me fais à l’idée que ce n’est pas une île, mais juste un gros rocher rien de plus. Je redescends sur le quai, désespérer, je me couche sur le bois en position fœtale. Je n’arrive pas à pleurer, je suis tellement anéanti. Je vais clairement mourir ici, de faim, d’épuisement et de froid.

 

Le temps commence à défiler, s’égrenant petit à petit, je vois la nuit tombée, le froid tomber sur mon corps, avant de m’endormir là où je suis. Puis la chaleur du soleil me réveil, je ne bouge pas pour autant restant dans la même position pensant à tout ce qui me suis arrivé dernièrement. Je m’étais engagé dans l’armée et en à peine une semaine j’étais déjà un naufragé, puis un prisonnier avant de devenir l’amant du plus grand pirate des océans. J’avais surement le retour de Karma, à avoir changé de chemin devenant ennemi de la couronne, je me retrouvais à devoir mourir ici seul.

 

Je ne sais pas à quel moment je bouge enfin, je remonte sur la falaise, regardant l’océan pour ne voir que l’immensité totalement vide. Il n’y a aucun navire de visible. Je plonge mes yeux vers le vide, me disant que ça ne serait pas forcément une mauvaise idée. Mettre fin à mes jours mettrait fin à mon calvaire. Je ne souffrirais pas de la faim, je n’aurais plus froid. Mais je me dis que si je me loupe, je resterais surement paralysé en bas à attendre la fin de la même façon, mais avec plus de douleurs. Je ne sais pas quoi faire, je finis par gagner un coin à l’abri du soleil, me remettant en boule allonger sur le sol. Je me résigne, me disant que peut-être ils reviendront qui sais, alors je vais attendre patiemment ici, à dormir sans rien faire.

 

Je n’ai à ce moment-là plus aucune notion de ce qui se passe ensuite. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ici, allonger. Les jours se sont enchainé me creusant l’estomac et la douleur de mon cœur. Ils n’étaient pas revenus, Samuel n’était pas revenu. Finalement mon esprit a sombré dans un état second, me laissant entrainer par la mort avec douceur.

 

Lorsque j’ouvre les yeux, je vois en premier lieu très floue. J’ai du mal à me remettre dans le contexte où je me trouve. Je papillonne des yeux avant de voir un plafond en bois au-dessus de ma tête. Je ne me trouve pas sur le sol dur, mais un matelas confortable et moelleux.

 

— Samuel… murmurais-je d’une voix cassée.

 

J’entends des pas s’approcher de moi, une silhouette se penche au-dessus de moi. Comme je voie encore floue je n’arrive pas a distingué les contours de cette personne. Je la fixe de façon fatiguée avant de me faire me redresser. On porte à ma bouche de l’eau, je m’empresse d’étancher ma soif, jusqu’à remplir mon estomac douloureusement. Je perds à nouveau connaissance, mais je suis rassuré, finalement Samuel est venu me chercher. À moins que ça ne soit mon esprit mourant qui se crée un joli rêve avant mes derniers instants.

 

J’ouvre à nouveau les yeux quelque heure plus tard, je vois un peu plus clair, mais les douleurs dans tout mon corps sont revenues. J’appelle à nouveau mon capitaine et cette fois je vois parfaitement la personne qui s’approche de moi. Je me redresse, le cœur s’emballant avec force en voyant Ratoune en face de moi. Il tient dans ses mains un bol de nourriture qu’il me tend, un sourire hideux sur les lèvres.

 

— Il faut que tu manges, m’ordonne-t-il.

— Dégage de là, Samuel ! SAMUEL !

 

Son rire gras me fait frissonner de dégout, ses yeux globuleux me regardent comme un poisson mort, enfin l’un de ses yeux a décidé de regarde le plafond.

 

— Tu n’es pas sur le navire de ton cher et tendre Samuel chéri, ricane-t-il.

— Bordel ! Mais tu me veux quoi ?

— Moi ? Rien, tu es juste un pion pour ma vengeance. Tu as bien plus de valeur que je ne l’imaginais. Quand nous avons quitté l’île et que le capitaine s’est rendu compte que tu lui avais faussé compagnie… il n’a jamais eu de crise de colère aussi forte, après nous ne l’avons pas vu pendant plusieurs jours et quand nous avons accosté sur le continent il s’est noyé dans l’alcool.

— Il ne s’est pas dit que j’avais été oublié sur l’ile.

— Bien sûr que non, car un de nos canots avait disparu, ricane-t-il encore plus.

 

À ce moment-là, un homme entre dans la cabine. Celui-ci a une très grosse barbe grisonnante, des cheveux poivre et sel, mais surtout un ventre qui ne lui permet pas de voir ses pieds. Il boite aussi, se portant sur une jambe en bois, s’approchant de nous. Je suis glacé par son regard, des yeux d’un bleu si intense et profond. Il me fait un sourire pervers avant d’exploser de rire, tapant dans le dos de Ratoune qui se met à tousser.

 

— Tu avais raison, je comprends pourquoi Samuel le considère comme l’un de ses plus précieux trésors. Si je lui arrache les yeux pour les lui envoyer ça serait tellement drôle, dit l’homme d’une voix granuleuse.

— Si vous l’abimez, Samuel ne marchera pas dans votre combine. Il y tient et vivant, si nous voulons son navire, il faut le lui échanger contre lui, vivant, réplique Ratoune.

— Oh ! Je ne peux pas m’amuser un peu ?

 

Il plante ses yeux de glace dans les miens, je sens mon sang, déjà peu présent, quitter mon visage. Je sais qui il est, Liath l’affamé, un pirate irlandais. Une légende raconte qu’il aurait mangé les yeux de toutes ses ennemies, ou que c’est justement sa spécialité de le leur arracher. Soit pour les garder en trophée, ou les manger. Il s’approche de moi et m’attrape ma mâchoire pour moitié me soulever du lit, me faisant craquer la nuque alors que je n’ai aucune force pour me débattre.

 

— Alors tu vas faire en sorte de te remettre sur pied rapidement, que je puisse t’échanger contre sa fierté, m’ordonne-t-il.

 

Il me lâche avant de tourner les talons, s’arrêtant devant la porte.

 

— Ratoune, fais-en sorte qu’il reprenne ses forces, gave-le si nécessaire, mais dans une semaine je donne rendez-vous à Samuel !

 

Il claque la porte derrière lui, me laissant ainsi seul avec cet horrible personnage qu’est Ratoune. Il se tourne vers moi et me tend le bol. Je n’ai pas envie qu’il me gave, d’une quel qu’onc manière, alors je prends docilement la nourriture et mange avec un grand appétit. Une chose est sûre c’est qu’en soit je suis content d’avoir pu m’en sortir, je suis vivant avec de quoi manger. Mais la suite des évènements me stresse, je ne pense pas que Samuel sera le genre à abandonner son navire juste pour mes beaux yeux.

 

— Pourquoi veux-tu te venger de Samuel, finis-je par demander pour rompre le silence ?

— Pourquoi ? Parce qu’il m’a toujours traité comme de la merde. Tout l’équipage me traitait comme de la merde. J’ai pourtant tout fait pour m’intégrer à eux, faire partie de l’équipage et faire tout ce qu’on me demandait. Mais même les prisonniers étaient mieux traités que moi, couine-t-il s’énervant à tel point que ses yeux menaçaient de sortir de leur orbite.

— Mais… il ne t’a jamais retenu sur le navire pourquoi ne pas l’avoir simplement quitté ?

— Pourquoi ? Car c’est mieux de se faire traiter comme de la merde que de se retrouver dans la rue ou a cramé sur une île déserte, tu ne crois pas.

 

Il n’a pas tort, mais pourquoi décide-t-il de se venger aujourd’hui, surtout en m’utilisant moi. J’ai du mal à comprendre, il aurait pu dès le début changer d’équipage.

 

— Pourquoi tu te venges maintenant ?

— Car avec toi, Raphaël… grâce à toi j’ai enfin le talon d’Achille de Samuel. Tu es son point faible. Quand je lui ai dit que j’avais entendu dire que quelqu’un t’avait aperçu dans la ville. Il est parti en courant te chercher partout. Comme il est revenu bredouille, il a déclaré à l’équipage qu’il parcourait les mers pour te retrouver.

— S’il apprend que c’est de ta faute… murmurais-je tremblant.

— Oh ! Il l’apprendra, mais comme je te détiens, et que j’ai Liath comme associer, il ne pourra rien me faire. Grâce à toi Liath va pouvoir obtenir son navire, le Faucheur sombre est l’un des navires les plus rapides de l’océan. Moi j’ai ma vengeance sur Samuel et Liath a son navire et en prime j’ai le droit de rejoindre son équipage.

 

Son plan est horrible, mais tellement bien pensé. Je crains cependant que Samuel ne soit pas du genre à sacrifier tout un navire pour juste des yeux verts. Je suis son amant, mais son bateau est bien plus que cela. Je l’ai vu cette passion qu’il avait pour lui, il en avait bien plus que quand il m’avait fait l’amour. On ne prend pas aussi soin de son navire pour le sacrifier juste pour une amourette. Je baisse les yeux, dans une semaine je vais le revoir, il va se rendre compte que je ne l’ai pas abandonné. Quand il apprendra que Ratoune et deux autres de ses hommes y sont pour quelque chose.

 

— Et les deux autres, ceux qui-t-on aider à me frapper et me trainer dans la caverne ?

— Oh bah ils sont encore sur le navire, ils vont servir d’informateur, et poignarder ton cher capitaine dans le dos.

— Il ne se laissera pas si facilement faire.

— Oui, mais tu es vraiment son point faible, tu verras dans une semaine. Aller je te laisse, tu as de l’eau et si tu as encore faim tu as des fruits sur la table de chevet.

 

Il me laisse alors avec mon bol à moitié manger dans les mains. Je me retrouve seul dans cette cabine. Mon réflexe est de vouloir sortir du lit, sauf que je me rends compte de deux choses. D’une je suis attaché à la cheville comme la dernière fois dans la cabine de Samuel, et de deux, je suis entièrement nu. Je lâche un couinement, regardant mon corps.

 

Je remarque que je n’ai subi aucune violence quelle que soit, mais que j’ai été nettoyer, laver et soigner. Mes mains ont été pensées, mes bleus recouverts de baume et j’ai l’impression que mon corps a été frotté avec un savon doux. Je me recache sous la couette, regardant autour de moi dans l’espoir de voir mes vêtements, mais rien. Surement une technique pour que je ne décide pas de m’échapper. J’observe alors la cabine dans lequel je me trouve, surement celle du capitaine, un grand bureau en chêne sculpté se trouve en son centre. Une bibliothèque remplie de bocaux se trouve sur le droit. Je fronce des yeux pour apercevoir ce qu’il s’y trouve, ils sont remplis de globe oculaire.

 

Je ne peux réprimer une grimace d’horreur, donc au moins il ne mange pas les yeux de ses victimes, mais les gardes comme trophée dans du formol. Cela me fait peser au cabinet de curiosité dans celle de Samuel, à croire que tous les pirates aiment avoir des choses glauques dans leur cabine. Enfin les deux seuls que j’ai croisés aimaient ce genre de chose. Je regarde le reste de la cabine, il n’y a pas de coin avec une baignoire, à croire qu’il ne se lave jamais. Je me demande qui des deux hommes m’a lavé, que ça soit l’un ou l’autre un frisson de dégout me parcoure.

 

Pour me calmer, je décide de terminer mon repas et de manger les fruits sur la table. Puis je me recale sous la couette, frissonnant. J’ai l’impression de passer ma vie dans un lit attacher par la cheville. Alors que je m’endors enfin, j’entends la porte s’ouvrir avec fracas, je sors juste la tête des draps pour regarder qui entre. C’est le capitaine avec son second et c’est deux-là sont pris dans une conversation bruyante.

 

— Je te dis qu’il faut demander au capitaine Clark pour cette manœuvre. D’après Ratoune, Samuel aurait des esclaves à vendre. Si Clark peut en avoir gratuitement il serait partant, dit son second.

— Je ne l’aime pas, ce Clark a une façon hautaine de regarder les gens. Il est hors de questions que je partage quoi que ce soit avec lui.

— Juste les esclaves, on n’a pas besoin de l’équipage, juste le bateau.

 

Je vois Liath se passer une main dans ses cheveux avant de poser ses yeux sur moi. Il se met alors à glousser.

 

— Non je suis sûr qu’avec juste lui, on peut avoir tout ce qu’on veut de Samuel. Les rumeurs comme quoi il parcourt le monde pour le retrouver semblent être fondées. Il faut lui envoyer un message et lui donner rendez-vous sur l’île du dragon. Dans la crique, il n’aura pas le choix et devra se soumettre, car il ne pourra pas s’échapper comme ça avec son navire. Il ne voudra pas qu’on le coule.

— Tu préfères le couler ? Demande son second.

— Oui le voire couler avec la fierté de Samuel, que le plus grand des pirates des mers, qui a soi-disant un cœur de pierre, se fasse couler à cause d’un amour maudit.

 

Il se met alors à ricaner s’approchant de moi avec des yeux effrayants.

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